Disclamer: les personnages de MFB ne m'appartiennent pas.

Chapitre 4: Esquisse d'un rêve

Puisque nous avions terminé les cours de la matinée, Ginga m'emmena à l'extérieur du bâtiment, dans la cour. Il me conduisit jusqu'à une table en pierre dont les pattes étaient fixées au sol, encadrée par deux bancs, eux aussi fixés au sol. Nous nous assîmes l'un en face de l'autre. Sans raison apparente, le rouquin avait un immense sourire plaqué sur le visage. Cela m'intriguait énormément. Je finis par lui demander la raison d'un tel sourire. Lorsque je lui posai la question, il me dévisagea avec surprise avant de se remettre à sourire.

-Ben... la journée s'est plutôt bien passée jusqu'à présent. Et je me suis fait un nouvel ami. Ce serait bizarre que je ne sois pas heureux.

Je hochai la tête, faisant mine de comprendre. Puis, je balayai du regard le paysage qu'il y avait autour de nous pour savoir s'il y avait des personnes que je connaissais dans les parages. Je me détendis légèrement en constatant qu'il y avait seulement des adolescents normaux. J'avais des raisons de croire que des personnes travaillant pour Jonathan se trouvaient dans le lycée pour m'espionner. Premièrement, parce qu'il ne me laisserait jamais sans surveillance. Et deuxièmement, ses subalternes n'étaient pas d'une grande discrétion.

En attendant les amis de Ginga, nous discutâmes. Curieux de savoir comment se passait la vie d'un être humain ordinaire, je lui posai de nombreuses questions. Étonnamment, il répondit à chacune de mes interrogations sans mentir ou omettre de détails. Ce fut ce qui me surprit le plus dans notre conversation étant donné que je n'étais pas habitué à la sincérité.

C'était à son tour de me questionner quand ses amis arrivèrent. Je fus satisfait qu'ils nous interrompissent avant que Ginga me posât des questions car cela m'aurait obligé à utiliser ce que m'avait appris les scientifiques pour le cas précis où on m'interrogerait.

Il s'agissait de Tsubasa et de Madoka. Ginga me les avait rapidement présenté pendant la récréation. Ils nous saluèrent avant de s'installer à notre table. L'argenté s'assit à ma droite et la brune s'assit en face de lui, à côté du rouquin. Je leur adressai un sourire auquel ils répondirent immédiatement.

-Alors, ta journée s'est bien passée? me demanda Madoka.

-Oui, et pour toi?

-Comme d'habitude.

Après quelques autres politesses du même type, ils se mirent à parler avec plus d'enthousiasme. Comparés à mes créateurs, ils étaient vraiment bavards. Leur discussion était totalement futile mais elle les amusait tant que je m'obligeai à les écouter. Ils me demandèrent à plusieurs reprises mon avis sur des choses que je ne connaissais pas. J'enregistrai consciencieusement toutes les informations qu'ils me fournissaient, sûr qu'elles pourraient m'être utiles pour m'intégrer à cette étrange société que formait le lycée.

Au bout d'un moment, ils décidèrent de se lever.

-On devrait aller au self avant qu'il n'y ait trop de monde, déclara Tsubasa.

-D'accord, dit Ginga. Tu veux venir avec nous Kyoya?

-Non merci.

Le rouquin sembla déçu. Il me salua avant d'emboîter le pas à ses amis. Ils disparurent dans un bâtiment vers lequel convergeaient de nombreux autres élèves. Une fois que je fus seul, j'observai ce qui m'entourait. Il y avait de nombreuses personnes dans la cour. Beaucoup plus que lorsque Ginga et moi nous y fûmes installés. Certains me fixaient en marmonnant. Me demandant pour quelle raison ils faisaient cela, je les regardai, espérant qu'ils finissent par m'expliquer le problème. Un de ceux qui me dévisageaient, un type brun plutôt costaud, avait le visage de plus en plus déformé par la colère. Je commençais à me demander s'il ne valait pas mieux que je partisse avant que la situation ne dégénérât quand Nile apparut dans mon champ de vision. Il vint vers moi quand il me remarqua.

-Alors? Pas trop difficile cette journée pour l'instant?

-Non, ça s'est bien passé.

Me souvenant que ce genre de question demandait implicitement plus de précision que cela, je cherchai quelque chose à ajouter.

-Et puis, mes camarades de classe sont sympas.

-Il faut aimer les surexcités pour pouvoir les supporter, commenta Nile.

Il hésita un instant avant de s'asseoir en face de moi, à la place que Ginga avait laissé. Il posa son sac sur la table. Il en sortit une bouteille d'eau et un sachet dans lequel se trouvait un sandwich. Il le déballa pour pouvoir s'en nourrir.

-Tu ne manges pas au self? demandai-je, surpris qu'il ne fit pas comme les autres.

-Toi non plus.

-C'est parce que je n'ai pas faim.

-Je vois. Moi, je n'aime pas ce qu'ils servent. C'est cher en plus.

Puisqu'il n'avait plus rien à me dire, il entama son repas. Pendant qu'il était occupé, je récupérai mon emploi du temps dans mon sac, feignant de le lire alors que je me souvenais parfaitement de chacune de mes horaires, de chacun des mes cours ainsi que dans toutes les salles dans lesquelles j'étais censé me rendre. Cet après-midi, j'allais avoir deux heures de sport puis une heure d'histoire ou de géographie. J'espérais que ce serait de la géographie car les scientifiques m'avaient seulement montré une carte du monde pour que je retinsse les noms des pays ainsi que leurs capitales. Par contre, ils m'avaient noyé de dates et de faits historiques à tel point que je ne pourrais certainement rien apprendre de plus en suivant les cours.

Lorsque Nile termina son repas, il jeta un coup d'œil à mon emploi du temps que je regardais toujours.

-Tu as quoi comme cours cet après-midi?

-EPS et géographie.

-Tu vas t'ennuyer mon pauvre.

-En fait... je me demandais ce qu'on fait en géographie.

Il haussa les épaules avec indifférence.

-Je n'en sais rien: je ne suis pas dans ta classe. Tu devrais demander à Ginga.

-Mais, ce que je veux savoir, c'est ce qu'on peut faire dans ce cours.

-Tu rigoles?

-Non.

Il me dévisagea, surpris.

-Ben... En géo, on étudie le rapport de certaines régions de la planète à d'autre ou alors la situation économique et politique d'un pays précis.

J'opinais du chef pour montrer que je suivais attentivement son explication et que je la comprenais.

-Vous étudiez le monde entier?

-Non. Il y a des pays qui n'ont pas assez d'influence à l'échelle mondiale ou qui ne donnent aucune information sur leur situation. Et puis, il existe des régions inhabitées ou trop paumées pour être étudiées.

La dernière phrase qu'il avait prononcée avait entièrement capté mon attention. Cela ouvrait des perspectives intéressantes. Je me redressai légèrement sur ma chaise et plongeai mon regard dans celui de Nile, de plus en plus intéressé par notre conversation.

-Existe-t-il beaucoup d'endroits de ce genre? demandai-je avec curiosité.

-De quel genre?

-Tellement isolé que personne n'y pense ou ne veut y aller, murmurai-je. Des endroits ou nul ne peut te retrouver.

La surprise marqua plus profondément l'expression de Nile. Il me dévisagea intensément, comme pour décrypter mon attitude et voir si je plaisantais mais je gardais une expression neutre affichée sur le visage, ne lui donnant aucun indice sur mes pensées. Mes paroles semblaient l'intriguer énormément.

-Il y a en des tas. Pourquoi? Tu as quelque chose à fuir?

-Non, je suis juste curieux.

Bien qu'il ne me croyait pas, il s'abstint de faire la moindre remarque, ce que je trouvais appréciable. Nous nous tûmes à nouveau, n'ayant rien d'autre à nous dire. Notre silence me permettait de réfléchir tranquillement. J'avais pris un gros risque en ayant cette conversation avec Nile. Même s'il avait l'air sympa, rien ne me prouvait qu'il n'était pas avec les scientifiques. Et, même s'il n'était pas de leur côté, il risquait de leur dévoiler accidentellement mes questions à cause des surveillants qu'ils avaient envoyé espionner le lycée.

Je décidai de chercher un nouveau sujet de conversation pour qu'il ne fît plus attention à celui-ci. Je n'en trouvai aucun: mes pensées finissaient toujours par retourner sur celui qu'on avait abordé précédemment. En y réfléchissant bien, je remarquai que je ne risquait pas grand chose: de toute façon, même si je faisais des efforts, ils pouvaient décider de m'éliminer.

Décidé, je me penchai légèrement, les coudes posés sur la table, pour que seul Nile m'entendît. Mon comportement semblait l'intriguer de plus en plus.

-Imaginons que j'aie besoin de fuir, où tu penses que je devrais aller?

Ses yeux, vert vif, étaient ancrés dans les miens, cherchant à lire mes pensées.

-Ça dépendrait de la chose que tu fuis.

-Des personnes avec des moyens illimités qui dépenseraient sans compter pour me retrouver.

Me rendant compte que je divulguais des informations confidentielles, dangereuses et invraisemblables, je choisis d'amoindrir l'importance de cette discussion. Il ne fallait pas que Nile me prît au sérieux ou pensât que j'étais fou. Dans un cas comme dans l'autre, j'échouai dans la mission que m'avait confié Jonathan.

-J'ai vu quelque chose de ce genre dans un film. Je me souviens pas du titre mais le type courait tout le temps pour échapper au gouvernement. Je me disais qu'il aurait sûrement mieux fait de se cacher...

Étrangement, le visage de Nile s'était fermé. Je n'arrivais plus à distinguer ses émotions. Reconnaissant cette attitude, je me rassis sur mon siège, mal à l'aise.

-C'est vrai que ce n'est pas possible de fuir éternellement, répondit-il tout de même. Il vaut mieux se cacher dans des lieux inhabités ou qui n'ont pas accès à l'information.

-D'accord.

Je récupérai mon sac et le posai sur mes genoux. Je rangeai mon emploi du temps sous le regard de l'adolescent. Il ne fit aucun commentaire bien que je le soupçonnais de vouloir en savoir plus.

Je voulais continuer à lui parler mais je n'avais pas un seul sujet de discussion en tête. Notre mutisme sembla lui convenir car il ne fit aucune tentative pour me parler.

Au bout de longues minutes, la sonnerie retentit. Nile se leva calmement tandis que les autres élèves se séparaient et se dirigeaient vers les bâtiments. Alors qu'il commençait à partir, je me mis debout.

-Nile! l'interpellai-je.

Il s'arrêta et se tourna vers moi, l'air interrogateur.

-Est-ce qu'on rentre ensemble ce soir?

Il esquissa un sourire.

-Si tu veux. On se retrouve devant le lycée à 16h30.

Il repartit tranquillement. J'endossai mon sac. J'allais, moi aussi, partir quand quelque chose encercla subitement mes épaules. Inquiet, je me retournai. Je vis avec soulagement que c'était seulement Ginga qui avait voulu attirer mon attention. Ce dernier affichait son éternel sourire.

-Re salut! Désolé de t'avoir laissé si longtemps. Madoka m'a dit que je ne devais pas m'incruster dans la discussion que tu avais avec Nile et j'ai préféré l'écouter.

-C'est pas grave.

Nous marchâmes d'un même pas jusqu'à l'extérieur de l'établissement.

-On n'est pas censés aller en cours? demandai-je avec curiosité.

-C'est ce qu'on fait. Il n'y a aucun matériel pour faire les cours d'EPS au lycée. On est obligés d'aller au gymnase.

Nous avançâmes sur le trottoir sur plusieurs mètres puis traversâmes la rue. Quelques lycéens marchaient dans la même direction que nous, dispersés, traînant des pieds, n'ayant manifestement aucune envie d'y aller. Nous entrâmes dans un bâtiment gris. Après l'accueil qui était inoccupé, il y avait une vaste salle, haute de plafond. Alors que j'observais la salle avec un intérêt non dissimulé, Ginga m'entraîna vers un long et épais rideau qui se trouvait à notre droite. Nous le longeâmes jusqu'à une ouverture où nous nous glissâmes. De l'autre côté, il y avait une adulte en jogging devant un tableau blanc, à côté d'un bureau, un feutre à la main. Des membres de notre classe papotaient, assis par terre. Lorsque nous arrivâmes, la prof se tourna vers nous.

-Où sont les autres? demanda-t-elle sans préambule.

-Ils arrivent, répondit le rouquin.

Elle baissa la tête en poussant un profond soupir.

-Je ne vois pas pourquoi je demande: c'est la même chose à chaque fois.

Elle releva la tête et me sourit.

-Bonjour, tu es le nouveau.

Elle jeta un bref coup d'œil à une feuille posée sur la table.

-Kyoya Tategami, c'est ça?

-Oui.

-Assieds-toi avec les autres, je donnerai des instructions pour le cours quand tout le monde sera là.

J'obéis docilement. Nous attendîmes les élèves manquants qui arrivèrent cinq minutes plus tard. Ils s'installèrent tranquillement, comme si leur retard était sans importance. La prof nous expliqua comment étaient censées se passer les deux heures à venir. Sur le tableau, elle avait représenté les neuf terrains qui se trouvaient dans notre dos. Elle nous dit comment nous devions nous répartir pour jouer au badminton. Elle nous ordonna ensuite d'aller changer de tenue. Je ne comprenais pas pourquoi: les vêtements qu'on portait nous laissaient bouger, on devrait pouvoir faire de l'exercice avec. Apparemment, ce n'était pas son avis car elle me dit de rester sur le bord du terrain quand elle apprit que je n'avais pas de vêtements de rechange. Je passais donc les deux heures suivantes à regarder mess camarades se renvoyer des volants. Je ne voyais absolument pas quel était l'intérêt de la chose. Enfin... je pouvais imaginer l'utilité mais cela semblait amuser certains membres de ma classe et je ne comprenais vraiment pas comment un test pour vérifier la coordination des mouvements pouvait être amusant. J'eus beau y réfléchir sérieusement, je n'avais toujours pas trouvé de solution à la fin du cours.

Après la récréation, nous eûmes un cours de géographie. Malheureusement, il était moins passionnant que ce que j'avais espéré. Le professeur parlait avec lenteur, cherchait ses mots, hésitait, comme s'il essayait d'endormir ses élèves en rendant le cours le plus ennuyant possible. D'ailleurs, son ton était si monotone et soporifique qu'il semblait qu'une torpeur s'était emparée de la classe. Les autres lycéens ne discutaient pas. On aurait pu entendre une mouche voler tant ils étaient silencieux. Leurs yeux étaient perdus dans le vague. Quand la sonnerie avait retentit, ils se réveillèrent subitement et se précipitèrent vers la sortie.

Je les suivis plus calmement. Je fus surpris de voir que Ginga m'attendait devant la salle. Il m'accompagna jusqu'au rez-de-chaussée en parlant joyeusement. Nous nous séparâmes devant le lycée. Je m'éloignai de quelques pas de l'entrée du bâtiment pour ne pas gêner ceux qui en sortaient. Nile me rejoignit quelques secondes plus tard. Sans dire un mot, nous partîmes. Nous fîmes le chemin inverse de ce matin pour rentrer chez nous. Cette fois, je ne remarquai rien de suspect. Durant le trajet, mon humeur fut donc moins sombre que quelques heures plus tôt. Nous nous séparâmes dans le hall de l'immeuble après nous être dit au revoir. Je récupérai le courrier qui se trouvait dans la boîte aux lettres. Je gravis les marches qui me séparaient de mon appartement puis ouvris la porte. J'entrai chez moi. Au lieu de me reposer ou de faire mes devoirs comme n'importe quel adolescent, je m'assis devant un ordinateur. Je déposai le paquet de lettres sur la table. Heureusement, vu que je devais paraître le plus normal possible, les scientifiques n'avaient pas installé un de leurs ordinateurs sophistiqués auxquels je devais me brancher pour pouvoir les utiliser. L'ordinateur qui me tenait compagnie était tout à fait normal. Il fallait que j'appuie sur les touches pour qu'il fît ce que je voulais.

Je commençai à écrire pour Jonathan.

Fin du chapitre 4