Disclamer: les personnages de MFB ne m'appartiennent pas.
Chapitre 5: L'air humain
Après avoir envoyé à Jonathan le compte-rendu qu'il m'avait demandé, je récupérai les lettres que j'avais posé près de mon ordinateur. Elles venaient toutes des scientifiques, me donnant diverses informations que je devais enregistrer et me rappelant mon objectif. Le temps de mémoriser les données, le soir arriva. N'ayant pas besoin de dormir, je profitai des heures que la nuit me donnait pour ranger ce qui se trouvait dans le débarras. Contrairement à ce que j'avais espéré, aucun objet du débarras n'était intéressant. En plus, il n'y en avait pas beaucoup. Les cartons étaient surtout remplis de polystyrène. Apparemment, ils n'étaient là que pour donner l'illusion d'un véritable emménagement. Je n'en voyais pas l'intérêt: j'avais l'interdiction formelle d'inviter qui que ce soit dans cet appartement.
Après avoir minutieusement retiré les billes de polystyrène qui s'étaient accrochées à mes vêtements, je cherchai une nouvelle occupation. La lecture me sembla être une bonne idée. Vu que je ne possédais aucun livre, je me contentai de mes manuels scolaires, enregistrant toutes les nouvelles informations qu'ils me fournissaient.
Je finis ce travail au matin. Je rangeai mes affaires puis me préparai pour aller en cours. Je me sentais bizarre... Je secouai la tête, chassant de mon esprit cette pensée ridicule puis me vêtis. Mes vêtements étaient quasiment identiques à ceux que je portais la veille. Seules les couleurs différaient. Mon haut était bleu, mon pantalon cendre.
Je mis ensuite mes affaires de cours dans mon sac. Une fois que je fus prêt, je sortis de mon appartement en verrouillant la porte derrière moi. Je descendis tranquillement les escaliers. Dans le hall d'entrée, je vis avec surprise que Nile attendait devant la porte. Il se tourna vers moi en m'entendant arriver et m'adressa un léger sourire.
-Salut, dit-il simplement.
Sa présence me surprenait sincèrement. Les probabilités qu'il pût vouloir encore me parler malgré le fait que la discussion que nous avions eu hier l'avait autant déstabilisé étaient faibles. Je lui retournai sa salutation.
-J'ai pensé que tu voudrais peut-être qu'on fasse encore le trajet jusqu'au lycée ensemble. Le temps que tu le retiennes.
-Merci, c'est sympa, répondis-je.
Même si son aide m'était totalement inutile, je l'appréciais: il me l'offrait gratuitement, sans rien attendre en retour. Enfin... je crois. À part s'il était du côté des scientifiques – hypothèse qui me semblait de plus en plus improbable -, il n'avait aucune raison de penser que je pouvais lui offrir quelque chose en retour.
Je le suivis à l'extérieur. Je ne remarquai rien de spécial durant le trajet qui nous mena au lycée. Cela m'intrigua. Jonathan n'était pas le genre de personne à me laisser sans surveillance. Ses sous-fifres étaient certainement plus discrets qu'hier. Cette idée me dérangea. J'allais devoir modérer mes propos et m'en tenir strictement à ce qu'ils attendaient de moi.
Nile et moi nous séparâmes à l'intérieur du bâtiment en nous donnant rendez-vous pour le déjeuner. Puis, je me dirigeai vers ma salle de classe. Devant la porte, je retrouvai Ginga, King et Masamune qui me saluèrent avec enthousiasme. Ils entamèrent une conversation étrange dont le but était de savoir quelle créature magique était la plus puissante entre un pégase, une licorne et un dieu guerrier. Cette discussion se transforma rapidement en chamaillerie, chacun campant sur ses positions.
Quelque chose attira mon attention. Bien que l'étrangeté de leur comportement m'intéressait, je me retournai pour voir ce qui m'avait interpellé. J'eus à peine le temps d'apercevoir Ryûga qu'il disparut à l'angle d'un couloir. Se demandant ce qui accaparait mon attention, Ginga regarda dans la même direction que moi.
-Qu'est-ce qui se passe? s'enquit-il.
-J'ai vu Ryûga. C'est dommage. Il est parti avant que j'aie pu l'appeler.
En voyant l'air ahuri du rouquin, je me demandai ce que j'avais bien pu dire de suffisamment étrange ou déplacé pour qu'il arborât une expression pareille.
-Ryûga? Le Ryûga?
Puisque je ne comprenais pas où il voulait en venir, je précisai:
-Ryûga Atsuka.
Ginga et ses amis me dévisagèrent, les yeux écarquillés, complètement choqués.
-Il y a un problème?
-Bien sûr! C'est une vraie brute qui s'amuse à terroriser les gens. On ne peut même pas lui adresser la parole sans risquer de se faire passer à tabac! Il est dangereux!
-Ouais! renchérit King. Il est pas sympa comme nous.
-Justement. Je n'ai jamais rencontré de personne comme lui. C'est pour ça que je veux lui parler.
Je ne pouvais pas leur avouer mais, en plus, cela me permettrait d'étendre ma connaissance des réactions humaines.
Quand j'eus fini mon explication, ils me regardèrent comme si j'étais devenu fou. Je ne comprenais toujours pas ce qu'ils trouvaient gênant dans mes paroles. Par contre, ce qui était sûr, c'était que leur comportement pouvait compromettre mon travail.
Alors que je réfléchissais à ce que je pouvais dire pour défendre, Ginga posa sa main sur mon épaule, dans un geste qu'il voulait réconfortant. Il regarda ses amis.
-C'est normal qu'il se trompe à propos de Ryûga. Il est nouveau. Il ne le connaît pas autant que nous.
King et Masamune hochèrent la tête, sans conviction. Heureusement, ils se désintéressèrent rapidement du sujet et parlèrent d'autre chose. Je ne prêtais pas attention à leur nouvelle discussion. J'avais échappé de peu à la catastrophe.
La sonnerie retentit. Les lycéens entrèrent dans leurs salles de classe en traînant des pieds. Alors que je les suivais, quelque chose attrapa mon bras. Je me tournai pour voir ce que c'était. Ginga me regardait avec gravité.
-Fais attention à toi, murmura-t-il.
Il se précipita vers la classe. Perplexe, je lui emboîtai le pas.
XXX
Le soir, alors que les cours se terminaient, je pensais toujours au conseil que Ginga m'avait donné. Même si je ne comprenais pas ce qu'il voulait exactement dire par faire attention, je ne le lui demandai pas. Je n'avais pas envie que la scène de ce matin se répétât.
Mes camarades de classe et moi nous séparâmes devant le lycée. Cette fois, je fis la route vers mon appartement seul. À la pause déjeuner, Nile m'avait dit qu'il ne pouvait pas m'accompagner car ses cours finissaient plus tard que les miens.
N'ayant pas besoin de me dépêcher, je marchais tranquillement. À mi-chemin de mon appartement, je décidai de faire un léger détour pour voir une plus grande partie de la ville, dressant un plan plus précis de celle-ci. Curieux, j'observais les immeubles et les boutiques qui se dressaient des deux côtés de la rue ainsi que les personnes qui l'arpentaient. Je continuai d'avancer sans faire attention à l'itinéraire que j'empruntais. Au bout de quelques minutes, j'arrivai dans la rue où j'avais rencontré Ryûga et Nile. Je m'arrêtai, surpris. Par rapport à la dernière fois, elle débordait de vie. De nombreuses personnes se dépêchaient ou flânaient en regardant les vitrines. Des groupes d'amis et des familles discutaient bruyamment. Je restais debout, au milieu du trottoir, pour observer ces comportements si divers. Quelque chose me percuta, me sortant de ma contemplation.
-Qu'est-ce que tu fais planté là? demanda la voix de Ryûga dans mon dos.
Je retournai pour lui faire face. Il se tenait à quelques centimètres de moi. Je relevai la tête, croisant ses yeux emplis de mépris.
-J'admirais les alentours.
-Tu es ridicule, se moqua-t-il.
Il se remit en marche, me bousculant quand il passa à côté de moi. Alors qu'il s'éloignait, je décidai de le suivre. Dès qu'il s'en aperçut, il fit volte-face pour me fusiller du regard.
-Qu'est-ce que tu fais? Siffla-t-il.
-Je te suis.
Il parut quelque peu déstabilisé par la franchise de ma réponse mais il reprit rapidement le contrôle de ses expressions, n'affichant plus que de la colère.
-Quoi?!
-J'ai envie de te parler et nous n'en avons pas eu l'occasion depuis la dernière fois.
Cette fois, il ne put cacher son étonnement. Il me dévisagea un instant avant d'attraper le col de ma veste et de m'entraîner dans une ruelle pour qu'on fût seuls.
-C'est quoi ton problème? Tu n'as pas encore compris que je ne suis pas le genre de personne à perdre son temps en bavardage comme tes petits copains?
-Justement. Je suis sûr que tu es intéressant.
Ryûga donna un coup de poing dans le mur à quelques centimètres de mon visage. Il s'approcha de moi, essayant visiblement de m'intimider. Les scientifiques m'avaient parlé de cette attitude lorsqu'ils m'avaient expliqué différents comportements et expressions pour que je fusse capable de les différencier et d'en comprendre la signification.
Alors que j'allais lui poser des questions, Ryûga laissa son bras retomber contre lui avant de reculer, me toisant avec dégoût, me laissant dans une incompréhension totale.
-Je déteste les personnes fausses dans ton genre, marmonna-t-il.
L'adjectif qu'il avait utilisé me glaça. Me convainquant qu'il s'agissait seulement d'une coïncidence, je décidai de parler.
-Je ne comprends pas ce que tu veux dire.
Ses yeux me détaillèrent des pieds à la tête.
-Faux. Absolument tout est faux chez toi. Il suffit de regarder tes yeux pour s'en rendre compte: ils ne reflètent rien. Pas la moindre émotion. C'est limite si tu as l'air humain...
Je ne savais pas comment réagir. Ryûga était en train de découvrir mon secret! À moins qu'il essayât simplement de se montrer blessant mais il n'y avait aucun moyen d'en être sûr. Si je lui posai des questions pour obtenir des réponses plus détaillées, il risquai de comprendre la vérité et quand les scientifiques l'apprendraient, je pourrai dire adieu à ma semi-liberté et à ma vie.
Le regard du blanc n'avait cessé d'être méprisant. Sans ajouter un mot de plus, il partit, me laissant seul.
Déçu par cette rencontre qui ne s'était pas passé comme prévue, je revins sur mes pas pour retourner dans mon appartement. Durant le trajet qui m'y mena, je ne fis as attention à ce qui m'entourait, songeant à ce qui venait d'arriver. En quelques minutes, je fus dans mon immeuble. Je vérifiai la boîte aux lettres comme me l'avait demandé Jonathan puis gravis les marches pour rentrer chez moi. Une fois à l'intérieur, je m'y enfermai.
La même étrange sensation que ce matin m'envahit. L'ignorant, je m'installai devant mon ordinateur pour faire le compte-rendu de ma journée à Jonathan. Alors que mes doigts frôlaient le clavier, je me demandai si cette "sensation" n'avait pas été créée par les scientifiques pour me déstabiliser ou pour s'assurer que je leur disais tout dans mes rapports. Je chassai cette idée de mon esprit: ils tenaient trop à la réussite de leur projet pour le gâcher pour si peu.
Rassuré, je débutai mon compte-rendu.
Rapport n°4 sur l'expérience 301
Professeur,
Je suis ravi de vous apprendre que, jusqu'à présent, l'expérience 301 est un succès. Comme nous l'espérions, il a réussi à s'intégrer à un groupe. Je vous envois en pièce jointe le compte-rendu qu'il a fait de sa première journée dans la société humaine. Ainsi, vous pourrez vérifier par vous-même la vérité de mes propos.
Par contre, dans les prochains jours, nous serons forcés d'intervenir pour qu'il ne soit pas découvert à cause du problème dont je vous ai fait part récemment. Heureusement, mes collègues et moi-même mettons au point un système qui pourra certainement arranger cela. En revanche, nous aurons besoin de temps – sûrement de semaines – pour être sûrs de sa perfection. Sion, nous risquerions d'abîmer 301.
Je vous informerai prochainement de l'évolution du projet.
Cordialement,
J. Harcly.
Fin du chapitre 5
