Disclamer: les personnages de MFB ne m'appartiennent pas.
Chapitre 7: Case départ
Je demeurai assis, les yeux rivés sur le message de Jonathan. Je restai ainsi de longues minutes, attendant son arrivée car j'étais sûr qu'il se déplacerait en personne. Je ne bougeai pas d'un millimètre. Les étranges, et surtout inexplicables, défaillances dont j'avais été victime m'avaient enlevé mon envie de liberté pour laisser place à de l'inquiétude. Jonathan allait certainement me ramener au laboratoire. Bien sûr, je ne voulais pas y retourner mais je n'avais pas le choix: je ne pouvais pas m'enfuir maintenant car je risquais de perdre connaissance n'importe quand et je n'avais pas encore collecté suffisamment de données sur les êtres humains pour l'instant.
Le message de Jonathan ne changea pas. Il ne s'effaça même pas. Mon entière attention était tournée vers lui quand un bruit résonna, m'obligeant à me déplacer. Il s'agissait de l'interphone. Je me levai lentement puis me dirigeai sans conviction vers l'entrée. Une fois que je fus devant la porte, je décrochai l'interphone de son socle et le collai contre mon oreille.
-Oui?
-C'est moi, répondit la voix reconnaissable de Jonathan. Tu peux descendre s'il te plaît?
La politesse et la douceur de son ton me surprirent: d'ordinaire, il donnait seulement des ordres. Je trouvais intéressant qu'il fît autant d'effort pour passer pour une personne normale. Malheureusement, je ne pouvais pas m'attarder sur ce fait pour l'instant.
-Bien sûr, répondis-je.
Je raccrochai l'interphone puis ouvris la porte. Je quittai la sécurité de mon appartement pour rejoindre le laboratoire. Je me forçai à descendre les escaliers à un rythme normal, sans ralentir ou faire demi-tour comme je le voulais réellement. Je finis par arriver dans le hall d'entrée. Malheureusement, la porte n'étant pas vitrée, je ne pouvais pas voir ce qui se passait dehors. En quelques pas, je traversai le hall et franchis la porte d'entrée, me retrouvant à l'extérieur. Jonathan m'attendait près de l'immeuble. Pour une fois, il ne portait pas son éternelle blouse blanche. Surpris de le voir vêtu comme un civil, je ne pus m'empêcher de le dévisager. Il portait une chemise noire ainsi qu'un jean sombre. À moins d'un mètre derrière lui, la voiture noire qui m'avait éloigné du laboratoire était garée. Jonathan arrangea sa chemise avant de m'offrir un de ses faux sourires dont il avait le secret.
-Bonjour Kyoya. Comment vas-tu?
-Très bien, répondis-je sans cesser de m'approcher de lui. Et...
J'hésitai un instant entre le vouvoyer et le tutoyer.
-Et... toi?
-Pareillement.
Nous nous dirigeâmes vers la voiture. Jonathan ouvrit la portière arrière, m'invitant à entrer. Je m'assis sur la banquette arrière. Il ferma la portière puis alla s'installer sur un siège avant. Le conducteur était le même que la dernière fois. Il démarra lorsque Jonathan le lui ordonna. Alors que la voiture s'éloignait, je jetai un regard à l'immeuble où j'avais vécu pendant quelques jours en espérant que ce n'était pas la dernière fois que je voyais. Lorsque le véhicule tourna à l'angle d'une rue, je détournai mon regard de la vitre pour concentrer mon attention sur Jonathan.
-Comment avez-vous su? m'enquis-je. Parce que vous étiez au courant, n'est-ce pas?
Le brun se tourna vers moi.
-Nous parlerons de ça au laboratoire, dit-il. Pour l'instant, nous avons d'autres priorités. Par exemple... tu devrais t'allonger. Immédiatement. Si j'en crois l'heure, ça va recommencer.
Avant d'avoir le temps de lui demander de quoi il parlait, je fus une nouvelle fois happé par le néant.
XXX
Mes yeux s'ouvrirent automatiquement dès que je repris connaissance. Il faisait sombre autour de moi. J'étais allongé sur une surface métallique inconfortable. Je m'assis pour pouvoir observer ce qui m'entourait. Je me trouvais dans une salle plutôt exiguë. La table sur laquelle j'étais en occupait presque toute la longueur. Et il y avait juste assez de place sur les côtés de la table pour laisser une personne circuler. Des fils glissés sous ma peau me reliaient à des machines vrombissantes qui étaient collées aux murs dressant à ma droite et à ma gauche. Je jetai un regard par-dessus mon épaule. Derrière moi, il y avait des sortes d'ordinateurs qui occupaient le mur du fond. Leurs écrans émettaient une faible luminosité. Ce décor ne me laissait aucun doute sur l'endroit où j'étais. Même si je n'étais jamais venu dans cette salle auparavant, j'étais sûr que je me trouvais dans le laboratoire.
Après mon minutieux examen des lieux, je constatai que la sensation bizarre qui ne m'avait pas quitté depuis la veille s'était enfin envolée. Je fixai les machines auxquelles j'étais branché, me demandant leur utilité. Je me penchai en avant en veillant à ce que les fils ne se débranchent pas – comme je ne savais pas à quoi ils servaient, je préférais éviter de les enlever trop brusquement même si je les trouvais gênants.
Une porte s'ouvrit, inondant la salle de lumière et détournant mon attention des machines. Jonathan entra dans la salle. Il portait de nouveau sa blouse blanche qui l'identifiait aux scientifiques. Il referma la porte derrière lui puis s'approcha de la table. Sans me jeter un regard, il alla aussi loin que les fils le lui permettaient. Il se pencha pour appuyer sur l'un des nombreux boutons des ordinateurs. Une vive lumière illumina la pièce. Il recula de quelques pas et daigna me regarder. Toute trace de la douceur hypocrite dont il avait fait preuve lorsqu'il m'attendait devant mon immeuble avait disparu, comme si elle n'avait jamais existé.
-Tu vas mieux 301.
Bien que ce n'était pas une question, je répondis par l'affirmative.
-Parfait.
Il entreprit de débrancher les fils un par un pour ne pas risquer de m'endommager. Ce constat me soulagea: cela prouvait qu'il ne comptait pas se débarrasser de moi pour l'instant.
Une fois qu'il eut fini sa tâche et que je fus libéré de ma prison de fils, il m'ordonna de le suivre puis se dirigea vers la porte. Je descendis de la table avant de lui emboîter le pas. Nous quittâmes la salle et nous faufilâmes dans les couloirs identiques du laboratoire. En sortant, je remarquai que j'étais passé de nombreuses fois devant cette salle sans jamais avoir eu le temps de me demander ce qui se cachait derrière la porte.
Je suivis Jonathan jusqu'à la salle où j'avais été créé et où les scientifiques avaient pris l'habitude de collecter des données. À l'exception de nous deux, la salle était déserte. C'était la première fois que je la voyais ainsi. D'habitude, au moins trois scientifiques – en plus de Jonathan et de moi – s'y trouvaient et pianotaient sur les claviers. Leur absence rendait l'endroit étrangement silencieux.
Le brun me fit signe d'aller m'asseoir. Je résistai à l'envie de souligner l'impolitesse de sa façon de se comporter et obéis. Je m'assis sur une table assez éloignée de lui, derrière lui pour qu'il ne pût pas me voir. Il s'installa devant un ordinateur et commença à taper un texte, m'ignorant totalement. La curiosité commença à me ronger. Je voulais savoir ce qu'il écrivait. De plus, les probabilités que je fusse le sujet de son écrit étaient fortes. Sachant que mon attitude curieuse déplaisait fortement à Jonathan, je me forçai à rester calme. Je décidai d'imiter l'attitude des humains impatients pour faire passer le temps. Je balançais mes jambes d'avant en arrière, ne comprenant pas en quoi cela les aidait à patienter. Je cessais ce manège dès que le scientifique faisait mine de bouger. Il ne daigna pas une seule fois m'adresser la parole. Il lui fallut une bonne douzaine de minutes pour finir son texte qui n'avait pourtant pas l'air très long. De là où j'étais, je n'arrivai pas à distinguer les mots. Par contre, je voyais clairement qu'il y avait trois paragraphes. Jonathan envoya le message puis se tourna si vivement vers moi que je n'eus pas le temps de faire semblant d'observer autre chose. Je me pétrifiai. Il ne parut pas perdre son calme mais ses yeux le trahirent. Ils lançaient des éclairs.
-301? dit-il avec froideur.
-Oui?
-Qu'est-ce que tu faisais? continua-t-il en faisant quelques pas dans ma direction.
-Rien. Comme vous le voyez, je suis assis et je ne fais absolument rien.
-Tu as parfaitement compris ce que je voulais dire 301. Ne me mens pas.
-Je vous ai dit la vérité...
-Tais-toi. Nous savons aussi bien l'un que l'autre que tu mens parfaitement bien. Cette fonction est l'une des plus importantes que nous avons programmé sur toi. Elle est capitale pour la réussite de ta mission.
Il se tut un instant pour s'approcher davantage de moi et ancrer ses yeux aux miens.
-Même si tu es important pour nos recherches, sache que rien ne m'empêche de te désactiver. À ton niveau actuel, tu nous a déjà fait grandement avancer. Alors tiens-toi à carreaux.
-Bien sûr.
Il continua de me fixer avec animosité. Je crus qu'il allait rester ainsi éternellement mais trois coups frappés à la porte firent changer son attitude. Il recula de quelques pas puis se tourna vers la porte, un léger sourire étirant ses lèvres.
-Entre.
La porte s'ouvrit, laissant apparaître Emily sur son seuil. La jeune femme entra sans prendre la peine de refermer derrière elle.
-Tu m'as demandé Jonathan?
-Oui. Pourrais-tu prévenir les autres que 301 est réveillé, s'il te plaît? Vous commencerez ce que nous avons prévu.
-Bien.
Elle fit demi-tour. Alors qu'elle franchissait le seuil de la porte, elle déclara:
-Continue de bien faire ton travail 301.
Malgré la douceur de sa voix, j'eus l'impression qu'elle me menaçait. Elle disparut, nous laissant seuls. Ce bref interlude avait permis à Jonathan de retrouver son calme. Il se retourna pour me faire face.
-Avant que je t'amène ici, lorsque nous étions dans la voiture, je t'avais dit que je t'expliquerai comment j'ai su pour "tes pertes de connaissances", tu te souviens?
Rien, dans le ton de sa voix, ne laissait penser qu'il m'avait menacé quelques secondes plus tôt. Il me parlait de la même manière que lorsque je m'étais réveillé dans le laboratoire et qu'il m'avait expliqué la raison de ma création: il oscillait entre l'envie de m'apprendre quelque chose et celle de croire que je savais déjà tout.
-Je me souviens.
-Bien.
Il regarda autour de lui.
-Allons plutôt en discuter dans ta chambre.
Il marcha vers la porte sans me laisser le temps d'émettre la moindre opinion. Je ne pus que le suivre. Nous sortîmes de la pièce puis nous dirigeâmes vers ma chambre. Avant que nous eûmes fini de tourner à l'angle d'un couloir, j'aperçus les scientifiques s'engager dans le couloir du coin de l'œil. Ils disparurent de mon champ de vision puisque nous n'avions pas cessé de marcher. Mais je me doutais de l'endroit où ils se rendaient. Jonathan leur avait laissé la salle principale pour qu'ils fissent des recherches.
Nous finîmes par arriver devant ma chambre. Nous entrâmes puis nous assîmes chacun d'un côté de la table. Jonathan débuta son explication sans préambule.
-Nous savions pour tes défaillances parce que c'était prévu.
-Quoi? Mais je n'en savais...
Il leva sa main pour me faire comprendre que je devais me taire. J'obéis.
-Nous avons délibérément décidé de ne pas t'avertir pour voir ta réaction face à un événement que tu considérais comme impossible. Tu n'as pas échoué à cette épreuve. Tu as même assez bien réussi étant donné le programme d'analyse dont nous t'avons doté.
Leurs stupides épreuves pour voir si j'étais à la hauteur de leurs espérances m'agaçaient de plus en plus. Je ne laissais rien paraître pour ne pas avoir davantage d'ennuis, attendant qu'il me donnât plus d'explication.
-Ce qui t'est arrivé est complètement normal. Tu es une machine: tu as besoin d'être rechargé de temps en temps.
En quelques mots, Jonathan avait réussi à détruire mon rêve de liberté.
-Les "pertes de connaissance" servent à t'avertir d'une grande baisse d'énergie et à économiser le peu qu'il te reste. C'est pour cela que tes défaillances étaient de moins en moins espacées et de plus en plus longues.
Je hochai la tête pour lui montrer que je comprenais ses paroles. Il semblait vraiment fier de ce système.
-Évidemment, nous avons fait en sorte que tu puisses rester longtemps sans être rechargé. Mais nous profiterons de ce besoin d'énergie pour nous revoir, pour que je te donne tes prochaines directives et que mes collègues puissent t'examiner.
-Je croyais que vous vouliez qu'on ne se contacte pas pour vérifier ma capacité à m'intégrer seul aux êtres humains.
-En effet, c'était notre objectif. Mais, puisque tu l'as déjà réussi, nous avons décidé de passer à l'étape supérieure.
-Je vois.
-Nous aurons rendez-vous toutes les deux semaines. Si quelqu'un te voit nous accompagner, tu diras que tu rends visite à ta famille, c'est compris?
-C'est compris.
Jonathan se leva, l'air satisfait.
-Parfait. Je vais voir mes collègues. Attends-moi ici.
Il me quitta en prenant soin de verrouiller la porte de la chambre. Il ne pensait pas que je suivrais ses ordres. Pourtant, cette fois, il n'était pas utile de prendre cette précaution. J'étais tellement choqué par ce qu'il venait de m'apprendre que je n'aurais pas tenté d'explorer le laboratoire même s'il avait laissé la porte grande ouverte. Je ne cessais de penser à ces informations, cherchant une solution mais aucune ne me vint à l'esprit.
Jonathan revint une poignée de minutes plus tard. Il s'était débarrassé de sa blouse. Nous sortîmes du laboratoire. Cette fois, la voiture nous attendait devant le trottoir. Nous nous installâmes à l'intérieur. Le chauffeur démarra immédiatement.
-Pour l'instant, tu dois continuer de faire ce que nous avions prévu initialement. Je te donnerai ta nouvelle mission dans deux semaines.
-D'accord.
Plus personne ne prit la parole jusqu'à ce qu'on fût au pied de mon immeuble. Je n'étais pas aussi satisfait d'être revenu que ce que j'avais cru. La portière se déverrouilla, m'indiquant que je pouvais sortir. Je m'exécutai tranquillement puis claquai la portière. Je me retournai. Jonathan abaissa sa vitre et m'offrit un sourire chaleureux auquel je me forçai à répondre.
-À plus Kyoya. J'espère que tes cours continueront à bien se passer.
-À bientôt.
Mon expression se décomposa dès qu'il me tourna le dos. Je regardai la voiture s'éloigner en me demandant comment j'allais réussir à me sortir de cette situation.
Rapport n°5 sur l'expérience 301
Professeur,
Nous avons momentanément réussi à régler le problème d'énergie concernant 301. Il reviendra au laboratoire tant que nous n'aurons pas mis au point le nouveau système de récolte d'énergie. Par contre, je pense qu'il vaudrait mieux voir si 301 peut atteindre nos objectifs avant de lui intégrer ce nouveau système car il existe toujours un risque que le système soit défectueux et qu'il endommage 301.
Comme vous nous l'aviez ordonné, nous avons commencé la construction d'un second H.A. avec l'aide des données que nous a fourni 301. Comme cela, si 301 est endommagé ou que nous sommes forcé de le désactiver, nous ne serons pas forcés d'attendre trop longtemps avant de pouvoir continuer cette expérience.
Je me demandais si vous voudriez profiter des visites régulières de 301 pour le rencontrer. Si c'est le cas, nous conviendrons d'une date.
Cordialement,
J. Harcly.
Fin du chapitre 7
