Chapitre 8 : La bataille d'Ealdor.


56ème jour - Un mois et 26 jour.


Troisième jour qu'ils étaient là. Le rempart était presque terminé. Arthur, torse nu, écarta les grosses gouttes qui perlaient sur son front. Il releva la hache qu'il tenait dans sa main et l'abattit d'un coup sec sur la branche. Ses muscles, peu habitués, à ses mouvements lui criaient de faire une pause mais il continuait tant qu'il n'aurait pas terminé. A ses côtés, les bûcherons du village ainsi que ses chevaliers faisaient de même. Les hommes arrivaient, prenait les lances qu'ils créaient, les affinaient puis d'autres hommes accouraient et allaient les mettre en place.

Des enfants courraient aussi entre le puits et les hommes. L'un d'eux s'approcha d'Arthur, légèrement tremblant et se pencha bas au sol. Il lui tendit une poche d'eau que le prince prit avec plaisir. Il but goulûment et en profita pour se renverser un peu d'eau sur le visage. Puis il secoua sa tête, éclaboussant l'enfant qui poussa un cri de surprise avant de rire. Arthur posa sa main sur sa tête et lui ébouriffa les cheveux puis lui rendit la gourde.

- Merci, mon brave. Retourne vite abreuver tous les autres.

- Oui, Sir ! S'exclama la petite voix joyeuse du garçon.

Arthur sourit et reprit sa hache.

- Vous savez y faire… Avec les enfants, murmura une voix derrière lui.

Le roi ne se retourna pas. Il savait parfaitement que Merlin le regardait depuis bien longtemps. Il avait même espérer qu'à un moment, c'était du désir qu'il pouvait lire dans ses yeux. Enfin... Quand il arrivait à les croiser.

- Oui. Après tout, il paraîtrait que les idiots se font vite apprécier par les plus petits.

Merlin rit et vint à lui. Il lui tendit un panier de repas fait de sandwich, de fruit, de lait et de vin.

- Vous faîte une pause ? Vous n'avez pas chômé depuis l'aube. Il est l'heure de manger quelque chose. Ma mère me dit de vous dire qu'elle n'a pas grand-chose, mais qu'elle serait ravie de vous donner ce qu'elle possède.

- Tu diras à ta mère, murmura-t-il en prenant le panier, qu'elle sait parfaitement que je ne souhaite qu'une seule chose qu'elle possède.

Il lui fit un clin d'œil et Merlin rougit. Il baissa les yeux, chose qu'il n'aurait dû faire puisqu'ils se posèrent sur le torse musclé et rougit par le soleil du blond. Les gouttes perlaient dessus, le rendant encore plus attirant. Il rêvait de pouvoir s'y blottir dessus et se demandait s'il était encore plus chaud que ce qu'il dégageait déjà.

- Merlin ?

- Euh… Oui… J-Je…

- Sir !

Le brun soupira de bonheur quand Léon le coupa, arrivant en courant, un grand sourire sur le visage.

- Sir, c'est terminé. Le rempart fait maintenant le tour du village.

- Génial, prévient tout le monde qu'ils arrêtent de couper du bois. Nous nous servirons du reste pour le feu ce soir. Dis leur aussi de s'arrêter pour souffler quelques heures. Nous ne servirons à rien devant les mécréants d'Aggravain si nous sommes tous morts de fatigue. Je vais aller voir où en sont Harry et Ron.

- Bien Majesté ! S'exclama le chevalier en s'éloignant.

- Oh non, Sir ! Rattrapa Merlin en lui enserrant le bras. Vous allez d'abord vous octroyer une pause et manger ce que ma mère vous a préparé !

Arthur le regarda, un petit sourire sur ces lèvres. Sourire que Merlin n'aima de suite pas.

- Très bien, uniquement si tu partages ce repas avec moi.

- Mais…

- Ou bien, je retourne bosser ?

Merlin grogna légèrement, bouda puis accepta en hochant la tête. Ils s'éloignèrent lentement, Arthur récupéra une chemise propre et l'enfila d'un geste. L'enchanteur remercia le ciel de l'avoir fait si têtu. Ils s'assirent contre un arbre et mangèrent silencieusement. Le roi ne se privait pas de regarder son serviteur avec un doux sourire. Puis il s'exclama :

- Si tu étais roi de Camelot, que ferais-tu en premier ?

Merlin le regarda, interloqué puis il se prit au jeu et fit, amusé :

- Je vous demanderais de me cirer les pompes, Sir. De nettoyer mon armure, de récurer l'écurie, de…

- C'est bon, c'est bon, j'ai compris, rit le roi. Plus sérieusement, Merlin, que ferais-tu ?

L'enchanteur réfléchit. Parce qu'il n'y avait jamais réfléchit. Après tout, cela n'arriverait jamais. Il voulut lui répondre qu'il abolirait la loi anti-magie mais il eut peur ainsi d'influencer ses faits et gestes et cela ne devait pas arriver. Arthur devait être seul à y penser. Et il n'avait aucun doute qu'un beau jour, il le ferait, même s'il devait attendre cinq ou dix ans encore.

- Merlin ?

- Oh ! Je sais… Je crois que je reconstruirais le village de ma mère. Parce qu'il est certain qu'elle ne voudra jamais quitté ces terres. Alors je lui ferais la plus belle des maisons et offrirait à ses voisins le confort qu'il leur faut.

- Ah ? Fit Arthur, surpris. D'accord. Et quoi d'autre ?

- Je demanderais au royaume de s'allier contre Morgana pour arrêter la terreur qu'elle provoque sur le monde.

- Et ?

- Je donnerais des petites mancelles aux villageois de Camelot, telles que me les a décrites Harry. Je ferais pousser des arbres nourriciers dans chacun des jardins. Je bâtirais un autel de prière pour les érudits, je…

- Merlin !

- Oui ? Sursauta le serviteur, confus de s'être laissé emporter.

Arthur le regardait encore avec cet air amusé et ému.

- Merlin… Si jamais tu devenais roi de Camelot… Que ferais-tu… pour toi ?

L'enchanteur ouvrit puis referma la bouche. Il chercha longtemps avant d'hausser les épaules.

- Sir, je ne ferais sûrement rien pour moi. J'ai déjà tout ce dont j'ai besoin.

- Et qu'en est-il ?

Merlin se releva puis se pencha et l'embrassa sur la joue.

- Vous, Sir. Il n'y a que vous dont j'ai besoin.

Puis il s'éclipsa en souriant. Et quand il fut hors de vue, la tristesse glissa sur ses joues. Non, il n'y avait que lui qu'il n'aurait jamais.


56ème jour - Un mois et 26 jour.


Ron inspira profondément. Il avait les yeux bandés d'un foulard noir. Autour de lui, les chevaliers riaient et le huaient. Ils avaient pariés qu'il ne la mettrait jamais dans la cible et comptaient bien gagner le pari en le déconcentrant au maximum. Harry souriait malicieusement. Lui, avait doublé la mise en disant qu'il atteindrait le centre. Les villageois l'encourageaient grandement. Le roux banda l'arc, la flèche vers le ciel, puis il la guida jusqu'à Lancelot avec un sourire.

Celui-ci se baissa automatiquement en écarquillant les yeux, hurlant de faire attention. Mais le roux dévia sa route à la dernière seconde et la flèche atterrit pile poil dans le centre de la cible. Il enleva rapidement son bandeau alors qu'Harry leva le poing en l'air.

- C'est de la triche, s'exclama Léon en souriant tout de même.

- Ok, ok ! Fit Ron. Quitte ou double ?

Les chevaliers se concertèrent puis acceptèrent. Ron allait remettre son bandeau quand Gauvain l'arrêta brusquement.

- Attend, attend ! Nous parions, qu'Harry ne mettra pas son petit couteau en plein centre, les yeux bandés.

- Ou là ! Fit Perceval. Bah moi, je ne vous suis pas !

- Ça marche ! Rit Harry en faisant dos à Ron qui lui attacha le morceau de tissu noir.

Le brun craqua ses doigts, se pencha pour toucher ses pieds de ses mains, se releva et étira son dos en pivotant sur lui-même…

- Oh aller, dépêche-toi Harry ! Rit Yvain.

- Euh… Attendez, dit-il en cherchant devant lui de ses mains. C'est par où déjà ?

Il tourna le dos à la cible et sortit sa lame.

- Ah oui, c'est là !

Les villageois se jetèrent hors de son chemin alors qu'il les visait d'un pas incertain.

- Allez, Harry, ce n'est pas drôle, s'esclaffa pourtant Perceval.

Harry jeta brusquement la lame sur lui mais la poignée en avant. Les réflexes du chevalier le firent se jeter à terre. La dague ricocha sur l'arbre derrière lui et repartit avec plus d'élan en direction de la cible… Et atteint son centre en arrachant la flèche de Ron. Le brun souleva le bandeau de son œil et regarda Perceval à terre.

- Je l'ai eu ? Dit-il avec son sourire angélique.

- Très, très drôle, Harry ! Hilarant même !

- Par ici la monnaie, s'enquit Ron.

Le chevalier grognèrent un peu mais les payèrent. Le bruit d'un applaudissement lent calma la foule alors qu'Arthur avança au centre du groupe.

- Alors, c'est ainsi que l'on travaille ? S'exclama le roi et chacun se tassa.

- Votre majesté… Fit Léon en se penchant devant lui. Nous… Les hommes avaient besoin de distraction et nous avons profité de la pause pour…

- Relève-toi, Léon. Je vous taquine. Mais à l'avenir, pour gagner, ne les provoquer pas sur leur terrain de jeu. Demandé plutôt à Ron de tirer les cure-dents d'Harry et à lui de tirer ses flèches.

- Vous avez vraiment quelque chose contre les couteaux, Sir ! S'exclama Perceval, toujours à terre.

Leur roi grogna qu'il n'y avait pas plus lâche que les assassins, et Harry se renfrogna.

- Arthur… Un petit combat peut-être ?

- Moi ? Contre toi et tes petites lames ?

- En trois touches.

- Avec plaisir, rit Arthur en sortant son épée.

Le cercle se referma autour d'eux alors qu'ils se firent face. Ils se tournèrent autour alors que le blond se demanda à quel moment l'assassin comptait sortir sa dague. D'une main, il fit tournoyer sa lame dans le vent avant de frapper. Harry ne sortit pas une mais deux lames en même temps. La première vint parer son épée et la deuxième se planta à quelques centimètres en dessous de son visage.

- Un, pour moi. Sourit-il.

Arthur écarquilla les yeux et attrapa son bras, glissa son pied sous le sien et le fit tomber à terre. Puis il planta son épée dans la terre juste au niveau de ses yeux.

- Un à un.

Harry rit et fit une roulade arrière puis se releva.

- L'équilibre, Harry, l'équilibre, soupira Perceval. Que t'ai-je donc appris ?

Mais le brun resta concentré sur Arthur qui avait de nouveau décrit des cercles autour de lui. Il s'enchaîna des coups puissants parés de ses lames. Enfin, Arthur le désarma d'une et glissa la sienne entre ses côtes et son bras.

- Deux - un, scanda-t-il fièrement.

Merlin arriva en courant, ameuté par la troupe. Quand il vit le combat en cours, il soupira et leva les yeux aux ciels. Il ne comprenait vraiment pas cet amour pour les défis et les armes. Harry se dégagea et balança un coup de pied bien placé au blond qui le fit se plier en deux de douleur. Mais il se retourna rapidement et para son arme. Harry attrapa sa main et sauta sur son dos, sortant une nouvelle dague qu'il posa sur sa gorge.

- Deux à deux !

- Qu'est-ce que j'avais dit, que des attaques sournoises.

- A la guerre comme à la guerre, Sir.

Arthur lâcha son épée, se pencha et envoya valser Harry en avant. Celui-ci se rétablit rapidement et se releva. Le roi rattrapa son épée avant qu'elle ne touche le sol et la pointa vers le brun qui chargeait encore. Mais Harry ne fit que glisser entre ses jambes, attrapant l'une d'elle et le faisant tomber en avant. Arthur fit une roulade, et brandit à nouveau. Le brun attrapa la lame de sa main, s'entaillant sans y prêter attention, et poussa le blond de l'autre. Celui-ci atterrit contre un arbre. Le brun sauta en arrière, ramassa une dague et la jeta aussi fort qu'il put. La lame se planta sur l'arbre. Entre les deux jambes du roi, accrochant son pantalon.

- Trois, murmura-t-il, complètement essoufflé.

Arthur rit et se dégrafa.

- D'accord, d'accord, j'avoue ma défaite ! Je ne dirais plus rien de compromettant sur les assassins !

Le public applaudit et vinrent saluer les combattants. Harry riait et Arthur ne pouvait s'empêcher de dire qu'il l'avait laissé gagner ce qui ne faisait que plus rire la foule. Merlin sourit doucement. Draco arriva à ses côtés, se tenant la main alors que celle-ci lui lançait. Il soupira et l'enchanteur le regarda, inquiet. Le blond s'approcha d'Harry et déchira la manche de sa propre chemise. Il prit la main du brun qui le laissa faire, surpris, et l'enserra de son habit.

- Aie ! Tu me fais mal.

- Moi aussi, ferme-la ! Gronda Draco.

Il fit un nœud qu'il serra brutalement, provoquant un autre cri chez le brun.

- Demande à Neville de soigner ça rapidement. J'en ai vraiment assez de toi. A croire que cela t'amuse.

- T'es vraiment trop con, Malfoy ! S'exclama Harry en lui arrachant sa main des siennes.

Il pivota et retourna auprès de Ron qui avait commencé à distribuer l'argent des chevaliers aux villageois sous le regard outré de ceux-ci. Draco resta un moment sceptique jusqu'à ce que Merlin vienne près de lui.

- Draco…

- Non, ne dit rien. Je sais, j'ai encore tout foutu en l'air. Je te jure que j'essaie de faire des efforts. Mais… Il m'irrite tellement… à faire n'importe quoi ! Il le sait pourtant que nous ressentons tout ! C'est si pénible que ça de faire attention ?

- Draco… Je crois qu'Harry n'a vraiment pas fait exprès.

- S'il pouvait ne pas faire exprès de ne pas se faire mal du tout, je m'en porterais mieux.

Le blond le regarda encore un moment avant de faire demi-tour et de repartir, la rage au ventre. Merlin soupira. Arthur l'empêcha d'y penser plus en venant vers lui.

- Toi, tu me crois quand je dis que je l'ai laissé gagner ?

- Mais oui, mais oui, Arthur ! Je vous crois.

- Ils sont… vraiment comme toi, je trouve. Murmura Arthur en riant devant Harry qui empêchait les chevaliers de reprendre les deniers qu'ils donnaient en leur sautant sur le dos. Forts, puissants, et bons… Je trouve… Que tu ferais un meilleur roi que moi.

- C'est faux Arthur. Vous ne le voyez peut-être pas. Mais toutes ses qualités que vous retrouvez chez d'autres, n'est que le simple reflet de ce que vous leur apporter. Ce sont les vôtres qui se retranscrivent en eux, tout simplement. Vous êtes et le serez pour toujours, le plus grand roi de Camelot et d'Albion.

- Albion… Quelle belle utopie.

Ils restèrent silencieux un moment avant qu'Arthur ne chuchote sans le regarder.

- Je n'ai besoin que de toi… Moi aussi…

Et Merlin sourit tristement.


57ème jour - Un mois et 27 jour.


L'entraînement reprit son court. Au quatrième jour, il y avait assez d'arcs et de flèches pour équiper la moitié d'entre eux, et d'épées et de boucliers pour les autres. Harry et Ron étaient de bons professeurs, aidés de Perceval et Yvain, alors que Blaise, Lancelot, Gauvain et les autres chevaliers se battaient avec les plus robustes. Ron parfois s'égarait dans sa surveillance quand ses yeux en colère se posaient Blaise et Lancelot, en pleine discussion.

Le noir abusait de la gentillesse du chevalier en posant son bras sur son épaule. Il papotait tranquillement, riant quand il le fallait et tous ses petits gestes faisaient que Ron bouillonnait. Harry n'avait pas été tendre avec son ami. Le matin du deuxième jour, il était allé voir Lancelot pour lui demander de se montrer plus qu'amical envers Blaise et de jouer son jeu de jalousie. Et le chevalier lui avait répondu avec un clin d'œil qu'il marcherait, heureux d'être dans de telle manigance. Le gamin qui vivait encore en lui riait au déplaisant regard noir que lui lançait Ron. Mais dès qu'il lui parlait, le roux ne montrait rien et restait poli et souriant.

La discussion entre les deux hommes n'avait toujours pas été faite. Blaise restait éloigné de Ron, de peur qu'il ne l'envoie sur les roses, et ce dernier avait peur de comprendre ce qu'il se passait et n'avait encore fait un seul pas vers lui. Et pourtant, il savait qu'il n'avait pas à comprendre plus quand son cœur se mettait à battre incroyablement vite en croisant le noir de trop près et que son esprit rageait quand il le voyait si proche de Lancelot. Il en venait même à les imaginer ensemble, riant de lui. Et cela lui broyait l'estomac.

Il resta avec ces idées noires jusqu'au soir du cinquième jour. Les hommes étaient tous presque endormis et le silence du village n'était dérangé que par le crépitement des flammes quand un des éclaireurs arriva en courant pour les réveiller. Il fit passer le mot qu'ils arrivaient par l'est avant de retourner sur le front. Silencieusement, ils s'activèrent. Harry et Ron rassemblèrent les archers et Arthur hocha la tête. Ils n'avaient rien à dire, chacun connaissait sa place. Ils sortirent tous du village et grimpèrent dans les arbres pour les plus agiles, se cachèrent dans des fourrés retravaillaient pour d'autres. Les guerriers guidés par Arthur se placèrent derrière les pièges, allongés au sol ou dans les travées qu'ils avaient creusées.

Draco s'était caché derrière un arbre, dans un endroit où il était certain que personne ne le verrait utiliser sa magie et Merlin se trouvait juste à côté de lui. De là où ils étaient, il pourrait protéger Arthur s'il le fallait. Neville Severus et Ciel, assis au pied de celui-ci, étaient restés en retrait dans le village vidé de toute présence, dernier rempart entre les brigands et les femmes et les enfants, dans la cache. Le silence était de mise. Les lourds pas des hommes se faisaient entendre. Ne s'attendant pas à trouver une quelconque opposition de la part du village d'Ealdor, ils venaient tels des conquérants, mais avaient la sagesse de se taire.

Et puis les premiers cris se firent entendre, quand un premier piège s'ouvrit sous les pieds des plusieurs soldats bien vite dévorés par les plantes. Et encore d'autres à un deuxième. Les chevaux braquèrent de terreur. Arthur profita de ce moment de confusion de leur assaillant pour allumer une torche et la lever bien haut. Aussitôt, Ron, en bout de course alluma sa flèche et tira. La flèche frotta toutes les autres qui flambèrent immédiatement. Puis, il ralluma une autre avec celle de l'homme à ses côtés, leva dans le ciel et tira. Tous firent de même.

Les flèches retombèrent sur la lignée d'en face, enflammant leurs corps ainsi que la forêt. Merlin se précipita pour éteindre le feu qui ne servait à rien. Ils recommencèrent plusieurs fois avant que la voix sourde d'Aggravain ne s'élève dans la nuit noire.

- Ils ont une défense ! Attaquez ! Ce n'est pas une bande de villageois qui vont nous avoir !

Harry sur son arbre les regarda foncer dans un cri rauque de colère. Il plissa les yeux en se demandant qui était Aggravain. Il n'avait pas eu le déplaisir de le connaître. Quand la première lignée de brigands le dépassa, il se retourna et hurla comme un loup. C'était le signal. Arthur se releva et hurla :

- Chargez !

Ces hommes le suivirent en hurlant de la même façon. Harry détailla le reste de la troupe d'Aggravain. Il sourit en se disant que les pièges avaient bien fonctionné. Ils n'étaient plus que quelques-uns. La bataille en bas faisait rage. Les archers faisaient un grand nettoyage. Le brun perdit son sourire quant au loin, il vit une centaine d'homme accourir. Puis un homme sur un cheval. Cela ne pouvait être que lui. Il n'y avait que les chefs gonflés d'orgueil pour monter à cheval alors que ses soldats étaient à pied.

- Ron ! Hurla-t-il. Guide les archers vers le fond.

Le roux releva la tête. Il courut rapidement, bandant son arc et transperça le casque d'un brigand, puis l'accrocha à son dos avant de grimper sur l'arbre d'Harry.

- Archer ! Plus haut. Tirez !

Ils lui obéirent faisant un carnage en face.

- Couvre- moi, murmura le brun quand il fut à sa hauteur.

Harry se jeta sur une branche, se balança jusqu'à la prochaine avant de se laisser tomber en roulade avant en bas. Il entendit un hurlement qui lui fit lever la tête brusquement mais avant qu'il ne puisse faire quoique ce soit, l'homme tomba dans un bruit sourd, une flèche dans sa nuque. Harry regarda Ron qui avait déjà encoché une autre flèche avant de sourire et de lui faire un signe de main en remerciement.

Le brun se jeta dans la bataille, aussi furtif que le vent. Il se dirigeait avec aisance, pour la première fois, fier de son tout petit corps. Il passait inaperçu alors qu'il se débarrassait de leur ennemis, sauvant plus d'un villageois. Il fallait qu'il attrape Aggravain avant Arthur. Il ne voulait pas que vengeance soit faîte. La vengeance, c'est ce qui brisait une vie…

Les forces s'amenuisaient, Draco attrapa un homme en enroulant son pied dans une plante et l'enterra. La nuit les aidait à passer inaperçu. Soudain, il vit, bien au loin, Harry courir droit dans la gueule du loup. Il ne savait pas du tout comment il avait pu le reconnaître. Peut-être qu'il le reconnaîtrait n'importe où, n'importe quand… Il n'y pensa pas et se tourna vers Merlin.

- Protège Arthur ! Je vais aider ce crétin de Potter avant qu'il nous tue tous les deux !

- Fais attention à toi, Draco.

Le blond hocha la tête et se faufila d'arbre en arbre sans prendre parti au combat. Il rejoint rapidement Harry qui s'était maintenant bien éloigné des combats qui se terminaient. Il était en prise avec trois hommes et le blond ne put s'empêcher d'admirer combien il se mouvait avec rapidité et précisément. La lame tranchait les points vitaux avec exactitude. Bientôt, les trois hommes furent à terre et Draco put sortir de l'ombre.

- Eh bien… Je n'aurais jamais cru ça de toi, Potter, mais tu sembles être fait pour tuer dis donc.

Harry se retourna et rangea ses lames.

- Et toi pour te cacher. Sourit-il.

Le blond grogna alors que le brun ne s'attarda pas. Il avait laissé s'échapper Aggravain. C'était très frustrant. Ils entendirent au loin les cris de joies de tous et il sourit. Ils avaient gagné cette bataille. Dommage qu'il n'avait pu avoir leur chef.

- Attention, Harry ! Hurla le blond.

Le brun se retourna au moment où un sort projeta l'homme qui avait brandi une épée au-dessus de lui et l'envoya s'écraser sur un arbre. Il resta hébété alors que Draco s'avança vers lui, un sourire satisfait.

- Pas si lâche que ça, non, Potter ?

- Oh, parce que tu crois que ton petit tour peut combler le nombre de fois où tu es resté derrière ton arbre ? S'enragea Harry, indigné d'avoir été sauvé par le Serpentard.

- Un simple merci aurait suffi, espèce d'ingrat.

- Le jour au je te remercierais, il faudrait que tu es fait une seule preuve de courage.

- Je suis venu jusqu'ici pour t'aider ! Cria Draco en s'avançant.

- Ah oui, j'ai vu ça ! C'est vrai qu'en laissant partir Aggravain, tu m'as vraiment aidé. Fit Harry en se rapprochant aussi.

- Tu n'es vraiment... qu'un connard fini, je viens de te sauver la vie.

- Tu ne m'as rien sauvé du tout. Je me débrouillais très bien seul. Quand est-ce que tu comprendras que je veux que tu disparaisses de ma vie !

La vague s'éveilla lentement et souleva les pierres du sol. Heureusement, ils étaient assez loin de tous pour ne pas se faire ni entendre, ni remarquer.

- Crois-moi, Potter, je ne rêve que d'une chose, que tu meures dans d'atroces souffrances… Ah ben, non, je ne peux même plus sachant que cela me ferait la même chose !

- Quitte à souffrir beaucoup, je ne serais pas contre un suicide, Malfoy. Tu veux bien commencer ? De toute façon, qu'as-tu à perdre ? Tu n'as plus rien.

La vague se mit à crépiter et un rayon d'électricité se forma autour d'eux. Une pierre explosa, ils ne remarquèrent rien. Le bourdonnement fit hurler Ciel, pourtant si loin.

- Dixit l'Elu, le Survivant, le pauvre orphelin qui n'a jamais rien eu.

- De l'amour, Malfoy. Moi, j'ai eu l'amour... sais-tu au moins ce que c'est ? Ah, bien sûr que non, les apprentis mangemorts n'apprennent que le mal et les ténèbres.

- Ne t'inquiètes pas, Harry, je vais t'apprendre ce qu'est la souffrance.

C'en fut trop pour la vague qui soudain explosa. La décharge magique déracina plusieurs arbres autour d'eux et les calcina. Elle fut tellement puissante qu'Harry et Draco se réveillèrent et sursautèrent de terreur en entendant l'énorme son qu'elle produisit. Ils se sentirent tout à coup épuisé et Harry s'effondra brusquement. Draco tendit la main vers lui avant de tomber aussi, tous deux en plein centre du cercle que formaient les braises du feu qui s'éteignait doucement.


58ème jour - Un mois et 28 jour.


L'aube se levait déjà. Ron courait encore. Il s'aida de la lumière du soleil pour remonter à nouveau sur un arbre et regarder aux alentours. Il mit ses mains en coupe autour de sa bouche.

- Harry ! Draco !

Il hurla une deuxième fois, ses cris faisant échos à ceux des autres un peu plus loin dans la forêt. Il plissa des yeux quand le soleil dévoila un endroit qu'il n'avait pas vu avant. L'endroit venait d'être enflammé, mais le cercle qu'il voyait était trop parfait pour être le résultat des flèches des villageois. Et bien trop loin aussi.

- Par ici ! Hurla-t-il en descendant de l'arbre.

Il courut vers le cercle qu'il voyait de plus en plus nettement, entendant les autres juste derrière lui.

- Harry ! Hurla-t-il en arrivant.

Il regarda tout autour de lui, avant de s'avancer vers le cercle.

- Harry ! Mais bon sang, où es-tu !? Draco !

Arthur arriva, complètement essoufflé, suivi des autres.

- Qu'est-ce ? Demanda-t-il en remarquant le cercle parfait noirci.

Ron hocha négativement la tête sans savoir. Neville arriva avec Ciel et il souffla au loup de chercher le brun avec une de ses chemises. Le loup renifla puis se mit à gratter la terre, en plein centre du cercle. Il déterra alors une des armes de l'Élu et la rapporta à son maître. Neville la prit délicatement en murmurant :

- Ils étaient ici.

Puis Ciel fit le tour du cercle et revint près du Griffondor, sans plus.

- Il ne sent rien. Rien d'autre… Où sont-ils ?

- Harry ! Hurla Ron en courant un peu partout.

Il se pencha et regarda la terre, mais elle fut trop foulé par les brigands, puisqu'ils étaient arrivés par-là, pour leur laisser une seule trace du brun ou du blond. Ron s'agenouilla au sol, les larmes aux bords des yeux. Son meilleur ami avait-il été capturé ? Il n'avait pas réussi à trouver Aggravain après tout. Il était peut-être reparti avec un trophée ? Blaise s'effondra à côté de lui et l'enserra le cou. Le roux ne dit rien et le prit dans ses bras, le laissant cacher son visage dans sa nuque. Il passa une main dans son dos.

- Shht… On va les retrouver. Ne t'inquiète pas. On va les retrouver.


58ème jour - Un mois et 28 jour.


Afin de ne pas penser à ses meilleurs amis disparus, Ron et Blaise s'attelèrent à aider les villageois à nettoyer la bataille. Les corps furent enterrés ou brûlés, les dernières parcelles de feu furent éteintes et les armes ramassés. Neville s'occupa, en cachette, à sauver toutes les plantes qu'il pouvait, sous la surveillance de Severus qui ne pouvait s'empêcher de penser que son ami était complètement fou. Sauver des plantes… Il aimait les êtres vivants, mais pas jusque-là.

Un groupe de chevalier, menait par Léon était parti toute la journée en amont de la forêt pour retrouver Harry et Draco mais n'ayant aucune piste sur leur disparition soudaine, ils revinrent dans la nuit suivante, bredouilles, fatigués et affamés.

Le lendemain, Arthur les laissa se reposer toute la journée et tenta de rassurer Ron que tout allait bien. Mais il savait que tout n'allait pas bien. Les deux jeunes voyageurs du futur se retrouvaient soit en danger, prisonniers d'Aggravain, soit esseulés dans une forêt qu'ils ne connaissaient pas sans espoir de retrouver leur chemin.

Deux jours passèrent sans qu'ils ne trouvent rien. Finalement, Arthur convainc tout le monde de rentrer avec lui à Camelot. Il prit l'excuse que si quelqu'un devrait les guider, il connaîtrait mieux Camelot qu'Ealdor. Et lui devait rentrer, il était roi, il avait déjà laissé son royaume trop longtemps seul. Ils dirent adieu aux villageois et s'engagèrent à revenir tous les ans pour s'assurer qu'Ealdor prospérait sans être touché par qui que soit à nouveau.

Il embrassa Hunith et réussit à la faire sourire et rougir en lui chuchotant qu'elle sera la bienvenue dans peu de temps… quand il se marierait avec son fils. Merlin promit à sa mère de revenir vite et la serra fort dans ses bras. Enfin, Arthur, Merlin, les visiteurs et les chevaliers montèrent sur leurs chevaux emportant ceux des soldats qui n'avaient pas survécu et ceux d'Harry et de Draco, et la troupe repartit pour Camelot.

La route fut longue et silencieuse. Les jours se sont écoulés, et même si le cœur n'y était pas, chacun essaya de garder bonne figure. Arthur montait au côté de Merlin et lui souriait tendrement, chaque fois qu'il voyait son regard s'attrister. Ron cherchait dans sa tête toutes les possibilités et la plus plausibles d'entre elles au vu des faits fut la vague. Il se rappela de chaque détail de là où il avait trouvé la dague d'Harry. Celle qu'il tournait maintenant entre ses doigts. Les arbres, le cercle, le feu… Oui… C'était bien la signature de la vague. Il s'était effrayé seul, en pensant que la vague avait peut-être fini par engloutir leurs amis. Elle était tellement puissante ces derniers temps.

Mais finalement préféra effacer ça de son esprit, restant positif. Non… Il y avait une autre explication. C'était impossible autrement. Il ne pouvait pas croire un seul instant… qu'ils avaient juste disparu comme cela…


63ème jour - Deux mois et 2 jour.


Les lourdes portes du sinistre château s'ouvrirent dans un grincement maléfique. Dans la cour, c'était la cacophonie. Les soldats se battaient, les entraîneurs hurlaient et claquaient du fouet. Mordred se tenait, en haut des marches, sa longue cape noire encre ne laissant rien voir de son corps que sa tête. Il plissa les yeux en regardant Aggravain sur son cheval, sans aucune trace de blessures, alors que derrière, ses soldats étaient épuisés de fatigue. Il écarquilla les yeux en remarquant le peu nombre qui était rentré.

Quand Aggravain sauta de cheval près de lui, il ne s'empêcha pas de le faire remarquer.

- Vous n'êtes que cela ? N'est-ce pas deux cent hommes que tu avais pris. Et ce pour quoi ? Quelques villages malodorants ?

- Ferme-là, sale enfant gâté ! Tu comprendras quand tu connaîtras une vraie bataille. Où est-elle ?

- Notre reine est dans la salle du trône. Dois-je lui faire parvenir un message de ta part ?

- Je lui dirais moi-même ! Va t'en t'éduquer. La magie ne te sauvera pas de tout !

Mordred grinça des dents. Il le regarda d'un air sombre mais laissa couler. Dire qu'il pourrait mettre fin à ces jours en un claquement de doigt. Mais Morgana tenait bien trop à lui pour cela. Et il n'était pas question de que d'aller à l'encontre de leur reine. Il le regarda tendre son cheval à un écuyer. Puis il s'adressa à la dizaine d'homme qu'il lui restait et s'exclama :

- Emmenez-les dans les cachots. Je m'en occuperais plus tard. Prenez congé aujourd'hui, reposez-vous et demain vous reprendrez l'entraînement.

- Oui, Sir ! S'exclama-t-ils tous d'une même voix.

Puis Aggravain se retourna à nouveau vers Mordred. Il le toisa longuement.

- Suis-moi, pitre. Mon message risque de plaire à la reine, autant qu'elle te fera enrager. Et je ne veux manquer ton visage à l'instar de ma révélation.

Mordred ne le regarda pas du tout, essayant de déceler le visage des hommes couverts de terre et de sang que ses hommes emmenaient. Ils étaient endormis, c'est tout ce qu'il put savoir avant d'emboîter le pas de l'ancienne main du roi. Qu'est-ce qu'Aggravain avait pu tirer de ses conquêtes de village ? Ils gravirent les étages et l'homme devant ouvrit la porte de la salle de trône.

Morgana avait dû attendre longtemps avant de pouvoir subtiliser le château de Fyrien à la reine Annis. Il se rappelait encore quand son trône n'était qu'une chaise devant un miroir, dans une grotte miteuse. Maintenant, elle portait le plus somptueuse robe noire et une couronne immense sur la tête de la même couleur. Sa beauté n'était nulle autre semblable. Elle était la fierté d'Aggravain. Il éprouvait pour elle, plus d'amour de père que n'eut Uther à son égard. Et quand elle décida de se mettre en travers du chemin de son tuteur, Aggravain l'avait suivi sans faire d'histoire.

Il avait bien essayé au début de jouer double jeu, jusque ce jour où Merlin l'avait surpris, affairant avec elle. Et Arthur avait préféré croire ce maudit serviteur inutile plutôt que lui. Uther avait failli le tuer si Morgana ne l'avait pas sauvé. Maintenant, il se battait pour elle, et jurait que s'il devait mourir, ce serait pour la protéger. Coûte que coûte…

Morgana leva son regard sombre sur lui et un sourire s'étala sur son si beau visage.

- Aggravain.

L'homme se pencha en avant et s'agenouilla devant elle.

- Ma reine.

- Raconte-moi. Je t'ai vu rentrer. Que s'est-il passé ?

- Ma reine, conta l'homme. Nous étions en train de piller les villages quand nous avons était attaqué aux bords d'Ealdor. Un grand nombre de villageois aidés d'Arthur et des chevaliers de Camelot. Nous avons perdu la bataille et j'ai dû me retirer.

Mordred fronça les sourcils, était-ce cela qu'Aggravain voulait qu'il entende ? Comment il avait essuyé une cuisante défaite ? Il n'avait rien à être surpris, il n'était réellement qu'un insignifiant bonhomme.

- Ealdor, murmura Morgana… Cela me dit quelque chose… J'ai l'impression d'avoir déjà entendu ce nom… Comme dans un rêve… Ou le rêve d'un rêve…

- Ma reine, bien que nous ayons perdu contre Arthur, encore une fois, les sacrifices de mes hommes ne furent pas vains.

La brune le regarda, plissant des yeux et s'avançant sur son trône. Comme si elle savait que ce qui allait suivre lui plairait plus que tout autre. Aggravain sourit et regarda derrière lui, Mordred qui lui aussi attendait patiemment ce qui pourrait peut-être le faire remonter dans son estime. Ce qui n'était pas chose aisée.

- Dis-moi, s'impatienta Morgana.

- J'ai réussi, ma reine. Je vous ai rapporté Emrys.