RAR : Celeste31 : Coucou, si, si, je peux le faire. Et je vais même le faire 2 fois ! Hihi ! Merci pour ta review.
Bonne lecture.
Chapitre 21 : Amnésie.
220ème jour - Six mois et 27 jour.
Merlin posa la petite couronne sur sa tête, se regardant à travers la glace. Elle saillait son front à merveille, lui donnant ce petit côté assuré qui lui manquait tant autrefois. Son reflet devint flou alors qu'il vit la tête d'Arthur embrumée sortir des nombreux coussins. Il bailla, se gratta les yeux avant de remarquer son mari, debout et déjà prêt à commencer la journée. Merlin lui sourit doucement.
- Bien dormi ?
- Comme un loir, bailla-t-il encore. Où vas-tu de si bonne heure ?
- Voir si la potion de Gaius est terminée et l'état d'Harry et Draco. Je passerai ensuite à l'atelier regarder s'il y a quelques demandes du peuple.
- Tout un programme.
Le blond se leva et s'approcha, collant son torse nu sur lui. Il l'embrassa amoureusement avant de rejoindre la baignoire.
- Vivement que la chasse reprenne, rit dans sa barbe le brun.
- Ah oui ? Et pourquoi cela ? Tu détestes la chasse.
- Tu t'empâtes.
Le blond resta un moment choqué puis fronça les sourcils et regarda son nombril. Merlin rit un peu plus de sa blague. Ce n'était pas la vérité, mais il aimait tant voir son visage victimisé par ses propos.
- N'importe quoi. Non, tu trouves ? Sérieux ?
Merlin éclata de rire et le blond attrapa rapidement un coussin. Il lui lança. Merlin le dévia d'un mouvement de la main en attrapa un autre magiquement et Arthur se le reçut en pleine tête dans un bruit étouffé. L'enchanteur referma vite la porte et partit, le sourire aux lèvres. Il devenait de plus en plus fort, de jours en jours. Il se rappelait son arrivée à Camelot. Le moindre sort lui coûtait des heures d'entrainement et bien trop d'énergie. Maintenant il faisait voler des objets avec une facilité déconcertante. En grande partie grâce à Draco.
C'était à double tranchant. Il se souvint de sa perte de contrôle face à Morgana… Et rien ne lui envia de recommencer. Bizarrement quand il se faisait aider par un autre sorcier, il gardait parfaitement le contrôle. Comme avec Neville, il y a quelques jours. Sa joie de vivre allait drôlement lui manquer.
Merlin arriva dans l'atelier. Il vit la marmite, toujours en train de fumer. La potion à l'intérieur avait changé de couleur, passant à un rose pâle, signe qu'elle était prête. Il vit ensuite Gaius, installé sur la table, le regard ailleurs, presque hagard.
- Gaius, tu vas bien ? S'inquiéta le roi.
Le vieil homme, inconscient de sa présence, soupira et Merlin put voir à quel point il était dans une détresse intérieure.
- Gaius ?
Il sursauta en sentant sa main se poser sur son épaule.
- Merlin ? Dit-il sans le voir vraiment. Tu pourrais t'annoncer quand tu entres.
- Je te demandais si tu allais bien ? Répéta-t-il sans répondre.
- Non… Rien ne va.
Il lui montra deux coupes posées devant lui.
- Cela ne fonctionne pas ! Nous avons tout essayé ! Tout ! Rien ne fonctionne. Je ne comprends pas. Et Cenred est mort sans nous lâcher le nom de son maudit poison. Severus ne doit toujours pas être arrivé à Serpentard. Il aurait peut-être trouvé dans ses différentes archives. J'ai cette mauvaise impression que le temps vient à manquer.
- Calme-toi, Gaius. Commençons par aller voir comment ils vont, d'accord ? Nous aurons déjà une information sur cela.
- Tu veux dire que nous saurons s'ils vont bientôt mourir !
Merlin le regarda, avec un léger étonnement, se lever par dépit et remettre sa robe correctement avant de le suivre. C'était l'une des rares fois où Gaius lui montrer tant de tristesse et d'absolution dans ses mots. Il avait réellement perdu tout espoir et cela le toucha plus que tout. Il devait réellement s'être épris des visiteurs du futur. Comme chacun d'eux d'ailleurs.
- Gaius… Nous devons nous préparer au pire. Même si nous le voudrions, nous ne sommes pas tout puissant. Si c'était le cas, nous rendrions immortels nos proches.
Le vieil homme prit ses paroles un instant silencieusement, avant d'avoir un petit rictus amusé.
- Depuis quand es-tu devenu si sage, toi que je considère encore comme mon enfant ?
- Je ne sais pas moi-même, sourit le brun. Peut-être depuis que rendre la vie impossible à Arthur n'est plus l'un de mes passe-temps préférés.
Ils rirent légèrement mais c'est le cœur aux bords des lèvres que Merlin poussa la porte. Cela faisait presque une semaine qu'il la poussait ainsi, il ne s'y faisait jamais. Il avait toujours peur de ce qu'il trouverait derrière. Ses amis encore malades, guéris ou bien… pire. Gaius entra et ils eurent la bonne surprise de voir qu'Harry n'était plus dans son lit mais maintenant dans celui de Draco. Il n'avait pas eu la force de retirer les draps pour s'y mettre dessus.
Allongés sur le côté, ils se faisaient face comme s'ils avaient eu une longue conversation. Merlin fronça les sourcils, ses sentiments basculant entre la peur et l'excitation. Harry avait eu la force de se lever. Due par une guérison ou l'envie de lui dire au revoir avant de mourir ?
C'est réellement à pas de velours que les deux hommes s'approchèrent des alités avec cette désagréable impression qu'une autre mauvaise nouvelle allait bientôt parcourir les murs du château. Gaius pencha une main tremblante sur la main du brun, le plus proche, posa son pouce sur son poignet puis fit de même avec celui de Draco. Il regarda ensuite Merlin et lui sourit faiblement. Ce dernier avait les larmes qui allaient surgir, puis il sursauta quand il vit le brun bouger, grognant de mécontentement.
- Aide-moi à le mettre sous la couette.
L'enchanteur le prit par les pieds et ils le glissèrent à l'intérieur. Harry eut l'air beaucoup mieux. Il se rapprocha seul du blond qui machinalement entoura sa tête de ses bras pour le serrer contre lui.
- Espérons qu'il ne l'étouffe pas. Rit sereinement Gaius.
Merlin acquiesça, frottant ses yeux déjà devenus rouges. Le soulagement pouvait se lire sur son visage. Ils ne souffraient plus. Ils bougeaient sans grimacer, ils respiraient sans gémir. C'était comme s'ils dormaient paisiblement. Gaius l'affirma après plusieurs minutes à les ausculter en essayant de les bouger le moins possible.
- C'est incroyable, murmura-t-il.
- Qui a-t-il ?
- Ils… Ils n'ont plus rien. C'est comme s'ils n'avaient jamais rien eu. Le poison de Draco a disparu et Harry n'a aucune séquelle. Comment ont-ils fait ?
- La vague, murmura Merlin. Bien sûr, nous sommes bêtes ! La vague les protège de tout ! Elle les rappelle à l'ordre, elle les aide. Elle ne voudra sûrement pas qu'ils meurent avant qu'ils n'interviennent pour sauver Arthur. Nous aurions dû les rapprocher depuis le début.
Gaius hocha la tête, toujours aussi hébété. Personne n'avait pensé à cette possibilité, jusqu'à preuve du contraire, c'était bien la vague qui infligeait les mêmes dégâts corporaux à Harry alors que c'était Draco qui souffrait.
- Nous verrons à leur réveil. Jusque-là, je vais faire ma tournée dans la ville avant de revenir les veiller.
Merlin hocha la tête et sortit aussi. Lui aussi avait beaucoup de chose à faire.
220ème jour - Six mois et 27 jour.
Ce n'est que dans l'après-midi que Draco se réveilla. Il le fit avec beaucoup de douceur. Cela faisait tellement de temps qu'il était piégé dans un corps de douleur qu'il avait l'impression de ne plus savoir ce que c'était. Et c'est pourquoi il ressentit cette délivrance comme la plus douce de toute. La deuxième chose qui l'intrigua était le corps dans ses bras. Il le serrait comme s'il avait peur de le perdre.
Il recula légèrement la tête pour ne voir que la touffe brune bien trop emmêlée d'Harry. Il resta coi un moment, les pensées bien trop embrumées pour y réfléchir correctement. Soit il rêvait encore, soit il était mort et il avait enfin atteint le Paradis avec son amour maintenant plus trop secret à ses côtés. Malheureusement, il comprit qu'il était encore bien vivant, à moins que le paradis ressemble trait pour trait à l'infirmerie de Gaius. Ils étaient devenus des fantômes ?
- Tu respires trop fort, grogna le brun comme pour le contredire.
Interdit, Draco retint sa respiration. Que devait-il faire ? Que devait-il dire pour qu'il ne se réveille pas d'un coup et s'enfuit en courant comme à chaque fois.
- J'ai chaud, souffla-t-il encore.
- Désolé, murmura le blond encore désemparé.
Le brun grogna encore, frottant son nez contre son cou. Il serra sa chemise dans sa main.
- On est mort, alors ? Demanda-t-il.
- Je ne crois pas… Tu te souviens de quoi ?
- Un truc blanc, une sorte de lumière qui nous a entouré, puis plus rien.
Il marmonnait encore, ne desserrant ni les dents ni les yeux. Et Draco eut l'envie de croire qu'il n'avait juste pas envie de se lever et donc de sortir de ses bras. Il se rassura ainsi et posa de nouveau son menton contre le haut de son crâne.
- On devrait être mort… J'ai arrêté de lutter contre le poison. Je ne vois qu'une chose qui aurait pu nous sauver. Est-ce que tu m'entends ? Je veux dire… Enfin tu sais !
- Je sais juste que tu sens incroyablement bon. Murmura Harry.
Draco rosit des joues. Il sourit, de plus en plus apaisé par les réactions du brun. Il sentit les joues du brun bouger contre la peau de son cou. Il souriait aussi.
- Elle est partie ? La vague. Pourquoi je ne te sens plus en moi ?
- Ca peut s'arranger, chuchota le blond.
Il se mordit la lèvre, se demandant s'il n'avait pas dépassé la ligne de conduite. Cependant, Harry rit doucement.
- Je rêve, voilà que Draco Malfoy fait des allusions sexuelles à un homme. Je crois que tu as un peu trop trainé avec Blaise. Ou moi. Je ne sais pas encore, laisse-moi réfléchir…
- Arrête de faire des phrases aussi longues, tu me fatigues.
Ils rirent.
- On est passé à deux doigts de la catastrophe, cette fois-ci.
- Il n'y a pas que des mauvais côtés à notre aventure, se risqua le blond.
- C'est vrai, j'ai pu remarquer à quel point tu es confortable.
- Tu ne l'as remarqué que maintenant ? Je croyais que te servir de moi comme coussin de chute était ton habitude.
- Rappelle-moi qui est tombé sur l'autre la dernière fois ?
Le blond réfléchit puis il murmura :
- C'était toi.
- Ah oui, rit Harry en se souvenant de la fois dans la neige. C'était moi. Mais tu l'avais cherché, tu m'avais fait tomber.
Draco n'arrivait plus à détacher les yeux de son corps. Il n'eut jamais autant envie de savoir ce que pouvait ressentir le brun à cet instant. Était-il réellement heureux ? Avait-il toujours envie de lui ? Devait-il prendre son affection pour argent comptant, ou juste l'immense reconnaissance de ne pas les avoir fait tuer ?
- On a perdu la vague… Murmura-t-il, plus pour lui-même que pour Harry.
Le brun se contenta d'hocher péniblement la tête. Draco releva à nouveau la sienne pour regarder autour de lui. Le silence était d'or dans la pièce et pourtant, il pouvait sentir qu'il n'était pas seul. Sûrement qu'Harry aussi, mais il semblait que cela ne le dérangeait pas. En vrai… Il donnait l'impression que rien ne le dérangeait. Et surtout, il n'avait toujours pas ouvert les yeux, se cachant à demi dans sa chemise.
- Harry… Tu comptes à ce qu'on passe la journée ici ? Trois jours, ce n'est pas excessif pour toi ?
- Mais… Laisse-moi profiter encore un peu.
- Profiter de… ?
- De ce rêve. Je sais que si je me lève, je me réveillerai. Tu seras là… Sûrement… différent.
Draco écarquilla les yeux. En vrai, il n'était pas du tout aussi serein qu'il le laissait paraître. Il avait les mêmes appréhensions que lui. C'était vrai que ce qui le faisait fuir, c'était la peur que son désir ne provienne que du lien qui les unissait. Le blond sourit tendrement. C'était le moment ou jamais de bien lui faire comprendre que non. Il se dégagea, un peu maladroitement, repoussant sa tête pour la prendre entre ses mains, puis posa ses lèvres sur les siennes. C'était doux, rien à voir avec leur dernier douloureux baiser. C'était bon, comme celui qu'il avait partagé dans la neige.
Il lui répondit, le pressant à son tour. Mais le blond l'arrêta là, parce qu'il ne voulait pas qu'il se perde.
- Ce rêve est vraiment bien, torride, comme je les aime.
- Harry… soupira Draco. Ouvres les yeux. Je suis bien réel, nous sommes toujours en vie, nous n'avons plus la vague et j'ai toujours envie de sortir avec toi.
Harry écarquilla les yeux… et les referma aussitôt, ébloui par le peu de lumière. Il grimaça avant de les rouvrir plus lentement. Le blond put enfin rencontrer ses deux lagons émeraudes, brillants comme jamais.
- Tu as bien entendu apparemment.
- D'accord.
- Comment ça ?
- Je veux bien essayer.
- Essayer quoi ?
- Toi et moi.
Il avait chuchoté comme s'il s'agissait d'un secret tabou. Des papillons commencèrent à s'élever dans le ventre du blond. Ce n'était pas grand-chose, mais c'était suffisant. Après tout, s'embrasser avait été leur premier pas, ils venaient de faire le deuxième. Et il semblerait qu'ils avaient tous les deux envie de voir où ce chemin les mènerait. Draco lui sourit et posa un furtif baiser de plus sur ses lèvres avant de se relever.
Il commençait à avoir des fourmis dans les jambes à force de ne pas bouger. Il se leva, poussant son tout nouveau petit ami à faire de même et s'étira comme un chat, profitant de chacune de ses sensations de craquement dans son corps. C'était exaltant. Soudain, il se stoppa net et se retourna. Harry avait les yeux baissés au sol, le rouge aux joues et se pinçait les lèvres de ses dents. Il eut exactement la même réaction. Relevant subitement la tête, ils se regardèrent bêtement, un petit sourire aux lèvres.
- Tu es heureux.
- Tu es… excité ? Pourquoi tu es excité ? Demanda-t-il en haussant un sourcil.
Harry éclata de rire et se leva. Il posa ses mains sur ses hanches et se dressa légèrement sur la pointe des pieds pour lui arracher un baiser.
- C'est la plus belle chute de rein que j'ai eu l'occasion d'apprécier jusqu'à aujourd'hui.
Draco rougit puis détourna la conversation, légèrement désemparé.
- Elle est toujours là, finalement.
- Je crois juste qu'elle est trop fatiguée. Comme si elle avait utilisé toute son énergie pour nous sauver.
- Est-ce une bonne nouvelle ? Cela veut dire que malgré la mort de Cenred, Arthur est toujours en danger.
- Ou qu'il n'a pas fini d'accomplir ce qu'il doit accomplir.
- Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai bien l'impression que cela rime avec la mort de Morgana.
- Malheureusement… Je l'avais presque oubliée celle-là.
Harry se retourna vers l'entrée. Il passa devant les autres lits puis ils purent enfin voir qui était présent avec eux et surtout pourquoi il n'avait toujours pas bougé. Le pauvre Gaius était là, les yeux fermés, et reposait sur sa chaise, les doigts croisés sur son ventre.
- Tu parles d'une veillée, s'exclama Draco. Je crois qu'on aurait pu mourir trois fois avant qu'il ne se réveille.
- Je suis réveillé, s'exclama le vieil homme en les faisant tous deux sursauter. Je voulais juste vous faire croire que je n'avais pas tout entendu de vos ébats d'hommes d'âges trop mûrs pour comprendre que la vie est courte et qu'il faut toujours en profiter tant que nous sommes sur cette terre.
Harry éclata de rire alors que Draco avait le rouge aux joues. Il marmonna un désolé alors que Gaius se levait pour venir prendre l'assassin dans ses bras.
- Quelle peur vous nous avez fait. Je suis tellement heureux de vous voir en si bonne santé.
Il prit à son tour Draco dans ses bras. Peu habitué à ce rapport amical, le blond se laissa tout de même faire bien qu'assez distant.
- La vague alors ? Désolé de vous avoir laissé souffrir autant de temps. Je ne pensais pas qu'elle pouvait faire de tels miracles.
- Tu n'as pas à t'excuser, Gaius. Elle a toujours été présente sous la forme la plus semblable à nos sentiments l'un en vers l'autre…
Harry plissa les yeux et regarda Draco. Elle faisait tout exploser quand il se faisait la guerre ou faisait apparaître des fleurs quand il s'appréciait. Et quand c'était la fin, il avait souhaité que Draco ne meure pas et inversement. Pour eux c'était l'explication la plus plausible.
- Elle n'a jamais eu de conscience propre…
- Elle n'est que le reflet de nos sentiments l'un vers l'autre.
- Je ne voulais pas que tu meures…
Gaius se mit à admirer le plafond, se sentant encore une fois de trop. Combien de temps comptaient-ils attendre avant de se rendre compte à quel point ils s'aimaient ? Harry sourit doucement et Draco rougit en passant une main dans ses cheveux.
- Allons voir les autres, nous leur ferons la surprise.
- Formidable, s'exclama Gaius en les pressant dehors. Allons-y ! Ron et Blaise sont morts d'inquiétude.
C'est tout en rire que les trois se dirigèrent d'un bon pas vers la salle du trône où ils espéraient trouver Arthur et Merlin en premier lieu. Draco regarda du coin de l'œil son homologue. Ils avaient fait un énorme pas en avant. La vague était bien trop fatigué pour lui permettre de sentir ce qu'il ressentait en ce moment, comme les premiers jours où elle n'était encore que le synonyme d'un tremblement de terre, mais il y avait ce quelque chose dans ces yeux qui un jour avait arrêté de briller et qui maintenant flamboyait comme jamais. Il espéra que c'était ce à quoi il pensait.
Le blond osa. Il préférait un refus que de ne pas avoir tenté et qu'Harry lui aurait en fait accordé. Discrètement afin de ne pas tous les mettre mal à l'aise, il glissa ses doigts entre les siens. C'était furtif, doucereux et sûrement que personne ne pourrait le voir mais pour lui c'était suffisant. Le brun ne dit rien, il se mordit la lèvre. Draco était conscient que tout cela était fou, mais il s'en fichait, car à cet instant, après des mois de lamentations, il tenait son amour plus vraiment secret par la main.
Quelques minutes plus tard, ils reçurent à nouveau des embrassades, chaleureuses par Arthur, un peu trop humides par Merlin. Les chevaliers et même les serviteurs leurs souhaitaient la bienvenue parmi les vivants. C'est à cet instant que les deux revenants eurent les plus ou moins tristes nouvelles qu'ils leur avaient sciemment cachés pensant que ce n'était pas bon pour leur rétablissement. Autant Draco fut heureux pour son parrain, autant Harry fut très touché de savoir Neville loin d'eux même s'il était sûr et certain qu'ils prendraient soin d'eux.
- Où sont Blaise et Ron ?
- Blaise ne devrait pas tarder, hocha Merlin. Il était en poste dans la zone est du château.
- Que se passe-t-il ? Vous n'avez pas levé la quarantaine ?
- Non, tant que nous n'aurons pas de retour de Neville et Severus, nous restons ainsi.
- Ron est parti ce matin. Je ne sais pas où… D'ailleurs, c'est étrange. Il a pour habitude de toujours nous informer de ses déplacements.
Harry fronça les sourcils. Draco le regarda longuement. Il savait pertinemment qu'il n'était debout que depuis quelques minutes mais il avait l'air de vouloir revêtir sa tenue d'assassin incessamment sous peu. Le blond ne comptait pas le lâcher d'une semelle. Tant qu'il ne pouvait plus le sentir, il n'aurait aucune garantie qu'il allait bien.
- Alors vous ! S'écria Blaise, dans son armure étincelante. Vous êtes les pires salopards du monde ! Nous faire un coup pareil. J'étais déjà en train de monter un autel à votre effigie. Il faudra le détruire maintenant.
- Garde-le, Blaise. Pour quand tu te rendras enfin compte que je suis un dieu vivant.
- Modestie te revoilà !
Blaise l'embrassa, le serrant encore plus fort que tous les autres. Il fit de même avec Harry.
- Si vous avez décidé d'arrêter de vous faire passer pour morts à tout bout de champs, peut-être pourriez-vous aider quelque peu Camelot !
- Mais nous étions persuadés qu'elle était déjà entre de bonnes mains avec toi, chevalier. Sourit le brun.
- Ça fait plaisir de vous voir, rit le noir. Sans votre teint blafard, toute cette sueur et cette odeur malodorante… Ah non, non, pour l'odeur, ce n'est pas encore ça. Peut-être qu'une douche est de mise, les gars.
- J'en rêve, soupira le blond en levant les yeux au ciel. Qu'attendons-nous pour y aller. Peut-être que Ron rentrera entre temps.
Harry hocha même si son petit-ami put voir qu'il n'était pas du tout serein. Lui non plus ne l'était pas en vrai. La douche… Seul ou à deux ?
220ème jour - Six mois et 27 jour.
Dans la tête de Ron, il n'y avait rien. C'était le vide total. Il était en train de marcher, la capuche de sa grosse veste à fourrure rabattue sur ses fines oreilles rouges, faisant de grands pas dans la couche de neige de plus en plus conséquente. Une fine buée sortait de sa bouche déjà légèrement bleutée par le froid. Il ne pourrait dire depuis combien de temps il marchait, il ne savait à combien de lieues il était de Camelot. Il n'avait plus de pensées du tout.
Il regardait droit devant lui, comme si la route qu'il empruntait était toute tracée. Puis il finit par s'arrêter et attendre. Il y eut un bruit de branche cassée, de neige aplatie, de pas qui avançaient vers lui mais il ne fit rien. Il se contenta d'attendre, regardant l'endroit d'où sortit un jeune garçon d'à peine dix ans. Le roux ne fit rien, le laissa le rejoindre et prendre sa main emmitouflée dans des gants de la sienne, nue.
- Allons-y, murmura l'enfant.
Ron fit demi-tour et ils avancèrent de nouveau. Impossible pour Ron de lui dire quoi que ce soit, de s'en aller en fuyant ou juste de se défaire de cette main dans la sienne, car dans sa tête, il n'y avait rien. Le vide total. Il continuait de marcher, regardant droit devant lui, comme si la route qu'il empruntait avait été toute tracée…
220ème jour - Six mois et 27 jour.
La douche se fit seule. Cela n'aurait pas dérangé Harry, il l'avait vu dans son regard. Mais pour lui, il n'était pas encore prêt. Il avait beau se dire qu'il était fol amoureux de cet homme, il n'en restait pas moins un homme. Et même si cela l'intriguait grandement, la peur restait là. La peur de l'inconnu, du nouveau, de savoir qu'il pourrait se faire… Il réprima un tremblement. Il avait donc peur. Harry ne lui avait pas tint rigueur et contre toute attente, avait juste ri, comme s'il avait lu dans ses pensées. Même sans la vague, il restait une certaine connexion entre eux. Ils se connaissaient par cœur, il ne pouvait le nier.
Encore une fois, il le surprit plus qu'il ne l'aurait imaginé. Sa gêne ne dura que quelques heures, voire bien moins. Il avait d'abord glissé ses doigts entre les siens, doucement, attendant un refus. Et quand il ne vit rien venir, Harry recommença à lui parler, comme avant. Le sourire plus grand. Lui, il n'avait plus peur. Et Draco commença à se décanter, apaisé par le doux son de son rire, et sa nature redevenue complètement normale. Ils ne se lâchèrent que lorsqu'ils arrivèrent dans la salle à manger. Ils avaient une faim de loup. Draco s'attrista en pensant à Ciel, sûrement partit avec Neville et Rogue. Ce gros loup lui manquera, autant que son parrain et le Griffondor.
- On peut aller les voir quand on veut… Murmura Harry en s'asseyant à côté de lui sur le banc.
- Comment sais-tu que… ?
- Pur déduction. Tu regardais la place de Neville et Rogue. Ils vont me manquer aussi.
Le blond se mordit la lèvre et s'exclama :
- Un Portoloin.
- Quoi ?
- Je crois… Je crois que je pourrais en fabriquer un.
- Mais… Comment ?
- J'ai la puissance nécessaire et les livres de magie que je dévore possèdent toutes les bases. Je suis sûr que je pourrais y arriver.
- D'accord, hocha le brun, légèrement inquiet. Mais fait attention, je ne veux pas te voir désartibuler.
- Tu penses que je n'y arriverai pas ?
- Nous n'arrivons pas à transplaner ici, comme si cette magie-là n'existait pas, ou n'existe pas encore, alors un Portoloin… Ce n'est pas en toi que je n'ai pas confiance, mais ce monde…
- Qu'a-t-il ce monde ?
Harry regarda le fond de la pièce comme plongé dans ses pensées l'espace de quelques secondes.
- Je ne sais pas… Parfois j'ai l'impression qu'il n'appartient pas au passé… Comme… hors de notre temps… Ou complètement décalé.
Draco haussa un sourcil sans comprendre. Cela ramena Harry sur Terre qui rit et s'excusa.
- C'est comme si nous étions là, dans une vie réelle avec des souvenirs irréels… Ce n'est pas plus mal sachant que nous passerons le reste de notre vie ici, non ?
- Oui… Répondit le blond. Tu as raison, parfois j'oublie aussi que nous venons d'un monde où il existait un mage pire que Morgana.
- Et encore, Voldemort n'a jamais invoqué de démon, lui.
- Tu n'as pas tort, rit Draco en buvant un peu de vin.
Le brun rit de bon cœur avec lui et ils mangèrent, assouvissant un appétit d'une semaine. Le gruau de Gaius, loin d'être appétissant n'était pas rassasiant non plus. C'est à ce moment que Ron pénétra la pièce, encore vêtu de ses lourds manteaux de froid couvert de neige. Il avait le visage rougi mais les yeux pétillants. Il s'approcha d'eux et les engloba tous les deux par derrière de ses grands bras. Draco écarquilla les yeux. A quel moment Ron était-il devenu si grand et si massif. D'accord, il avait toujours était plus galbé que lui mais là, ça en devenait impressionnant. Il avait l'impression de faire deux fois moins sa taille en largeur.
- Ron, rit le brun, tu nous mets de la neige dessus !
- Ferme-là, idiot ! Tu n'as pas réussi à mourir et c'est à moi que tu donnes des leçons !
C'eut le mérite d'arracher un sourire au blond. Ron les lâcha et se hâta de retirer ses vêtements et de les déposer lourdement sur la table, se fichant de mettre le bazar. Il s'assit devant eux, tout sourire. Harry et Draco le regarda un instant, dévisageant sa balafre qui zébrait son front mais il ne les laissèrent pas le temps de s'en inquiéter.
- Alors ? Comment vous allez ? Comment avez-vous fait ?
- Nous ? On a rien fait du tout. C'est la vague.
- Je ne voulais qu'il meure.
- Et je ne le voulais pas non plus.
- Alors elle s'est empressée d'exaucer notre souhait.
- Comme toujours.
- Stop ! S'exclama Ron. Vous commencez à parler comme mes frères autrefois. C'est désagréable.
Harry et Draco se regardèrent puis éclatèrent de rire, vite suivi de Ron.
- Alors, c'est officiel ? Tous les deux ?
Draco se cacha derrière son vin en se raclant la gorge alors qu'Harry sourit et hocha la tête.
- Il faut encore que je le dévergonde mais sinon oui… C'est officiel.
Le blond haussa un sourcil, en le regardant de haut. Facile en sachant qu'il faisait une demi tête de plus que lui.
- Quoi ? S'exclama Harry. C'est mon meilleur ami. Je ne peux rien lui cacher.
Draco hocha négativement la tête avant de reprendre son repas sans rien dire. Le roux eut une expression soudaine, mi-inquiète, mi-embarrassée.
- En parlant de rien te cacher… Harry… Draco… Il faut que vous m'aidiez.
Au vu de son air sérieux, les deux l'écoutèrent avec soucis.
- C'est en rapport avec ton incommensurable envie de porter la même cicatrice que l'imbécile à côté de moi ?
Ron sourit, s'apaisant légèrement.
- Tu ne sais pas à quel point tes remarques sarcastiques et déplacées m'avaient manqué. Quand je suis parti en Mercie, je me suis fait attaquer par une femme. C'est elle qui m'a fait ça. Puis plus rien… Le trou noir.
- Ce n'était pas des bandits alors ?
- Non… Je me suis réveillé quelques heures plus tard, j'étais sur mon cheval et je reprenais la route, le visage en sang. Je ne me souviens de rien de ce qui est passé entre temps.
- Choc post-traumatique ?
- J'y ai cru… Mais… Aujourd'hui… Je ne me souviens pas de ce que j'ai fait non plus.
Harry fronça les sourcils.
- Comment ça ?
- J'étais avec Blaise, il s'est levé, s'est habillé pour aller prendre sa garde et quand il a refermé la porte… Je ne sais pas ce que j'ai fait. Je me réveille à nouveau, dans le château, et il semblerait que je sois allé dehors.
Il montra d'un coup de tête les manteaux dans la neige avait fondu pour ne laisser qu'une longue flaque d'eau.
- Le trou noir. Draco, tu ne connaîtrais pas un sort qui me permet de savoir ce que j'ai fait dehors ? Pourquoi j'ai ses absences… ? Je suis sûr qu'elle m'a fait quelque chose. La jeune femme dans les bois.
Le blond hocha la tête.
- Je vais regarder si je trouve quelque chose. Je vais demander de l'aide à Gaius puisque Neville et Severus ne sont plus là.
- Merci…
Harry fit la moue et se leva.
- Laisse-moi le temps de m'habiller. La tempête n'a peut-être pas encore tout effacé. Nous allons essayer de refaire ton parcours. Cela nous mènera peut-être à une réponse en attendant…
Draco l'attrapa soudainement par la manche et le brun baissa la tête. Il fut choqué et triste l'espace d'un instant de retrouver ce visage si froid qu'autrefois il avait appris à détester. Aucun sentiment, il ne sentait rien non plus. Comment devait-il prendre ce geste ? Puis il changea, du tout au tout. Ses sourcils se froncèrent d'inquiétude.
- Est-ce que tu as compris ? Maintenant, quand tu es loin, c'est ce que je ressens. Alors fais attention.
- Je ne prendrais aucun risque. Si nous trouvons quelque chose nous reviendrons immédiatement prévenir les rois et la garde.
Draco hocha la tête et le lâcha. Il se leva de table, s'apprêta à ranger machinalement quand le brun le stoppa en lui prenant la main et le tourna vers lui. C'est qu'il en avait de la force dans ce tout petit corps, Draco réussit à ne pas rire à sa propre blague. Surtout que le brun avait l'air d'être tout à fait sérieux.
- Je ne prendrais aucun risque, lui souffla-t-il d'un ton plus solennel.
Puis il se suréleva pour poser un baiser papillon sur ses lèvres. Le blond eut un brusque coup de chaud mais ne se priva pas pour lui répondre. Malheureusement, ce n'eut pas l'effet escompté car il le regarda partir avec encore plus d'inquiétude. Il n'était pas du tout prêt à le perdre. Encore…
- Ah ! Et… Draco… l'arrêta avec hésitation Ron avant qu'il ne quitte la pièce. Si jamais… Si Blaise ne pouvait ne pas être au courant avant… qu'on sache exactement ce que j'ai fait.
- Ne t'inquiète pas, lui répondit-il. Je ne lui dirais rien. Ce n'est pas à moi de le faire de toute manière.
- Je ne veux pas l'inquiéter pour rien, prétendit-il.
Le blond hocha la tête même s'il savait qu'il n'en était rien. Il ne voulait juste pas à avoir trop honte de lui annoncer qu'il aurait pu commettre un acte inavouable. Et il le comprenait tout à fait. Il n'en avait fait que trop d'en sa vie antérieure. Des choses qu'il ne souhaitait pas qu'Harry connaisse. Des choses qui le hantaient de moins en moins depuis qu'ils étaient ici. Le brun avait raison… C'est comme si leur mémoire venait à s'effacer doucement, doucement. Etait-ce parce qu'ils avaient refusé de rentrer ? Cela n'avait pas d'importance. Plus pour lui en tout cas.
Draco rejoint, seul, l'atelier de Merlin où il retrouva Gaius. Il lui expliqua brièvement ce qu'il comptait faire et le vieil homme s'empressa de lui donner un coup de main, des bouquins déjà en main.
- Le Véritasérum ? Demanda-t-il évasivement tout en lisant.
- Non, cela ne peut fonctionner que si on est conscient de nos souvenirs. Par exemple, si on s'enlève des pensées, on ne peut pas les dévoiler. Ce fut souvent utilisé pendant la guerre par l'Ordre du Phénix.
- S'enlever des pensées ? Dit Gaius, curieux.
- Oui, avec la Pensine.
- Tu m'expliques ?
Draco sourit et hocha la tête.
222ème jour - Six mois et 29 jour.
Merlin entra dans la chambre lentement. Celle-ci était toujours plongée dans le noir. Arthur n'avait pas bougé d'une semelle. Il pouvait l'entendre respirer de là. Le blond était alité depuis la veille. Gaius avait diagnostiqué une grippe. Le magicien s'assit sur le lit et posa une main sur son front brûlant. Il prit le torchon dans la bassine d'eau à côté et le pressa avant de le poser le long de son front. Arthur ouvrit les yeux, apaisé par le froid.
- Eh…
- Salut. Ça ne va pas mieux apparemment. Même avec le remède miracle de Gaius et Draco.
- J'irais mieux demain, c'est promis.
- Ne fais pas des promesses que tu ne peux pas tenir. Tu sais que je ne les aime pas du tout.
- Je t'aime moi, n'est-ce pas suffisant ?
Merlin sourit et se pencha pour l'embrasser.
- Oui, ça l'est.
- C'est exaspérant… Soupira le blond en refermant les yeux.
- De quoi ?
- Chaque fois que quelqu'un guéri, j'ai l'impression qu'un autre tombe malade ! Morgana ne pourrait pas se contenter d'une grande et glorieuse bataille ? Un gagnant, un perdant, fin de l'histoire !
- De un : au contraire, c'est plutôt glorifiant, cela veut dire qu'elle a peur de toi, et qu'elle n'est pas du tout prête à cette bataille. Peut-être y trouverait-on un moyen de la sauver d'elle-même. Et de deux : pourquoi penses-tu que cela vienne de Morgana ? Les rois aussi peuvent attraper la grippe.
- Arrête… La dernière fois que j'ai été malade sans compter les tentatives d'empoisonnements, les sorts ou les nuits passées dans le froid au dehors, je devais avoir six ou sept ans.
Merlin fronça les sourcils. Il ne contractait absolument d'aucune potion. Il semblait pourtant sûr de lui.
- Cette chose me broie l'estomac depuis un jour, Merlin. Je ne souffre d'aucun mal naturel, crois-moi.
Merlin hocha la tête face à son ton si désespéré.
- D'accord, d'accord, je vais trouver le coupable. Chuchota le brun alors qu'il le sentait repartir dans les bras de Morphée.
Il déposa un autre baiser puis se leva et partit tout en prenant soin de fermer la porte. Il regarda les gardes Léon et Perceval à sa porte et hocha la tête.
- Prenez soin de lui.
- Ne t'inquiète pas, Merlin. Personne ne passera cette porte autrement que découpé en petit morceau.
- J'ai bien peur que la menace… pourrait être plus de lui-même…
Les deux chevaliers écarquillèrent les yeux puis se penchèrent pour le saluer. Merlin s'empressa de rejoindre son atelier où il eut la surprise de trouver Harry, Draco, Ron et Gaius. Il s'inquiéta à nouveau quand il vit le roux reposer un verre emplit d'une mixture à l'apparence douteuse. Il était sûr de l'avoir vu bouger.
- C'est affreux, se plaint l'homme.
Il but à nouveau, d'une traite avant de s'empêcher de vomir de la main.
- Alors ? Est-ce que tu te souviens de quelque chose ?
- Que se passe-t-il ici ? S'exclama le roi et les quatre autres sursautèrent.
Ron se leva brusquement avant de se pencher devant l'enchanteur.
- Merlin, je… C'est moi qui leur aies demandé de n'en parler à personne.
- De quoi ?
- J'ai des trous de mémoire. Je pense qu'on m'ensorcelle.
Il releva soudainement sa manche et lui montra une cicatrice sur l'intérieur de son bras. Elle faisait la largeur, suffisamment pour comprendre qu'elle aurait dû lui faire très mal. Elle était pourtant guérie d'au-moins plusieurs semaines. Il ne restait que le pourtour. Merlin resta sans comprendre un long moment. Il réfléchit, très vite. Cela ne pouvait être une coïncidence.
- Arthur aussi… Je croyais qu'il délirait à cause de la fièvre mais… Depuis quand ?
- Quand je suis parti chercher le roi de Mercie. Plusieurs heures se sont effacées de mon esprit. Il y a deux jours, je suis parti pratiquement toute la journée dans la neige sans m'en souvenir et hier. Pourtant je me suis efforcé de rester tout le temps avec quelqu'un. Je ne sais pas comment… Mais la personne qui a fait ça doit être ici, à Camelot.
- Nous avons retracé ces pas, se mêla le brun. Enfin, ce qu'il en restait mais ce fut assez. Il semblerait qu'il est allé bien loin de Camelot, puis est revenu par le même chemin… Avec quelqu'un.
- Il y avait de toutes petites traces.
- Un enfant… Murmura Merlin… Comme Mordred autrefois. Peut-être un druide. Mais pourquoi ferait-il ça ?
- Il n'était pas seul.
Ron écarquilla les yeux alors que son souvenir le plus lointain refit surface, totalement flous.
- C'est elle qui… Elle était là aussi. Il a tendu la main vers moi et l'a posé sur mon front.
- Qui ça ? Qui elle ?
- Celle qui m'a frappé. Elle était là, cette sorcière. Elle lui a demandé de s'occuper de moi.
- Et ?
- Je n'arrive pas encore à voir le reste. Mais ça va me revenir.
- L'enfant est donc ici et il rend Arthur malade. D'une grippe pour que personne ne se préoccupe, pensant qu'il guérira alors qu'il le tue à petit feu. Il faut le retrouver. Tout de suite. Il est quelque part dans Camelot…
- Merlin, s'exclama Draco.
L'homme qui s'était soudainement agité le regarda, choqué, alors qu'il lui montra d'un coup de menton derrière lui. Il se tourna et remarqua le petit homme dans l'encadrement de la porte. L'enfant était là, et Ron le reconnut immédiatement. C'était bien lui. Mais pourquoi se montrer si facilement. L'enfant avait un air serein sur le visage.
- S'il vous plaît, murmura-t-il. Laissez-moi tuer le roi…
- Quoi ?
Le cri fut un peu le mélange des cinq adultes. Ils étaient sidérés. Il devait avoir à peine dix ans et il venait comme cela, leur demander la permission de tuer quelqu'un. Le roi de Camelot d'autan plus.
- Si je ne le fais pas, elle tuera tous les autres.
Il eut un long silence. Avant qu'il ne regarde parterre. Merlin savait exactement ce qu'il faisait, comme Mordred autrefois, il lisait dans ses pensées. Apparemment, il lisait aussi dans celle des autres puis il plissa les yeux.
- C'est une autre solution. Elle me parait exacte. Murmura-t-il. Mais pourquoi faire semblant ? Je n'ai pas envie de rester caché le reste de ma vie. De plus, si je suis repéré, elle les tuera. Tuez-moi publiquement.
- Elle en enverra un autre, c'est inutile. Chuchota Merlin en ne le lâchant pas des yeux.
Des yeux bleus, une coupe au bol, noire comme l'ébène, une peau blanchâtre. Il ne savait pourquoi mais l'enfant le renvoyait des années en arrière, quand il croisait pour la première fois Mordred. Son visage n'était pourtant pas du tout le même, plus fin, plus fatigué aussi. Comme si on l'avait obligé à user sa magie. Il s'avança lentement vers lui, ne voulant qu'il fuit.
- Qui es-tu ?
- Je suis l'un des enfants maudits de Morgana.
- Comment cela se peut… S'approcha Gaius. Me permets-tu ? Tu ne sembles rien avoir avalé depuis des jours, laisse-moi te soigner.
Bizarrement, personne ne sembla contre. Malgré qu'il est attenté à la vie du roi et supprimé des souvenirs de Ron. Ce dernier ne fit rien, regardant l'enfant alors que ses souvenirs revenaient un à un. Il se rappelait de l'attaque de la femme, de l'enfant qui l'ensorcelait lui donnant plusieurs ordres à accomplir plus tard. Il se souvint de la neige et du froid alors qu'il allait le chercher. Pour l'instant, seule la journée d'hier lui manquait.
Merlin se mit de côté, lui laissant la place d'entrer et l'enfant hésita grandement. Puis il entra et s'arrêta devant le roi. Il le regarda puis fouilla dans sa poche et en sortit une plante. Une sorte d'iris rose et violette.
- Il doit la mâcher. Même les graines.
L'enfant prit une des pétales et une graine et les mit dans sa bouche. Il mâcha tranquillement.
- Vous n'avez pas le temps de les examiner, il sera mort ce soir si vous ne lui donnez pas tout de suite. Je dois sauver mes amis. Je n'ai pas envie de mourir pour l'instant. A part si ça les sauve.
Merlin comprit qu'il avait fait cela pour le rassurer qu'il ne s'agissait pas de poison. Il ne se fit pas prier et prit la plante dans ses mains. Puis, après un dernier regard pour cet étrange petit bonhomme. Il le laissa auprès des autres pour remonter dans sa chambre.
- Tu te fiches de moi ? Murmura Arthur, plus mal au point que tout à l'heure. Un enfant maudit, druide veut que j'avale ça !?
- Dépêche-toi. Manges tout ou je t'étouffe avec.
- Encore plus rassurant. Sourit le blond en se relevant à moitié.
Il prit la fleur et arracha les pétales pour les mâcher. Il sentit le liquide lui piquer la bouche, cela avait un gout âpre et amer.
- C'est affreux.
Merlin se mordit la lèvre et attendit qu'il est bien tout mangé avant de se crisper.
- C'est… Ce même enfant qui t'aurait empoisonné, dit-il.
Il eut exactement la réaction qu'il attendait, il eut un cri étouffé, suivi d'une colère sourde mais Merlin fut plus rapide :
- Je savais que tu n'aurais rien fait si je te l'avais dit.
- Et pour sûr, il m'a empoisonné…
- Il l'a fait pour sauver les siens de Morgana. Je trouve qu'il faut plus de courage pour tuer par amour que par vengeance !
- C'est un druide, s'énerva le blond. Parfois, je trouve que tu as plus confiance en eux qu'en moi.
Le roi se recoucha et tourna la tête, signe que la conversation était close. Merlin sourit douloureusement. Il se mordit la lèvre puis se leva. Sauf qu'il ne partit pas tout de suite. Il resta devant la porte puis se tourna et murmura :
- Tu as promis… Un jour, il n'y a pas si longtemps. Tu as promis de venir en aide aux sorciers. C'est moi, ton mari peut-être, mais toujours sorcier qui te demande de m'aider à les sauver. Je n'y arriverai pas seul.
Il se tourna pour ouvrir la porte quand il entendit sa voix fatiguée soupirer :
- Je me tue à te garder dans ce château tant que je peux, ce n'est pas pour te voir y aller seul.
Merlin sourit et sortit de la chambre. Il ne savait à quel moment il avait pris le pouvoir sur cet homme. Il n'arrivait plus à lui en vouloir plus d'une heure. Peut-être le jour de l'arrivée des visiteurs. Ce jour où il avait pleuré dans ses bras… Ou peut-être bien avant ! Il n'en savait rien.
A suivre...
Alors, Arthur acceptera-t-il d'aider ce nouveau petit protagoniste ?
A bientôt,
Personne ne l'a jamais connue.
