Disclamer: les personnages de MFB ne m'appartiennent pas.
Chapitre 8: Vide
Je restai encore quelques minutes planté là, à observer fixement la route alors que la voiture avait disparu depuis un long moment, sans prêter attention au temps qui passait. Puis, reprenant mes esprits, je retournai dans mon appartement. Une fois que je fus à l'intérieur, je me dirigeai vers ma chambre où je m'allongeai sur mon lit. Une étrange sensation de vide m'avait envahi depuis que Jonathan m'avait déposé au pied de mon immeuble. Je n'avais plus envie de rien: ni de connaître de nouvelles personnes, ni d'apprendre de nouvelles choses. Je n'avais même plus envie de la liberté dont j'avais tant rêvé.
Je demeurai ainsi, étendu sur mon lit, toute la nuit, sans faire le moindre mouvement. Je bougeai à peine les deux jours suivants: j'allais seulement vérifier de temps en temps si Jonathan ne m'avait pas envoyé de nouvelles indications avant de retourner me coucher immédiatement. Le lundi matin finit par arriver. Me résignant à devoir réintégrer la routine lycéenne, je me levai. Je changeai de vêtements et préparai mon sac avant de quitter mon appartement d'un pas lent.
Contrairement à d'habitude, cette fois, Nile ne m'accompagna pas: je fis seul le trajet pour aller au lycée. Cela ne me dérangea pas. Je ne souhaitais pas avoir de compagnie pour le moment. Lorsque j'arrivai devant ma salle de classe, Ginga, King et Masamune s'y trouvaient déjà et discutaient joyeusement. Quand je fus près d'eux, ils reportèrent leur attention sur moi sans perdre leur joie.
-Salut! s'exclama le rouquin.
Je répondis sans conviction à sa salutation mais cela ne parut pas le déranger.
-On parlait de nos projets pour les vacances, continua-t-il allègrement.
Les deux autres opinèrent vivement, comme pour me convaincre de ses dires.
-Ah oui...? feignis-je de m'intéresser.
Ginga me répéta tout ce que ses amis et lui se racontaient avant mon arrivée sans mettre un seul détail de côté. Je l'écoutai à peine, peu intéressé par ses paroles. Le rouquin cessa subitement de babiller, attirant mon attention.
-Et toi, tu penses faire quoi?
Je haussai les épaules.
-J'irai sûrement rendre visite à des membres de ma famille...
Les yeux miel se mirent à briller.
-C'est génial ça!
-J'imagine que oui... soufflai-je.
Une légère inquiétude emplit l'expression de Ginga.
-Est-ce que...?
Je n'entendis pas la fin de sa question: la cloche choisit cet instant précis pour retentir. Ne souhaitant pas discuter davantage, j'entrai dans la salle de classe. Je n'écoutai le cours qu'à moitié, uniquement pour enregistrer les données qui me seraient utiles pour les prochains cours. L'autre partie de mes pensées était entièrement focalisée sur le problème que me posait mon besoin en énergie. D'après ce que j'avais vu, les câbles que les scientifiques utilisaient pour me recharger étaient uniques: on ne pouvait pas en trouver en dehors du laboratoire. De plus, je ne pouvais pas en voler car ils le remarqueraient immédiatement. J'eus beau retourner ce problème dans tous les sens, aucune solution ne s'imposa à mon esprit.
Les cours suivants se déroulèrent de la même manière: je partageais mon attention entre le contenu des cours et mon problème. Au bout de trois longues heures, n'ayant toujours aucune idée de la façon de m'en sortir, je commençais à me décourager. Mon abattement devait être visible sur mon expression car, plus le temps passait, plus Ginga me lançait des regards inquiets. Ses amis commencèrent eux aussi à montrer des signes d'inquiétude quand, à la récréation, je les ignorai totalement et ne montrai pas la moindre once d'impatience à l'approche des vacances.
Enfin, la sonnerie annonçant la fin des cours de la matinée retentit. Je me précipitai hors de la salle, laissant Ginga, Masamune et King hébétés. Je me faufilai dans les couloirs, évitant les autres élèves, et allai dans la cour. Par habitude, je m'assis à la table où Nile et moi déjeunions tous les midis, en espérant que mes camarades de classe m'oublieraient au moins pendant la pause.
Quelques minutes plus tard, Nile me rejoignit d'un pas calme. Il me salua avant de déposer son sac sur la table. Il entama tranquillement son repas.
Contrairement à mes espérances, nous fûmes rejoints par Ginga, Masamune, King et Madoka. L'égyptien leur jeta un rapide coup d'œil puis reporta son attention sur son déjeuner, cachant au mieux son étonnement. Je les dévisageai, partageant sa surprise: c'était la première fois qu'ils venaient s'asseoir à notre table.
-Bonjour, nous dit poliment l'adolescente.
Je lui retournai mécaniquement son salut puis je posai mon regard sur un groupe de lycéens qui se disputaient, faisant mine de m'intéresser à leur discussion de plus en plus enflammée qui risquait fort de se transformer en bagarre. Du coin de l'œil, je vis que mes camarades de classe échangeaient un regard empli d'inquiétude. Ma curiosité reprit brusquement le dessus sur le sentiment de vide. C'était la première fois que je voyais des personnes avoir l'air aussi inquiètes. Je reportai mon attention sur eux.
-Vous avez un problème? m'enquis-je.
Ginga hésita un instant avant de me répondre, attisant davantage ma curiosité. Je ne l'avais jamais vu hésiter avant.
-Non mais, toi, tu n'as pas l'air d'aller bien. On est amis alors... si tu as un problème, tu peux nous en parler.
Je me rembrunis aussitôt. Ma réaction parut accroître son inquiétude mais je m'en moquais. Je n'avais vraiment pas besoin d'être le centre de leur attention. Cela ne faisait qu'allonger la liste de mes problèmes.
-...Kyoya?
-C'est rien, répondis-je sèchement en détournant mon regard.
Je remarquai que Nile s'était lui aussi mis à me fixer, interpellé par mon attitude. Je faillis pousser un soupir d'exaspération. Cette situation m'agaçait de plus en plus. De plus, j'étais certain qu'ils allaient continuer de me questionner tant que nous ne serions pas retournés en cours. Et, d'après mes estimations, la pause se terminait dans plus de trois-quarts d'heure. N'ayant aucune envie de subir un interrogatoire, je me levai.
-À tout à l'heure, leur dis-je sans même chercher d'excuse pour les quitter.
Je retournai dans le lycée, ignorant leurs regards ébahis. Il restait un nombre important d'élèves à l'intérieur qui s'occupaient tous de manière différente. Je passai devant eux sans leur prêter attention. Je décidai d'aller attendre la fin de la pause devant ma prochaine salle de cours qui se trouvait au troisième étage. J'escaladai sans difficulté les marches jusqu'au deuxième étage. Un groupe d'adolescents, assis au beau milieu des escaliers, m'empêchait d'accéder au troisième étage. Je leur demandai poliment de se pousser pour que je pusse passer mais ils refusèrent catégoriquement. Certains me lancèrent un regard méprisant digne de Jonathan. J'eus soudainement envie de les frapper pour ôter ces regards de leurs visages mais je me maîtrisai pour ne pas risquer d'en subir les conséquences plus tard.
Je m'éloignai d'eux et partis à la recherche des escaliers secondaires pour pouvoir atteindre le troisième étage. Plus je m'enfonçais dans le bâtiment, moins il y avait d'élèves. Devant les escaliers secondaires, le couloir était désert. Je continuai ma route sans m'en inquiéter. Lorsque je fus dans le cage d'escalier, quelque chose attrapa mon bras, m'obligeant à m'arrêter. Je soupirai, agacé par ce contretemps. Je me retournai. Un adolescent aux cheveux bleus méchés de vert se tenait devant moi, un sourire mauvais aux lèvres. Il était accompagné par un adolescent plus grand que lui dont les cheveux bordeaux cachaient le visage. Il se tenait voûté.
-Alors gamin... On se promène seul dans les couloirs?
-Je n'ai pas envie de vous parler...
-Oh... Si c'est pas mignon...
Je les regardai alternativement, ennuyé. J'avais envie de me débarrasser d'eux au plus vite.
-J'imagine que si je vous frappais, vous ne vous en plaindrez pas.
Ils me dévisagèrent, confus à cause de mes paroles. Ils réfléchirent un instant, ne sachant pas quoi répliquer. Alors que le bleu tentait d'ajouter quelque chose, une tierce personne intervint.
-Laissez-le.
Je relevai la tête. Ryûga descendait les marches d'un pas tranquille pour arriver jusqu'à nous. Étonnamment, le bleu obéit. Les adolescents reculèrent, visiblement apeurés.
-Partez.
-D'accord.
Ils obéirent docilement, sans émettre la moindre protestation. Je réajustai mon sac sur mon épaule, évitant de croiser le regard du blanc. Je le remerciai dans un murmure puis le dépassai pour reprendre ma route. Alors que je commençai à monter les escaliers, il m'interpella.
-Tu ne me poses pas de questions aujourd'hui? me demanda-t-il.
-Non... ça ne m'intéresse plus...
Il me dévisagea si intensément que j'eus l'impression qu'il pouvait lire dans mes pensées.
-C'est en rapport avec le type avec qui tu es parti vendredi?
Je me figeai, pétrifié par la stupeur.
-Je... Ce...
Il continuait de me fixer. J'affrontai son regard.
-Ça ne te regarde pas, dis-je froidement.
Je lui tournai le dos puis repris ma route d'une démarche moins assurée. La question du blanc m'avait tellement surpris que je n'avais même pas pensé à lui donner la réponse de Jonathan. Il était trop tard maintenant. Je ne pouvais pas changer ma réponse sans risquer d'attirer davantage son attention. Il ne me restait plus qu'à espérer qu'il se contenterait de cette réponse. Normalement, d'après ce que j'avais compris de son caractère, il devrait recommencer à m'ignorer et ne plus m'adresser la parole. Ce raisonnement me rassura. Cela effaçait l'erreur que je venais de commettre.
Finalement, j'atteignis ma salle de classe. Je m'assis par terre, adossé au mur, et attendis. Le temps s'écoula lentement. Moins lentement que dans le laboratoire, certes, mais lentement quand même. Au fur et à mesure que le temps passait, de plus en plus d'élèves investissaient le couloir. Certains ne faisaient que passer, d'autres s'y installaient pour discuter plus ou moins calmement.
Le professeur arriva quelques minutes avant la sonnerie. Il m'invita à entrer dans la salle. J'acceptai pour éviter l'arrivée inéluctable de Ginga, de King et de Masamune. Tandis que je préparai mes affaires pour le cours de mathématiques, le professeur s'approcha de mon bureau.
-301? demanda-t-il.
Je me pétrifiai et serrai convulsivement le cahier que je tenais dans mes mains. Je me forçai à lever la tête.
-Tu te souviens du travail que Jonathan t'a donné?
J'opinai lentement.
-Tu as plutôt bien réussi jusqu'à présent. Ce serait dommage de tout faire rater maintenant, tu ne crois pas?
-Si.
Il hocha la tête, satisfait.
-Bien. Réconcilie-toi avec ton groupe alors.
D'autres élèves entrèrent dans la salle, interrompant notre discussion. Le professeur se dirigea vers eux pour leur donner des consignes pour le cours. La sonnerie retentit, annonçant le début des cours. J'allais devoir rester deux heures dans cette pièce, près du collègue des scientifiques, alors que je n'avais qu'une hâte: que le cours se terminât pour pouvoir m'éloigner de lui le plus possible. Jusqu'à présent, le fait que les scientifiques eussent envoyé des personnes pour me surveiller ne semblait qu'être une menace sans fondements de Jonathan. Mais, maintenant, j'en avais la preuve et cela m'inquiétait. Le professeur n'aurait jamais dû me dévoiler son identité. Sauf, bien sûr, s'il en avait reçu l'ordre.
Je me comportais en élève assidu pendant presque toute la durée du cours. Je ne quittai pratiquement pas mon cahier des yeux, notant tout ce que le professeur disait même s'il l'avait déjà dit dans un cours précédent. Lorsque le cours finit, je me forçai à rester calme et à quitter la classe d'un pas nonchalant malgré mon envie croissante de m'enfuir à toutes jambes. Ginga me rejoignit dans le couloir.
-Je suis désolé pour tout à l'heure, déclarai-je. J'étais juste fatigué et un peu énervé. Je n'aurais pas dû vous parler comme ça.
-Ce n'est rien, m'assura le rouquin.
Nous marchâmes en silence. Je ne savais pas si c'était un bon ou un mauvais signe. Lorsque nous fûmes devant le portail, Ginga reprit la parole.
-Au fait... On a décidé d'aller se promener mercredi après-midi. Ça te dirait de venir avec nous?
-Bien sûr.
Ma réponse fit sourire Ginga.
-Super! À demain.
-À demain.
Il partit de son côté tandis que je retournai à mon appartement, essayant de mettre de l'ordre dans mes pensées. Lorsque j'arrivai au pied de mon immeuble, j'avais pris une décision: répondre à toutes les attentes de Jonathan pour me donner le plus de temps possible pour trouver une solution. Je n'étais pas naïf: je savais bien que je ne disposerais pas d'un temps illimité. Mais quelques jours – voire quelques mois – de plus pourraient me permettre d'échafauder un plan parfait pour fuir les scientifiques et survivre dans le monde des humains.
Cette décision prise, le sentiment de vide qui m'avait envahi depuis mon retour au laboratoire disparut. L'esprit tranquille, j'entrai dans mon appartement. Dans le salon, je remarquai immédiatement que l'ordinateur affichait un message. Je m'en approchai doucement pour pouvoir le lire. Il venait de Jonathan.
Nous viendrons te chercher mercredi après-midi.
Froid. Implacable. Sans aucune répartie possible et sans donner la moindre explication. Pourtant, je tentai de donner une excuse pour ne pas le voir, étant toujours déstabilisé par notre précédente rencontre.
Si vous voulez mais, comme vous me l'aviez demandé, j'ai essayé de m'intégrer davantage aux lycéens. Tout à l'heure, ils m'ont proposé de passer le mercredi après-midi avec eux et j'ai accepté. Je pense qu'ils trouveront étrange si je déclinais maintenant leur invitation.
J'envoyai le message. J'attendis impatiemment la réponse, espérant que mon excuse serait valable. Elle apparut au bout de quelques secondes.
Je comprends la situation. C'est parfait. Continue comme ça et tu n'auras aucun problème. Nous viendrons samedi matin. Sois là sans faute.
Bien.
Je soupirai de soulagement. Sans le savoir, Ginga m'avait sauvé la vie avec son invitation.
Rapport n°6 sur l'expérience 301
Professeur,
Je suis ravi de vous annoncer que 301 semble enfin faire de son mieux pour nous satisfaire. Il a pris une initiative pour s'intégrer davantage dans le milieu humain qu'il occupe et nous montre petit à petit ce qu'il est capable de faire. Il nous fournit de précieuses données sur son fonctionnement qui nous permettront de rendre 302 meilleur. D'ailleurs, le projet 302 progresse. Il sera bientôt prêt.
Je ne pensais pas que l'expérience 301 vous intéressait autant. Vous pourrez le rencontrer samedi si vous le souhaitez.
Cordialement,
J. Harcly.
Fin du chapitre 8
