La foule s'agglutinait dans la grande salle. La noblesse, l'aristocratie, la royauté se cessaient de s'émouvoir devant tant de talent et de beauté. On flattait le talent de Zelena, sa prouesse inégalée jusqu'alors. La princesse recevait ces éloges, avec modestie. Léopold recueillait un peu des lauriers de sa fille en prônant que l'éducation qu'il lui avait transmise était la source même de cette magie prodigieuse.

Et dans l'ombre, Cora observait, le regard et l'âme toujours plus noire. Elle aimait Zelena cela va sans dire. Cependant, elle s'attirait ainsi la lumière et Cora était reléguée au second plan de cette magnifique fresque royale. Le bonheur était amer.

La princesse Eva s'avança jusqu'à l'épouse du roi Léopold un sourire narquois sur le visage. Les années n'avaient pas effacé cette éternelle rancune qu'Eva avait contre Cora car elle en demeurait certaine : Zelena n'était pas la fille de Léopold quand bien même elle n'en avait pas encore la preuve formelle.

- « Je me dois de féliciter la poule pondeuse du royaume, la darda-t-elle en guise de salutations. Il doit être bien douloureux d'être ainsi délaissée par ses pairs.

- J'ai au moins une haute situation, ce qui n'est pas votre cas, répliqua Cora. A ce rythme, vous finirez vieille fille.

- Toujours est-il, ma chère, que j'ai un titre royal sans avoir été obligé de défaire le nœud de l'hymen pour se faire...

- Contrairement à vous, j'ai bien d'autres talents. »

Ces enfantillages n'étaient plus d'usage, et pourtant cette vieille querelle les poursuivait encore. Elles voulaient, chacune, se faire plus grande que l'autre. Aucun ne voulait céder du terrain.

- « En quoi ?, lança Eva. Dites-moi. Je meurs d'envie de découvrir vos innombrables talents.

- J'en ai un qui surpasse les autres de beaucoup. »

Sa fille était capable de donner vie à un lion mécanique elle se devait de faire quelque chose de plus surprenant encore.

« Je sais changer la paille en or. »

Les yeux d'Eva brillèrent. Elle sentait le mensonge, comme elle avait pu deviner sa présence il y a quelques années. Elle attira l'attention des autres convives en tapotant sur un des verres de cristal à leurs dispositions. Tous se tournèrent vers elle, intrigués. Lambert s'assit et Zelena posa sa main sur son encolure.

« La reine vient de me confier qu'elle sait changer la paille en or. » répéta Eva.

Les murmures se firent entendre, bourdonnant et fourmillant à travers la salle. Zelena détailla sa mère, surprise de cette confession pour le moins inattendue. Cora baissa un court instant les yeux vers le soleil, avant de se confier d'une dernière dignité avant la sentence.

- « Pourquoi m'avoir caché ce don, mon amour ?, s'étonna Léopold.

- Le royaume vit dans l'opulence, il n'y en avait pas la nécessité, se justifia-t-elle avec aplomb.

- Oh Mère, montrez-nous !, s'écria Zelena avec envie. S'il vous plaît. »

Cora se contint et afficha un air entendu. Néanmoins, en croisant le regard de sa mère, Zelena réalisa son erreur bien qu'elle n'en mesurait pas encore l'ampleur.

- « Allons, ne nous faites pas languir plus longtemps, la pressa Eva. Montrez-vous.

- Je ne le peux. Je préfère m'adonner à mon ouvrage la nuit, lorsque je suis seule. »

Eva esquissa un sourire, elle fit taire un gloussement, savourant déjà sa victoire. Elle savait que la reine ne pourrait se dérober à une telle promesse.


La fête s'était terminée un peu plus tard, apaisée. Cora faisait de grands pas dans sa chambre. On avait fait amener de la paille par centaines. Lorsque le soleil se lèverait, faisant s'abattre la honte, Eva serait triomphante.

« Bonsoir, Dearie. On dirait que quelqu'un a surestimé ses compétences. »

Cora découvrit l'intrus. Il était nonchalamment assis à un de ses fauteuils, comme s'il en avait l'habitude. Il était vêtu d'un costume écailleux. Sa peau granuleuse et brillante lui donnait un aspect monstrueux et ses yeux jaunes ne faisaient que rajouter à son inhumanité. Il croisait ses longs doigts fins, guettant sa proie.

- « Qui êtes-vous ?, demanda Cora.

- Mon nom importe peu... Ce que tu dois savoir c'est que moi, je sais filer la paille en or, jubila-t-il.

- Que voulez-vous en échange ?

- Que dirais-tu de cette babiole ? »

L'étrange personnage se saisit d'un collier orné de pierres précieuses. Cora donna son consentement elle devait pouvoir marcher la tête haute devant Eva et le royaume.


Cora présenta la paille, à présent filée comme des pelotes de laine. A leur éclat doré, on devinait la noblesse du matériau qui les composaient à présent.

Eva cacha difficilement son désarroi.

Comment cela était-il possible ?, songea-t-elle, désabusée.

Alors, plus orgueilleuse que jamais, Eva défia la reine de renouveler ce miracle. Cora accepta, par fierté. On fit amener plus de paille encore. Et, une nouvelle fois, le monstre aux yeux jaunes réapparut dans la pièce.

- « Que voulez-vous en échange ?

- Ma foi, cette couronne fera bien mon affaire. »

L'étrange personnage se saisit d'une couronne de fine orfèvrerie. Cora donna son consentement elle devait pouvoir marcher la tête haute devant Eva et le royaume.


Le lendemain, de nouveau, la félicité couvrit Cora. On chantait ses louanges. Eva courbait l'échine mais la défia une dernière fois. On fit amener de la paille jusqu'à en gorger la chambre de la reine.

Alors, une troisième fois, cet homme monstrueux aux vêtements écailleux lui rendit visite. Cora lui demanda son prix. Alors, il se leva, fit crisser un de ses longs ongles crochu sur la coiffeuse. Il leva les yeux pour croiser son regard. L'éclat jaune de ses yeux à cet instant était d'une lueur malsaine. Il se fendit d'un sourire, se délectant du prix qu'il allait quémander.

« Ta fille. », siffla-t-il.


Notes :

Le prochain chapitre sera aussi le dernier de cette fic.