Disclamer: les personnages de MFB ne m'appartiennent pas.

Chapitre 3: Logique mécanique

Impatient, c'était le mot qui résumait le mieux mon état d'esprit. J'avais hâte d'aller en cours pour voir à quoi cela ressemblait. En plus, d'après ce que j'avais appris, il y avait énormément de gens qui s'y rendaient. D'ailleurs, je préparais mon sac pour y aller. Je fis attention à ne rien oublier. Lorsque je fus sûr d'avoir toutes mes affaires et tous les papiers nécessaires, je quittai mon appartement en prenant soin de fermer derrière moi.

Je descendis les escaliers pour rejoindre le hall d'entrée où Nile et moi avions convenu de nous retrouver. Il n'était pas encore arrivé. Je me dirigeai vers la porte et m'arrêtai à côté. J'attendais tranquillement Nile -après tout, j'avais l'habitude-, en me balançant doucement d'avant en arrière. Bien qu'il fût tôt, le soleil illuminait le ciel. Personne ne semblait vouloir sortir à une telle heure. Et les rares badauds qui étaient dehors, avançaient lentement comme si rien ne les pressait.

Enfin, Nile arriva. Il descendit calmement les marches et vint vers moi. Il faisait une drôle d'expression... Je crois que c'était un sourire. C'était la première fois que je voyais quelqu'un sourire vraiment. Je dus le regarder avec trop d'insistance car il me dévisagea, les sourcils froncés.

-Euh... Bonjour?

-Salut. Je ne t'ai pas trop fait attendre j'espère.

-Non, ça va. Je ne suis là que depuis une demi-heure.

Ses yeux s'écarquillèrent de surprise.

-C'est long une demi-heure...

-Ah bon?

Il soupira.

-T'es bizarre toi... Au moins, tu ne feras pas tâche au lycée.

-Comment ça?

-Ils sont plus bizarres encore... Tu le verras bien tout à l'heure.

J'opinai lentement du chef pour dissimuler mon impatience à me mettre en route. Nile passa devant moi et ouvrit la porte.

-Tu es prêt?

-Oui!

Il alla dehors et je lui emboîtai le pas. Nous marchâmes côte à côte sur le trottoir, longeant les tristes façades des immeubles. À présent, plus de personnes se trouvaient dans les rues et des dizaines de voitures roulaient sur les routes, causant beaucoup de bruit.

-Ce n'est pas le peine de marcher si vite. Le lycée ne va pas bouger.

Je m'arrêtai et vis qu'il était à plusieurs pas derrière moi. J'attendis qu'il me rejoignît pour reprendre ma marche, calquant mon rythme au sien pour ne plus le distancer.

-Pourquoi es-tu aussi pressé? Ce n'est pas la première fois que tu vas au lycée quand même.

-Si.

Je me rendis compte de mon erreur après avoir prononcé cette syllabe. Dans les documents que Jonathan m'avait donné, il y avait plusieurs mentions de mon précédent établissement.

-Enfin non. Mais ils doivent tous être différents.

Nile me lança un regard suspicieux. Bien qu'il ne sembla pas croire une seule seconde à mon mensonge, il fit comme s'il ne s'en préoccupait pas. Apparemment, l'argument que j'avais donné n'était pas convainquant. Il faudra que j'en trouvasse de meilleur la prochaine fois que je ferai une erreur pareille.

-Ils sont comment tes camarades de classe? demandai-je avec curiosité.

-Comme je te l'ai dit tout à l'heure, ils sont très bizarres. Mais je ne vois pas pourquoi ça t'intéresse autant. Après tout, tu ne seras sûrement pas dans notre classe.

-Tu es dans quelle classe?

-Première L.

-Oh... Je suis en première S2.

Il m'offrit un sourire réconfortant.

-Je connais quelques personnes de ta classe. Ce sont des cas aussi.

Soudainement intéressé, je l'inondai de questions. Il me parla principalement de trois garçons qui avaient l'air de l'exaspérer, me disant qu'il s'agissait des plus reconnaissables. En premier, il me parla d'un certain Ginga Hagane, un rouquin qui aimait se faire des amis et accepter des défis ridicules. Puis, il parla de Masamune Kadoya, un "abruti fini" -selon les mots de Nile- aux cheveux noirs. Il finit par King, le meilleur ami de ce dernier.

Tout en l'écoutant dresser ces portraits, je marchai à reculons, sautillant par moment. Il ne s'en formalisa pas. Une étrange sensation m'envahit, me donnant l'impression que tout ralentissait autour de moi. Je fis un tour sur moi-même. Mon regard s'arrêta moins d'une seconde sur un homme qui était tranquillement assis derrière le volant d'une voiture. Je l'avais déjà vu au laboratoire. Il participait indirectement aux recherches liées à ma création. La fois où je l'avais aperçu, il discutait avec Jonathan. Il était certainement là pour me surveiller.

Cette vision refroidit mon enthousiasme. Faisan comme si je ne l'avais pas remarqué, je recommençai à marcher avec Nile, tête baissée. Nous le dépassâmes en quelques foulées. Remarquant mon changement d'attitude, l'égyptien me lança un regard interrogateur auquel je ne répondis pas.

-Qu'est-ce que tu as? s'enquit-il au bout d'un moment. Tu t'es rendu compte que ce ne serait pas si bien que ça finalement?

-Non, mais...

Je secouai la tête.

-Rien.

Nous continuâmes notre route en silence. Nous arrivâmes rapidement au lycée. C'était un bâtiment gris rectangulaire qui s'élevait sur trois étages. Je suivis Nile à l'intérieur. Nous traversâmes le couloir et nous retrouvâmes dans la cour où plusieurs élèves discutaient et chahutaient. L'établissement délimitait la cour en l'entourant.

-Est-ce que tu dois aller au secrétariat avant d'aller en cours?

-Oui...

-D'accord. Suis-moi.

J'obéis. Il me conduisit jusqu'à une salle du rez-de-chaussée. Au dessus de l'unique porte du couloir, en majuscules, les mots secrétariat, intendance ainsi que bureau du proviseur étaient inscrits.

-J'imagine qu'on se reverra plus tard. Bonne chance.

-Merci.

Il repartit tandis que j'entrai. La salle dans laquelle j'arrivai était une sorte de hall miniature avec une porte en verre de chaque côté. J'allai au secrétariat où une femme aux cheveux rouges tapait sur le clavier d'un ordinateur. En m'entendant arriver, elle leva la tête, un sourire poli affiché sur le visage. Après quelques minutes de discussion, elle m'indiqua l'étage auquel je devais me rendre. Je pris congé. J'allais vers l'escalier qui se trouvait au bout du couloir. Je grimpai vivement les marches, dépassant les élèves qui traînaient des pieds. Au palier du deuxième étage, je me cognai contre quelqu'un et faillis retomber en arrière.

-Tu peux pas faire gaffe? demanda une voix agressive.

Je relevai les yeux et reconnus son propriétaire.

-Salut Ryûga.

-Encore toi?

Il me regarda avec mépris puis me bouscula pour avancer dans le couloir. Sans comprendre sa réaction, je continuai ma route. Je gravis les dernières marches qui me séparaient du dernier étage avec aisance. Une fois au sommet, je tournai à gauche. Je marchais vers la salle 321. Devant la porte, une demi-douzaine de lycéens patientait plus ou moins calmement.

Je continuai d'avancer jusqu'à ce que je fusse à un mètre d'eux. Un rouquin aux grands yeux miel, vêtu principalement de bleu, se leva d'un bond. Un immense sourire barrait son visage.

-Salut! Je suis...

-Ginga?

Ses yeux s'écarquillèrent de surprise.

-Nile m'a parlé de toi.

Sa joie inonda de nouveau son expression. Il avait vraiment l'air sympathique. Je n'avais jamais vu une personne aussi heureuse de vivre.

-C'est vrai?

Je hochai la tête.

-Super! J'espère qu'il n'a rien dit de mal sur moi. T'es nouveau, c'est ça?

-Oui.

-Comment tu t'appelles?

-Kyoya Tategami.

Il voulut ajouter quelque chose mais une forte sonnerie retentit. Le volume était tellement élevé que je n'entendais plus les discussions des autres élèves. Elle se tut au bout de longues secondes.

-C'est toujours aussi désagréable, commenta Ginga.

Avant qu'il ait pu dire autre chose, une adulte aux cheveux gris ébouriffés, vêtue d'une longue blouse blanche, arriva, un trousseau de clés dans la main. Elle ouvrit la porte et entra dans la salle.

Tandis que je me penchai pour pouvoir regarder la pièce, Ginga se précipita vers l'entrée, m'attrapant le bras au passage.

-Et si tu t'asseyais à côté de moi? proposa-t-il. Je pourrai t'aider à suivre le cours.

Bien que je n'avais pas besoin d'aide, je répondis par l'affirmative.

XXX

Après le cours de physique qui dura une heure, je suivis Ginga jusqu'à la prochaine salle de cours. Étrangement, il fit de nombreux détours pour me présenter à plusieurs de ses amis qui étaient dans d'autres classes. Puis, nous retournâmes au troisième étage qui semblait être exclusivement dédié aux sciences.

-Voilà. Maintenant c'est le cours de SVT. Par contre il faut faire attention à la prof: elle est super sévère.

Je me demandais ce qu'il voulait dire par "faire attention". Je ne comprenais pas quel danger pouvait représenter un professeur mais il avait l'air si sûr que je comprenais ses paroles que ç'aurait été certainement suspect si je l'interrogeai davantage.

La prof dont il parlait arriva. À première vue, elle ne paraissait pas aussi sévère que le disait Ginga. Comme s'il savait ce que je pensais, il posa sa main sur mon épaule pour attirer mon attention.

-Elle n'est pas aussi gentille qu'elle en a l'air, murmura-t-il.

J'opinai du chef, décidant de prendre son avertissement au sérieux. Nous prévenant de la fin de la pause, la sonnerie retentit, plus doucement que tout à l'heure. Les élèves se rendirent sans se presser vers leurs salles de classe tandis que Ginga et moi allâmes dans la nôtre. Nous nous installâmes au plus près de la porte, au premier rang.

Alors que nos camarades arrivaient, la professeure avança vers nous. Ginga fit mine de relire ses cours précédents. Elle se posta face à mon bureau et me regarda.

-Tu es nouveau?

-Oui. Je me nomme Kyoya Tategami.

-Je sais.

-Alors pourquoi vous m'avez demandé si j'étais nouveau? C'est totalement inutile et incohérent.

À ma droite, Ginga se crispa. Ce fut en remarquant sa réaction que je me rendis compte de mes paroles. Il faudrait vraiment que je fisse quelque chose pour arranger ce défaut... ou, au moins, pour l'amoindrir.

L'adulte se pencha vers moi, appuyant ses mains sur la table. Ses yeux bruns lançaient des éclairs.

-Écoute-moi bien. Tu n'as pas intérêt à me répondre à nouveau comme ça, sinon tu le regretteras.

Elle me tourna le dos et se plaça devant le tableau. Les élèves finissaient de s'installer. Bien que mes yeux étaient rivés sur le manuel de cours, je sentais que le regard de Ginga était posé sur moi. Finalement, je risquai un coup d'œil vers lui. Son expression montrait de l'inquiétude. Je le savais car les scientifiques m'avaient appris à décrypter les émotions. D'après eux, c'était une chose vraiment utile. Je tournai mon visage vers lui.

-J'aurais du t'écouter?

-Tu as eu de la chance de ne pas être puni, souffla-t-il.

-Oui.

-Cessez les bavardages, dit la prof avec calme.

Obéissants, les lycéens se turent. Elle commença tranquillement son cours. Imitant les autres, je pris des notes. Une demi-heure plus tard, elle cessa de discourir. Elle nous ordonna d'empiler nos affaires sur un côté du bureau et qu'un des membres des binômes enfilât une blouse. Lorsque nous eûmes fini les préparatifs, elle alla dans une pièce adjacente. Elle revint en poussant un chariot sur lequel reposaient divers outils.

Ginga, ainsi que les autres porteurs de blouse, allèrent jusqu'au chariot. Ils prirent des bacs sur lesquels ils posèrent leurs outils. Ils retournèrent à leurs tables. J'observai le rouquin déposer son fardeau sur le bureau. Il resta debout à côté, l'air mal à l'aise.

Alors que j'allais l'interroger sur son état, la prof posa une chose dans le bac. Je me redressai pour voir de quoi il s'agissait. C'était une souris. Ma curiosité satisfaite, je me rassis et fis tourner mon tabouret pour faire face à Ginga. Il semblait aller encore plus mal. Il tapotait nerveusement la surface lisse de la table.

-Qu'est-ce qui ne va pas?

-...Rien.

Il fixait avec dégoût le contenu du bac.

Pendant que je l'observais, des élèves s'indignèrent de leur exercice.

-Madame, on peut pas décaler ça? demanda un. On déjeune juste après ce cours...

-Et alors? Tu ne vas pas décaler ton bac juste pour déjeuner.

-Mais...

-De toute façon, vous devez m'obéir.

Les élèves grommelèrent. Comprenant enfin le problème de Ginga, je reportais mon attention sur lui.

-Tu veux que je le fasse à ta place?

Il se tourna vers moi.

-Mais... je ne voudrais pas te forcer...

-Tu ne me forces pas puisque c'est moi qui te le propose.

Il me sourit.

-D'accord.

Il enleva sa blouse et me la tendit. Je la pris puis l'enfilai à contrecœur. Cela me donnait l'impression d'assister Jonathan dans ses recherches. Ginga et moi échangeâmes nos places. Il s'installa sur mon tabouret, soulagé, tandis que je me mis debout derrière la table.

La prof nous donna des instructions que je suivis à la lettre. Je pris le scalpel et commençai à ouvrir le rongeur alors que Ginga prenait des notes sur une feuille. Quelques élèves poussaient des gémissements écœurés. Un d'entre eux tomba même dans les pommes. Et moi je continuai cet exercice sans comprendre leurs réactions.

Une quinzaine de minutes avant la fin du cours, nous arrêtâmes la dissection et rangeâmes le matériel sur le chariot qui retourna dans la pièce adjacente. La prof revint se placer derrière son bureau. Elle tenta d'allumer son ordinateur mais rien ne se produisit. Elle essaya à nouveau sans plus de résultats.

-Comment on peut faire notre boulot correctement si on a pas le matériel adapté, grommela-t-elle.

Elle tenta une fois de plus de faire marcher l'appareil.

-Bon, Alekseï, tu vas aller chercher quelqu'un de la maintenance.

-D'accord.

L'adolescent sortit à grands pas de la salle. Il revint dix minutes plus tard, accompagné par un homme costaud. Les deux adultes discutèrent avant qu'il ne s'occupât du problème de l'ordinateur. Il l'observa puis ouvrit le boîtier de l'unité centrale. Plus la fin du cours approchait, plus les élèves s'agitaient et il ne trouvait toujours pas de solution pour réparer l'ordinateur.

-Bon. Vous pouvez ranger vos affaires et sortir. Je mettrai vos devoirs sur le cahier de texte en ligne.

Les lycéens se précipitèrent hors de la salle. Je suivis Ginga qui partait plus tranquillement. Il n'y avait personne à part notre classe dans les couloirs.

-Ça va? me demanda-t-il alors que nous descendions les escaliers.

-Oui.

-Pourtant, t'as l'air triste.

Je m'arrêtai, choqué. J'avais beau vouloir être libre, j'étais incapable de ressentir de vraies émotions. J'étais certainement capable de les copier si je devais mais pas inconsciemment. Ginga se trompait sur mon état.

Remarquant que je ne marchais plus avec lui, il s'arrêta à son tour quelques marches plus bas.

-Je ne peux pas être triste, murmurai-je. Ce n'est pas assez logique.

Il me dévisagea étrangement.

-Les sentiments ne sont jamais logiques.

Je hochai la tête. Bien entendu, il avait raison mais j'étais une machine. À part la logique, peu de choses avaient du sens pour moi même si je faisais de mon mieux pour les comprendre. Mais je ne pouvais pas dire à Ginga que je n'avais pas de sentiments parce que ça ne servait pas leurs leurs intérêts quand ils m'ont créé. Si je le faisais, premièrement, je manquerais ma mission et deuxièmement, il ne me croirait sûrement pas. Alors, pour ne rien laisser paraître, j'acquiesçai en souriant.

Rapport n°3 sur l'expérience 301

Professeur,

Comme je vous en ai fait part dans mon précédent rapport, le sujet 301 a été envoyé vivre aux côtés d'êtres humains. Mes assistants et moi l'y avons envoyé seul pour voir s'il était suffisamment évolué pour réussir à vivre parmi les humains. Pour l'instant, cette expérience fonctionne comme nous l'espérions d'après les dires des collègues auxquels nous avons demandé de surveiller 301. Il aurait déjà réussi à s'intégrer à un groupe social, prouvant ainsi qu'il est capable de se comporter en être humain. Même si cela ne fait qu'une matinée qu'il est véritablement livré à lui-même, 301 est un immense pas en avant pour notre expérience.

Je me souviens vous avoir fait part de certaines de mes inquiétudes concernant son comportement. Depuis que je vous ai averti, 301 n'a plus montré de signes d'une conscience excessive: il a obéi à tous nos ordres sans hésiter et sans discuter. Je pense que mes craintes étaient infondées et j'en suis soulagé.

Je vous enverrai bientôt un nouveau rapport accompagné du compte-rendu de 301.

Cordialement,

J. Harcly

Fin du chapitre 3