Chapitre 22 : Les enfants maudits.


223ème jour - Six mois et 30 jour.


Le lendemain, Arthur décida de recevoir l'enfant maudit de Morgana. Il l'accueillit dans la salle à manger en petit comité. Il ne fallait que personne ne sache qu'il avait attenté à sa vie. Ils demanderaient réparation. C'est entouré des visiteurs, des chevaliers qui gardaient un œil sur le petit homme et de son mari qu'il lui fit face. Blaise avait encore une colère sourde sur le visage, pour l'enfant mais surtout pour Ron. Il n'avait pas apprécié être le dernier au courant. De plus, le roux lui avait encore menti. Le roi sut qu'il trouverait un moyen de se rattraper. Comme toujours… Quand on aime, on ne compte pas. Il regarda Merlin furtivement. Lui… Cet enfant avait bien de la chance que Merlin soit là.

- Vous aussi, murmura le petit garçon.

Arthur écarquilla les yeux. Il le regarda longuement puis se tourna vers Merlin, un sourcil en l'air.

- Tu ne m'as pas dit que les druides ne pouvaient communiquer par la pensée qu'avec les autres druides.

- Il doit être particulier. C'est pourquoi Morgana a dû l'envoyer lui.

- Elle ne s'attendait pas à un tel revirement de situation. Soupira le roi en se massant le front, soucieux.

- Elle s'y attendait, répondit calmement l'enfant maudit. Sinon, elle ne m'aurait pas menacé.

- D'accord. L'interrompit-il gravement. Alors que me proposes-tu ?

- La mort. J'ai beau y réfléchir, il n'y a que cette solution.

- N'importe quoi. S'en mêla Harry. Personne ne mourra.

- Si vous ne me tuez pas publiquement, je tuerai Arthur. Puis je mourrais. La seule différence c'est qu'il y aura un innocent de mort pour rien.

- Je ne suis pas innocent, murmura Arthur.

- Plus que moi en tout cas. Jusqu'à maintenant, vous n'avez jamais levé la main sur quelqu'un dans son sommeil. Vous n'avez pas brandi votre épée face à un homme démuni, vous n'avez pas tué pour le plaisir. Vous n'avez pas combattu dans le but de promouvoir votre autorité. Vous l'êtes plus que ne le fut votre père.

C'était à peine croyable, cet enfant semblait tous savoir, malgré son jeune âge.

- Comment-tu… ?

- Les druides parlent. Et dans la nuit, j'entends leur voix dans ma tête. Je les entends me supplier de ne pas faire cela. Je les entends chanter vos louages, pacificateur d'Albion.

Arthur le regarda intensément.

- Tu connais Merlin, n'est-ce pas ? Dit-il enfin.

Il hocha la tête.

- Il lui apprend à brouiller son esprit, murmura-t-il en se tourna vers Draco. Autant tu es très fort, Merlin a plus de mal.

- Ne t'acharne pas sur le sien. Le rappela-t-il à l'ordre. Lis plutôt. Lis combien je l'aime. Lis tout ce que je serais capable de faire pour lui. Du bon comme du mauvais. Lis ce que je pourrais faire à l'être, humain ou non, sorcier ou pas, qui venait au par hasard s'en prendre à lui.

Merlin écarquilla les yeux. Il ne put s'empêcher de rougir. Les preuves d'affections d'Arthur à son égard étaient rares en public. Et heureusement, sinon il passerait le reste de sa vie à rougir comme une vierge effarouché. Après tout ce temps, il avait encore du mal. L'enfant ne dit rien pendant un long moment, signe qu'Arthur l'avait touché là où il fallait. Puis finalement il soupira. L'espace d'un instant, tout le monde put voir sur son visage comme de la tristesse, quelque chose d'humain soit, mais qui leur fit comprendre qu'après tout, ce n'était qu'un enfant qui avait été sûrement maltraité, abusé par quelqu'un de plus puissant. Une chose que jamais aucun enfant ne devrait endurer. Harry se mordit la lèvre. Il eut soudainement envie de le prendre dans ses bras et de le réconforter. Mais l'enfant se reprit et accentua sa position en fronçant les sourcils.

- Cela ne change toujours rien à la situation, pour sauver mes frères et sœurs…

- Si tu souhaites les sauver, tu n'as juste qu'à nous dire où ils se trouvent, le coupa doucement Merlin. Et ton travail sera terminé.

- Je…

Il ne dit plus rien. Soudain, il se retourna vivement et pencha la tête sur le côté. Deux secondes plus tard, un garde entrait en courant, il s'agenouilla devant les rois avant de se relever.

- Majestés, Mordred !

- Quoi ! Scanda le roi. Qui a-t-il, où est-il, parle !

- Ils arrivent. Il s'est rendu.

Merlin se leva à son tour, un début de sourire aux lèvres. Mordred avait donc changé de camp ?

- Il veut faire un échange. Libérer l'enfant maudit contre lui-même.

- Je refuse, dit immédiatement le petit.

- Ce n'est pas à toi d'en décider, petit homme, murmura Léon.

- Prenez Mordred, qu'il en soit ainsi, mais je ne repartirai pas.

- Où est-il ? Demanda Merlin un peu fort pour taire le tumulte qu'avait causé la nouvelle.

- Nous l'avons posé dans les cachots anti-magie.

Le roi s'avança vers l'enfant et lui tendit la main. Il le regarda intensément, attendant sa réponse. Il ne voulait ni le forcer ni le brusquer. Il fallait que cela vienne de lui. C'était sa preuve de confiance. Comme lorsqu'il n'avait pas hésité une seconde à manger le pétale de fleurs. Le garçon prit sa main au bout de quelques secondes d'hésitation. Ils quittèrent la pièce tranquillement suivi de tout le monde. Les chevaliers n'étaient pas encore prêts à laisser cet enfant se balader dans les murs du château sans entrave.

- Les enfants, demanda l'enchanteur une nouvelle fois. Où sont-ils ?

- Ils sont cachés, dans une grotte souterraine. A la limite entre Camelot et Fyrien. Je les entends. Ils murmurent dans ma tête. Ils me disent qu'ils vont bien. Que je dois m'enfuir et ne plus jamais revenir. Mais je ne peux pas. Je ferais tout pour eux… Ils sont si petits…

- Et toi, beaucoup trop mature. Tu as bien trop vécu de choses horribles pour si peu de temps. A partir de ce jour, nous te montrerons la vie autrement…

- Comment ? Demanda-t-il, la curiosité rendant à nouveau son visage enfantin.

- Les gens n'ont peut-être aucun secret pour toi, mais la vie, elle, peut prendre les tournures que l'on veut si on se donne la peine de s'accrocher. Ne crois-tu pas ?

Il hocha la tête. Derrière lui, Arthur sourit. Il eut alors une étrange image, quelque chose qui ne lui avait jamais traversé l'esprit car il la savait impossible. Mais après tout, pourquoi pas. Surtout que la preuve était là, juste devant lui. Merlin serait un bon père et lui rêvait d'en devenir un. Qu'il soit lié par le sang ou non. Il faudrait sûrement du temps pour le proposer à son mari, il attendrait. Une année, deux s'il le fallait, mais il l'aurait, son rêve.

Ils arrivèrent dans les cachots. Seul Merlin, Arthur et l'enfant entrèrent. Mordred s'était sagement assis, attendant. Il avait l'air plutôt calme, chose qui changea quand il vit le petit garçon. Il se leva et vint s'agenouiller devant lui.

- Eh… Murmura-t-il. Tu vas bien ?

- Oui. Mais tu es venu ici en vain. Je ne partirais pas.

Mordred sourit et sortit sa main par la grille. L'enfant lâcha Merlin pour la prendre.

- Je le savais. J'ai juste pensé…

Il leva la tête et regarda les deux rois.

- S'il vous plaît, prenez ma vie à sa place. Morgana… Elle est devenue complètement folle. Ces actes sont incompréhensibles, dangereux pour elle comme pour ceux qui l'entourent. Et… ce qu'elle a fait à ses enfants… Il ne faut pas que cela continue.

Il se baissa de nouveau vers l'enfant et lui dit :

- Tu les conduiras à eux, d'accord ? Tu feras ça pour moi.

- Pas la peine.

Il se tourna vers Arthur qui posa une main sur la tête de l'enfant pour le tirer vers lui.

- Tu vas venir avec nous. C'est toi qui nous conduiras à eux. Et si tes actes coïncident avec tes mots une fois là-bas, je t'acquitterai pour tous tes pêchers. Tu seras libre après une seule et unique requête de ma part.

- Laquelle ?

- Permettre à chacun de ses enfants de retrouver un foyer stable, le leur ou un de substitution. Acceptes-tu ce marché ?

- Oui, fit Mordred sans hésitation. Flagellez-moi pour les actes que j'ai commis par le passé si vous le souhaitez, eux ne méritent pas cela. Excuse-moi, ajouta-t-il à l'enfant, de ne pas avoir su me rebeller quand il le fallait pour toi.

L'enfant hocha la tête.


225ème jour - Sept mois et 1 jour.


La petite troupe marchait tranquillement, au rythme des sabots dans l'herbe. Il n'y avait que les quatre visiteurs, les chevaliers, Mordred et l'enfant assis derrière Harry. Arthur n'avait pas voulu laisser Merlin venir, Merlin avait rétorqué qu'un roi se devait d'être auprès de son peuple. Conclusion, aucun des deux n'étaient venus sous les rires amusés de tous. Léon avait été choisi pour prendre le commandement de la troupe. Draco, quant à lui, avait eu le droit au même comportement protecteur d'Harry. Il avait juste levé un sourcil avant d'afficher un rictus.

- Les guerres et les menaces de mort, c'est tout toi, en effet, avait-il rétorqué. Mais tant que je n'arriverais toujours pas à te sentir, je te suis. Il n'y a pas à discuter.

Son ton ferme avait dissuadé le brun de contester. Quant à Ron et Blaise, ce dernier avait pardonné le non-dit quand l'enfant s'était approché de lui pour lui chuchoter dans l'oreille que Ron pensait à lui, tout le temps. Tellement que ça en devenait gênant. Il avait même fini par ne plus lire ses pensées. Et Ron avait eu le droit à une valse de sensation qu'il apprenait encore le soir même, sans comprendre pourquoi tant de dévouement. Mais ne l'avouera-t-il jamais, il ne s'en plaignait pas.

Alors qu'ils avançaient, prudemment mais sûrement, Draco ramena son cheval près du petit et demanda :

- Comment t'appelles-tu ? Tu ne nous as toujours pas dit ton nom.

- Pourquoi me caches-tu tes pensées ? répondit-il du tac-au-tac.

Draco ouvrit la bouche pour rétorquer sûrement quelque chose de cinglant, mais finalement, il s'adoucit et murmura :

- Il y a des choses dans ma tête que je n'aime pas partager. Avec personne.

Harry ne bougea pas, mais un frisson le parcourut. Cette remarque le toucha en plein cœur et il ne sut comment il devait le prendre. La colère fut son premier sentiment avant qu'il ne rende compte que c'était la même colère qu'autrefois. Celle qui ne touchait que lorsque cela venait de Draco. Non… C'était de la tristesse. Il le savait bien.

- Alors ?

- Je ne sais plus… Ou alors je l'ai oublié, égaré entre tous les autres.

- Si tu ne veux plus les entendre, je peux t'apprendre. Ils ne rentreront plus dans ta tête.

- Non, je ne veux pas.

- Pourquoi ?

- Parce qu'il n'y a pas de choses dans ma tête qui ne mérite pas d'être partagé.

Draco le regarda longuement avant de lui dire.

- Si tu fermais ta porte, tu retrouverais quelque chose que tu as perdu il y a longtemps, au contraire.

- Quoi ?

- Toi. J'ai mis bien trop longtemps à le comprendre… Ne fais pas la même erreur.

L'enfant sursauta. Le blond avait laissé percer une seule et unique image. Elle glaça le sang du petit, et pour la première fois, il ressentit de la peur pour quelqu'un d'autre que ses amis. De la peur et du regret.

- Tu es un enfant maudit toi aussi…

Cette fois-ci, Harry tourna la tête pour regarder Draco qui l'aperçut. Il fit la moue, regarda à terre avant de dévier son cheval pour rattraper la troupe. Harry arrêta le sien.

- Que t'a-t-il montré ?

- Son fardeau… Plutôt… un centième, peut-être un millième… J'espère que c'était l'image la plus atroce parce que sinon, je n'ose imaginer le reste. Il était si petit. Comme les enfants maudits.

Harry comprit qu'il ne lui dirait pas plus et fit galoper son cheval jusqu'à eux avant de ranger cet épisode marquant dans un coin de sa tête. Il n'hésiterait pas une seconde à lui ressortir quand il sera à nouveau dans le château.

- Et pourquoi pas Mordred junior ? Rit Blaise.

- C'est vrai que la ressemblance est troublante. Soutint Perceval. Pas sûr qu'il n'est pas de lui, d'ailleurs.

- Mais c'est trop long, sourit Yvain, Mordred Junior ou même Mordred, deuxième du nom.

- Juste Junior, alors ? Proposa Ron.

- On dirait qu'ils ont fini par te trouver un surnom, lui dit Harry.

- C'est bien sûr le temps que tu retrouves ton vrai prénom.

- Mordred Junior. Fronça le petit avant d'hausser les épaules. Cela ne me dérange pas.

- Va pour Junior ! Scanda Blaise.

- C'est stupide, soupira Léon. Nous devrions avoir l'accord de Mordred, d'abord.

Mordred sur son cheval au-devant ne dit rien du tout. Avait-il entendu ? Ou faisait-il juste la sourde oreille.

- Je ne sais pas pourquoi, mon petit doigt me dit qu'il ne sera pas contre du tout, dit Ethan.

Junior, donc, haussa les épaules. Il savait parfaitement que c'était une blague de mauvais goût pour certain, mais Mordred avait été le seul à le protéger durant ces deux derniers mois. Il regarda le dos de son homologue adulte. Par la pensée, il lui demanda ce qu'il en pensait. Lui permettait-il de porter son nom ? Mordred ne répondit rien au premier abord. Mais l'enfant su ce qu'il en pensait. Il le voulait, mais il savait que son nom ferait fuir les gens autour de lui. Junior s'en fichait. Il aimait ce nom tout comme il aimait la personne. Mordred eut un sourire que seul le petit druide eut connaissance.

- Nous ne sommes plus très loin, Léon. Murmura-t-il assez fort pour tous les faire taire.

- A quoi devaient-ils servir… Ces enfants ?

- La mort d'Arthur… C'est tout ce que Morgana souhaite. Régner sur Albion et la mort d'Arthur. Il n'y a rien d'autre qui la motive.

- Ça me rappelle quelqu'un de vraiment quelconque, grinça Ron.

Les visiteurs comprirent sans que son nom ne fût prononcé. Il eut fallu deux guerres et une vingtaine d'année pour arrêter cet homme qui, il fallait bien croire, était autant fou que Morgana. Combien de temps celle-ci durera ? Mordred arrêta son cheval et descendit. Il vint jusqu'au cheval d'Harry et tendit les bras vers l'enfant.

- Tu ne m'empêcheras pas d'y aller, dit Junior une fois contre son flanc.

- Je sais. Je t'interdis juste de t'écarter de moi. Tu sais ce qu'il fera quand il nous verra du côté d'Arthur.

Alors que tous posaient pied à terre, Léon s'approcha de la corniche. Il s'agenouilla avant de passer les yeux. Ils étaient juste au-dessus de l'entrée de la grotte. Devant, un groupe d'homme se tenait près d'un campement. Ici, personne ne semblait attendre la venue de quelqu'un. Ron le rejoint et analysa la situation. Entrer ne serait pas un problème, sortir au contraire…

- Pourquoi ne se cache-t-on jamais dans une grande clairière ou dans une cabane en bois ? Se plaint le roux. Toujours dans de fichues grottes !

- Ce serait bien trop simple, sinon, rit silencieusement le chevalier. Comment vois-tu la chose.

- Trois hommes armés au-dehors. Cependant je vois huit traces de pas. Il faut s'attendre à ce qu'ils soient encore cinq dedans, si ce n'est plus.

- Ecale nous aidera. Dit Junior.

Léon se tourna vers lui, les sourcils froncés.

- Ce n'est pas une enfant maudite. Continua Mordred. C'est la créature qui vit dans ses grottes. J'ai empêché Morgana de la tuer, elle m'est redevable.

- Mais Ecale ne nous aidera qu'une seule fois. Elle n'aime pas avoir des dettes mais elle n'aime pas se mêler aux humains. Il faudra choisir le bon moment.

- C'est toujours mieux que rien, murmura Draco.

- Ne nous précipitons pas, ordonna Léon et ils se regroupèrent autour de lui. Voilà ce que nous allons faire.


225ème jour - Sept mois et 1 jour.


- Merlin ! Ragea Arthur. Nom de… Mais où est cet abruti encore. Des fois, je lui ferais bien récurer quelques pièces comme autrefois, tant il m'énerve.

Arthur marchait d'un pas rapide et frustré. Il parcourut trois endroits familiers à l'enchanteur avant d'enfin le trouver. Son mari était simplement assis sur un fauteuil de son atelier, feuilletant un très vieux livre. A le voir, on avait l'impression qu'il allait bientôt tomber en morceau. Le roi ne prit même pas la peine de relever les yeux quand son aimé entra dans la pièce, malgré les bruits et son souffle colérique.

- Alors toi ! Rugit-il en le pointant du doigt. Ou étais-tu donc cette nuit ? Je t'ai attendu. Comment as-tu osé découcher sans m'avertir. Dis-moi l'ignorant qui t'accompagnait que je lui fasse couper la tête !

- Arthur ! Regarde ! S'extasia le brun sans même avoir entendu un traitre mot de ce qu'il avait pu dire.

Le roi posa rapidement les yeux sur le livre. Il eut l'irrépressible envie de le prendre et de le jeter par la fenêtre le livre, pas Merlin. Quoique…

- M'as-tu écouté au moins ? Qu'as-tu fais cette nuit !?

- C'est déjà le matin, fit alors l'enchanteur en se frottant les yeux. Je n'ai pas vu le temps passer. J'étais ici, je n'ai pas bougé.

- Tu étais ici toute la nuit ? Plissa le roi de méfiance.

- Bien sûr, hasarda-t-il en comprenant à peine la signification de ses avances. Ou croyais-tu que j'étais ? Je n'arrive déjà pas à m'en sortir avec un mari, où trouverais-je la force de m'occuper d'un amant ? Ne dis pas des choses stupides et viens t'asseoir. J'ai quelque chose qui pourrait t'intéresser.

Arthur bougonna, serra les poings avant de soupirer. C'était incroyable à quel point il n'arrivait pas à lui tenir tête. Quand avait-il perdu cette puissance face à lui ? Il se le demandait. Finalement, il fronça les sourcils puis s'avança. Au lieu de s'asseoir à côté de lui, il attrapa sa main, le tira et s'assit à sa place. Il l'enferma dans ses bras, et Merlin, eut l'un de ses rares moments où il se laissa aller au lieu de s'offusquer. Il lui montra à nouveau le livre.

- Ma mère m'a envoyé ceci. Elle l'a trouvé en déménageant ses affaires.

- Elle déménage ?

- Severus et Neville ont décidé qu'elle vivrait au château avec eux. Après tout, elle connaît ce royaume, ses habitants et elle est ma mère. C'est ce qu'elle m'a dit en tout cas.

- Nous avons des nouvelles d'eux ? Sont-ils bien arrivés ?

- Oui, nous avons reçu une lettre. Elle est juste là-bas.

Il montra la lettre décachetée posée sur la petite table. Malgré l'envie qui ne lui manquait pas, Arthur était bien trop installé pour aller la chercher de suite. Il se contenta de jouer avec les cheveux de son mari d'une main et de l'autre de prendre le livre qu'il tenait. L'enchanteur posa sa tête dans son cou.

- Qu'est-ce, alors, ce livre qui m'a privé de l'homme que j'aime toute une nuit ?

- C'est le livre de sort que je tenais quand j'étais enfant. Quand mon père était encore en vie. Le peu de souvenir que j'ai de lui ne remontait que lorsqu'il est mort dans mes bras. Mais quand je me suis relu, j'ai eu l'impression d'y être. Je me suis souvenu d'une clairière… D'une pousse d'arbre que je devais faire jaillir du sol. Je devais peut-être avoir sept ans tout au plus. Je crois que ça doit être le traumatisme de sa perte qui m'a fait tout oublier.

- A sept ans, ton père te faisait faire cela ?

- C'est moi qui demandais. Je demandais toujours plus. Mère ne voulait pas qu'il le fasse. Elle avait peur qu'un jour, par mégarde, nous nous fassions prendre.

- Et cet arbre ? demanda le blond.

Il tourna une page, et vit l'écriture enfantine, les tâches et des dessins qu'il devait sûrement faire quand il s'ennuyait. Il sourit puis se mordit la lèvre. Il caressa du pouce le dessin l'esprit à nouveau ailleurs, entre rire d'enfant et berceau. Merlin le vit et fronça les sourcils.

- A quoi penses-tu ?

- Je… Non, rien. Je me disais que… Pour ton âge, tu étais aussi intelligent que l'enfant maudit.

- Non, sûrement pas. Je n'ai pas vécu les atrocités que Morgana lui a fait subir. J'étais un enfant heureux. Même après le départ de mon père. Ma mère a toujours comblé mon bonheur de quelque manière qu'il soit. Je sais que même maintenant, elle le fera toujours. Ce gage est l'un des derniers souvenirs de mon père. Je suis heureux qu'elle me l'ait rendu. De plus, quand je t'ai dit qu'une chose pouvait t'intéressait, c'était justement cet arbre. D'après mon père, il pourrait subvenir aux besoins d'une famille en famine. Et le sort est écrit dedans ! C'est le dernier. Si j'y arrivais maintenant, on pourrait offrir à tout le monde des fruits en abondance jusque la fin de l'hiver !

- Mais Draco avait dit qu'il était impossible de créer de la nourriture. Ce sont les lois fondamentales…

- Je sais… Chuchota Merlin en fermant les yeux. Mais j'ai envie d'y croire…

Arthur se mordit la lèvre et regarda les dernières pages emplies de graffiti. Il ne put s'empêcher de sourire. Il y avait sur celle de gauche, la formule susdite, et sur la droite, deux formes colorées, l'une deux fois plus grandes que l'autre, qui tenaient à la main chacun des boules magiques. Enfin, c'est ce qu'il imagina. En dessous, il put lire. « Papa et moi sauvant princesse maman du grand méchant roi. » Il rit légèrement. Comme les choses avaient changé.

- Tu sais… Tu…

Arthur se tut quand il entendit le rythme régulier et sentit son souffle caresser sa nuque. Il s'était endormi, à veiller toute la nuit. Retrouver tant de souvenir avait dû à la fois l'enjouer, mais l'attrister au plus haut point, lui rappelant la façon horrible où il avait perdu l'être qu'il avait oublié.

- Tu serais un bon père, murmura-t-il pour lui-même.

D'accord, pas maintenant. Un an et il lui en parlerait. Que c'était long d'attendre autant.


225ème jour - Sept mois et 1 jour.


Tout le monde était en place, la tension avait monté d'un cran en chacun d'eux. Les chevaliers attendaient sagement le signal de Léon. Ron et Yvain bandèrent leur arc, encoché d'une flèche et se préparèrent à tirer. Harry se faufila rapidement dans les arbres, passant complètement inaperçu au-dessus des hommes, Perceval faisant la même chose de l'autre.

Léon brandit son épée avant de l'abattre rapidement devant lui, fendant le vent. Le signal était donné, les archers tirèrent, les trois hommes tombèrent dans un grand cri. Harry et Perceval se laissèrent tomber de chaque côté de l'entrée de la grotte. Comme il l'avait imaginé, les bruits alertèrent quelques gardes qui se précipitèrent dehors. L'un tomba sous les flèches de Ron, les deux autres des lames habiles des deux assassins. Enfin, quand la voie fut libre, ils se rejoignirent tous devant l'entrée. Léon se retourna subitement vers Mordred.

- Tu restes ici, tu vas couvrir nos arrières !

- Quoi mais… Vous ne trouverez jamais votre chemin là-dedans.

- Le petit nous conduira.

Junior hocha la tête et s'avança. Mordred hésita. Il voulut le rattraper mais Draco l'attrapa par le bras avant qu'il ne le touche.

- Je vais rester avec toi. On va protéger la sortie et attendre leur retour.

Impossible de faire autrement, le sorcier accusa le coup et se retourna, la boule au ventre, de rage et d'inquiétude. Mordred Junior tenta de le calmer, lui disant que tout irait bien, mais cela ne fonctionna pas. Alors il se contenta d'entraîner les autres dans la grotte, guidé par les voix des enfants maudits. Dans un coin, il entendit Ecale, la bête qui se faufilait silencieusement dans la roche. Harry fut le dernier à entrer, regardant froidement Draco. Il lui fit un signe de tête qu'il répondit d'un triste sourire avant de se jeter à la poursuite du groupe.

Ils descendirent deux échelles et s'engouffrèrent de plus en plus bas dans le sol. Junior n'avait pas de torche, il avançait comme s'il pouvait voir dans le noir. Après tout, plus de deux mois dans l'obscurité, cela devait changer les perceptions.

Quand ils arrivèrent à destination, Léon prit la tête. Ils se débarrassèrent des gardes sans forcer. Les enfants maudits étaient là, attendant sagement comme Junior leur avait demandé. Seul le plus jeune, peut-être quatre ou cinq ans se mit à pleurer. Ils étaient une dizaine. Elyan les rassembla en leur parlant calmement et les rassurant et ils remontèrent rapidement.

Soudain avant d'arriver à la surface, les enfants s'arrêtèrent brusquement.

- Ils sont là… Ils nous attendent, chuchota le petit druide.

Léon comprit immédiatement. Ils n'avaient malheureusement pas le choix. Il n'y avait qu'une sortie. Harry n'attendit pas qu'il se décide. Draco était sûrement en danger. Son sang ne fit qu'un tour et il courut vers la sortie.

- Reste avec eux, ordonna Léon à Elyan.

Celui-ci hocha la tête. Et ils emboîtèrent le pas à l'assassin. A l'extérieur, Harry s'était stoppé face à la troupe d'hommes armés. Deux d'entre eux tenaient Draco et Mordred, un couteau sur la gorge et le reste les affrontait, l'arme en poing. Aggravain applaudit bizarrement. Un sourire mauvais aux lèvres.

- Bravo ! Encore une fois, vous vous mettez en travers de notre chemin. Mes félicitations. Retourner Mordred contre Morgana, cela ne m'étonne guère, mais arriver en si peu nombre pour sauver quelques enfants druides… Je trouve ça bien trop téméraire de la part d'un roi de Camelot… Qui n'est même pas là, soit dit en passant. Quel dommage.

Harry serra la mâchoire sans rien dire. Il serra sa lame dans sa main, prêt à la jeter sur l'homme qui tenait son petit ami. Mais il se cachait trop bien derrière lui. Il ne voulait pas le blesser. Ils se regardèrent un instant. Draco n'avait pas peur. Il ne montra aucun signe de faiblesse. Il voulait le prévenir qu'il était prêt à réagir immédiatement.

- Aggravain… Ragea Léon. Morgana et toi, vous allez payer pour ce que vous avez fait à Lancelot. Je jure que je te regardais mourir avant que mon heure vienne.

- Bien sûr… commença l'homme sombre.

Mais Harry ne le laissa pas finir. Se fichant du danger, il trouva l'opportunité, sûrement unique. Il lança son couteau. Draco pencha la tête sur le côté, se coupant légèrement le visage, et la lame vint se planter entre les deux yeux de l'assaillant. Le magicien se dégagea et se retourna brusquement. Il se suréleva de quelques centimètres au-dessus du sol et ses yeux brillèrent. Draco leva les mains et cria un sort. Ses mains s'illuminèrent et une explosion cryo-électrique décima le trois quart des hommes.

En même temps, les autres engagèrent le combat. Léon se jeta sur Aggravain qui, surprit par la vague déferlante n'avait plus fait attention à lui, mais un de ses hommes para son coup et le dévia. Mordred profita du tumulte pour attraper la main qui était à sa gorge, la tournoyer et lui briser le poignet. Il murmura un sort, se retourna et posa à plat son autre main sur son torse. L'homme valsa à plusieurs mètres.

Aggravain l'avait vu faire. Les choses s'enchaînèrent alors rapidement. Mordred engagea le combat avec lui, mais il se savait perdu d'avance. Il n'avait pas gagné la dextérité de son ennemi. Draco qui avait utilisé presque toute sa puissance pour le sort se retrouva entre deux feux en essayant d'aider. Harry de loin vit la scène presqu'au ralenti tant son cœur avait cessé de battre. Deux lames se levèrent, celle d'Aggravain et un de ses soldats, respectivement pour Mordred et le blond. Mais l'assassin n'eut pas le temps de faire un pas qu'une créature sortit brusquement du sol dans un bruit qui fracassa les oreilles de tous.

Elle semblait à un gigantesque serpent bleu translucide, avec des dizaines de pattes et une gueule de lion. Elle faisait près de dix pieds de long. Elle attrapa le blond dans deux de ses pattes et sauta vers l'entrée de la grotte. Elle le posa là avant de s'enfuir brusquement par le trou qu'elle avait formé dans le sol. Alors que tous, hébétés par la scène avaient cessé de bouger, la sombre voix du mal jaillie comme un dernier coup de glaive.

- Tu n'aurais jamais dû nous trahir…

Léon se tourna vers Aggravain qui retira la lame du corps maintenant inanimé de leur ancien ennemi. Il se précipita mais c'était déjà trop tard. Le vil homme courut, sauta sur un cheval et s'enfuit avec le reste de ses hommes. Léon s'agenouilla devant lui et le regarda longuement. Puis il ferma ses yeux.

- Encore un chevalier qui tombe… Chuchota Léon. Combien faudra-t-il d'hommes morts pour que cette guerre stoppe…

Blaise s'avança et posa une main sur son épaule. Vite rejoint par les chevaliers fatigués.

- Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer ce qu'il s'est passé, hurla Draco alors qu'il tremblait de la tête au pied. Je… j'ai…

- Il a appelé Ecale et lui a demandé de payer sa dette. S'éleva alors la voix de Junior en sortant de la grotte. Elle a payé sa dette.

- Non, elle… Elle m'a sauvé moi ! Elle n'a… Elle s'est trompée.

- Elle ne se trompe jamais. Il lui a demandé de payer sa dette.

L'enfant le regardait droit dans les yeux, sans faillir.

- Elle l'a fait.

Il ne dit pas plus et se tourna vers le corps de Mordred. Quelque chose en lui le tourmenta. Quelque chose qu'il n'avait pas ressenti depuis longtemps. Le désespoir. Mais il regarda les enfants maudits derrière lui et se ressaisit vite. Il ne devait pas flancher. Pour eux, il devait être dur comme de la roche. Car il était le seul qui, au beau milieu d'un océan endiablé, leur permettait de survivre. Il ne savait pas ce qu'ils allaient devenir, mais il savait maintenant qu'ils étaient saufs.

Cette nouvelle parcourut dans la tête de tous les enfants qui, comme d'un seul homme, se mirent à gémir puis pleurer. La tension avait disparu, ils se laissèrent aller. Elyan un peu perdu tenta de les rassurer. Le plus jeune qu'il avait pris dans ses bras se cacha dans son armure, l'enserrant dans ses petits bras. Il lui caressa le haut de la tête.

- Ramenons-les, murmura Léon.

Ils les firent monter sur leur cheval, chacun en prenant un ou deux. Mordred fut ensevelit dans la cape de Léon et plaçait sur son cheval, attaché à celui de Léon. Et ils reprirent la route. Les enfants mirent plusieurs heures avant de recommencer à sourire et s'émerveiller de ce qu'il voyait… Et Junior comprit petit à petit les mots de Merlin. Était-ce donc ça.. La vie ?


225ème jour - Sept mois et 1 jour.


Ce n'est que le soir venu qu'il mit pied à terre à Camelot. Là, les attendait Arthur, Merlin et, posté à côté d'eux Anhora, toujours plié sur son immense bâton. Merlin remarqua immédiatement quand il vit le corps, et surtout l'absence de Mordred. Il ne lui fallut qu'une seconde pour qu'il comprenne. Les enfants furent descendus de cheval et Anhora les conduit hors de Camelot auprès des leurs. Mordred Junior se retourna juste une fois pour saluer Merlin et Arthur. Et il avait dans son regard, quelque chose qui leur assurait qu'il se reverrait un jour. Cela les fit sourire. Et ils eurent le premier sourire de l'enfant…

Seul un petit bout de chou décida de lui-même de rester à Camelot. Le plus petit, coincé dans les bras d'Elyan. Il semblerait que lui avait déjà trouvé sa place. Et Elyan ne résista pas à l'envie de le ramener auprès de Guenièvre, qui pleurait toujours la mort de Lancelot. Il sut à l'instant même où l'enfant avait demandé de rester qu'il serait celui qui lui ramènerait son sourire. Anhora lui avait dit qu'ils avaient le droit de faire ce qu'ils voulaient, alors Elyan était reparti avec vers la maison de Guenièvre.

Autour de la table ronde, Léon rendit compte à ses rois les périples de cette terrible journée. Draco n'avait pipé mot. Il n'avait toujours pas digérer. Il se prenait pour fautif, et rien de ce que pouvait dire les visiteurs ou les chevaliers de Camelot ne l'aidaient. De plus une personne n'avait encore pas levé la voix à son égard. Son petit ami, muré dans le silence depuis qu'il l'avait vu, le couteau sous la gorge.

Il était si dur de ne plus pouvoir le sentir, ça l'était encore plus à ce moment-là.

- Nous ne savons toujours pas ce que voulait faire Morgana de ses enfants, dit Léon. La seule personne qui aurait pu nous le dire n'est plus de ce monde. Et je doute que Junior n'est envie de parler.

- Junior ? Fronça Merlin.

- Mordred Junior, c'est le nom qu'on lui a donné. Hocha tristement Blaise. Mordred n'était pas contre.

Blaise se sentit bizarrement serein. Il avait donné ce surnom à l'enfant dans le but de faire rire tout le monde, mais maintenant, il savait qu'il porterait le nom d'un héros.

- Les enfants sont en sécurité. Résuma Arthur. Les druides sont avertis. Nous avons évité le pire pour Camelot et rendu libre des innocents bien trop jeunes. Je pense que c'est une victoire pour tous, qu'importent ses intentions primaire. Merci à tous.

- Et la créature ? Demanda Merlin en se penchant.

- Ecale. Le renseigna Léon. Elle est repartie aussi vite qu'elle est apparue. Mi dragon, mi ver géant, je ne pourrais dire exactement ce qu'elle est.

- Nous ne savons si elle parle, mais elle pense. L'avertit Ron. Elle a refusé de se plier à Morgana, et Mordred l'a protégé on ne sait comment de son jouc.

- Nous prendrons des dispositions pour qu'elle ne soit plus jamais embêtée. Dit Arthur.

Merlin se repositionna sur son siège, le regard plongé dans celui de son mari, un sourire aux lèvres. Et le blond sut qu'il avait encore marqué un point. Il se mordit la lèvre. Cela allait vraiment être dur d'attendre un an.

Ils discutèrent ensuite du plan de Merlin avec les arbres. Les visiteurs étaient septiques. Ils ne pensaient vraiment pas que ça allait marcher. On ne pouvait pas jouer avec la nature. Ron et Harry ne le savait que trop bien. Draco accepta tout de même de lui venir en aide. La séance fut levée. Arthur garda juste les visiteurs pour leur donner la lettre de Severus et Neville avant de les quitter. Draco s'empressa de déplier le papier et regarda les trois autres avant de lire à voix haute :

-« Cher Camelot.

Aux rois, Arthur et Merlin Pendragon :

Nous sommes arrivés au royaume de Serpentard, du nom ancien Cenred. C'est avec le cœur léger, quoique rongé par l'inquiétude du nouveau, que nous avons passé les portes du château. Nous avons appris que la nouvelle de la mort de Cenred avait fait voyage avant nous et c'est donc avec une bien grande surprise que nous découvrîmes ce royaume, festoyant comme à Camelot. Vous serez donc ravi d'apprendre que les magistraux, nobles et peuple de Serpentard se sont assurés que nous arriverons sans encombres. Les chevaliers et partisans de Cenred se sont enfuis avant même que nous ayons quitté votre belle contrée. C'est tout un royaume qui a présent votre allié, et non seulement ses deux rois. Merlin, ta mère fut la première contactée. Tu sais qu'il était dur pour elle de quitter les lieux de sa vie, mais elle accepta tout de même de venir habiter au château où nous nous occuperons d'elle comme on se le doit.

A Draco, Harry, Blaise et Ron :

Ne soit pas choqué, Draco que je sache sans aucune de tes nouvelles que tu sois toujours en vie. Te lier à Harry Potter est sans doute la meilleure chose qui te soit arrivé, du moins pour survivre. Sache que je suis, et resterais à jamais ton parrain, et même si nos routes se séparent encore une fois, je n'ai que quatre jours de cheval pour te retrouver, et inversement. Blaise, je te somme de prendre toujours soin de mon cher filleul comme tu prends à cœur le peuple de Camelot en étant devenu chevalier. Je n'ai que la certitude qu'entre tes mains, il sera toujours en sécurité. Ron, j'ai toujours pensé que tu étais complètement idiot. Je ne me trompe que rarement. Et encore une fois, je ne me suis pas trompé. Mais je crois bien que cette idiotie qui ne fait que toi commence à me plaire. Sûrement les bons sentiments néfastes de Neville qui commencent à me cerner. Et peut-être l'âge aussi. Quant à toi Harry… Je sais combien la guerre contre Voldemort fut dure et a laissé des séquelles en toi qui ne pourront jamais être effacées. Comme en chacun de nous… Mais, j'aimerai que juste une fois, tu montes la plus haute tour de Camelot et que cette fois-là, tu ne fermes pas les yeux pour penser, mais juste regarde ce qui a devant toi. Tu comprendras alors…

Après que nous ayons fini les premières formalités, repris en main ce qui fut laissé, donné des cours d'éducation à Neville, nous nous ferons un plaisir d'organiser un immense bal où j'espère tous vous retrouver.

Neville m'oblige à vous écrire que l'on vous aime, et que vous nous manquerez. Bon courage.

Severus et Neville, Rois de Serpentard. »

Ron rit quand Draco se tut.

- Il y a des choses qui ne changent pas chez lui, dit le roux. C'est mieux ainsi.

Blaise sourit, et le prit par le bras. Ils saluèrent les deux autres et partirent. Draco ne lâcha pas le papier des yeux. Et se mordit la lèvre. Il lui manquerait aussi. Plus qu'il ne l'aurait imaginé. Enfin, il se rendit compte qu'il était seul avec Harry qui n'avait toujours pas bougé. Il le regardait longuement, sans ciller. Le blond ne savait que dire, que faire… Devait-il s'excuser ? Encore ?

- Sev' à tort… Murmura enfin le brun.

- Pour quoi ?

- Je ne suis pas celui qui possède le plus de séquelles de la guerre.

Draco ne dit rien, stoïque. Il savait très bien de quoi il parlait. Mais il ne se sentait pas prêt. Pas encore, il ne pouvait pas tout lui dire.

- Et je n'ai pas besoin d'escalader cette tour pour regarder devant moi. Ou du moins, je n'ai plus besoin de le faire.

- Ha…

- Je suis heureux que tu n'ais pas ressenti ce que j'avais en moi quand tu étais là devant moi, entravé par cet homme.

- Je sais… Tenta-t-il de le calmer.

- Non, tu ne sais pas. Tout comme je ne sais pas ce qu'il t'est arrivé quand tu étais enfant… Quand tu étais un enfant maudit.

- Attend, ne mélange pas tout, pour moi c'est du passé.

- Mais pas pour moi. Nous sommes peut-être ensemble maintenant, mais cette envie n'est pas partie, Draco. Au contraire, elle grossit, encore et encore. J'ai toujours envie de toi, de te connaître, de t'apprendre, physiquement, mentalement. J'avais envie de couper les mains de l'homme qui te tenait, de lui arracher les yeux pour les avoir posé sur toi. Et je n'arrive pas à comprendre pourquoi… Pourquoi je la ressens. Elle est si forte… Et se juxtapose avec l'envie de te fuir… encore.

Le cœur du blond avait dû rater quelques battement parce qu'il se sentit brusquement essoufflé. Les yeux égarés du brun le fuyaient maintenant et il pouvait voir que ses joues le brûlaient. Draco se leva alors doucement et fit le tour de la table pour venir s'asseoir dessus, juste devant lui.

- Parce que tu m'aimes, Harry. Et si cela t'effraie autant, cela veut dire que tout comme moi, c'est la première fois de ta vie que tu le ressens. Ai-je raison ?

Harry écarquilla les yeux. Il pencha alors la tête sur le côté et demanda, curieux.

- Ça peut faire si mal l'amour ?

- Tu ne crois pas qu'on se détruit depuis trop longtemps pour en douter ? Répondit le blond sagement.

Harry sourit alors, puis il eut un rire et se détendit d'un coup.

- Alors c'est ça, je suis complètement fou… amoureux… de Draco Malfoy. Sauvez-moi ! Feint-il théâtralement.

Draco baissa la tête et rit avec lui.

- Tu m'agaces, dit-il entre deux rires.

- Mais tu m'aimes.

- Oui, fit le blond.

- Et je t'aime autant que je t'ai haï… Murmura Harry. Merci. J'avais mal compris. Dumbledore m'a tant de fois parlé de l'amour, mais je viens juste à l'instant d'en comprendre le vrai sens.

- Dumbledore ? Sourit le blond en haussant un sourcil. C'est qui déjà celui-là ?

- Ferme-là et embrasse-moi, rit le brun.

Draco se pencha et ravit ses lèvres. L'envie n'était pas partie, elle était toujours là, plus forte que jamais mais Harry n'avait plus peur. Il avait ouvert la dernière porte. Celle de son cœur. Il avait jeté la clef. Il ne risquait plus jamais de la refermer. Son petit ami ferait bien un jour la même chose avec son passé. Il avait le temps, après tout…


226ème jour - Sept mois et 2 jour.


Le lendemain, tous mirent la main à la pâte pour déblayer la neige, dans les jardins, derrière le château. Merlin gardait comme le plus précieux des objets, la pousse d'arbre entre ses mains. Arthur lui sourit, l'encourageant. Mais pour Merlin, c'était plus que de faire pousser un arbre qui leur offrirait de quoi se nourrir. Il fallait qu'il réussisse. Cela lui ramènerait un tant soit peu son père au moins les bons souvenirs qu'il avait de lui. Il enterra la pousse dans le sol et se releva. Il inspira. Il fallait que cela fonctionne !

Harry fronça soudainement les sourcils. Il avait une impression de déjà-vu. Il écarquilla les yeux quand il vit Merlin se baissa, ses yeux changés et l'arbre jaillir du sol. Un grand arbre, un pommier.

- Composé d'une seule pomme, murmura Harry.

Draco se tourna vers lui avant de se rappeler. Mais bien sûr ! Ils avaient eu cette vision il y a longtemps. Et il se passait exactement ce qu'ils avaient vu. Ce n'était pas une victoire. L'arbre avait poussé, mais il était sans feuilles et sans fruits. Juste un arbre qui à cette saison ne fleurit pas. Ne nourrit pas… A part une unique pomme qui pendouilla dangereusement sur sa branche, virevoltant avant que la queue ne craque. Elle tomba juste aux pieds de Merlin qui la ramassa et la regarda avec amertume. Il avait échoué…

Arthur sourit et posa une main sur son épaule.

- Non, ce n'est pas un échec. Nous aurons des pommes en été maintenant !

Ils rirent tous et Arthur prit la pomme de ses mains et croqua dedans avant de lui tendre.

- Les meilleures que je n'ai jamais connues.

Avec des yeux défaitistes et tristes, Merlin sourit tout de même et le remercia silencieusement avant de goûter à son tour. Il écarquilla les yeux. Il était vrai qu'elle semblait différente, meilleure, plus juteuse, plus sucrée que les autres. Arthur rit en le voyant aussi emballé. Il essuya une larme sur sa joue qui n'avait pas coulé et le prit par l'épaule pour l'emmener loin. Il ne voulait pas qu'il y pense.

- Et les gars, fit soudainement l'archer alors qu'il regardait l'arbre pensivement à ses trois compagnons. Il ne vous dit pas quelque chose, cet arbre ?

- Bah nous si, répondit Harry.

- C'était dans une de nos visions.

Ron haussa les épaules. Cela ne devait être rien de très important. Quelque chose qu'il avait vu dans un lointain souvenir. Ou dans un rêve…


227ème jour - Sept mois et 3 jour.


Morgana posa son lourd regard rempli de reproche et de colère sur Aggravain.

- Tous ? Demanda-t-elle.

Il hocha la tête. Elle se pencha, inspira puis se remit en place. La colère passa, laissant place à l'indifférence.

- Encore une fois tu me déçois tellement, mon cher oncle… C'était une mission pourtant si simple. Peut-être que toi aussi, ton dévouement envers moi est en train de flancher ? Comme celui de Mordred… Ou alors tout ce que tu me racontes est un tissu de mensonge. Mordred ne m'aurait jamais trahi et c'est toi qui souhaite me détruire de l'intérieur en tuant mon allié !

- Ma reine…

- Je ne suis reine de rien ! Hurla-t-elle. Je ne suis pas plus reine qu'Arthur est mort ! Par ta faute !

Aggravain déglutit quand la fumée noire l'entoura à nouveau. Ces ténèbres… ces ténèbres avaient changé sa très chère enfant… Si seulement elles n'étaient jamais apparues.

- Alors, Aggravain, reprit-elle plus calmement. Que dois-je croire…

- Croyez-le ma reine, s'éleva alors une voix qui surprit toute l'assemblée.

Morgana leva les yeux et son sourire refit trois fois le tour de son visage, heureux et malsain en même temps.

- Hélios…


A suivre...


Ah bah? AH BAH ! Il est pas mort ce grgrgrgr... Nop, pas dans ma version. Mouhahaha ! Enfin, pour l'instant. Hihi.

Personne ne l'a jamais connue.