Sirènes hurlantes, trois voitures de police filaient en direction du fleuve, talonnées par une ambulance et deux voitures du FBI. La vitesse du convoi était telle que l'on pouvait se demander comment les conducteurs des véhicules n'en perdaient pas le contrôle mais, pour Patrick Jane, assis sur le siège passager de l'un d'entre eux, rien n'allait assez vite. La célérité de la lumière même n'aurait pas suffi le satisfaire. Il aurait fallu qu'il soit déjà là. Qu'il ait compris les intentions de Pike plus tôt. S'en vouloir ne les ferait pas accélérer mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Lisbon ne risquait pas de repartir avec Pike, cela il en était sûr lorsqu'il l'avait laissée se rendre à Washington. Lors des premières heures où il avait commencé à soupçonner que quelque chose s'était mal passé, il s'était demandé s'il n'aurait pas dû douter de l'empressement de la jeune femme à reprendre contact avec son ex-fiancé. Maintenant, il le savait plus que jamais, ce n'était pas sur elle que ses craintes auraient dû porter, mais bien sur l'ex-fiancé en question. À présent, il était trop tard, il était certain de cela aussi.
À l'instant-même où Pike avait décroché pour répondre à Douglas, les techniciens du FBI s'étaient affairés pour le localiser. Aucun signal GPS ne s'était manifesté mais cela n'avait pas réussi à décourager les informaticiens. À quelques secondes près, ils parvinrent à utiliser la triangulation par satellite. Lorsqu'ils découvrirent le chemin parcouru par Pike, Jane compris aussitôt le plan machiavélique de ce dernier. Faire passer la mort de Lisbon pour un accident lors de son transfert à l'aéroport. Dans les eaux glacées du Potomac, les indices seraient vite effacés. Sans compter la haute probabilité de voir corps et scène de crime s'en aller reposer sur les fonds pendant plusieurs années avant d'être jamais découverts. Mais cette rapidité de compréhension et de recherche, Jane en était persuadé, ne servirait à rien. Pike avait trop d'avance sur eux. Lui, Patrick Jane, ne lui avait laissé que tout le temps nécessaire pour mettre son plan à exécution. Inconsciemment, il se mit à serrer les poings, ce que ne manqua pas de remarquer Dennis Abbott, malgré sa grande concentration dans la manœuvre de sa Ford Crown Victoria.
« Ne vous en faites pas, Jane, tout va bien se passer. », dit-il d'un ton qui se voulait rassurant.
« Merci Dennis mais vous faites un piètre menteur. C'est trop tard et vous le savez aussi bien que moi. »
« Pike est peut-être un salaud mais il n'est pas idiot ! », répliqua Abbot, « Il sait très bien que son plan est tombé à l'eau et que personne ne le croira plus s'il venait à avancer la thèse d'un accident. Il aurait tout à perde à… »
« Parce que vous croyez qu'il a encore quelque chose à perdre ? », s'emporta Jane, « Les seules choses qu'il avait à perdre, il les a perdues. La Blake Association ne se relèvera pas, il le sait pertinemment. Et Teresa… Teresa est à ses côtés, mais de force, et il sait qu'elle ne sera plus jamais avec lui que par la force des choses et jamais plus de sa propre volonté. Il a failli Thomas McAllister, il a perdu la femme qu'il aimait, sa carrière est détruite. Si j'étais à sa place, Dennis, je ne prendrais même plus la peine de faire croire à un accident. Je foncerais droit dans l'eau. »
Le silence retomba dans la voiture, pesant. Il ne fallut cependant pas longtemps aux deux hommes pour se rendre compte que le calme ne venait pas seulement de l'intérieur du véhicule mais aussi de l'extérieur. Les sirènes s'étaient arrêtées. Le chemin qu'ils avaient parcouru durant leur échange les avait amené sur la même route prise par Pike et Lisbon quelques temps auparavant mais tous deux savaient qu'aucune des voitures les accompagnant n'aurait pu atteindre la rive du Potomac si tôt. Abbott ralentit afin de passer un virage en épingle et c'est au vu du spectacle qui se déroula sous leurs yeux qu'ils comprirent.
Les voitures de la police et l'ambulance s'étaient garées sur le bord de la route et les occupants en étaient descendus. À peine Abbott s'était-il rangé à leurs côtés que Jane sauta du véhicule. L'endroit où il se tenait était connu par les pêcheurs qui fréquentaient le coin pour être l'un des plus dangereux de la route. Si le virage pris par Abbott quelques minutes plus tôt était mal négocié, il n'y avait d'autre choix que d'aller tout droit. Et tout droit, Jane le comprit bien avant de l'avoir vu, c'était le vide. Avec un sentiment de nausée comme il n'en avait jamais eu, il se dirigea vers le bord du précipice et, l'horreur lui tenaillant les tripes, se pencha. À ce qui semblait être des kilomètres plus loin, tout au fond du ravin, se distinguaient au travers d'un panache de fumée et de flammes rougeâtres, la carcasse de ce qui avait été une voiture très semblable à un taxi.
