En l'espace de quelques minutes, la simple « superstition » de Patrick Jane s'était transformée en véritable chasse à l'homme et tous les agents du FBI de l'État s'étaient trouvés mobilisés afin de retrouver leurs collègues Marcus Pike et Teresa Lisbon. D'un côté, certains s'occupaient d'alerter les médias afin que ceux-ci diffusent photos et flashs spéciaux. Ici, un groupe s'activait à la mise en place de barrages dans le tout Washington, tandis que d'autres faisaient bloquer aéroports et gares routières et ferroviaires.

Jane et Abbott se trouvaient encore au centre de la pièce où ils avaient assisté à la découverte de Pike lorsqu'une jeune femme vint les prévenir que le badge de ce dernier avait été révoqué.

« Ce n'est pas grand-chose, mais ça peut le ralentir », ajouta-elle d'un ton gêné.

Abbott la gratifia d'un mince sourire puis se retourna vers Jane. Celui-ci n'avait pas bougé depuis plusieurs minutes, figé telle une statue de glace. Alors qu'il semblait prêt à exploser peu de temps avant, toute énergie semblait l'avoir quitté. Soudain, Abbott se rendit compte que ce n'était pas l'énergie qui avait quitté Jane, mais l'espoir. Comme pour confirmer ses soupçons, la voix de Patrick s'éleva, quasi inaudible.

« Elle est morte, n'est-ce pas ? »

« Non, Jane. Bien sûr que non, c'est Teresa. », tenta de le rassurer Dennis. Pour tout dire, il tentait également de se rassurer lui-même mais les paroles de Pike le faisaient encore frémir, et quiconque le connaissait un tant soit peu savait que Dennis Abbott n'était pas le genre d'homme à frémir.

« Si c'était n'importe quelle autre affaire », reprit Patrick, « vous me diriez la même chose ? De ne pas m'en faire, que tout ira bien ? »

« Si c'était n'importe quelle autre affaire, Jane, Lisbon vous aurait enguirlandé pour avoir mis un suspect sur écoute illégalement et secoué pour que vous filiez à sa recherche », lui fit remarquer Abbott d'un ton plus sévère qu'il ne l'aurait voulu, « Je sais à quel point c'est difficile, Jane, mais j'ai besoin de vous pour le retrouver. Teresa a besoin de vous ».

« Vous avez raison », opina Jane.

Les deux hommes sortirent alors de la petite salle informatique pour rejoindre le gros des troupes. Dès qu'il les aperçut, un agent ventripotent s'approcha d'eux.

« Des nouvelles ? », s'enquit Abbott.

« Rien, monsieur. Il n'était déjà plus chez lui lorsque nous sommes arrivés et pour l'instant, personne ne l'a signalé, que ce soit par voie de presse, le 911 ou sur nos canaux internes. La police quadrille la ville mais ils n'ont rien non plus. Il a dû balancer son téléphone aussi, ainsi que celui de l'agent Lisbon. »

« Vous surveillez ses connaissances ? »

« Sa famille oui mais ils sont hors de l'État donc s'il cherche à les rejoindre ou à les contacter, on saura. Et comme il vient d'arriver ici il y a quelques mois, on ne peut pas dire qu'il connaisse grand monde donc… »

« L'Association n'était plus assez puissante. », le coupa Jane.

Les deux hommes le regardèrent, interloqués.

« C'est ce qu'il a dit. », expliqua Jane, « Plus assez puissante. Pas « démantelée ». »

« Où voulez-vous en venir ? », demanda Abbott, qui commençait déjà à en avoir une petite idée.

« Red John n'aurait jamais confié les rênes de son association à une seule personne, il était bien trop malin pour ça. C'est peut-être à Pike qu'il en a confié la direction, mais il doit forcément y avoir d'autres personnes. D'autres agents dormants, si vous voulez, qui auront été transféré ici en même temps que Pike. Peut-être même que celui-ci n'était même pas au courant, au départ, mais d'autres membres ont dû se manifester à lui. L'Association n'était alors plus assez puissante pour le protéger mais elle devait fonctionner en sorte de mini-cellule. Deux-trois personnes maximum, je dirais. Une sorte d'exécutif de base pour l'Association, avant de commencer à recruter quelques membres. »

Puis il s'adressa à l'agent qui se tenait près de lui, l'air quelque peu perplexe.

« Vous pourriez me trouver la liste des transferts effectués depuis le bureau de Californie ».

Et en effet, peu de temps après, le dossier de Douglas Bridge se trouvait entre les mains de Jane. Le teint pâle, les cheveux d'un blond clair et les yeux bleu délavé, il était l'opposé de Marcus Pike. Cependant, tout comme lui, il avait été transféré au moment de l'affaire Red John à Austin. Ce pouvait n'être qu'une coïncidence mais Jane ne croyait plus au hasard, seulement à son instinct, qui ne lui avait jusque-là pas fait défaut. Et son instinct lui disait en ce moment même que l'homme qui le fixait depuis la mince photographie de papier glacé était le second Red John engendré par la volonté de Thomas McAllister.

Seulement, si le shérif avait été inspiré de confier la gestion de sa création à un homme de la stature de Marcus Pike, c'était à se demander quelle mouche l'avait piqué le jour où il avait décidé de faire de même avec Douglas Bridge. À peine les agents Cho et Fischer avait sonné à sa porte et expliqué le motif de leur visite qu'il avait fondu en larmes, arguant qu'il n'avait accepté les avances du shérif McAllister que pour sauver sa peau, pas par quelconque conviction. Il n'était pas difficile de remarquer que le jeune homme semblait vivre dans une terreur permanente qu'un tel jour vienne à se présenter.

« Mais l'autre gars », grelotta-il entre deux sanglots, « Pike, je crois. C'est autre chose. Aussi allumé que le shérif, si vous voulez mon avis », ajouta-il en baissant la voix.

Dans son flot de paroles interrompu uniquement par quelques reniflements, il leur avait appris ce que Jane avait deviné à l'autre bout du pays. Chacun des deux hommes avaient été présentés à l'autre comme un numéro d'urgence mais avaient séparément reçu le même discours sur leur position de leader futur. Pour communiquer, ce qui, d'après Douglas, n'était jamais arrivé jusqu'alors, ils avaient reçu un téléphone des mains de Red John.

« Ca fait des années, je ne suis même pas sûr que ce truc marche encore. »

« Vous allez vite être fixé », l'informa Cho, « car nous avons besoin que vous l'appeliez ».

« Qui ça ? », s'étrangla le garçon, « L'autre taré ? Jamais ! »

« C'est ça ou on vous arrête pour association de malfaiteurs, enlèvement, séquestration et j'en passe ».

« Hé, j'ai rien fait moi ! », se récria-t-il avec véhémence, « Ça va, je vais le faire ».

Alors qu'il appelait le seul numéro inscrit dans le répertoire numérique, Cho bouillait. Il ne supportait pas de savoir Lisbon en danger et désormais, chaque minute comptait. Inconsciemment, il priait pour que ne pas avoir à entendre le jeune homme lui dire que personne ne répondait ou que la ligne n'était plus en service. Cependant, au bout de quelques sonneries, Pike décrocha.

« Allô ? »

Mise sur haut-parleur et relayée dans les bureaux de Washington, le ton se faisait menaçant dès la première syllabe. En fond, un bruit de moteur, de route. Il était en voiture.

« P… Pike ? C'est Douglas. Douglas Bridge. », bredouilla ce dernier.

« Qu'est-ce que tu veux ? »

« Savoir si tu as besoin d'aide… c'est pour ça que je suis là. Enfin, que le shérif m'a donné ce numéro ».

Pike hésita. Ce mouflet ne lui disait rien qui vaille depuis la première fois où il l'avait vu mais il était la seule personne vers qui il pouvait se tourner. Or, dans sa situation actuelle, il aurait bien eu besoin de renforts. Mais l'orgueil qui voilait l'âme de Pike faisait qu'il préférait échouer seul que vaincre avec une assistance et c'est ainsi qu'il raccrocha après avoir lancé ces mots glaçants :

« Je ne suis peut-être pas le shérif, je ne serai probablement jamais à sa hauteur mais je n'ai besoin d'aucune aide. Jamais. Si je ne parviens pas à restaurer l'Association à sa gloire d'antan, j'aurai au moins la satisfaction d'avoir accompli ma vengeance en tuant Teresa Lisbon ».