Le lendemain matin, petit-déjeuner à sept heures. Les étudiants de première année étaient bien plus frais que leurs aînés, ce que les professeurs remarquèrent rapidement. Pourtant, Elion avait l'impression de ne pas avoir dormi. Les cours commenceraient juste après le repas. Il devait rassembler sa concentration. Il commençait par un cours de magie, avec Mana et Zeren. Ce dernier n'était pas très doué, mais il ne voulait pas que ses quelques notions, héritées de son année en forge, partent aux oubliettes.

- Professeur Astaroth, lut l'adolescente à voix basse. C'est une blague ?

- Nan, sourit Elion, j'ai le même nom sur mon emploi du temps. Mais je vois pas ce qui te dérange.

- C'est pas un démon terrien ? proposa Zeren.

- Si, c'est ça, rit-elle. Manquerait plus que ça soit un cours de "Défense contre les forces du Mal".

Elion rit avec elle, mais leur ami n'avait pas compris la référence.

- De quoi ?

Et ils durent lui expliquer Harry Potter en long, en large et en travers. La culture terrienne avait du mal à percer dans la dimension magique. Surtout toutes les fictions sur la magie qui outraient pas mal de mages, paladins, fées et sorcières professionnels.

Or le professeur de magie passait près des étudiants à ce moment-là. La conversation des trois amis lui arracha un sourire : il aimait bien cette saga. Il avait passé trois ans sur Terre après ses études. Il s'était bien plu là-bas. Mais les emplois pour mages étaient inexistants.


Dans son appartement, à Magix, Elrich se levait à peine. Il était toujours très fier de son succès fulgurant. Même si il ne lui garantissait pas un sujet pour son nouveau papier. C'est quand même un très bon début pensa-t-il en se préparant un café. Comme dans un cliché, il se plaça ensuite face à sa fenêtre et regarda dehors en buvant, les cheveux toujours en bataille et le pyjamas froissé (et la barbe fraîchement poussée).


A Tour Nuage, Will avalait distraitement ses céréales en silence. L'inspiration lui était venue pendant la nuit et elle dessinait un nouveau modèle de tatouage. Avec un peu de chance, elle pourrait le finir pendant le cours de potion.


En salle de magie, on pouvait entendre une mouche voler. Le professeur avait posé une colle à ses élèves au bout des cinq premières minutes de cours.

- Alors ? insista Astaroth. Personne ne peut me dire comment fonctionne le...

Et toute la classe perdit le fil à nouveau.

- Non ? Personne ?

Et il se lança dans une longue explication, plus complète que n'importe quel manuel. (Il avait préparé son premier cours pendant plus d'un mois.)

- Bon, pour que vous compreniez, on va passer à la pratique.

Les adolescents blêmirent.

- Voyons, continua le professeur en parcourant sa liste d'appel, Lucèbre Elion ? Venez ici, je vous prie.

Le jeune homme se leva mécaniquement et repassa dans sa tête toute l'explication en marchant. Pourquoi il avait des facilités en magie ? Il n'avait aucune envie de faire la démonstration !

- Sa voisine aussi, s'il vous plaît. Mana, c'est ça ?

Merci d'avoir oublié le nom de famille pensa-t-elle. En fait, elle savait très bien qu'il n'était plus sur la liste pour deux raisons : elle avait lancé des procédures pour le changer, et elle avait été inscrite sous un faux nom pour échapper à la presse. La première traînait énormément (aucun doute que sa famille y était pour quelque chose) et la seconde avait échoué. Les listes se remettant magiquement à jour, le nom de famille de l'étudiante était "brouillé".

Les deux amis suivirent les instructions à la lettre et le professeur les renvoya à leurs places, content de leur prestation. Même si personne ne comprenait pourquoi il avait appelé deux élèves en même temps.

- Vous avez compris ?

Le sujet restait très flou dans l'esprit des élèves.

- D'accord...Qui pense avoir une idée ?

Zeren leva la main.

- Très bien. Griffeu Zeren ? Venez essayer.


En cours de potion, Will s'ennuyait comme un rat mort. Le programme semblait être une piètre exagération d'une sorcière stéréotypée terrienne. C'en était déprimant. En moins de dix minutes, elle avait réglé son compte à la procédure expérimentale et elle avait presque finit de remplir son questionnaire. Au moins, elle pourrait continuer son dessin.

La soirée au café lui avait paru très agréable. Elle avait rarement discuté autant depuis son inscription à Tour Nuage. Barbara n'était déjà pas du genre bavarde, alors ne pas pouvoir être dans la même chambre... Dans le fond, la situation était plutôt bonne : Will avait une chambre de deux pour elle toute seule. Elle pouvait occuper tout l'espace sans déranger, écouter la musique qu'elle voulait sans écouteur et regarder le film qu'elle voulait. On pouvait difficilement faire mieux. Quoique, une fenêtre n'aurait pas été de trop. Rares étaient les chambres d'élèves en disposant dans cette école.


A la rédaction, Elrich se vit confier un sujet par son amie, la standardiste. Elle avait pris l'appel, noté toutes les informations et comptait prévenir le rédacteur en chef lorsque le journaliste serait parti.


Finalement, le cours d'Astaroth avait été un peu compliqué, mais les jeunes mages commençaient à saisir la notion. Le nouveau professeur avait juste démarré un peu fort. Wizgiz, son collègue d'Alféa, l'avait mis en garde. Il n'avait pas écouté. Il avait dû accorder des cours particuliers aux étudiants les plus angoissés. Enfin, ce n'était qu'une ou deux heures supplémentaires pour toute une journée libre : à part les première année, on ne lui avait confié aucune classe.

Dans les vestiaires, son unique classe se préparait donc pour son tout premier cours avec Codatorta. Ceux qui avaient entendu parlé de lui (et le contraire était extrêmement rare) appréhendait un peu l'arrivée dans l'arène. De plus, chacun allait découvrir son arme. Certains en avaient choisie une à l'inscription, d'autres ne savaient absolument pas quoi prendre.

Bien sûr, les dernière année, qui sortaient du premier entraînement de la journée, en remirent une couche avant de quitter les vestiaires. Même Mana n'avait pas été épargnée par la petite montée d'anxiété. (En fait, elle était en plein dans l'ambiance vu qu'elle bénéficiait d'une cabine dans la même pièce que ses camarades. Cachée, mais présente.)

Une fois toute la classe prête à s'entraîner, la tension retomba. Jusqu'à ce que les adolescents ne se rappellent que le public était autorisé dans l'arène (enfin, l'accès au gradin était libre pour tous professeurs et élèves, et parfois autorisé à des spectateurs extérieurs). Bon, n'étaient présents que quelques uns de leurs aînés, le professeur Astaroth, et trois ou quatre inconnus avec des calepins. Juste assez pour les voir rater proprement les premiers exercices.

Codatorta savait que les élèves seraient sur les nerfs. Et il savait que c'était en partie dû à l'idée de recevoir une arme magique. Sauf qu'ils ne les auraient pas aujourd'hui. L'année commençait par des exercices de renforcement et de corps à corps, à mains nues. Lorsqu'il l'annonça à ses étudiants, des bavardages et soupirs commencèrent à fuser.

- Silence ! tonna-t-il alors. Karim et Zeren, démonstration !

Il n'en fallut pas plus pour obtenir un silence religieux. Le professeur était impressionnant, là-dessus, tout son entourage était unanime. Les élèves lui obéissaient au doigt et à l'oeil (ça ne les empêchait pas de plaisanter ou discuter avec lui).


Après le cours, les élèves étaient fatigués et soulagés. Ç'avait été moins terrible que ce qu'ils avaient imaginé. Certains étudiants prévoyaient tout de même de s'entraîner en dehors des cours, pendant les créneaux libres de l'arène.

Bref, l'ambiance s'allégeait dans les vestiaires. Karim se faisait un peu charrier pour sa défaite face à Zeren en début de cours, bien que le combat ait été serré. Une grande partie de leurs camarades préféraient maintenant éviter de se mesurer à eux. Surtout Mana. Elle connaissait des techniques, mais son exécution était encore trop lente. Elion misait encore tout sur sa force immense. Il ne la maîtrisait pas tout à fait, mais elle compensait parfois ses lacunes. Enfin, tout le monde avait des lacunes pour le moment (sauf Zeren et Karim en combat).

L'ambiance s'allégeait aussi grâce à l'approche du repas de midi.


De même à Tour Nuage. La classe de Will se dissipait de plus en plus. C'était là qu'on voyait la principale différence entre les fées et les sorcières : les premières étaient moins farceuses que les secondes. Après, pour ce qui était du choix d'apprendre la magie "blanche" ou "noire", même Barbara ne savait pas pourquoi les élèves de la Tour Nuage avait ce goût du jeu. Pas que celles d'Alfea n'aiment pas se divertir, plutôt qu'elles paraissaient moins spontanées dans ce domaine. Les apprenties sorcières n'aimaient pas attendre pour mettre une idée en oeuvre, alors elles le faisaient sur le moment. Elles n'étaient pas pour autant plus agressives que leurs collègues ailées. Les deux groupes apprenaient à se défendre par la magie et savaient attaquer.

Le choix était assez mystérieux pour Will. Comme beaucoup de ses camarades, elle avait tout simplement fait le même choix que ses parents. Bien sûr, elle savait qu'elle aurait pu être une fée, mais les récits de sa mère à propos de la vie de sorcière l'avaient longtemps faite rêver durant son enfance. Le choix d'école avait donc été le choix du moins pire, pas tant du mieux.

Elle y réfléchissait souvent. Sauf quand elle se prenait une grenouille en pleine figure. Sans hésiter, elle répliqua avec le même projectile, tandis que le professeur annonçait la fin du cours.


Dans une navette spatiale, Elrich imaginait déjà son arrivée sur Terre. On lui avait confié un reportage ! Certes, il n'avait pas attendu l'accord de son supérieur pour partir, mais aucun doute que la standardiste et l'actionnaire allaient agir en sa faveur auprès de lui (surtout que c'est eux qui ont envoyé le journaliste au port). Fort de cette certitude, il ne s'inquiétait pas de perdre son poste ou de recevoir un blâme. Son esprit en était déjà à visualiser la gare terrienne à laquelle menait le portail magique qu'il allait emprunter. Un taxi l'attendrait probablement pour l'emmener à son hôtel, peut-être avec une assistante locale à son bord... (Il savait bien qu'il ne faut pas prendre ses rêves pour des réalités, mais l'espoir fait vivre.) Le plus dur à se figurer pour l'extra-terrestre (oui, il est humain, mais il ne vient pas de la Terre), c'était bien de vivre sans magie. Bien sûr, à Magix, tout le monde ne la maîtrise pas, on utilise l'électricité et l'électronique. Sauf que, sur la planète bleue, on utilise que ça. Il va falloir apprendre à cacher la magie, à ne pas en parler. Les tâches quotidiennes s'annonçaient moins rapides sans cette énergie "surnaturelle".