Hinata pousse un petit cri de souris, les deux autres restent silencieux. Le blessé ferme les yeux. Il aimerait bien se reposer mais il devine que les deux chefs de clans ne vont plus tarder à revenir.
— Je ne comprends pas, laisse tomber platement Neji après un long silence.
Yoshino reste silencieuse mais Shikamaru sent son regard sur lui… elle – oh ! La barbe ! – et la question silencieuse plane entre eux, plus bruyante que n'importe laquelle de ses diatribes furieuses. Ce que les femmes peuvent être ch…
Ah ! Mais un instant !
— Rhah ! Ça me fout une de ces migraines ! râle-t-il sans lâcher le plafond des yeux.
Après tout, il reste lui-même quel que soit son corps…
Jeune homme ? Jeune fille ? Ce n'est pas qu'il déteste les acrobaties mentales, c'est même plutôt le contraire. Un petit sourire tire sur ses lèvres, tandis qu'il…
Allez, Nara ! Un peu de courage !
… tandis qu'elle considère le problème sous un autre angle. Elle connaît des hommes presqu'aussi compliqués qu'une femme. Il y en a un à quelques pas à peine de son lit, d'ailleurs. Et, puis, ça fera une expérience intéressante…
Verre à moitié rempli, Nara !
— Shikamaru ! Explique-toi !
La jeune fille – il va lui falloir un moment avant que ça lui vienne naturellement ; avec un peu de chance, Tsunade aura trouvé une solution entretemps… – ouvre les yeux et jette un regard de biais en direction de sa mère. Cette dernière la regarde avec une incrédulité vaguement coupable. Neji se tient derrière elle et fronce les sourcils.
— Tu croyais vraiment que je n'allais pas trouver les accords dans le bureau de papa ?
— Quoi ? Mais… quand ?
Pas de dénégations : ça vaut bien un aveu !
— Ça fait déjà un moment. Je m'ennuyais.
— Alors tu t'es dit que fouiller le bureau de ton père t'occuperait ?
— À peu près… Tu te plaignais que je ne fichais rien à la maison…
Un instant, il lui semble que Yoshino va exploser. À la place, elle jette les bras en l'air et s'éloigne de quelques pas en marmonnant.
— Tu n'en as jamais parlé, remarque Neji.
— Non. Je n'en voyais pas l'utilité. Ils n'arriveront jamais à un accord satisfaisant, de toute façon. Les Hyuuga ont trop d'exigences et le traité était à moitié rempli…
La porte de la chambre s'ouvre pour laisser entrer Shikaku et Hiashi, tous deux porteurs de mines sombres. Tsunade les suit de près. Elle semble plutôt remontée contre les deux hommes.
Oh ! Oh ! Pas bon, ça !
Le Nara en titre s'arrête, pris entre les regards que lui jettent sa femme et son Hokage.
— Quoi ? demande-t-il sur la défensive.
— Ton… Ton…
Yoshino sourit soudain, les yeux étrécis.
— Ta fille était au courant, figure-toi ! Et elle est persuadée que votre fierté masculine mal placée vous empêchera de trouver un accord.
Elle se tourne vers la blessée qui rentre la tête entre les épaules.
— C'est bien ce que tu as dit ?
Shikamaru aimerait bien qu'on la laisse en dehors des disputes parentales, pour une fois.
— Je ne répondrai pas à ça ! réplique-t-elle.
— Elle n'a pas tort, remarque Hiashi. Nous sommes partis sur de mauvaises bases, tous les deux.
Il semble, alors, remarquer la présence des deux jeunes Hyuuga.
— Neji, Hinata : attendez dehors.
— Un instant ! coupe Tsunade.
— Moi, j'ai rien contre attendre dehors, marmonne la Nara.
La plantureuse blonde lui jette un coup d'œil presque compatissant. Quel choc !
— J'ai lu les fameux accords et je sais pourquoi vous les vouliez les conclure. Et ce qui bloquait de chaque côté. Vu la situation, vous n'avez plus le choix : il vous faut unir vos maisons.
Surprise malgré elle, Shikamaru en essaie de se redresser avant de glapir comme la douleur frappe son ventre et… son dos. Tsunade s'est approchée vivement et pose les mains sur elle avant d'ouvrir ses chakras et de libérer une chaleur apaisante qui emporte ce qui essaie de la scier en deux.
— Voilà, une des raisons : Shikamaru n'est pas en état de se défendre seule, pour le moment. Et nous ne voulons pas qu'il lui arrive malheur, n'est-ce pas ?
— Pourquoi tant d'amour ? réussit à marmonner la jeune fille entre ses dents serrées.
— Silence, la réaction ! Et du côté des Hyuuga, vous avez besoin des Nara pour préserver vos petits secrets, n'est-ce pas ? Des secrets partagés, si je ne m'abuse.
La guérisseuse retire ses mains et observe son ouvrage d'un œil critique.
— Bon… Je consoliderai ta colonne et le reste de tes blessures lors d'une prochaine séance. Je pensais que, toi au moins, tu prendrais au sérieux la notion de 'repos total' ! Ne me fais pas regretter l'époque où je soignais Lee.
— Eh ! proteste mollement la jeune fille.
Le cœur n'y est pas. Elle n'est franchement pas sûre de vouloir se marier.
Tsunade se redresse et se tourne vers les autres occupants de la pièce.
— Hinata ? Qu'en dis-tu ?
La pauvre en rougit tant que Shikamaru s'attend presque à voir de la fumée sortir de ses oreilles et l'horreur lui dérobe le peu de voix qu'il lui reste. La kage-nin se décide à lui venir en aide :
— Je refuse de me marier avec elle !
Tout le monde se tourne vers la blessée. Celle-ci demeure immobile sur son lit mais cela ne l'empêche pas de retourner les regards qui lui sont adressés avec agacement.
— Et… Peut-on savoir pourquoi ma fille ne te sied pas ? demande Hiashi d'une voix dangereusement calme.
— Parce qu'elle aime déjà quelqu'un et, manifestement, ce n'est pas moi. Je ne ferai pas le malheur de mes amis.
Je tiens à ma vie et à ma tranquillité, merci bien !
— Pourquoi pas Hanabi ?
— Trop jeune et… C'est une fille. On ne sait pas si Tsunade-sama pourra inverser notre état à Hinata et moi.
— Sama, hein ? C'est nouveau, ça, s'amuse l'Hokage avant de reprendre son sérieux. À vrai dire, en l'état actuel de mes connaissances, je suis incapable de vous rendre votre sexe d'origine.
Ah… Bon, ben j'ai plus qu'à m'y habituer. Fais chier !
— Neji, dit soudain Hiashi. Je souhaite que tu épouses Nara Shikamaru.
Le choc le rend muet, sourd et aveugle au monde. Il ne voit plus que le visage serein de son oncle et celui, presque invisible derrière la guérisseuse, de son compagnon d'arme. Il voudrait répondre, crier son désaccord.
Il n'est pas un bien qu'on vend au plus offrant.
Un pion à jeter en pâture à ses adversaires.
Mais c'est faux, bien sûr qu'il est tout ça à la fois, n'est pas ? Il fait partie de la Branche secondaire de la famille !
Il est sacrifiable.
— Tu n'es plus en sécurité dans le domaine Hyuuga, continue Hiashi. Les Anciens ont du mal à accepter les changements que tu représentes.
Nara Shikaku soupire bruyamment.
— Moui… Je suppose que c'est la meilleure solution. Nous pouvons les fiancer et Neji viendra habiter à la maison pour faire plus ample connaissance avec le domaine et… sa future épouse… Et s'éloigner de ceux qui aimeraient bien le voir disparaître.
De son lit, Shikamaru ne semble pas disposé-e à déposer déjà les armes.
— J'ai mon mot à dire ?
— Non, fiston… enfin… Bref. Tu as éconduit les autres choix qui s'offraient à toi. Tu savais bien qu'en tant qu'héritier… qu'héritière, tu devrais faire un mariage arrangé.
Le seigneur des Hyuuga fixe son neveu sans se préoccuper de la joute verbale qui se joue dans son dos. Il attend sa réponse. Neji sait où se trouve son devoir. Le jeune homme, mine et attitude indéchiffrable, incline la tête.
— Bien, mon oncle.
D'un regard, il dissuade Hinata de protester. Les adultes le fixent un long moment. Hiashi soupire devant son manque de réaction.
— Très bien, conclut Tsunade. Laissons-les discuter, un peu. Je suppose qu'ils ont des choses à se dire.
Assommé, Neji observe la pièce se vider. Quelques instants plus tard, il se retrouve seul en compagnie de Nara Shikamaru qui le fixe avec une expression partagée entre incrédulité et résignation. Est-ce du rouge qui s'étend sur ses joues ? Le jeune homme n'a pas le temps de s'en assurer que son vis-à-vis lève une main pour la poser en travers de ses yeux.
— J'y crois pas ! marmonne le kage-nin.
Lorsqu'il… enfin elle entrouvre ses doigts pour lui voler un regard, il ne peut pas lui donner tout à fait tort.
— Je suis désolée, Neji. J'aurais dû le voir venir quand j'ai refusé la main d'Hinata… Je voulais juste gagner du temps pour… enfin…
Quelques instants plus tôt, le jeune homme était prêt à haïr Shikamaru mais, à présent, il se rend compte que sa situation n'est pas beaucoup plus enviable que la sienne. En tant qu'héritier… héritière… Bref ! En tant que futur Nara en titre, son compagnon n'a pas vraiment le choix en ce qui concerne son futur matrimonial. Il lui faut assurer la lignée…
— Tu as l'air de plutôt prendre bien la situation, ne peut-il s'empêcher de marmonner, un peu acide.
— On peut dire ça. Je suppose que j'ai de la chance.
Neji hausse un sourcil.
— Oh ? Vraiment ?
Shikamaru le regarde entre ses doigts écartés. Il… Elle laisse sa main glisser pour reposer contre l'oreiller à côté de sa tête. Un petit sourire tire ses lèvres.
— Imagine qu'Ino se tienne à ta place…
— Mais maintenant, ce n'est plus possible.
— C'est bien ce que je dis, j'ai de la chance. Elle aurait fait de ma vie un enfer !
— Et Temari ?
Shikamaru reste silencieux un moment.
— Ça aurait peut-être pu marcher avec elle, on s'entend bien et elle n'est pas trop pénible. Mais… Ça n'aurait pas été juste. Nous sommes simplement amis.
— Vraiment ?
Le kage-nin ne répond pas, se contente de lui jeter un regard indéchiffrable entre ses paupières mi-closes.
— Pourquoi penses-tu avoir de la chance ? insiste Neji. Tu te retrouves obligé d'épouser un autre homme.
En face de lui, son ami fixe le plafond en silence. Si longtemps, qu'il pense qu'il ne recevra aucune réponse.
— Parce que, murmure Shikamaru, je suis un garçon qui aime les garçons et que je me retrouve coincé dans un corps de fille. Me retrouver coincé comme ça, c'est assez chiant mais, au final, ça arrange pas mal les bidons pour le Clan. Il va juste falloir que je m'y fasse.
Son regard dérive vers le Hyuuga qui frissonne sans pouvoir s'en empêcher.
— Seulement, c'est salement injuste pour toi.
Un peu choqué par ces révélations, Neji ne réagit pas, se contente de fixer son ami.
— Tu… aimes les garçons ? répète-t-il, mal à l'aise.
Shikamaru tourne la tête vers le mur. Cela n'empêche pas le jeune homme de remarquer que lorsqu'il rougit, ses oreilles aussi s'empourprent.
— Eh bien… Théoriquement, je suppose que oui. Je n'ai jamais eu l'occasion de tester en pratique. Je comprends que tu puisses m'en vouloir.
— Je ne sais pas encore si je t'en veux. Pour le moment, j'ai davantage envie de blâmer d'autres personnes.
Un petit rire récompense Neji.
— Comment préfères-tu que je m'adresse à toi ?
Son compagnon le regarde à nouveau, pensif. Le silence s'étend et le jeune homme se sent obligé d'élaborer.
— Je sais que tu es un garçon. Mais, tu l'as dit toi-même, tu es coincé dans un corps de fille et…
À nouveau, un petit sourire tire sur le côté les lèvres de son vis-à-vis.
— Et tu te retrouves à faire des acrobaties mentales, se moque-t-il gentiment. Tsunade l'a confirmé, à moins de trouver ce qui nous a… changés et de pouvoir l'étudier suffisamment pour l'inverser, Hinata et moi sommes coincés. Autant s'y habituer tout de suite.
— Tu veux que te conjugue au féminin ?
Shikamaru pose l'index contre sa tempe.
— Fille ou garçon : là-dedans, c'est toujours moi. Je n'ai pas changé. Conjugue-moi comme tu voudras, ça m'est égal.
Neji reste silencieux, devine que pour son ami, malgré ses paroles, le sujet doit être sensible.
C'est toujours moi…
— Très bien.
Il ferme les yeux un instant, tente d'ajuster son esprit. Cela ressemble bien à Shikamaru d'accepter cet état de fait – ou du moins, de tenter de l'accepter puisqu'il ne peut pas le changer – pour se concentrer sur d'autres choses.
— Je… Je suppose que je peux dire que j'ai de la chance moi aussi, finit-il par murmurer.
Lorsqu'il ouvre les yeux, le blessé… Non. La jeune fille lui rend son regard gravement et hoche la tête.
— Tu quittes la famille Hyuuga pour les Nara, dit-elle doucement.
Neji rassemble toute sa volonté pour ne pas toucher son hitai-ate sur son front.
— Oui, murmure-t-il. La branche secondaire…
— Ils ne pourront plus menacer d'utiliser le sceau sur toi.
— Hiashi-sama a interdit d'utiliser cette technique…
— Mais il ne peut pas contrôler tous les Anciens, ni surveiller tous les membres de la Branche Principale.
Un silence, puis :
— Non, admet Neji. Mais même en devenant un Nara, ils pourront quand même…
— Pas si je peux l'en empêcher et pas s'ils ont, ne serait-ce, qu'une once de bon sens.
Shikamaru lâche cette phrase sur le ton de la conversation mais ses yeux sombres luisent d'une dureté d'onyx. Elle est sérieuse. Depuis Naruto, c'est la première fois que quelqu'un le regarde ainsi. La jeune fille finit par se relaxer et sourit paresseusement avant de lever la main et de tendre son index.
— Pour : je ne suis pas compliquée ou difficile à vivre. Tu remarqueras à peine que je suis là.
Neji ne peut s'empêcher de se sentir amusé malgré lui.
— Tu fais une liste de pour et de contre ?
— J'aime faire des listes.
— Et… dis-moi, quels sont les 'pour' de ton côté ?
Shikamaru sourit gentiment et le jeune homme sent sa gorge se serrer.
— Tu es calme, tu ne me casseras pas les oreilles toutes les deux minutes. Tu méditeras pendant que je regarderai passer les nuages. Si je me souviens bien, j'ai entendu dire que tu n'es pas mauvais au Shogi…
— Je serai honoré de jouer contre toi.
Un petit reniflement amusé est tout ce qu'il obtient comme réponse. Puis, la blessée redevient sérieuse.
— Contre : tu vas devoir vivre avec quelqu'un pour qui tu n'as pas de sentiments.
Neji reste silencieux.
— Pour : tu seras libre de faire ce que tu veux. On ne sera même pas obligés de se croiser, si tu n'en as pas envie.
— Je t'aime bien.
Un nouveau silence s'abat sur la chambre d'hôpital. Les jeunes gens se fixent, choqués par l'aveu, souffles coupés de part et d'autre.
Neji ne peut pas croire qu'il vient de dire ça !
— Je… Je ne te déteste pas.
C'est encore pire !
Shikamaru arque un sourcil. Naruto a raison : son visage est agréable à regarder. Et son caractère ne semble pas avoir changé, non plus. Le jeune homme sait que même s'il pouvait refuser cette alliance, il ne serait pas libre pour autant de se choisir une épouse. En tant que neveu du Hyuuga en titre, un mariage arrangé l'attend aussi.
Alors… il peut comprendre le point de vue de son… amie. N'est-ce pas ? Elle le regarde sans trahir ses pensées.
— Je t'aime bien aussi, dit-elle enfin.
C'est un départ, n'est-ce pas ? Ils ne se haïssent pas, après tout. Neji s'approche du lit sans savoir ce qu'il veut réellement.
Shikamaru…
Il a appris à respecter son intelligence, à apprécier son sens des responsabilités et sa gentillesse cachée sous une apparente indifférence. Alors, juste pour tester, il se penche et effleure de ses lèvres celles de la jeune fille. Lorsqu'il se redresse, elle le regarde avec de grands yeux étonnés avant de se fendre d'un petit sourire en coin.
— Tu expérimentes ? demande-t-elle.
— Oui... Alors ?
— Ça peut aller, ce n'était pas désagréable. Et de ton côté ?
Neji sourit malgré lui et s'assied au chevet de son amie.
— Pareil. Je suppose qu'il faudra s'entrainer.
Shikamaru grogne et le fixe avec un déplaisir feint.
— Quel plaie, ces gars toujours motivés !
