Après les épreuves de la matinée, les étudiants spécialistes sont allés manger de leur côté, dans le réfectoire, comme d'accoutumé pendant la période du tournoi. Les spectateurs se voyaient proposer différents plats offerts par l'école elle-même. Eux étaient libres de rester dans les gradin ou de partir se promener sur le campus. (Bien sûr, les organisateurs prévoyaient toujours un espace VIP pour la noblesse, qui était plutôt respectée dans la galaxie.)

Pour les jeunes combattants, ce premier repas de fête et tous les autres étaient l'occasion de célébrer les favoris et/ou gagnants, ainsi que de féliciter les perdants qui s'étaient tout de même démarqués. Evidemment, Karim et Zeren furent les plus acclamés, quand bien même leurs séries de victoires ne surprenaient personne, et ils n'étaient pas peu fiers. Ils gardaient tout de même à l'esprit que le tournoi de magie serait une autre paire de manches... Autant profiter de la gloire momentanée.


En début d'après-midi, on érigea une barrière de protection, créant une colonne partant du cirque et montant assez haut pour éviter les sorts perdus, sans empêcher ceux qui influencent la météo. Et, comme pour la seconde épreuve de combat armé, les duels auraient lieu successivement.

C'était la première année qu'on mêlait le tournoi des spécialistes et le tournoi des mages, alors le public ne comptait que peu d'habitués au second. Au moins, les plus enthousiastes se réjouissaient qu'on donne une deuxième chance aux étudiants éliminés des combats "classiques". Les concurrents ayant coché "Option magie complète" par erreur étaient plus inquiets, parfois dépourvus de sensibilité aux énergies propres à la discipline (mana, magoi, ki, cosmos ou ce que vous voulez, ça revenait plus ou moins au même), ils étaient assez désavantagés par rapport aux apprentis mages ou à leurs camarades "sensibles".

De leur côté, Elion s'inquiétait plus de son adversaire que de son propre niveau, Myriam ne craignait rien ni personne et Mana ne sentait pas la moindre once d'anxiété ou de pression.


Pour le premier combat, Zeren se fit battre en moins de deux. Les attaques physiques n'étaient pas totalement exclues, mais il n'avait pas eu le temps d'en utiliser. Il rejoint quand même ses parents avec un immense sourire. Son père l'accueillit avec une accolade chaleureuse et sa mère semblait encore plus radieuse que d'accoutumé.

Ensuite, Elion balaya son adversaire d'un revers de la main avec quelques sorts de son, d'air et d'eau. Ses spécialités.

Karim et Myriam eurent moins de chance. Ils avaient dû s'affronter l'un l'autre, donc le combat s'était éternisé, vu qu'ils se connaissaient presque parfaitement. Au final, l'aîné l'emporta de peu. En tout cas, leurs sœurs étaient extrêmement enthousiastes et Will les trouvait adorables (elle s'était trouvée à côté de la petite famille après le repas et les enfants l'avaient accueillie à sac de bonbons ouvert).

Quand ce fut au tour de Mana (c'est-à-dire juste après les jumeaux), elle se réjouit de voir Myriam étreindre ses deux cadettes dans les gradins. La jeune magicienne s'efforça alors de ne pas laisser son regard dériver vers sa famille, de peur de sentir un pincement glacé briser la douce chaleur de l'instant. Will l'y aida sans le savoir en multipliant les encouragements sonores et visuels.


A la fin de la journée, au lieu d'aller au réfectoire, Elion fila discrètement voir ses parents avant qu'ils ne partent pour Magix, à l'hôtel. Il était loin d'être le seul à s'être défilé, mais il n'allait pas prendre le risque de chercher les autres. Le but était de rester discret.

De leur côté, Will et Mana discutaient près de la porte de sortie des vestiaires, l'une appuyée sur le chambranle et l'autre en plein milieu du couloir, prête à partir au dernier appel de ses professeurs. Myriam ne mit pas longtemps à les trouver, suivi de son frère. Sans une once d'hésitation, ils prirent part à la conversation. Le couloir était parfait pour discuter tranquillement : vide (quand bien même ça résonnait un peu).


Zeren se sentait un peu abandonné. Il avait perdu les autres de vue depuis un bon moment, puisqu'il avait été le premier de l'après-midi à rejoindre les gradins. A la fin des épreuves, il avait raccompagné ses parents à la sortie de l'école. Sa mère lui dit au moins cinq fois au revoir, sous le regard attendri de son mari, avant de partir.

Le fils n'était absolument pas gêné par ces effusions. Il adorait ses parents. Bien que son père soit parfois étroit d'esprit : les prises de becs avaient été extrêmement fréquentes avant la rentrée à l'école de forgerons. Ensuite, les repas de famille étaient tout simplement plus rare, et Zeren évitait d'insister sur son propre point de vue lorsque son paternel était en désaccord. Sa mère s'en occupait assez bien après les repas.

C'était un ange. Elle savait comment aider son fils avec astuce (ne pas se fier aux apparences, Cassandra sait mener son monde en bateau) et que son mari n'était pas aussi rigide qu'il s'en donnait l'air. Enfin, les deux hommes de la maison n'avaient jamais été en conflit avant que l'adolescence n'arrive : Zeren prenait conscience de bien plus de choses en grandissant et il combinait l'entêtement de ses deux parents. Avec le temps, ils avaient tout de même appris à ne plus se disputer. Le silence prenait la place des joutes verbales lorsque les sujets devenaient trop sensibles.


Lorsque Elion dit au revoir à ses parents, il se sentit soulagé de les avoir revus et de savoir qu'il les verrait à nouveau le lendemain. Même si il commençait à sentir un besoin d'indépendance, l'envie de vivre par soi-même, son foyer lui manquait un peu. Il ne connaissait pas assez ses colocataires pour être tout à fait détendu devant eux. Le jeune homme avait souvent l'impression de se contenir pour ne pas trop se dévoiler. Pourtant, il avait confiance en Zeren et Mana. Ils étaient francs avec lui et semblaient bien plus à l'aise. Ces deux-là donnaient l'impression qu'ils étaient plus libres ici, dans une école encore sous contraintes de sécurité, que chez eux, où ils auraient été libres de dormir et s'adonner à tous les loisirs qu'ils voulaient.

Enfin, de ce qu'il avait entrevu de la vie de Mana sur le Magicnet, elle était probablement plus libre ici. Si la presse ne l'avait jamais vue, c'est qu'elle sortait peu ou bien déguisée.

Pour en revenir à sa famille à lui, il n'était même pas sûr de les revoir lors des prochaines vacances. L'invitation de Karim à venir avec lui sur Andros était alléchante. Si cette planète n'avait jamais été très touristique, elle n'en était pas moins passionnante. Ses océans abritent les sirènes et les Androsiens avaient accès à des lieux magiques leur permettant de devenir sirènes ou tritons à leur tour (et inversement). C'était d'ailleurs grâce à ça que les princesses Layla et Tressa étaient cousines.

Bref, il n'allait pas manquer l'occasion de s'y rendre ! Avec des amis, qui plus est.

Mais il avait également le choix de profiter de son chez lui, sur Melody, avec sa famille.

La question se posait depuis un moment déjà, puisque le confinement de plus de deux mois avait laissé le temps de rêver aux vacances prochaines. Elion était presque décidé à partir chez les jumeaux. Un tout petit doute persistait : l'attaque du Cercle Noir avait éveillé des inquiétudes en lui. Il s'inquiétait inutilement et il le savait. Quand bien même, il voulait toujours s'assurer que sa famille allait bien. Et puis, ça lui ferait plaisir de revoir un peu ses amis d'enfance...

Alors qu'il s'était perdu dans ses pensées au point de marcher inconsciemment, Zeren mit une petite tape sur son épaule.

- Faut pas sursauter comme ça, se moqua-t-il, c'est que moi !

- Nan mais je...Je t'ai pas entendu arriver.

- Tu pensais à quoi ?

- Les vacances...

- Tu vois loin, rit à nouveau le Solarian. On a encore deux mois devant nous !

- Oui, je sais, mais, si on va chez les Vaka, réfléchit Elion à haute voix, je dois bien prévenir mes parents avant. Tu iras toi ?

- Je pense que oui. Ça me fera du bien de voir du pays ! Et puis, Mana a l'air bien décidée à y aller plutôt que de rentrer sur Eraklyon. Plus on est de fous, plus on rit !

- Pas faux. Tu penses qu'ils inviteront Will aussi ?

- Aucune idée...Pourquoi ? s'étonna son camarade.

- Elle est sympa, et ils ont l'air de l'apprécier.

- On verra. Peut-être qu'elle a déjà des projets.

- Peut-être.