Voici le dernier chapitre.

Bonne lecture !


« Ta fille. », siffla-t-il.

Cora prit un instant pour comprendre sa demande.

- « Pourquoi ma fille ?

- Il n'y a rien de plus précieux qu'un enfant, n'est-ce pas, Dearie ?

- Ma fille vaut plus que tout l'or que vous pourriez faire de cette paille. »

Il rit, de ce rire glacial et sans vie qui pénètre jusque l'âme. Cora tressaillit, guère impressionnée bien que son aspect effrayant la repoussa quelque peu.

- « Dans ce cas, vous devriez m'apprendre la magie, décréta-t-elle.

- Pourquoi diable ferais-je une chose pareille ?

- Parce que ma fille faut bien plus, comme je vous l'ai dit. Elle est érudite et connaît l'art de la magie. »

L'homme hésita puis finalement hocha la tête ; le contrat fut ainsi passé.

« Pour une chose aussi importe, je préfère coucher cela sur le papier, si vous n'y voyez pas d'inconvénients. »

Cora s'assit à son bureau. Elle trempa sa plume dans l'encrier puis rédigea le contrat. Le plume crissait et courait sur le papier. L'homme s'approcha dans son dos pour lire le contrat. Cora se tourna vers lui. Leurs visages étaient proches.

- « Quel est votre nom, déjà ?, demanda-t-elle suavement en regardant ses lèvres.

- Ceci importe peu. De plus, connaître le nom d'une chose nous donne du pouvoir sur celle-ci.

- Vous craignez de me donner du pouvoir sur vous ?, susurra la reine.

- Personne n'est au-dessus de moi, siffla-t-il catégorique.

- Dans ce cas, comment appelleriez-vous ce qu'il y a entre nous ? »

L'homme regarda ses yeux, puis descendit encore une fois sur ses lèvres. Un œil se risqua même à contempler un fugace instant la rondeur de sa gorge pleine. Cora esquissa un sourire satisfait. Elle le lâcha pas du regard et lui tendit la plume.

« Certaines choses sont, pour l'heure, brumeuses et indéfinissables... » murmura-t-il, presque avec douceur.

Il signe le contrat son nom demeurant illisible dans l'écriture nébuleuse qu'était son écriture.

- « Nous nous verrons demain soir ?, demanda-t-elle.

- Cela va sans dire. »

Et il disparut dans un nuage de fumée ocre, sans laisser de trace de son passage.


Cora attendait nerveusement le retour de son bienfaiteur. Léopold ne tarissait plus d'éloges sur les talents de son épouse. Zelena était tout aussi admirative.

Cora attendait cette dernière entrevue avec angoisse.

« J'espère que ta fille a préparé sa malle.» gloussa-t-il de sa voix stridente.

Il s'avançait d'un pas léger et dansant. Son machiavélisme avait quelque chose de terrifiant.

- « Je ne laisserais certainement pas ma fille aux mains de Rumpelstilskin.

- Tu as donc découvert mon nom, Dearie. Grand bien te fasse.

- Vous ne croyez pas si bien dire. »

Cora déroula le contrat, celui-là même qu'ils avaient signé pas plus tard que la veille.

- « Je connais ce contrat. Je n'ai pas besoin de le lire, lança-t-il durement.

- Pourtant vous n'avez pas lu ces lignes. »

Le grand Rumpelstilskin se figea, écoutant.

- « Lorsque le nom de celui qui file la paille en or sera révélé, il annulera le contrat dûment mentionné, lut Cora, victorieuse.

- Impossible.

- J'ai eu un peu de mal à obtenir votre nom. De fait, beaucoup l'écorche. »

Rumple fit apparaître le contrat dans sa main. Il le lut avec attention, son nez touchant presque le papier. Ses traits se durcissaient. Sa colère défigurait son visage.

« Vous aviez raison, déclara la reine, connaître le nom d'une chose nous confère un pouvoir sur celle-ci. »

Il bouillonnait à présent de rage amère.

Zelena poussa alors la porte. Elle entra, suivit de Lambert.

« Mère, regardez, il est plus vivant à présent. »

En effet, Lambert avait troqué le bois de son épiderme au profit d'une fourrure soyeuse et d'une crinière fournie. Cora n'y accorda pas attention. Elle se plaça entre sa fille et Rumpelsilskin.

« Il te reste beaucoup de choses à apprendre, siffla le monstre. La leçon du jour me paraît instructive : la magie est le plus grand des pouvoirs. »

Il claqua des doigts. Zelena disparut, happé par un nuage ocre.

« Non ! », hurla-t-elle à s'en déchirer la voix.

Cora tenta de l'atteindre mais elle avait disparu en un battement de cils.

Rumpelstilskin s'évapora. Il pesta encore, maudissant cette femme. Par sa faute, il ne pourrait jamais utiliser Zelena pour lancer le Sort Noir.


Cora avertit Léopold en hâte. Ce dernier leva son armée aussitôt tous devaient partir à la recherche de la princesse. Eva faisait apprêter son attelage son séjour touchait à sa fin. Le roi faisait seller son cheval quand Eva l'interpella :

- « Il est étrange de vous voir vous donner tant de mal pour une bâtarde.

- Que dites-vous ?, s'indigna-t-il.

- Une servante m'a conté qu'un fromage fabriqué par votre épouse était rongé par les vers.

- C'était là de la malchance, répondit Léopold sans savoir où elle voulait en venir.

- Ignorez-vous que cela est un signe d'adultère ?

- Je vous demande pardon ? »

Cora tenta de retenir son époux par le bras, de l'éloigner de cette vipère, mais il n'en fut rien.

- « Zelena a de magnifiques yeux bleus, le portrait royal lui rend justice, poursuivit-elle.

- Certes...

- Pourtant aucun de vous n'a les yeux bleus..., releva-t-elle presque candide. Cela est étrange vous ne trouvez pas ? Ni vos parents, ni les vôtres. »

Se disant, sa voix se fit plus dédaigneuse à l'intention de Cora. Le cœur de cette dernière se serra.

- « Est-ce vrai ?, s'enquit Léopold à l'intention de sa femme.

- Oui, s'empressa de répondre Eva. Je suis allée rendre visite à ce meunier. Il a les yeux aussi noir que l'âne qui l'aide à transporter sa farine. Quand à sa défunte épouse, il m'a assuré qu'elle avait un regard sombre comme la nuit. »

- Si aucun des parents que l'ont attribuait à Zelena n'avait ce regard azur, alors il devait y avoir un mensonge. Léopold eut tôt fait de comprendre le raisonnement.

Eva partit, satisfaite de la discorde qu'elle venait de semer.

Le souverain Léopold fit volte-face. Cora soutint son regard dur et froid.

- « Mon paternel est couard et menteur, vous ne pouvez pas tenir ses paroles pour vraies.

- La princesse Eva atteste pourtant du contraire et je nourris une tendre amitié à son égard.

- Vous ne comptez pas croire les dires de cette princesse mièvre et rancunière ?, s'offusqua-t-elle.

- Pourquoi ne contestez-vous pas les abominations qu'elle a proféré contre vous ?, répliqua Léopold.

- Zelena a disparu, nous discuterons de ceci plus tard, mon amour. » tenta-t-elle de minauder.

Il resta de marbre. La honte d'avoir vu son honneur bafoué le rendit brièvement sans cœur. Sa voix raisonna dans la cour, puissante, accablante :

« Gardes ! Faites-là sortir du palais. De cet instant, elle est déchue de sa couronne. »

Cora essaya bien d'échapper à ces cerbères mais ces derniers étaient trop nombreux. Elle fut chassée sans préambule, sans autre chose que les habits qu'elle portait sur elle.


Zelena ne comprit pas ce qui lui arrivait. La chambre luxueuse du château se fana pour laisser place à une forêt sombre et silencieuse. La lune était pale et il était difficile de voir à plus d'un mètre devant soi. Elle agrippa Lambert par la crinière il était la seule chose rassurante à des lieues à la ronde. On entendait le vent murmurer, siffler entre les branches. Un hibou hulula un peu plus loin.

Soudain, une tornade se dessina au loin. Zelena s'agrippa d'autant plus fort que sa peur était grande. Elle se recroquevilla près du lion. Lambert rugit avec force et courage espérant faire peur à l'orage.

La tornade les atteignit bientôt et les engloutit. Un éclair émeraude zébra le ciel, fendant la tornade en deux. On entendit Lambert rugir une dernière fois dans l'Enchanted Forest avant que tous deux ne disparaissent.


La respiration de Zelena s'accélérait. Tout ce qu'elle connaissait avait disparu. Il y avait encore Lambert mais ce monde ne ressemblait en rien à chez elle. Elle apercevait au loin de petites maisons qui aurait pu abriter des nains ou des gnomes et une longue rue pavé de briques jaunes s'étendait à pertes de vues.

« Heureusement que tu es là, Lambert... », chuchota-t-elle.

Mais le lion ne se mouvait plus. La magie de Zelena était devenue instable à cause de sa peur. Le cœur de Lambert avait cessé de battre et le noble ami était désormais immobile, figé dans le temps à jamais.

Zelena dut expérimenter pour la première fois de sa vie, la solitude véritable. Il n'y avait plus personne. Les habitants de ce monde lui semblaient hostiles, peu aimables. Elle se replia sur elle-même, cultivant sa magie à loisir. La tristesse remplissait son cœur, cependant. Sa famille lui manquait terriblement. Elle aurait tout donner pour les revoir.

Il est deux fées qui sont connues pour être bonnes amies quoique totalement opposée. Faustine, fée de la félicité et du bonheur, pense que le passé est une source inépuisable de bien-être. Dolores, fée de la douleur, est convaincu que le passé ne peut laisser qu'une blessure cuisante dans la chair. Tiraillée par ce dilemme, elles mirent à disposition des gens, les galoches du bonheur.

C'est là une chose fascinante. Ces chaussures peuvent s'adapter à n'importe quel pied pour le mettre à son aide. Elles ont aussi la particularité de transporter la personne qui les chausse au temps et au lieu qu'il désire.

La coïncidence veut que Zelena les trouva quelque part sur ce chemin de tuiles jaunes. Intriguée, elle y glissa ses pieds et claqua le talon par trois fois. Les briques solaires disparurent. Zelena se trouva sur un sol carrelé finement. Elle connaissait fort bien ce sol, tout comme ces murs. Son père était occupé à rédiger quelconque contrat avec un pays voisin. Sa mère était plongée dans la lecture d'un livre. Lambert était couché sur le sol, sa lente respiration grinçant par moment. Quel doux souvenir ! Il n'y avait pas lieu plus agréable pour Zelena que celui-ci, dans son foyer, avec sa famille et son plus précieux ami. Le souvenir était aussi beau qu'il était douloureux. La petite fille sourit et les larmes coulèrent sur ses joues.

Le bonheur passé aspire à la nostalgie il peut toutefois déchirer le cœur le bien des manières lorsque l'on sait que ces moments ne se reproduiront jamais...

Dans l'Enchanted Forest, Cora fit valoir ses talents de fileuse d'or et épousa le prince Henry. Regina vit le jour à son tour. Et l'ancienne reine, déchirée par le deuil de sa fille disparue, s'arracha le cœur pour se prémunir de la douleur dont peut faire souffrir l'amour. Elle se jura d'élever sa fille cadette avec dureté, pour ne pas qu'elle connaisse le même destin que sa sœur aînée.

Léopold fêta bientôt ses épousailles avec la princesse Eva. Il aurait bientôt cette fille que l'on nomme Snow-White.

Malgré tout ce que Zelena avait fait pour changer son destin, celui-ci avait inexorablement rejoint la route initiale. Elle deviendra verte de jalousie, persuadée que si elle en avait été digne, sa mère l'aurait cherchée.

La Sorcière de l'Ouest d'un temps est la fille miséreuse de toujours. Quelle ironie de constater que le peu d'apaisement qu'elle eut lui venaient de ces galoches du bonheur. Un véritable conte de fées.


FIN.


Notes :

Je m'inspire du conte Les Galoches du Bonheur d'Andersen. Je fais un rapprochement entre ces galoches et les chaussures que donnent Zelena à Dorothy pour retourner dans le Kansas.

Faustine signifie « félicité » et Dolores « douleur ». Je leur ai donné un nom mais les personnages sont calqués sur les deux fées des Galoches du Bonheur de Andersen.

Au XIIIe siècle certains prétendaient que le fromage qui avait été fabriqué par une personne venant de commettre un adultère ne se conservait pas et était à bref délai envahi par les vers. ( )

Les interactions entre Cora et Rumpelsilskin sont inspirés du conte de Rumpelstilskin de Grimm.

Je vous remercie d'avoir lu cette fanfiction jusqu'au bout. A bientôt ^^