Chapitre 18 : La maladie.
209ème jour - Six mois et 16 jour.
L'odeur sucrée qu'il dégageait n'avait nulle autre pareille. Arthur savait qu'il n'avait pas réellement une odeur sucrée. A moins qu'à son insu, il ne se soit goinfré de friandises ou pâtisseries en tout genre. Et encore, en quoi aurait-elle influencé son odeur à devenir sucrée. C'était peut-être autre chose. Quelque chose qui le faisait délirer. L'amour ? La joie ? Le bonheur ? Que des sentiments qu'il savait fort affectif. Car sinon ce drôle d'odeur qui lui chatouillait les narines ne pourrait qu'être mauvais.
Sans ouvrir les yeux, il raffermit sa prise sur sa tête et plongea son visage dans ses cheveux. Il aimait réellement être plus grand que lui. Juste pour pouvoir effectuer ce mouvement. Il sentit Merlin bouger légèrement avant de grogner dans son sommeil. Il s'étala un peu plus sur lui et Arthur se sentit compressé. Mais cela ne le dérangea pas tout de suite, aillant maintenant l'habitude qu'il dorme pratiquement sur lui. Arthur ne dormait plus depuis un petit moment. Il continuait à faire des oscillations dans la marée noire de ses cheveux et d'en sentir l'odeur. Il savait que Merlin n'allait pas tarder à se lever. Il était très patient. Et surtout heureux de l'avoir enfin tout contre lui.
Des années d'amitié, quelques jours à se rendre comptent que c'était plus que cela. Des mois à lui courir après, une semaine qu'ils étaient mariés… De jours de pur bonheur qui valaient bien là toute cette attente. Il lui avait fait l'amour, encore et encore, satisfaisant la tension palpable qui existait entre eux. Le jour, ils étaient deux grands rois, s'affairant chacun de leur côté à combler le peuple, humain pour Arthur, sorcier pour Merlin. Mais une fois la nuit venue, ils n'étaient plus qu'eux-mêmes et leurs pensées se ralliaient sans hésitation. Ils avaient faim l'un de l'autre, autant mentalement que physiquement.
Merlin bougea à nouveau et décolla ses cheveux du visage de son mari. Ce dernier eut l'envie de se plaindre mais il ne dit rien. Il finit par ouvrir les yeux et tomba sur une image qui le fit sourire. Merlin le regardait de ses yeux embrumés par le sommeil, émergeant à peine. Il referma les yeux et déposa sa joue contre la sienne.
- A quoi pensais-tu ? Murmura le brun.
- Pourquoi me demande-tu ça ? Marmonna le blond en chatouillant de ses lèvres sa peau douce.
- Tu avais l'air… heureux.
- Tu devrais avoir ta réponse alors. Je pensais à toutes les choses que je pourrais te faire pendant que tu dors. Car plus ours en hibernation que toi, cela n'existe pas.
Merlin grogna un peu et se décolla pour attraper un coussin et le lui mettre sur la tête.
- Aye, gémit Arthur en essayant de le retirer. Par contre, une fois réveillé, tu n'es pas vraiment lent ! C'est parfois dommage.
- Cinq années de bons et loyaux services pour un prince. Ça aide à savoir se réveiller tôt et en pleine forme.
Il rit et réussit finalement à se dégager de sa prise pour le renverser sous lui.
- Cependant, il semblerait que je ne t'ai absolument rien appris dans ce qui est l'art du combat. En veux-tu une petite leçon, là tout de suite ?
Merlin sourit et rougit en même temps. Il lui était tellement facile de l'embarrasser de la sorte en une seule phrase. Lui avait encore du mal à quémander, et pourtant qu'est-ce qu'il le désirait !
Malheureusement, il en fut tout autre, puisqu'on toqua à la porte fortement et la voix de Severus s'éleva à travers le bois.
- Arthur, levez-vous. Nous avons un problème.
Le roi fit la moue. Il posa ses lèvres sur celles de son mari dans un baiser rapide avant de se lever et de le couvrir du drap. Il enfila d'un geste aisé son pantalon de lin et une tunique blanche avant d'aller ouvrir la porte, se fichant du cri protestataire de Merlin.
- Que se passe-t-il ? Il est bien tôt, que faîtes-vous debout ?
Le potionniste avait un visage fermé et légèrement inquiet. Il y avait longtemps qu'il n'avait plus vu cette expression sur son visage. Il l'avait autrefois, quand les visiteurs venaient à peine d'arriver. Mais au fil du temps, il s'était éclairé et même parfois, ils avaient pu entendre le son cristallin de son rire. Et depuis que sa relation avec Neville avait évolué, le roi était certain d'avoir vu de l'amour au fond de ses yeux. Alors il prit rapidement au sérieux son air atterré.
- Désolée, Majesté, mais le peuple de Camelot tombe malade.
- Quoi ? S'exclama Arthur.
Il se dépêcha de revêtir ses bottes et suivit Severus en claquant la porte derrière lui. L'homme l'entraîna dans une marche plus que rapide, à la limite de la course vers l'atelier de Gaius et Merlin.
- Oui, plus d'une dizaine d'hommes, de femmes et d'enfants se sont réveillés il y a peu avec des troubles. Gaius et Neville sont partis à l'instant dans la ville pour analyser ce qui pourrait causer un tel effet de masse.
- Il ne faudrait pas que cela vienne des animaux, grommela le roi. L'hiver est presque à son point culminant. Et il devient rare d'en voir dans la forêt.
Severus s'arrêta brusquement devant la porte et le fixa, désemparé.
- Malheureusement, cela touche aussi les animaux. Les fermiers, les bouchers… Ils ont déjà perdu la moitié de leurs bétails, retrouvés morts ce matin.
Le blond écarquilla les yeux. Les journées qui allaient suivre s'annonçaient longues et éprouvantes.
209ème jour - Six mois et 16 jour.
- Est-ce que tu vois quelque chose ? Demanda Ron.
Harry secoua la tête négativement. Il ne voyait rien, même pas le plus petit détail qui pourrait les conduire à ce qui avait empoisonné maintenant près d'une cinquantaine de personnes. Ron se mordit la lèvre et se mit à réfléchir à ce qui pouvait leur avoir échappé. Il se vantait parfois d'être devenu le meilleur pisteur de Camelot. Il n'était pas question que son don ne lui fasse défaut maintenant.
- Reprenons depuis le début. Nous avons écouté attentivement chaque malade. Qu'est-ce qui les relie ?
Ils se trouvaient tous les deux en plein milieu d'une rue déserte. Les habitations des malades étaient presque collées l'une à l'autre. Cela devait être dans ce secteur qu'ils avaient été empoisonnés. Harry entra dans une maison vide. Et regarda rapidement le grand salon. Une table, des chaises, un petit déjeuner laissé à l'abandon. Rien de semblable avec les autres, encore une fois.
Ron refit le parcours de quelques villageois.
- Et les bêtes, s'exclama-t-il. Comment auraient-elles pu tomber toutes malades ?
- Pas toutes, murmura le brun en refermant la porte de la maisonnette. Seulement le bétail des fermiers qui habitent ici. Qu'est-ce qui est commun à tous ?
Ron le rejoint.
- La terre qu'ils foulent, l'air qu'ils respirent, la viande provenant d'un boucher… les barriques d'… Mais oui, bien sûr !
Harry ouvrit de grands yeux, ayant compris aussi.
- L'eau. Chaque quartier de Camelot à son puits et son eau.
Ils se précipitèrent vers le puits et Harry tira sur la corde pour faire remonter le seau. Ron l'attrapa mais ne décela aucune anomalie. L'eau n'avait aucune couleur ou odeur bizarre. Il fit la moue, ne sachant pas si Gaius pourrait trouver quoi que ce soit avec un échantillon.
- Peut-être devrais-je la goûter ? Si je tombe malade nous saurons si c'est bien cela.
- Non, l'en empêcha le brun. Gaius et Severus pourrons nous dire si elle est empoisonnée. Neville saura par quelle plante ou Draco, par quel sort.
Ron hocha la tête. Il demanda à un soldat d'aller chercher un verre et l'emplit de l'eau. Puis il lui demanda de l'emmener à Gaius. Puis il reprit les investigations avec Harry.
- Tu sais ce que si c'est un sort ou une plante qui n'a absolument rien à faire ici. Cela veut dire que c'est un acte volontaire. Qui aurait pu faire cela ?
- Tu ne vois vraiment pas, fronça Harry.
- Bien sûr que si, s'indigna le roux, n'ayant toujours pas oublié ni digéré le mal qu'elle avait causé à Blaise. Mais… Pourquoi ? Après tout ce temps ? Dire que je pensais que nous en aurions fini avec toute cette histoire !
- Nous en aurons fini quand Draco et moi arrêterons d'avoir des visions.
- Mais vous n'en avez plus depuis des mois !
- Après la bataille contre les démons des ombres, nous en avons eu une. Nous ne l'avons juste pas dit parce qu'elle n'était ni dangereuse, ni menaçante.
- Et qu'est-ce qu'elle montrait ?
Harry s'arrêta soudainement et le regarda, le sourire aux lèvres.
- Le futur, dit-il d'un air rêveur.
- Oui, cela je l'avais compris. Mais…
- Je souhaite… à tout prix que cela arrive. Je m'abstiendrais donc de tous détails, même sous la torture pour ne pas l'altérer.
Ron sourit et secoua la tête.
- Tant pis. Bon, il nous faudrait une trace quelconque de Morgana, si nous voulons la relier à l'empoisonnement.
- Malheureusement, je crains que nous ne la trouvions jamais… s'exclama Blaise.
Ils se retournèrent d'un seul homme vers lui. Il avait l'air soucieux et surtout très fatigué. Il faut dire qu'il était de garde cette nuit. Il n'avait donc pas dormi depuis longtemps.
- Blaise, ne t'ai-je pas dis d'aller te coucher ?
- Je crois que si. Deux ou trois fois d'ailleurs.
Il sourit difficilement. Lui et les autres chevaliers avaient parcouru Camelot de fond en comble sans rien trouver. Perceval mit les poings sur les hanches, peu adepte de cette stratégie. S'en prendre à des femmes et des enfants au lieu d'affronter les hommes. Il n'y avait rien de plus lâche. Une paix régnait avec les sorciers, les druides et les créatures magiques de Camelot et des trois autres royaumes. Seul celui de Cenred était aux abonnés absents. Quant au royaume que Morgana s'était approprié… Ils n'y avaient qu'eux pour faire cela.
- Que pouvons-nous faire ? Demanda Léon à Perceval. Il en convient que nous n'allons pas rester les bras croisés. Il serait tant que nous foncions dans ce maudit royaume et que nous abattions… cette vile sorcière.
Cela se voyait qu'il avait du mal à le dire. Même après toutes ses années de démence, Morgana resterait à jamais graver dans leur mémoire comme la pupille du roi qui fut si douce avec eux.
- Fais cela et c'est une guerre ouverte contre les sorciers du royaume de Fyrien. Retendit froidement la voix d'Arthur. Ils ne sont coupables de rien. Certains sont peut-être même effrayés. Nous perdrons alors la confiance des nôtres.
Il s'approcha d'eux alors que le silence s'installa. Il les toisa, un à un et s'arrêta sur les gardes de nuit.
- Allez-vous coucher. J'ai besoin de mes chevaliers en meilleur de leurs formes. Pas de malade en plus.
Léon, Perceval, Blaise et cinq autres chevaliers se penchèrent pour le saluer et partir sans autres formalités. Ron garda son regard ancré à celui de son petit ami, hésitant mais finalement ne fit rien et le laissa s'en aller. Arthur se tourna vers le reste de la garde et les congédia aussi. Il ne resta sur la petite place que le roi et les deux visiteurs du futur.
- Ecoutez-moi, dit tout de suite le blond d'un ton confident. Nous n'avons pas tant de solution que ça. Soit le coupable s'est enfui, soit il se cache parmi nous, attendant la nuit pour remettre cela vers d'autres quartiers.
- Ce serait suicidaire, souffla Harry sur le même ton.
- J'ai remarqué à quel point les soldats de Morgana en une certaine tendance à ne pas s'en faire de ce qui pourrait leur arriver. Et si ce n'est ça, dîtes-moi pourquoi rendre malade quelques occupants ? Surtout qu'elle sait pertinemment que nous possédons de puissants sorciers qui vont les remettre sur pieds d'ici un jour ou deux ? Pourquoi ne pas s'en prendre aux chevaliers et aux soldats, laissant ainsi Camelot sans défense ?
Harry et Ron ne pouvaient lui répondre. Il est vrai que cette attaque n'avait l'air… que de celle d'un enfant capricieux. Rien à voir avec l'immense pouvoir qu'elle avait prouvé posséder jusqu'à maintenant.
- Il y a une autre explication. S'exclama Ron. Les bêtes ont été particulièrement touchées. Ils sont morts sans que nous ne puissions rien faire. Comme si elles étaient les véritables cibles.
- Ce n'est quand même pas la façon de faire de Morgana. Soupira Arthur.
- Alors qui ? Demanda le brun.
Ils restèrent silencieux. Il n'y avait aucune logique à ce geste. Si le responsable venait à pointer à nouveau le bout de son nez pour finir le travail, il était certain qu'ils l'auront. Mais si ce n'était qu'une seule attaque, il n'avait rien à en tirer.
- J'ai bien peur que nous ne le saurons pas en cherchant ici. Je vais partir à la chasse avec des soldats pour combler le manque. Yvain, à ma demande, est parti ce matin pour Mercie. Ce fripon de vieil homme à une dette envers moi. S'il le peut, et je l'espère, il nous donnera quelques animaux. Le blé ne suffira pas à nourrir tout le monde, surtout avec ce gel.
Harry leva soudainement la tête vers le ciel et fronça les sourcils. Il était vrai que ces derniers jours le temps s'était rafraichi. Alors qu'Arthur essayait de voir ce qu'il voyait. Ron murmura :
- Je doute que ce soit une coïncidence…
Quelques secondes plus tard, la neige tombait.
209ème jour - Six mois et 16 jour.
Severus avait fini la potion. Il préleva un échantillon d'eau dans le verre que leur avait apporté le soldat, envoyé par Ron et Harry. Puis il la jeta d'un geste sec dans le chaudron.
- Revelatum. Chuchota-t-il.
Immédiatement, un parchemin se forma juste au-dessus sur lequel sa propre écriture se mit à dresser une liste de composants plus ou moins compliqués. Quand cela fut finit, et avant qu'il ne tombe dans la potion, l'ancien professeur se saisit de lui et lu attentivement chaque ingrédient. Et ces yeux s'arrêtèrent sur un mot qui n'avait absolument rien à faire ici. Il fit demi-tour et entra dans la salle qui servait maintenant d'infirmerie. Gaius et Neville était en train de s'occuper des malades. Le vieil homme s'arrêta quand il le vit.
- Alors ?
- Vous n'avez pas à vous en faire. Ils ont été empoisonné avec de l'hydrangea.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Je ne pourrais pas vous dire le nom que vous lui donnez ici. C'est une plante qui est extrêmement toxique pour les animaux. Mais seulement à la longue pour les humains.
- C'est… invraisemblable… Ça n'a pas de sens. Pourquoi s'en prendre à eux ?
Severus ne répondit pas. Il était sûr et certain qu'Arthur ou les autres trouveraient une réponse à tout cela.
- Je connais un remède qui guérira tout ce petit monde avant ce soir. Il faudra aussi que quelqu'un aille ôter les plantes au fond du puits.
- Je vais m'en charger, se mêla Neville.
Avant qu'il ne quitte l'atelier, Severus le rattrapa par le bras.
- Dis à Arthur qu'il n'y a pas d'hydrangea à moins de deux kilomètres de Camelot. Elle n'est pas apparue comme cela dans le puits.
- Je le sais, Sev'.
Le potionniste hocha la tête puis lui sourit.
- Fais attention.
Neville sourit à son tour et s'en alla. Severus se trouva bien bête sur le moment. Faire attention à quoi ? Il n'y avait aucun danger dans Camelot. Pourquoi avait-il tant de mal ? Cela faisait des mois qu'ils sortaient plus ou moins avec son ancien élève et rien n'avait changé. Sauf le fait qu'ils se touchaient d'une autre manière, et qu'ils s'embrassaient de temps en temps. Mais ils n'en avaient jamais vraiment discuté. Il serait donc temps que Severus remédie à tout cela. Même s'il fallait dire que cela lui faisait un petit peu peur. Après tout, il était tellement plus jeune que lui. Il avait peur qu'un jour, Neville trouve bien mieux et le laisse tomber. Ce qui était totalement possible. Surtout avec sa jolie tête bien faîte et ces mimiques toutes mignonnes. Severus rougit.
Il remarqua au bout d'un moment qu'il était resté coincé devant la porte et décida de bouger pour s'occuper de préparer un remède vite fait bien fait.
De son côté, Neville n'était pas de cet avis. Tout en descendant rapidement les longs escaliers, il se disait tout le temps que s'il allait trop vite avec Severus, il le perdrait. Il évitait la conversation car il la trouvait gênante. Son côté timide ressortait à trois milles pourcent quand il était prêt de lui. Et surtout quand ils étaient seuls. Mais voilà, il y avait un truc qui le dérangeait. Et il fallait qu'il en parle. Mais pas avec Severus. Non. Plutôt avec ces amis. Et vite. Car maintenant il brûlait d'impatience et de frustration de ne pas savoir.
- Le roi ? Demanda-t-il aux soldats qui rentraient.
- Toujours dans le village, lui répondit-on en lui montrant la sortie du château.
- Merci.
Il se dépêcha avant qu'Arthur ne décide de bouger à nouveau. Il leva les yeux aux ciels en s'émerveillant, la neige commençait tout juste à tomber. C'était à la fois magnifique et surtout très problématique. Après tout, la chasse serait plus dure, il n'y avait plus de bêtes. Oui, si quelqu'un venait de s'en prendre à Camelot, il avait bien réussi son coup. Quand il arriva, il le trouva en train de discuter avec Ron et Harry. Ils semblaient vraiment perturbés.
- Arthur. Severus a trouvé de l'hydrangea. Une plante mortelle à la longue pour les animaux. Mais elle était tellement concentrée qu'ils n'ont malheureusement aucune chance.
- Dans l'eau du puits ?
Neville hocha la tête. Ils se regardèrent comme si leur hypothèse était exacte ce qui devait surement être le cas. Neville se rapprocha du puits et l'examina. Il ne voyait rien du tout en bas. Il partit sur le côté et déterra une fleur. Il lui chuchota un sort et celle-ci s'illumina de mille feux, puis il la jeta dans le puits. En plissant les yeux, il put voir les plantes. Elles étaient vraiment en nombreuse quantité. Il allait vraiment avoir du mal à tout sortir.
- Je vais m'occuper de rendre ce puits potable, ne vous en fait pas.
- Je compte sur toi, Neville. Hocha le roi.
- Je vais te donner un coup de main, sourit Harry.
- Retrouve nous au château quand cela sera fait.
- Bien, Sir.
Il les regarda s'éloigner avant de se concentrer sur son ami.
- Je vais descendre d'accord ? Lui dit-il en commençant à se déshabiller. Il suffit d'enlever toutes les plantes. Ce n'est pas compliqué.
- Je vais descendre avec toi, s'exclama alors la voix de Draco derrière lui.
- Tiens, où étais-tu toi ? On ne te voit plus dernièrement.
- Occupé, évasa-t-il en enlevant sa longue cape. Neville, prépare-toi à réceptionner les plantes rapidement.
- Ce n'est pas une course, sourit Harry.
Cela se voyait qu'il avait très envie du contraire. Alors Draco haussa les épaules et lui demanda :
- Le premier arrivé en bas ?
Harry ne se le fit pas dire deux fois et commença sa longue descente. Il fut surpris de ne pas voir le blond juste derrière lui. Et puis ce n'est que lorsqu'il fut qu'à quelques mètres de la fin qu'il regarda en haut la longue robe du blond descendre… en chute libre ! Il écarquilla les yeux et se dépêcha de descendre pour le réceptionner mais le blond le dépassa trop vite. Et se rattrapa dans l'eau sans une égratignure. Harry était stupéfait. Il finit de descendre et l'attrapa par les épaules.
- Tu n'as rien ?
- J'ai gagné !
- Mais… comment tu as fait ?
Il lui fit un clin d'œil et soudain s'envola de quelques centimètres du sol.
- J'ai encore appris quelques trucs. Bon, je t'avouerais que ce ne fut pas sans beaucoup d'entraînement et de grande douleur. Ne t'inquiète pas je me suis mis assez loin pour que tu ne sentes pas. Mais tu te rends compte, je sais voler ! C'est juste… Super.
Harry se mit à sourire et le relâcha.
- Tu es complètement fou. Mais c'est cool, c'est vrai. Bon, on se met au travail.
Draco remercia le ciel de l'obscurité, il ne put rien voir de ses joues maintenant complètement rouge de joie. Il fallait vraiment… Bon dieu… Il était complètement et irrémédiablement fou de cet homme. Comme cela se faisait qu'il ne le voyait pas… Harry grogna alors que l'eau commençait à le geler. Elle leur arrivait jusqu'à la taille.
- Est-ce que tu pourrais nous éclairer un peu ?
- Oui, oui… Bégaya-t-il en illuminant l'endroit d'une boule de lumière.
De là, Harry et Draco commencèrent à nettoyer correctement le puits et Neville finit le travail en lui offrant une plante qui détruisit les derniers microbes. Et l'eau redevint claire comme avant. Quand les deux sortirent du puits, ils étaient trempés et couverts de saleté, ils se regardèrent alors qu'ils éclatèrent de rire. Neville les scruta, un sourcil levé, sans comprendre.
- A croire qu'on est destiné à être toujours tous les deux complètements sales, ricana Draco.
- Retour à la case douche, plaisanta Harry.
Alors qu'ils s'éloignaient, Neville se mordit la lèvre puis il retint Harry. Le blond retourna seul au château.
- Il faut que je te demande quelque chose de très important, murmura Neville alors qu'il fuyait complètement son regard.
- Vas-y, l'encouragea-t-il.
Sur le moment, le jeune homme se trouva complètement bête et puis il se décida. Il savait que sinon, il n'y arriverait pas.
211ème jour - Six mois et 18 jour.
Harry et Ron retrouvèrent Merlin et Arthur dans la salle du trône. Léon était là aussi, et c'est son air embêté qui avait poussé les deux voyageurs à le suivre.
- Qu'est-ce ? Demanda le roi de Camelot.
- Une missive du roi Cenred, Sir. Répondit Léon en la lui tendant. Apparemment, il aurait eu vent de notre petit… problème.
Arthur plissa les yeux et parcourut la lettre. Merlin se pencha ensuite et il la lui passa.
- Que se passe-t-il, demanda Harry, curieux. C'est grave ?
- Cenred est en route avec des vivres. Il gage qu'il souhaite signer le traité de paix et ainsi prouver sa bonne foi en nous aidant.
- C'est une bonne nouvelle, non ? Sourit Neville, rêveur. Les quatre royaumes enfin réunis se lèveront d'un seul homme contre Fyrien.
Merlin regarda la lettre puis son mari. Il fronçait les sourcils, signe qu'il réfléchissait grandement. Et il y avait de quoi. Jusqu'à maintenant, Cenred s'était toujours défendu d'aider qui que ce soit d'autre que lui-même. Même vis-à-vis de son peuple qui en souffrait grandement. Alors pourquoi un tel revirement ? Surtout qu'elle coïncidait bizarrement avec l'attentat contre Camelot.
- Tu n'y crois pas, n'est-ce pas ? Lui demanda-t-il.
-Eh bien, je me disais juste qu'il faudra être sur nos gardes, soupira le roi. Nous ne savons toujours pas qui aurait pu s'en prendre à nos bêtes et Cenred qui souhaite rejoindre la coalition d'Albion après tout ce temps sans donner de nouvelles. C'est un peu… prématuré je trouve.
- Que fait-on alors ?
- Rien, malheureusement. Car si les intentions sont réellement louables, Neville a raison. Quatre royaumes contre un, ce n'est pas négligeable. Nous pourrions enfin déclarer ouvertement la guerre à Morgana.
- Même si tu sais que c'est un piège ? S'exclama brusquement Ron.
- S'il l'est vraiment, il est stupide, s'énerva quelques peu Arthur.
- Stupide ou pas, tu n'as pas le droit de jouer ainsi avec la vie des autres ! Répliqua-t-il sur le même ton.
- Ron, murmura Harry.
Arthur se leva d'un bond.
- N'oublies pas à qui tu parles. Je te rappelle que je suis ton roi.
- Tu n'es pas mon roi, cingla le roux. Pas quand tu prends ce genre de décision. Je suis prêt à mourir pour toi, je pense que je te l'ai déjà prouvé.
Arthur se calma immédiatement en repensant à cet instant où Ron l'avait assommé pour prendre sa place dans le portail causant sa mort.
- Mais cette décision ne te concerne pas seulement. Est-il marqué sur ce bout de parchemin maudit combien d'hommes Cenred compte emmener pour signer un traité ? Et serait-ce des serviteurs ou des guerriers qui transporteront le bétail ? Combien se posteront aux alentours de Camelot, en attendant sagement la nuit tombée ou un signal ? Je connais des dizaines d'autres possibilités d'assiéger le château et je doute être le seul.
Avant qu'Arthur ne réponde, Merlin se leva à son tour et leva les mains.
- Cenred a peut-être l'avantage du nombre, Ron. Et tu as raison de le craindre, mais nous avons ce qu'il éructe le plus. La magie.
- La magie ne fait pas tout, s'entêta-t-il. Où était-elle quand Lancelot est mort ?
- Ça suffit ! Eclata Harry.
Le roux écarquilla les yeux. Il le regarda sans comprendre. C'était peut-être l'une des rares fois où il n'était pas d'accord avec lui.
- Viens avec moi.
Harry l'attrapa par le poignet, se pencha devant les deux rois de Camelot puis l'entraina tout en haut d'une tour. Une fois dans la première pièce vide, il le lâcha et Ron bouillonna. Il se tourna vers le premier mur venu et martela du poing dessus jusqu'à ce qu'il saigne. Harry soupira et le laissa faire. Il laissa la pierre froide calmer ses nerfs avant de murmurer :
- Comme d'habitude, tu t'emportes.
- Je n'aurais pas à le faire si Arthur prenait les bonnes décisions. Ne pourrait-il pas le faire signer plus loin son traité ? En dehors de Camelot par exemple ? A croire qu'il aime être en danger !
Ron s'assit sur le rebord de la fenêtre, le visage toujours énervé et l'esprit calculateur.
- Dis-moi ce qui ne va pas ?
Le roux tourna la tête vers lui puis se mordit la lèvre.
- Tu vas me trouver stupide.
Harry sourit et s'assit en face de lui.
- Ron, comparé à bien d'autre, je n'ai jamais pensé cela de toi. Et cela ne commencera pas aujourd'hui. Alors parles-moi, s'il te plaît.
L'archer resta un moment à chercher ses mots puis il se lança :
- Quand tu as eu cette vision d'Arthur et du portail, je me suis dit que c'était peut-être cela notre tâche. Le sauver de la mort en donnant notre propre vie. Alors j'ai de suite pensé que cela ne pouvait être toi. Pas encore. Pas après tout ce que tu as vécu avec Voldemort. Et j'ai vu Neville et Severus qui avait tout autant besoin de l'un que de l'autre. Quand à Draco, si cela n'était pas fini après ça, je savais que tu aurais besoin de lui, pour les visions. Blaise… n'était même pas un choix possible à mes yeux. Il était hors de question que de vivre sans lui. Alors il ne restait que moi. Mais finalement Lancelot a pris ma place et rien n'est terminé. De fil en aiguille, je me dis que notre tâche est peut-être d'aider Arthur à réunifier Albion. Mais plus nous nous rapprochons du but. Plus je tremble à l'idée que… Nous devions rentrer. Je n'ai pas envie de retourner là bas, Harry. Ici nous sommes qui nous voulons être sans que personne ne nous juge. Ici… J'ai appris bien plus qu'en dix-sept ans de vie.
- Waouh… Tu ne m'as jamais dit tout cela. Pourquoi l'as-tu gardé pour toi ?
Ron rit.
- Je ne sais pas, ce ne sont que des idées qui me traversent l'esprit.
- Ron… Même si nous devions un jour ou l'autre repartir, je ne pense pas que les choses changeront vraiment. Tu ne te baladeras plus dans la forêt avec un arc et je n'aurais plus des lames au poignet, d'accord… Mais nous resterons tous les six. J'en suis sûr.
Le roux hocha, à moitié rassuré.
- Quant à Cenred, j'ai de grand doute quant à sa loyauté et ses intentions. Je n'ai pas envie de perdre Blaise. C'est la première fois que j'aime autant quelqu'un. Tout comme je n'ai pas envie de perdre aucun d'entre vous.
Harry posa sa main sur son épaule dans un geste amical.
- Un jour, un homme que jamais dans ma vie je n'aurais cru apprécié m'a dit : « Tu n'es pas le héros de cette époque. Tu n'es pas l'élu, ici… Il est temps de lâcher prises. Chacun de nous faisons nos choix et tu n'es en aucun responsable des conséquences ». Ça vaut aussi pour toi, Ron. Occupe-toi de Blaise et laisse Severus prendre soin de Neville. Moi, je me débrouille très bien tout seul. Et Draco… Et bien disons que je garde un œil constant sur lui. Merlin, je pense, ne pourra plus jamais lâcher Arthur jusqu'à la mort. En même temps, il l'a promis. Et à nous huit, nous prendrons soin de Camelot et de chacun de ses habitants. D'accord ?
Ron hocha à nouveau la tête et Harry sourit. Il se leva et rejoint la sortie.
- Oh, s'exclama-t-il en faisant demi-tour. J'ai décidé de servir Arthur jusqu'à la mort, Blaise en a fait le serment. Alors ne t'amuse plus de dire qu'il n'est pas ton roi si tu ne veux nous mettre à dos.
Le roux lui fit un clin d'œil.
- Surtout si tu ne veux pas quitter ce monde. Il est notre roi, dans le bon comme dans le mauvais.
- Tu as fini ? Marmonna Ron. On dirait ma mère.
- Tout se passera bien, rajouta-t-il. Allez viens, on va aller boire un verre pour te changer les idées.
211ème jour - Six mois et 18 jour.
Draco était assis dans la taverne où ils avaient l'habitude de se retrouver. Pour une fois, il était seul et buvait tranquillement de l'hydromel, un breuvage qu'il n'avait encore jamais goûté. C'était franchement bon. Assis à une table, seul, il avait le regard vide, posé au sol. De temps en temps, sa curiosité l'obligeait à se reconcentrer sur l'instant présent pour regarder les gens qui allaient et venaient. De ci, de là, des amis, des personnes seuls, des couples discutaient dans un joyeux brouhaha qui lui arrivait à peine aux oreilles. Tous passaient un excellent moment dans la taverne. Il s'arrêta sur deux hommes qui se souriaient. Si ceux-là ne s'aimaient pas, il se transformerait en poule. C'était de plus en plus fréquent depuis que le roi de Camelot avait décidé de prendre un homme comme partenaire. Comme si le peuple n'attendait que cela pour se dévoiler. Et pourtant ce n'était pas interdit. Sûrement le regard des autres qui les en empêchait. Comme quoi, certaines choses traversent les âges. Mais ici, beaucoup de chose avait changé…
- Bonjour, murmura une douce voix de femme.
Il leva les yeux pour faire face à une jeune femme de toute beauté. De beaux yeux bleus, des cheveux blonds long et tirés en arrière par un bandeau de tissus. Elle portait une longue robe de paysanne et ses doigts étaient écorchés, comme quand on manie trop la faux et la terre.
- Me permettez-vous de m'asseoir ?
- Oui, répondit-il laconiquement.
Elle s'assit, légèrement intimidée.
- Je m'appelle Eline.
- Draco.
Il vida sa coupe et demanda à être resservi.
- Voulez-vous quelque chose ?
- Non, merci. Minauda-t-elle.
Quand le serveur fut reparti Eline inspira profondément et murmura faiblement :
- Je vous trouve charmant, Draco. Et j'avais espéré que vous voudriez bien passer plus de temps en ma compagnie.
Le blond sourit légèrement.
- Merci. Vous êtes très jolie aussi, gente dame. Quel âge avez-vous ?
- J'ai seize ans.
- Et vous venez souvent dans ce genre d'endroit ?
- Oh non, je… Je suis entrée quand je vous ai vu faire de même. Excusez-moi, je ne voulais pas vous faire croire que je vous suis. J'ai juste… pensé qu'il fallait que je tente ma chance.
Draco resta un instant stoïque en comprenant ce qu'elle voulait. Il n'y avait pas à dire, elle était vraiment très belle. Tout à fait son genre avant… Harry. Il ne sut quoi dire. Ni quoi faire. Harry et lui, c'était impossible. Alors peut-être qu'il devait se faire à l'idée et trouver quelqu'un d'autre. Comme elle. Et puis maintenant qu'il savait qu'il ne retournerait plus jamais dans son monde.
- Pardon, je vous ai effrayé, s'exclama-t-elle en se levant à moitié.
- Non, l'arrêta-t-il en posant une main sur la sienne. Non, je…
Le destin l'empêcha d'en dire plus. La porte s'ouvrit, attirant encore son regard. Et c'est Ron et l'objet de ses pensées qui entrèrent. Comme si ce n'était pas assez dur, il souriait sûrement à l'une des blagues de Ron. Ils s'installèrent au bar et enfin leurs regards se croisèrent. L'espace d'un instant son cœur s'embrasa. Il le vit le dévisager avant de regarder Eline puis tourner la tête vers Ron. Sans plus. Pas de sourire d'encouragement, de regard malicieux, de geste comique. Rien qui pourrait l'encourager de faire ça ou l'en dissuader. Draco baissa les yeux vers Eline ne sachant que trop penser puis, sans comprendre pourquoi il faisait cela, il lui sourit et murmura :
- Allons ailleurs, d'accord ?
La jeune femme hocha gaiement alors que le rouge avait gagné ses joues suite à leur rapprochement. Ils passèrent tranquillement devant Harry et Ron et le roux s'abstint de commentaire. Etrange. Une fois dehors, Draco sourit à Eline. Il se sentait plus léger sans la présence pesante du brun.
- Alors, d'où venez-vous ?
- Je suis née à Camelot. Je n'ai jamais eu la chance de voyager. On dit que vous venez d'ailleurs. Est-ce le cas ?
- C'est le cas, répondit le blond sans entrer dans les détails.
Il profita de leur marche pour étudier son corps. Elle avait tout ce qu'il aimait. Aussi petite et fine que… Non, il fallait qu'il arrête.
- Mais mes amis et moi-même avons décidé de rester à Camelot. De plus nous avons été si bien accueillis.
- Ah, s'émerveilla-t-elle.
Cela se voyait que c'était une bonne nouvelle pour elle. Ils discutèrent de tout ainsi longuement. Draco apprit qu'elle était bien une fermière vivant encore chez ses parents. Mais elle rêvait aussi de devenir archère du roi. Malheureusement, les lois interdisaient les femmes d'entrer dans l'armée. Cela ne l'empêchait pas de s'entrainer seul ou d'aller chasser. Draco resta évasif quand elle lui posait des questions sur son passé. Mais au lieu de s'offusquer, elle apprécia d'autant plus ce côté mystérieux qu'il y avait chez lui. Enfin, il lui promit de la revoir bientôt. Mais c'est le cœur lourd qu'il la quitta. Il avait cette envie particulière que ce soit quelqu'un d'autre qu'il doive rejoindre. Ce n'est qu'une fois à quelques pas du château qu'il se rendit compte que cette lourdeur ne venait pas seulement de lui. Alors il fit demi-tour.
211ème jour - Six mois et 18 jour.
Ron entrevit plus qu'il ne vit la jeune femme aux côtés de Draco. Il ne dit rien quand il vit qu'Harry évitait sciemment de les regarder. Enfin, quand ils furent sortis, il se mit à rire.
- Eh bien, Draco semble avoir trouvé quelqu'un. Je comprends maintenant pourquoi il a commencé à s'éloigner de nous. Tu le savais ?
- Non, murmura Harry, les sourcils froncés. Il ne m'a rien dit du tout.
- Tant mieux, s'exclama le roux. Je ne sais pas qui c'est mais elle est vraiment belle, le veinard.
- Qui est belle ? Fit la voix menaçante de Blaise juste derrière eux.
Ron pâlit et se retourna alors qu'Harry n'avait pas décollé les yeux de son verre.
- Chéri ! S'exclama-t-il. Qu'est-ce que… que fais-tu là ?
- Je t'ai vu tout à l'heure et tu n'avais pas l'air bien. Mais apparemment je me suis trompé. Tu vas même mieux que bien !
Il partit serrant les poings et la mâchoire. Ron soupira, but sa bière d'une traite et posa sa main sur le dos d'Harry.
- Désolé vieux, je vais essayer d'aller sauver mon couple.
Harry remarqua à peine qu'il était sorti. Il avait ce drôle de sensation, comme une envie d'aller s'enterrer profondément. Les joues lui brulaient. Il finit tranquillement son verre et paya avant de s'en aller. Il marcha, les pensées embrumées. Il ne savait pas pourquoi il se sentait si mal. Il eut soudain le besoin de courir. Il le fit. Peut-être dix minutes, peut-être une heure, il n'en savait rien. Il arrêta juste quand il se retrouva devant cet arbre. L'arbre où tout avait commencé. Où il l'avait embrassé pour la première fois. Où ils avaient eu cette si belle vision du futur.
Il le toucha avant de sauter et d'attraper la première branche. Il monta rapidement et s'assit là où il pouvait voir le plus loin possible. Il tenta désespérément de contrôler les battements de son cœur. La colère qui faisait bouillonner son sang. Pourquoi ? Pourquoi cela l'avait-il mit dans cet état ? Enfin, le calme revint. Il fixa sans y penser l'horizon. La neige ensevelissait tout et il ne savait s'il préférait ce tableau aux couleurs chatoyantes de l'été.
Et puis les pensées revinrent moins chaotiques. Si Draco avait trouvé quelqu'un, pourquoi ne lui avait-il pas dis ? Après tout, lui et Harry avait la fâcheuse tendance de s'embrasser. L'avait-il seulement dit à cette fille ? Harry pouvait enfin mettre un nom à ce sentiment. Il se sentait trahi. Ce qu'il y avait entre Draco et lui… Et ce depuis la première fois qu'ils s'étaient vus… C'était unique et le blond avait tout gâché.
- Tu n'en as pas marre de vivre perché ? S'exclama celui-ci.
Le brun ne répondit pas. Il ne voulait pas l'entendre, ne pas le voir. Il voulait qu'il s'en aille. Mais il ne fut pas de cet avis puisque le blond soupira et s'éleva dans les airs pour atterrir sur la branche à ses côtés.
- Qu'est-ce que tu me veux ? Marmonna Harry les dents serrées.
- Tu le sais très bien ! Siffla Draco. A moins que tu aies un subit trou de mémoire, nous partageons nos sentiments les plus forts. Alors dis-moi ce qui te trouble.
Harry détacha enfin ses yeux pour regarder son homologue. Il se retint de lui dire que des deux, c'était lui qui avait semblé oublier qu'il existait en ne lui parlant pas d'elle. Il le scruta, sa peau lui parut si blanche et du même éclat que la neige. Seules ses joues prouvaient qu'il était bien en vie grâce à deux tâches roses.
- Tu devrais te couvrir un peu plus. Eluda Harry. Tu vas avoir froid. Et moi aussi.
Draco soupira. Ils restèrent silencieux un moment.
- Je… n'ai rien dit à Eline. Pour nous…
Harry fronça les sourcils. Il n'avait pas du tout envie de parler de ça… ni d'elle ! Il devait s'en aller. Le fuir. Mais alors, tout redeviendrait comme avant s'il faisait cela ?
- Je ne veux pas que tu penses que…
- Tais-toi, quémanda le brun.
- Pourquoi ?S'étonna-t-il.
- Depuis quand ? Pourquoi n'as-tu rien dit ?
- Mais je…
- Non, finalement, je ne veux pas savoir. Tu ne lui as rien dit, grand bien te fasse.
Harry se leva sur la branche et sauta sur celle d'en dessous. Il devait fuir avant que des mots ne dépassent sa pensée.
- Non, attend !
Draco ne sembla pas de cet avis. Il le suivit jusqu'en bas et l'attrapa par le bras.
- Harry, laisse-moi m'expliquer.
- Je ne veux pas savoir. S'écria-t-il. Ce ne sont pas mes affaires !
- Alors pourquoi le prends-tu comme ça !?
Le brun tenta de s'échapper sans lui faire mal.
- Ce lien qui nous uni est le nôtre, Harry. Elle ne saura rien et ça n'a rien à voir avec…
Au lieu de le réconforter, l'assassin s'énerva et le repoussa brutalement du plat de ses mains sur son torse. Draco eut le souffle coupé un instant, Harry se mordit la lèvre.
- Je suis désolé, essaya-t-il de se rattraper. Je ne sais pas ce qu'il me prend.
Sa Némésis fronça les sourcils et s'avança. Il le laissa faire, s'il devait le frapper, il l'avait mérité. Draco l'attrapa par les épaules et le fit tomber d'une balayette dans les jambes. La neige amortit la chute. Harry se releva sur les coudes et sourit légèrement.
- Blaise m'a appris quelques trucs. Et tant que tu ne m'écouteras pas, tu vas rester là !
Harry se mit soudainement à rire. D'un geste habile, il attrapa ses pieds avec ses jambes et le fit tomber à son tour. Il profita de son élan pour basculer en avant et retomber sur lui, les deux mains posées à plat de chaque côté de son visage.
- Tu disais ?
Draco fit la moue un instant, une chaleur emplit son estomac alors que le froid de la neige lui glaçait tous les autres membres. Son cœur palpita, l'adrénaline le faisait convulser de douleur. Ils restèrent là, à se regarder, le gris contre le vert. Et la seconde suivante, Draco se releva sur le coude et l'embrassa avec douceur. Cela n'avait rien à voir avec leurs baisers volés contre des visions jusqu'à présent. Il appuya ses lèvres sur les siennes. Harry posa sa main pleine de neige sur sa joue et le refroidit avec délectation. Ils s'embrassaient, encore et encore, satisfaisant des mois de frustration. Et c'était si bon. Harry trouva même cela incroyable. Sa jalousie mordante s'envola. Eline n'existait plus. Il n'y avait que lui et Draco sur la neige qui soudainement était devenue brûlante. Leurs langues se chevauchaient. Aucun des deux ne bougeait les mains. De peur qu'un geste de trop fasse fuir l'autre. Où qu'ils ne reviennent à la réalité bien trop tôt. Malheureusement, ils n'eurent pas d'autre choix car une vision les assaillit. Cenred était là, marchant droit vers Camelot. Derrière lui, des centaines d'homme. Harry lâcha Draco, comme électrocuté. Il le regarda sans le voir et souffla :
- Ron avait raison.
Il fit un brusque mouvement pour se lever mais Draco l'attrapa par le poignet.
- Attends, Harry.
Le blond resta bloqué sans pouvoir parler. Que devait-il dire ? Pourtant ils s'étaient embrassés… vraiment… sans chercher à avoir de visions.
- Je dois aller prévenir Arthur, murmura-t-il tout aussi perturbé que lui.
- Ne me fuis pas, dit alors Draco d'un ton de plus en plus sûr.
Harry sut exactement pourquoi. Il avait senti. Il sentait en ce moment même… qu'Harry avait envie de lui. Et que c'était fort.
- Parce que moi, je n'ai plus envie de te fuir. Pas après ça.
Harry écarquilla les yeux. Enfin, le blond desserra les doigts et le brun s'échappa.
A suivre...
Personne ne l'a jamais connue.
