«Je serais l'accident sur le bord de la route. Je serais le napalm qui s'accroche à la peau.
Qui tourne autour de ton âme, c'est moi le torero. Qui remue dans la plaie, je serais le couteau.
Rien ne sert de t'enfuir, je te rattraperais. Même en haut de ton empire, nous viendrons te chercher.
Je serais comme une ombre à chacun de tes pas. Comme une maladie, qui frappe et qui s'en va.
Tu peux faire ta prière, j'ai fini de jouer.»
Comme une ombre – Damien Saez
Tainted Love
Chapitre III
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Une route monotone bordée de champs verdis par les hautes herbes et de forêts s'étendant sur plusieurs hectares défilait sous les yeux d'Hannibal Lecter. La main gauche posée sur son volant en cuir et la droite fermement serrée sur le levier de vitesse, il bravait les kilomètres à une vitesse impressionnante. Rien ne pouvait le distraire de sa concentration. Il fixait le bitume et l'horizon qui semblait s'éloigner de son bolide noir de collection. Son cœur battait si vite qu'il pouvait l'entendre à l'intérieur de son crane et cette sensation lui était fortement déplaisante; du fait premièrement qu'il n'arrivait pas à le contrôler et deuxièmement que cela lui était douloureux. Une rage intense avait envahit son corps et ne l'avait plus quitté. Laisser Will entre les mains d'un autre psychiatre avait déjà été une épreuve mais que cette expression passe au sens littéral du terme avait brisé quelque chose en lui. Cette jalousie, cette possessivité et cette obsession qu'il tentait de maîtriser été devenue incontrôlable. Lui seul avait le droit de toucher Will, de le manipuler, de le posséder et de le compliquer psychologiquement. Lui seul devait avoir emprise sur lui, être dans sa tête, l'obséder. Hannibal avait travaillé tellement dur pour accomplir ses desseins... Frederick Chilton avait tout gâché, souillé, détruit.
Le yeux du psychiatre se plissèrent et sa mâchoire se contracta. Une veine saillante ressortait sur sa tempe gauche et un sang chaud s'y déversait. Il ralentit lentement et freina sur quelques mètres quand il fut à destination. Une large maison blanche s'étendait devant le véhicule arrêté sur un chemin de terre. Un attaché-case à la main, il se dirigea vers l'immense porche où se logeait une porte tout aussi blanche que le reste de la demeure et sonna plusieurs fois.
« Oui ? J'arrive » La porte s'ouvrit lentement devant le Cannibale qui tentait de paraître le plus naturel possible. « Dr Lecter, quelle surprise ! Qu'est-ce-qui vous amène ? »
« Dr Chilton. J'aimerais discuter de Will Graham si vous le permettez. Puis-je entrer ? »
Quand Hannibal vit le docteur déglutir à son annonce, il ne put réprimer un sourire. Son calme légendaire était revenu, il était confiant.
« Euh... Bien entendu, je vous en prie, entrez »
Les deux hommes pénétrèrent dans un vaste salon immaculé. Plusieurs étagères s'étendaient sur les murs, toutes pleines à craquer de divers livres médicaux. Un lustre du siècle passé pendait au dessus de leurs têtes et la lumière traversant les immenses fenêtres bordées de rideaux blancs venait se réfléchir contre les ampoules en cristal. Chilton invita son collègue à s'asseoir sur un des trois fauteuils en cuir entourant un bureau en chêne massif où prenaient place divers papiers et dossiers ainsi que plusieurs stylos de marques. Le docteur s'assit en face de Lecter et le fixa un instant comme attendant une sentence inéluctable. Mais le silence demeura. Hannibal s'amusait avec les nerfs de son vis-à-vis, qui semblaient être à vif. Il voulait attendre, voir ce que cette ordure allait dire avant qu'il n'aborde le sujet de Will.
Le directeur de l'hôpital psychiatrique de Baltimore ne supportait plus ce silence pesant et brisa le silence avec appréhension.
« Est-ce que Will va mieux ? Il vous a dit quelque chose ? Je dois vous avouer que je me suis beaucoup inquiété et j'ai beaucoup hésité avant de faire appel à vous. Mais vous me sembliez la meilleure solution. Vous connaissez Will Graham bien mieux que moi... Et lors de notre dernière séance quelque chose s'est passé en lui que je n'ai pas compris. Il s'est replié sur lui même et n'a plus voulu communiquer. »
« Mieux. Je ne pense pas que l'on puisse dire qu'il va mieux. Will Graham ne m'a rien dit. Il n'en a pas eu besoin. »
Le psychiatre ponctua sa phrase d'un regard intense et particulièrement agressif. S'il avait pu, il aurait tué net le docteur Chilton. Ce dernier ressentait une pression psychologique intense, se traduisant par une oppression corporelle intérieure. Son corps transpirait, ses mains se mirent à trembler et devinrent moites; il avait compris. Il savait. Il se devait de continuer la conversation en bon professionnel mais une peur incontrôlée montait en lui.
« J'aimerais avoir votre talent et votre professionnalisme Dr Lecter. J'ai eu énormément de mal à le faire coopérer. »
« Qu'en avez-vous tiré ? »
« Rien de bien satisfaisant... Professionnellement parlant je veux dire. » Son ego surdimensionné prenait le dessus. « Toutefois, il commençait à montrer des signes d'améliorations vitaux. Sa santé s'est clairement améliorée depuis qu'il est ici »
« Vous pensez? Vu l'état dans lequel je l'ai trouvé, je ne dirais pas ça... »
« Tout allait pour le mieux, je peux vous l'assurer. J'ai fait appel à vous parce-que je cherche une explication. Nous pouvons travailler ensemble, pour Will »
Entendre le prénom de son patient dans la bouche de son rival était une torture pour lui. Hannibal ferma les yeux et s'imagina un instant lui arracher la langue avec calme et délicatesse. Quand il les ré-ouvrit, un sourire malsain apparu sur ses lèvres. Plus jamais Frederick Chilton ne prononcerait le nom de Will Graham.
Le directeur regarda Hannibal se lever tranquillement de sa chaise. Soudain, une douleur aiguë lui fit perdre connaissance, accompagnée d'une légère pression qui lui traversa le bras gauche. Ses yeux se fermèrent lentement et le néant l'envahit. Quand il les ouvrit à nouveau, flou était son champs de vision et il se concentra alors sur ses autres sens. Froid et dur. Il était allongé sur quelque chose de métallique, probablement une table médicale, ou un plan de travail. Attaché et oppressé. Des liens lui étreignaient les cuisses, les poignets et le torse. Un hôpital ? Il sentait une odeur de médicaments et d'alcool... Cette senteur semblable à toutes les salles de chirurgie. Peu à peu, sa vision s'éclaircit et son appréhension augmenta jusqu'à atteindre le paroxysme de la peur quand il vit clair. La nuque plaquée contre le métal rigide, ses yeux se braquèrent au plafond et ses larmes coulèrent lentement jusqu'au lobe de ses oreilles. Il vit le visage d'Hannibal apparaître dans son champ de vision, sévère et grave.
« Qu'est-ce-que... »
« Chuut. N'essayez pas de parler. Le produit circulant dans votre organisme est en-train de détendre vos muscles de manière à ce que vous ne puissiez même plus ouvrir la bouche, donc... Ne vous fatiguez pas... Pour ce que vous avez à dire de toute façon... »
« Je... Hannibal... Que... »
« Quoi ? Cela ne vous plaît pas ? D'être attaché ? Drogué ? Je crois au contraire que ce sont des pratiques que vous affectionnez Dr Chilton »
Le-dit docteur n'arrivait plus à articuler et préféra clore ses lèvres. Hannibal le regardait simplement réagir. Le regard du psychiatre effrayé et complètement perdu était un spectacle jouissif pour lui. Frederick eut pour dernière force de laisser choir sa tête sur le côté et de fixer son bourreau, dans une tenue plastifiée des pieds à la nuque, préparant quelque chose qu'il ne pouvait voir, sur une petite table juxtaposée à son lit de mort. Quand le Cannibale se retourna, un sourire malsain apparut sur ses lèvres. Il tenait un scalpel dans sa main droite et fixait sa victime avant d'ordonner son jugement dernier.
« Ne vous en fait pas. Vous ne sentirez rien, enfin... Je l'espère pour vous. Vous n'allez pas tarder à vous endormir et perdre complètement connaissance. Vous serez vivant, du moins, les dix prochaines minutes, mais vous ne pourrez plus, ni ouvrir les yeux ni emmètre le moindre son. »
Une fois sa proie complètement détendue et inerte, Hannibal se plaça sur son flan, déboutonna sa ceinture, baissa légèrement son pantalon ainsi que son boxer. Il posa délicatement son scalpel à la base du sexe du psychiatre et incisa avec précision. Ses mains s'ensanglantèrent rapidement mais cela ne semblait avoir aucun effet sur lui. Une concentration des plus profondes pouvait se lire sur son visage et dans son regard braqué sur son travail. « Vous n'aurez plus besoin de ça, Docteur Chilton... » Hannibal Lecter l'avait purement et littéralement castré. Le pénis et les testicules du directeur étaient posés sur une serviette bleue près de lui alors que le psychopathe continuait sa besogne. Il lui remonta le pantalon et rattacha sa ceinture; le tissu marron de son vêtement se tâcha rapidement d'un sang épais qui coulait abondamment de son entre-jambe. Hannibal pouvait s'enivrer de la vie qui s'échappait lentement de son chef-d'œuvre quand il déboutonna sa chemise afin d'avoir accès à sa poitrine. Scalpel aiguisé toujours en main, il entailla la peau blanche de Frederick Chilton et précisa sa marque avec une petite scie chirurgicale. Afin de travailler proprement, il tint la cage thoracique de sa victime ouverte avec un instrument destiné à cet effet. Alors qu'il arrachait le cœur encore chaud de l'homme décédant entre ses mains, un bien être exceptionnel s'installa en lui. Il pouvait sentir son propre rythme cardiaque redescendre à une fréquence normale et il inspira et expira profondément, visiblement fier de lui. Hannibal déposa l'organe à côté des parties intimes du directeur et vint se placer derrière lui. Il passa une de ses mains ensanglantée dans les cheveux bruns qui se trouvaient sous lui et les serra avec vivacité, faisant pencher sa tête en dehors de la table. Une rage incontrôlée le reprit et dans un élan d'intensité il trancha le crâne de l'homme déjà mort depuis quelques minutes. Sa boite crânienne s'ouvrit comme une boite de conserve et son cerveau apparent allécha le Cannibale. Ce dernier plongea ses deux mains dans la tête ouverte du directeur de l'hôpital de Baltimore. Il sectionna son cerveau, vint le poser à côté des autres parties précédemment récupérées et se recula afin de contempler son travail fini.
Un sourire satisfait se dessina sur les lèvres d'Hannibal Lecter et il resta là quelques minutes, admirant son œuvre. Avant de quitter la pièce, il emporta les parties génitales, le cœur et le cerveau de Chilton jusqu'à la cuisine de celui-ci. Il ouvrit plusieurs placards pour trouver ce qu'il cherchait. « Parfait » Déclara-t-il posément. Le psychiatre plaça un mixeur alimentaire sur le plan de travail devant lui, déposa ses trophées à l'intérieur puis le démarra. Un jus rouge commença à buller sous ses mains qui tremblaient des vibrations de l'appareil. Quand ce dernier s'arrêta, le liquide devint homogène. Hannibal se dirigea vers le lave-vaisselle encastré et l'ouvrit pour y prendre un long verre à cocktail. Il déversa sa mixture à l'intérieur et décora le tout d'une paille et d'une ombrelle en papier puis déposa le verre dans le frigo du directeur. Il pouvait maintenant ranger sa tenue de travail et s'en-aller; mais avant de quitter l'immense demeure, il retourna chercher quelque chose dans le bureau de Frederick Chilton. Il tenait présentement entre ses mains, une lettre stipulant que le Docteur et Directeur de l'établissement psychiatrique abandonnait les consultations de Will Graham et laissait le patient aux soins de son ancien psychiatre, Hannibal Lecter. Ce dernier avait prit soin de droguer juste assez sa victime afin qu'il puisse signer ce papier, avant de lui asséner un coup derrière la nuque.
Fier et finalement calmé, Hannibal Lecter reprit la route vers la prison psychiatrique où son patient l'attendait. Une impatience et une excitation presque enfantine envahit son être quand il pénétra à nouveau dans l'établissement. Les deux gardes postés à l'entrée de l'allée où se trouvait la cage de Graham, l'escortèrent une fois le justificatif en mains. Quand Will vit arriver son psychiatre accompagné des deux infirmiers, il se leva de son lit. Une incompréhension des plus totales put se lire sur son visage quand on lui ouvrit les barreaux en fer rouillés sous les yeux.
« Vous êtes libre Mr Graham. Prenez vos affaires et sortez. »
« Mais je... Comment avez-vous ? »
Le jeune homme regardait son médecin qui lui sourit pour seule réponse. Il ne voulait même pas prendre la peine de se changer et sortit avec sa combinaison psychiatrique bleue-verte. Après plusieurs formalités remplies par Hannibal, Will le suivit jusqu'à sa voiture. Il regardait son psychiatre prendre place au volant quand il aperçut quelque chose d'indéchiffrable dans son regard. Il ne voulait pas lui demander, il ne voulait pas savoir comment il avait réussi à le faire sortir de là. Le plus important était là : il était libre, et de nouveau avec Hannibal. Will se tourna vers ce dernier et déclara timidement :
« Merci... »
« Une promesse est une promesse. Je vous ramène à la maison »
Merci encore pour vos Follows et vos Feviews! Tout ça me fait énormément plaisir et m'encourage.
En espérant que ce chapitre vous plaira.
La suite de Now You See Me arrivera quand j'aurais fini cette mini fiction qui ne comportera que 4 chapitres. Celui-ci étant donc l'avant-dernier.
Enjoy :3 And, Happy Halloween ._.
