« Je le SAVAIS ! », tonna Jane.
Cependant, le ton qu'il avait emprunté n'était pas du tout triomphant. Au contraire, chacun des trois mots transpirait de rage. Après son entrevue avec Pike, Jane avait compris. Il avait non seulement vu que l'agent se jouait de lui mais qu'en plus, il semblait soulagé que Jane n'insiste pas. Et le soulagement chez quelqu'un que vous soupçonnez, dans l'expérience de Jane, n'augurait rien de bon.
Il s'était alors installé à la terrasse d'un café situé à l'angle de la rue. Il n'eut à attendre que quelques minutes avant de voir Pike sortir du vaste bâtiment. Préoccupé par l'idée de paraître le plus naturel possible, il n'avait pas remarqué le regard perçant posé sur lui. « Il sait quelque chose. », remarqua d'emblée Patrick. Il s'apprêtait à le filer lorsque soudain, une autre idée lui vint en tête. Il se trouvait à deux pas du FBI, qui abritait le supérieur hiérarchique de Marcus Pike. Alors qu'en poursuivant ce dernier, il n'était pas sûr de ce qu'il allait trouver, l'issue semblait plus favorable en alertant les autorités.
Seulement, tout ne s'était pas passé comme prévu. À l'instar de son égal d'Austin, Dennis Abbott, le directeur de la section du FBI de Washington n'avait pas pris Jane au sérieux. Marcus Pike était l'une de ses meilleures recrues de l'année, s'était-il exclamé, et son dossier depuis Quantico parfait. Non, décidément, il n'y avait rien à reprocher à cet agent.
« Je serais même surpris si vous me disiez qu'il venait de griller un feu rouge », avait-il ajouté d'un ton bourru, en indiquant à Jane la sortie d'un geste de la main, sans appel.
Alors que ce dernier s'apprêtait à repartir, frustré à l'idée que personne ne le croie alors qu'à chaque seconde, il sentait Teresa en danger, il était tombé sur Dennis Abbott. Celui-ci semblait à la fois soulagé de l'avoir retrouvé et furieux d'avoir dû le faire.
« Vous vous rendez compte de la situation ? », avait-il grondé, en attrapant Patrick par le bras pour le diriger vers la sortie, « Quand je vous dis « pas d'esclandre », cela ne veut pas dire « ameutez tout le FBI pour une vague superstition » ! »
« Ce n'est pas une superstition ! », se défendit Jane avec virulence. « Je sais qu'il est dans le coup, et je peux vous le prouver ! »
« Je me fiche de ça, Jane. Je me doute bien que vous avez quelque tour dans votre poche pour faire accuser Pike. Vous avez décidé qu'il était coupable, vous n'irez pas chercher plus loin. »
« Qu'est-ce que vous faites ici, alors, si vous pensez qu'il y a une raison parfaitement valable au fait que Teresa ne donne plus signe de vie ? »
« Je n'ai jamais dit ça. », rectifia Abbott, « Ce n'est pas normal, je le sais bien, vous avez raison sur ce point et c'est pour ça que je suis venu. Mais ce que je ne comprends pas, c'est cet acharnement sur Pike alors que… »
« Alors que ? Que quoi ? Qu'il n'y a aucune preuve contre lui ? Que c'est sa parole contre mon instinct ? Je le sais, Dennis. Mais si vous vous rappelez bien, c'est pour ça que vous êtes venu me chercher au Mexique, pour ça que vous m'avez voulu dans votre équipe. C'est grâce à ça que je résous les affaires. Je n'ai pas de preuves, mais je ne me trompe pas, je vous assure. »
« D'accord, vous marquez un point. », admit Abbott en se radoucissant, « Il y a juste quelque chose qui me chiffonne : vous dites n'avoir pas de preuves mais que vous pouvez prouver qu'il est coupable. »
« J'allais y venir. »
Et, pour la première fois depuis qu'il avait fait irruption dans son bureau, Dennis Abbott vit l'ombre d'un sourire se dessiner sur les lèvres de Patrick Jane.
« Quand je lui ai parlé, tout à l'heure, j'ai pris quelques précautions. Notamment le fait de placer un micro dans sa poche. Tout ce que je vous demande, Dennis, c'est de convaincre le directeur de nous laisser accéder aux salles informatiques. Si j'ai raison, on pourra sauver Lisbon. »
« Et si vous vous trompez ? »
« Je ne me trompe pas. », répéta Jane.
Et, bien qu'il l'ait souhaité plus que jamais, il ne s'était pas trompé. D'une part sur le fait que c'était bien Pike à l'origine de la disparition de Lisbon mais, d'autre part, et c'était pire encore, que c'était de sa faute. La culpabilité qui le submergea se transforma rapidement en rage qui le fit se précipiter sur la porte de sortie lorsqu'Abbott s'interposa en lui plaquant deux mains puissantes sur chacune de ses épaules.
« Jane ! Attendez ! »
Mais ni l'un ni l'autre n'eut le loisir d'attendre ou de faire quelque chose car les haut-parleurs leur ayant servi à épier la conversation se remirent à grésiller et la voix de Pike se fit entendre, menaçante.
« Qu'est-ce que c'est que… ? C'est toi qui m'as collé ça dans la poche ? Non, attends voir… c'est un micro ! »
Il ne fallut alors que quelques minutes à Pike pour comprendre que Jane était le propriétaire du mouchard, tout comme Jane comprit avec horreur que la supercherie était découverte. Il se mit alors à hurler :
« Vous avez tout entendu, n'est-ce pas ? Hé bien grand bien vous fasse, car cela ne vous servira à rien ! Tu m'entends, Jane ? À rien ! Je dois t'accorder quelques félicitations pour avoir compris en quelques instants ce que j'ai caché pendant des années mais ça ne te suffira pas. Elle est morte, comme ta femme et ta fille, et tu ne peux rien y faire, RIEN ! Tu ne la reverras jamais vivante, JAMAIS. »
Le silence tomba sur la pièce alors qu'il était évident que Pike venait de détruire le micro. Cet instant de calme absolu fut le dernier moment de sérénité que goûtèrent Jane et Abbott. En effet, quelques instants plus tard, tout le FBI était en ébullition.
