Disclamer: les personnages de MFB ne m'appartiennent pas.

Chapitre 6: Impossible

Le lendemain matin, contrairement à ce que j'avais cru, je ne me sentais pas mieux. La dérangeante sensation ne m'avait pas quitté. Cela me perturbait au plus haut point: je n'étais pas sensé ressentir quoi que ce soit. Les scientifiques – et surtout Jonathan – me l'avaient expliqué à de nombreuses reprises. Même si je ne leur accordais aucune confiance, je savais qu'ils ne m'avaient pas menti sur ce point. Grâce à la manière dont je vivais aujourd'hui, entouré d'êtres humains, j'en avais pleinement conscience. Bien que certains d'entre eux fussent gentils avec moi et me considérassent comme un ami, je n'avais pas de tels sentiments à leur égard. Même si je savais qu'ils possédaient de grandes qualités et qu'ils valaient bien plus que les scientifiques, je n'étais pas attaché à eux. À mes yeux, ils étaient simplement intéressants et, tout au plus, un moyen d'accomplir mon travail...

J'arrêtai ce flot de pensées. Je peinais à me concentrer sur quelque chose de particulier.

Tout en me préparant pour aller au lycée, je finis par me convaincre que la sensation n'était rien de plus qu'une illusion. Je parvins même à la chasser de mes pensées pour me concentrer sur le problème que Ryûga me posait. J'y réfléchissais encore quand je sortis de mon appartement. J'analysais toutes les possibilités qui s'offraient à moi mais aucune d'elles ne convenaient à la situation.

-Hé! Kyoya!

Surpris d'être interpellé ainsi, je me retournai. Nile venait vers moi. Je l'attendis et il me rattrapa.

-Salut.

-Salut, mimai-je.

-Tu ne m'as pas attendu, me reprocha-t-il.

-Je ne pouvais pas savoir que tu partais à la même heure que moi, m'excusai-je.

Nile sembla troublé quelques secondes avant qu'un sourire légèrement vexé n'étirât ses lèvres.

-Je te l'avais dit hier.

-Tu te trompes. Si tu me l'avais dit, je m'en souviendrais.

Cette fois, l'égyptien ne cacha pas son irritation.

-Tu as oublié, c'est tout. Admet-le.

Je ne savais pas quoi répondre à son accusation. Il était si sûr de lui qu'il me disait forcément la vérité. J'étais complètement perdu. Il me dévisagea avec surprise puis son expression s'adoucit.

-Désolé de m'être énervé. Ça peut arriver à tout le monde d'oublier.

-Pas à moi, murmurai-je.

Nile ne parut pas m'entendre. Par contre, je dus lui faire pitié car il posa sa main sur mon épaule avec douceur, affichant un air inquiet.

-Tu n'as pas l'air d'aller bien. Tu devrais peut-être rentrer chez toi pour te reposer...

Je secouai doucement la tête pour montrer mon refus de retourner à mon appartement. Nile m'observa encore un peu avant de reprendre sa route. Soulagé qu'il ne me posât pas davantage de question, je le suivis. Tout au long du chemin qui nous mena au lycée, l'égyptien me lança de nombreux coups d'œil pour s'assurer de mon état mais je ne laissais rien paraître. Je marchais normalement, fixant mon regard droit devant moi, essayant de ne pas perdre ma concentration. Je savais que, si je la perdais, je ne pourrai pas la retrouver. Cette certitude me troublait mais j'essayais de ne pas y songer pour l'instant.

Nous arrivâmes du lycée quelques minutes plus tard. Contrairement à ses habitudes, Nile m'escorta jusqu'à ma salle de classe sans cesser de me couver d'un regard inquiet. Je trouvais cette attitude réellement déconcertante par rapport à son comportement habituel. Lorsque nous passâmes devant ma salle, il salua Ginga puis me donna rendez-vous pour le déjeuner.

Le rouquin me salua avec enthousiasme, affichant un sourire lumineux. Sa bonne humeur était contagieuse: ses amis arboraient la même joie. Ils parlèrent d'un sujet qui leur tenait visiblement à cœur mais que je ne retinsse pas. Je n'arrivais pas à me concentrer sur leur conversation. Heureusement, ils ne me demandèrent pas une seule fois mon avis. J'aurais été incapable de leur fournir une réponse intelligible.

Les adolescents ne perdirent rien de leur joie lorsque la sonnerie retentit, annonçant le début des cours. Même une fois qu'ils furent à l'intérieur de la salle, ils continuèrent de parler. Le professeur leur intima inutilement le silence pratiquement tout au long du cours, s'arrêtant à plusieurs reprises pour expliquer les raisons pour lesquelles il ne fallait pas discuter en classe. Au final, nous avons eu très peu de nouvelles données pour compléter le cours. Malgré le peu d'information qui m'avait été fourni, je peinais à les enregistrer. De plus, contrairement à d'habitude, quand j'enregistrais, je ne pouvais me concentrer sur rien d'autre.

À la récréation, Ginga, King et Masamune ne se calmèrent pas. Étonnamment, Nile nous rejoignit. Il semblait toujours inquiet. Étrange... je ne pensais pas qu'il était le genre de personne à s'inquiéter pour si peu. Avant de repartir, il me répéta que nous devions nous voir au déjeuner.

Le second cours se déroula quasiment sur le même schéma que le premier. Sauf que le professeur réussissait à faire taire les lycéens d'un mot à chaque fois qu'ils faisaient mine de parler. Malgré tout, leur enthousiasme ne diminuait pas. De mon côté, j'avais de plus en plus de mal à me concentrer et à mémoriser les informations. À la fin de l'heure, je n'y arrivais pratiquement plus.

Dès que la cloche sonna, les élèves se précipitèrent vers la sortie, pressés de quitter ce cours. Je les suivis plus tranquillement. Ginga, qui n'avait pas envie de me laisser seul fit demi-tour pour me rejoindre. Il marcha à la même allure que moi. Nous gravîmes les escaliers qui nous séparaient de notre prochaine salle de classe. Au sommet des marches, nous tournâmes à gauche puis continuâmes à marcher. Nos camarades finissaient de rentrer en classe. Il nous restait seulement quelques pas à franchir pour les rejoindre quand mes jambes décidèrent subitement de ne plus me porter. Surpris, je tombais sans pouvoir m'en empêcher. Brusquement, tout devint noir autour de moi. La dernière chose que je perçus avant de sombrer dans le néant fut une voix inquiète prononçant mon nom.

XXX

Mes yeux s'ouvrirent sur un plafond blanc. Je me redressai vivement en le remarquant. Je ne pouvais pas avoir déjà échoué! Je ne voulais pas être de nouveau enfermé dans le laboratoire pour y subir des expériences ou pire, être désactivé...

Mettant ces pensées négatives de côté, je me rendis compte que je ne me trouvais pas dans le laboratoire. Les murs étaient bel et bien blancs mais ils étaient recouverts d'affiches donnant des informations sur diverses maladies et s'adressant aux lycéens. Je baissais mon regard. J'étais assis sur un lit beige, étroit et peu confortable. Une couverture de la même couleur recouvrait mes jambes. Des lits similaires étaient alignés le long du mur, laissant juste assez d'espace entre eux pour y glisser les jambes. Mon sac était posé à côté de mon lit. En tout, il y avait sept lits. La porte était enclavée dans le mur qui se trouvait en face de moi. Tandis que je l'observais en me demandant ce que je faisais là, elle s'ouvrit, laissant apparaître une femme plutôt chétive dont les cheveux teints en noir encadraient le visage. Elle réajusta ses lunettes en s'approchant de moi.

-Comment te sens-tu? demanda-t-elle.

-Parfaitement bien. Où suis-je?

-À l'infirmerie. Tes amis t'ont emmené ici car tu t'étais évanoui.

Je voulus répliquer qu'elle racontait n'importe quoi, qu'il était impossible qu'une telle chose m'arrivât, mais je me tus. Cette explication, bien qu'improbable, était logique. De plus, il valait mieux que je fisse profil bas pour l'instant. Cette mésaventure attirait beaucoup trop l'attention à mon goût. Je devais éviter de l'aggraver en espérant que les scientifiques n'en entendraient jamais parler.

-Je me sens mieux. Je peux partir?

Un sourire ténu éclaira le visage de la femme. Elle secoua doucement la tête.

-Pas tout de suite. Repose-toi encore un peu. En plus, tes amis seraient déçus s'ils ne te trouvaient pas à leur retour: j'ai eu beaucoup de mal à les faire retourner en cours, tu sais.

Il y eut un léger bruit. Elle jeta un coup d'œil par-dessus son épaule.

-Tu dois te reposer. Je suis dans la pièce juste à côté si jamais tu as besoin d'aide.

Elle sortit en prenant soin de fermer la porte. Je me retrouvais de nouveau seul dans la salle blanche. Prenant mon mal en patience, je me rallongeai et fermai les yeux pour faire croire à mon repos. Malgré la porte fermée, je percevais des voix de l'autre côté du battant. Il y avait deux personnes qui discutaient mais je ne distinguais pas leurs paroles. Comprenant que leur conversation durerait longtemps, je rouvris les yeux. Je tendis mes bras vers le haut puis pliai et dépliai mes doigts pour vérifier que mes articulations n'avaient pas été endommagées. Ensuite, je m'assis. Je pivotai pour poser mes pieds sur le sol. Je me mis debout et fis quelques pas. Tout semblait fonctionner correctement. Rien ne pouvait m'expliquer ma défaillance. Je retournai sur le lit, essayant de comprendre ce qui m'était arrivé mais rien ne me vint. De plus, l'étrange sensation ne m'avait toujours pas quitté. En entendant des pas venir dans ma direction, je fis mine de me reposer. La porte s'ouvrit. L'infirmière se tenait dans l'encadrement, me souriant.

-Comment vas-tu?

-Beaucoup mieux, mentis-je. Merci.

Elle hocha la tête, satisfaite, car c'était la réponse qu'elle attendait.

-Tes amis ne devraient plus tarder. Ils m'ont dit qu'ils reviendraient à midi.

J'opinais du chef pour cacher mon désappointement. Ma conscience avait été déconnectée moins d'une heure. Cela n'en restait pas moins surprenant. Maintenant que mes pensées étaient claires, je me rendaient compte que les scientifiques devaient déjà être informés de mon malaise grâce à leurs nombreux agents chargés de me surveiller. Je me résolus donc à envoyer un compte-rendu de la situation à Jonathan dès que je le pourrais.

Le bruit de pas précipités m'extirpa de mes pensées. Ginga apparut dans l'encadrement de la porte. Un immense soulagement s'exprima dans ses yeux lorsqu'il me vit. Il courut jusqu'à mon lit. Il tenta de me poser une question mais, essoufflé comme il était, il ne put rien dire de compréhensible. À sa suite, King et Masamune déboulèrent dans la pièce. Nile arriva plus calmement. Ses épaules se relâchèrent légèrement quand ses yeux se posèrent sur moi.

-Ça va? demanda-t-il.

-Très bien.

L'égyptien arbora un air suspicieux, me montrant franchement qu'il ne me croyait pas une seule seconde. Je voulus dire quelque chose pour le convaincre que mon état s'était amélioré mais il me devança:

-Tu penses vraiment que je vais croire que tu vas parfaitement bien alors que tu as fait un malaise et que tu viens à peine de te réveiller?

-Mais c'est vrai! m'obstinai-je.

-Pff.

Entre temps Ginga avait retrouvé son souffle. Le remarquant, je me détournai de Nile pour concentrer mon attention sur lui.

-C'est toi qui m'a fait venir ici? m'enquis-je, intéressé.

-Je t'ai juste empêché de tomber. C'est Ryûga qui t'as porté jusqu'ici.

-Ryûga? m'étonnai-je. Il me déteste pourtant.

-Il ne l'a pas fait de plein gré. Il passait dans le couloir et le prof l'a obligé à t'aider.

-Ça m'étonnait aussi.

Je me mis debout, récupérai mon sac et l'endossai avant de me retourner vers les adolescents présents dans la pièce. Ils me fixaient sans dire un mot.

-Qu'y a-t-il?

-Tu fais quoi là?

-Je pars. C'est ce qu'on va faire, non?

L'infirmière choisit ce moment pour venir.

-Il faut que je prévienne tes parents pour qu'ils viennent te chercher.

-Ce n'est pas la peine. Je vais bien...

-Après un malaise pareil, il vaut mieux que tu retournes chez toi pour te reposer.

-D'accord. Je n'habite pas loin, je peux rentrer chez moi à pied.

-Ce n'est pas prudent.

-On peut le raccompagner, intervint Nile.

Les trois autres acquiescèrent pour montrer qu'ils partageaient l'avis de l'égyptien. La femme nous regarda tour à tour puis poussa un soupir résigné.

-D'accord. Faites attention à vous.

Elle partit. Le bruit d'une porte qui se fermait et d'un meuble qui raclait contre le sol m'indiqua qu'elle s'installait à son bureau.

Je fis quelques pas en avant. Ginga, King et Masamune s'écartèrent pour me laisser passer. Je les remerciai dans un murmure. Nile me précéda dans l'étroit et court couloir qui avait plusieurs portes et reliait la salle de repos à une salle d'attente aux murs couverts d'affiches. Des chaises de toutes sortes étaient alignées des deux côtés, séparées par une table basse où reposaient d'innombrables magazines.

Nous continuâmes de marcher et franchîmes une porte qui s'ouvrait sur un des couloirs du lycée. Nous le traversâmes puis sortîmes de bâtiment. À l'extérieur, l'air était déjà frais. Je suivis docilement Nile, m'attendant à ce que Jonathan envoyât quelqu'un pour me récupérer afin de comprendre la raison de ma défaillance. Pourtant le trajet menant à mon appartement se passa sans encombre même s'il dura deux fois plus longtemps que d'habitude car mes accompagnateurs étaient effrayés à l'idée que je m'évanouisse une nouvelle fois.

Nous finîmes par arriver devant l'immeuble. Nile ouvrit la porte d'entrée et la maintint ouverte pour que nous pûmes nous aussi entrer. Alors que je passais devant les boîtes aux lettres, la sensation étrange m'assaillit avec force. Pour la seconde fois ce jour-là, mes jambes se dérobèrent sous moi tandis que je sombrais dans les ténèbres.

XXX

-Oui. Je suis vraiment désolé. C'est un empêchement de dernière minute. Je viendrai dès que je le pourrais.

Nile se tut. J'entendis le son caractéristique d'un téléphone que l'on raccrochait. Je décidai d'ouvrir les yeux. J'étais allongé sur un canapé dans une salle que je ne connaissais pas. Je m'assis pour pouvoir l'observer plus en détail. Bien que les meubles étaient différents de ceux que j'avais chez moi, je remarquai que la salle avait les mêmes proportions que mon salon et que les portes se trouvaient aux mêmes endroits. J'en déduisis que j'étais chez Nile. Ce dernier apparut tranquillement dans mon champ de vision, arborant son habituelle expression ennuyée.

-C'est ce que tu appelles aller parfaitement bien?

-Non mais je me sentais mieux tout à l'heure.

L'adolescent haussa les épaules comme si cela n'avait pas la moindre importance.

-Combien de temps ai-je été inconscient?

Il me montra une horloge accrochée à l'un des murs. Il était treize heure trente passées. Mon inconscience avait duré plus longtemps que la dernière fois. Mauvais signe.

-J'ai pensé à appeler tes parents, déclara Nile.

Je me tournais brusquement vers lui. Même si je comptais informer les scientifiques de mon état, je ne voulais pas que quelqu'un le fît à ma place.

-Mais je ne l'ai pas fait.

-Ah bon?

-Tu n'as pas l'air de les apprécier.

Alors que je m'apprêtais à mentir, il reprit la parole.

-Mais je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas. Tu peux choisir d'en parler ou pas.

Je secouai la tête, choisissant de ne pas mentir.

-OK.

Nous nous tûmes pendant de longues minutes, laissant le silence s'installer.

-Je peux rentrer chez moi? Demandai-je.

Nile acquiesça et choisit de m'accompagner. Nous quittâmes son appartement. Nous dûmes seulement descendre un étage pour arriver devant le mien.

-Tu devrais écouter ce que l'infirmière a dit et te reposer, me conseilla-t-il avant de revenir sur ses pas. Heureusement que c'est le week-end demain, ça te donnera plus de temps pour récupérer.

J'ouvris la porte et entrai dans mon appartement. Je pris juste le temps de verrouiller avant de me précipiter vers mon ordinateur. J'attendis qu'il se mît en marche en réfléchissant à la manière dont je pourrai formuler les choses. Enfin, la page d'accueil apparut. Mais, avant que je ne pris la souris, des mots envahirent l'écran.

Comment vas-tu?

Je me figeai. Ils savaient. Les scientifiques savaient. Mes yeux restèrent un long moment rivés sur le message de Jonathan. Puis, me souvenant que je risquais de défaillir d'un moment à l'autre, je répondis.

Mal.

Le mot s'effaça presque instantanément pour laisser place à la réponse de Jonathan.

Bien. Nous venons immédiatement.

Je m'assis devant mon ordinateur, ne quittant pas le message des yeux.

Fin du chapitre 6