Trois mois plus tard, le soleil brillait de tout son éclat dans le ciel californien. Sur les immenses étendues de sable se prélassaient déjà une nuée de vacanciers, prenant quelques clichés des surfeurs locaux affrontant les vagues. Les bords de mer grouillaient de monde et les rares endroits où l'on pouvait s'assoir étaient pris d'assaut. Deux cônes de crème glacée à la vanille dégoulinants dans une main, l'autre en visière sur son front, Patrick Jane tentait de repérer Teresa Lisbon. Il la dénicha finalement posée sur un banc à quelques pas de la plage.

« Tu as chassé un touriste à coups de béquilles pour avoir cette place ? », railla-t-il en s'asseyant à ses côtés.

« Continue et c'est toi que je ne vais pas louper ! »

Son éclat de rire la fit vite grimacer. Si elle n'y prenait pas garde, ses côtes lui rappelaient un peu trop cruellement qu'elles n'avaient pas encore fini de se ressouder complètement.

« Tout va bien ? », demanda Jane en lui passant doucement la main dans les cheveux.

« Très bien. »

Son sourire s'élargit un peu plus lorsqu'elle regarda le visage de son compagnon.

« Tout va très bien. »

Elle s'étonnait parfois encore d'être capable de donner cette réponse. Plus souvent encore, elle se demandait comment elle avait fait pour réchapper au cauchemar dans lequel l'avait plongée Marcus Pike. Trois mois auparavant, elle s'était réveillée dans une chambre d'hôpital, dans une douleur si intense qu'elle en avait instantanément perdu connaissance. La fois suivante, elle avait réussi à rester éveillée assez longtemps pour s'entendre énumérer la liste de ses blessures : traumatisme crânien, côtes brisées, risque de paralysie des jambes…

L'équipe de médecins qui la suivait n'avait pas donné beaucoup d'espoir à ses proches. La voiture avait fait un plongeon vertigineux dans le vide et Lisbon était très grièvement blessée. Si elle parvenait à sortir de son coma, ce dont ils doutaient déjà, les séquelles seraient nombreuses et probablement graves. Ce qu'en revanche, personne ne savait, c'est que juste avant de refermer les yeux, Lisbon avait aperçu le visage anxieux de Jane penché au-dessus d'elle et cette dernière image qu'elle avait emportée dans ses songes lui avait inconsciemment insufflé une force à toute épreuve.

La semaine suivante, elle s'était réveillée pour ne plus se rendormir. Avait alors commencé une longue rééducation. Elle avait dû réapprendre à marcher et il lui avait fallu des semaines avant de pouvoir parler sans que ses mâchoires ne lui fassent mal. De l'accident, elle ne se souvenait de rien. Le noir le plus complet. Elle savait simplement qu'elle avait une chance inouïe d'être en vie. Ce qui n'était pas le cas de son bourreau. Elle l'avait vite appris, Marcus Pike était mort sur le coup, ce qui semblait d'ailleurs arranger tout le monde. La boucle était bouclée, Lisbon était sauvée et vengée. Voilà ce qu'avait claironné Jason Wylie lorsqu'il l'avait accueillie à l'aéroport d'Austin, disant là tout haut ce que chacun pensait en son for intérieur.

Cependant, même s'il avait failli la tuer et lui avait fait passer les pires moments de son existence, ce qui n'était pas peu dire, Lisbon ne parvenait pas à se réjouir à l'idée de la mort de Pike. Elle l'avait aimé, malgré tout, et elle savait que c'était cette blessure-là qui mettrait le plus de temps à guérir. Elle s'aperçut qu'elle était toujours en train de fixer Patrick Jane et une vague d'émotion la submergea, à tel point qu'elle dut se détourner pour ne pas qu'il voit la larme qui venait de couler sur sa joue. Ce n'était toutefois pas de la tristesse qu'elle ressentait, mais un soulagement profond. Certes, Pike était mort, et une partie d'elle-même à laquelle elle ne pouvait résister le regrettait. Mais d'un autre côté, il était mort et avait lui s'était envolée la menace qui pesait sur elle. Plus particulièrement encore était morte avec lui la Blake Association. Red John ne risquait plus jamais de venir troubler leur bonheur.

D'un geste aussi rapide que ses membres encore meurtris le lui permirent, elle entrelaça ses doigts dans ceux de Jane et sans un mot, ils regardèrent l'horizon qui s'étendait au loin et, pour la première fois depuis des années, pour l'un comme pour l'autre, aucun nuage ne se profilait.