Disclamer: les personnages de MFB ne m'appartiennent pas.

Chapitre 9: Un moment de répit

La journée du lendemain – un mardi – se déroula sans accrocs. En fait, c'était la journée la plus banale que j'eusse vécu. J'avais presque l'impression d'être un lycéen comme les autres. Déjà, ce jour-là, nous n'avions pas cours de mathématiques – je ne revis donc pas l'envoyé des scientifiques. Ce qui constituait, bien évidemment, un point positif non négligeable pour moi. En plus, je n'avais pas croisé Ryûga dans ou en dehors de l'établissement. Notre dernière rencontre m'avait... déstabilisé. Même s'il n'y pensait certainement plus. Mais, étonnamment, je n'y avais pas songé une seule fois: mon attention était entièrement focalisée sur Ginga et son groupe d'amis qui, tantôt babillaient avec joie sur la sortie du mercredi, tantôt stressaient à cause d'un contrôle que nous devions avoir dans l'après-midi. C'était la première fois que je voyais autant d'émotions différentes s'afficher sur un visage en un laps de temps si court. Cela me fascinait. Après le devoir, mes camarades de classe étaient partagés entre le soulagement d'en être débarrassé, le stress d'avoir raté et le bonheur à l'idée que le lendemain s'approchât à grands pas. Quand nous nous séparâmes le soir pour rentrer chez nous, Ginga me rappela une énième fois que nous avions rendez-vous mercredi après-midi bien que nous nous revoyons le matin. D'humeur légère, je retournai à mon appartement. Une fois à l'intérieur, j'entrepris les derniers rangements pour lui donner un air plus "vivant" et pour m'occuper jusqu'au matin. Aux premières lueurs de l'aube, j'avais fini de tout réinstaller. Ça ne devait pas changer grand chose pour un regard extérieur mais je préférai le nouvel aménagement. Je m'assis sur le canapé pour attendre qu'il fût l'heure de partir. J'avais hâte que l'après-midi arrivât pour voir ce que Ginga et ses amis avaient prévu de faire.

Le temps s'écoula lentement maintenant que je n'avais plus d'occupation. Mes pensées dérivèrent tout naturellement vers mon prochain rendez-vous avec les scientifiques. Je me demandais quelle nouvelle mission ils allaient me confier. Je ne voyais pas de quoi il pouvait s'agir. Après tout, ils m'avaient toujours dit que mon objectif était de m'intégrer parmi les humains. Je ne les ai jamais entendu mentionner que c'était la première étape d'un plan bien plus vaste. Mais, maintenant que Jonathan avait déclaré que j'allais avoir un nouvel objectif, je trouvais cela logique. Il était évident que les scientifiques n'allaient pas se contenter de me demander si je m'intégrais bien au lycée et me faisais des amis. Rétrospectivement, cela paraissait tellement évident que j'avais presque honte de ne pas avoir deviné leurs intentions.

Finalement, l'heure de partir arriva. Je me levai, m'habillai et préparai mon sac avant de sortir de mon appartement. Je me postai devant mon immeuble, attendant que Nile me rejoignît. Profitant de cette courte pause, j'observai les alentours. Les quelques personnes se trouvant dans la rue ne faisaient pas attention à moi, trop concentrés sur leurs tâches respectives. L'un parlait vivement au téléphone pendant qu'un autre tentait désespérément de faire démarrer sa voiture et qu'un autre avançait de façon mécanique tout en envoyant des textos.

Je fus interrompu dans ma contemplation par l'arrivée de Nile qui m'adressa un bref salut que je lui retournai. Nous nous mîmes en route pour le lycée. Arrivés à destination, nous nous séparâmes pour nous diriger vers nos salles de classe respectives. Ginga, King et Masamune étaient déjà présents devant la salle. Ils ne tenaient pas en place. Dès qu'ils me virent, ils se précipitèrent tous vers moi et commencèrent à parler en même temps. Tant et si bien que je ne compris pas un seul des mots qu'ils prononcèrent.

Je les dévisageai, ne comprenant pas comment une simple sortie en ville pouvait les mettre dans un état pareil. Ils finirent par se calmer, se rendant compte que personne ne pouvait comprendre ce qu'ils disaient. Ils reprirent la parole plus tranquillement.

-Alors Kyoya, t'es prêt? me demanda King, peinant à tenir en place.

-Comment ça?

-Est-ce que tu as pris ton repas? fit Masamune. Et de l'argent?

-Tu a pensé à prévenir ta famille? intervint Ginga.

Bien que le mot famille me mettait mal à l'aise, je hochai la tête. J'avais effectivement rangé l'enveloppe qui contenait toutes mes économies dans la poche de ma veste même si je ne pensais pas faire d'achat.

-Tant mieux! s'exclama le brun. On va pouvoir partir directement après les cours comme ça.

-Ça va être sympa, commenta le rouquin. En plus, on va inviter certains de nos amis qui sont encore au collège. J'espère que tu t'entendras bien avec eux.

-J'espère aussi, répondis-je en souriant.

La sonnerie retentit mais n'entama pas leur bonne humeur. Ils paraissaient juste plus impatients. Ils se remirent à bavarder vivement. Les autres élèves étaient tout aussi impatients, sûrement à cause de l'approche des vacances. Quand le professeur entra dans la classe, ils le suivirent sans se calmer. Je leur emboîtai le pas, montrant moins d'enthousiasme qu'eux malgré ma curiosité croissante.

XXX

Quatre heures plus tard, la fin des cours arriva. Les élèves se précipitèrent hors la salle de classe, laissant à peine le temps au prof de les saluer, pressés de profiter de leur après-midi libre. Ginga, Masamune, King et moi réussîmes à rester groupés malgré la centaine d'autres lycéens qui se bousculait dans les couloirs. Au bout de quelques minutes à faire chahuter, nous finîmes par atteindre le hall d'entrée du lycée et nous sortîmes. Nous nous postâmes devant la grille, attendant que les autres adolescents qui participaient à la sortie nous rejoignissent. Nile passa en trombe devant nous sans même nous jeter un regard.

-Hé Nile! l'interpella Masamune. Ça te dirait de venir avec nous?

-Non merci, répondit posément l'égyptien en continuant sa route.

Il disparut de notre vue à peine quelques secondes plus tard en bifurquant dans une ruelle. J'observais la direction qu'il avait prise, intrigué. Ce n'était pas le chemin que l'on prenait habituellement pour rentrer chez nous. Alors que je me demandais où il allait, nous fûmes rejoints par Tsubasa et Madoka. Ils nous saluèrent puis nous nous dirigeâmes vers le collège qui se trouvait quelques rues plus loin. Deux enfants attendaient devant le bâtiment. L'un avait des cheveux blonds ébouriffés et des yeux verts brillant de malice, l'autre avait de courts cheveux verts et de grands yeux marrons.

-Salut! s'exclama le premier en affichant un grand sourire. Comment ça va?

Sans laisser aux adolescents le temps de répondre, il s'approcha de moi et me détailla des pieds à la tête.

-Tu es le nouvel ami de Gingi et de Masamumu? me demanda-t-il.

J'opinai vivement. Son regard scrutateur me donnait la désagréable impression de répondre à un questionnaire des scientifiques.

-Et tu t'appelles...?

-Kyoya Tategami.

-C'est long tout ça, commenta l'enfant. Yoyo c'est mieux.

-C'est aussi long que mon prénom, fis-je remarquer.

Le blondinet fit gonfler ses joues, boudeur.

-Mais je préfère. Ça te dérangerait que je t'appelle Yoyo?

-Oui.

Je me retournai en entendant plusieurs personnes pouffer. Je dévisageai mes trois camarades de classe, ne comprenant pas la cause de leur soudaine hilarité qu'ils tentaient vainement de cacher. Même Tsubasa et Madoka, qui semblaient être les plus sérieux du groupe, essayaient tant bien que mal de réprimer un sourire. Je commençais à me demander si je n'avais pas fait quelque chose de travers quand quelqu'un posa sa main sur la mienne pour attirer mon attention. Mon regard se posa sur l'enfant aux cheveux verts qui s'était approché pendant que j'observais les autres. Il m'offrit un sourire timide.

-Salut, je m'appelle Kenta. Et lui c'est Yû. Nous sommes tous les deux en sixième.

-Salut.

Son sourire s'élargit avant qu'il ne reculât pour rejoindre son ami qui boudait toujours.

-On va pouvoir y aller maintenant que les présentations sont faites, déclara Tsubasa posément.

Nous repartîmes. Yû se posta à côté de l'argenté et l'inonda de paroles. L'adolescent faisait preuve d'une grande patience: il l'écoutait sans montrer le moindre agacement et il répondait à chacune de ses questions. Madoka parlait au téléphone avec une certaine Hikaru. Kenta, King, Masamune et Ginga marchaient en ligne. Puisqu'il n'y avait pas assez de place sur le trottoir pour qu'ils pussent marcher côte à côte, Masamune et Ginga marchaient sur la route, s'écartant seulement quand des voitures approchaient. Je les rejoignis en quelques foulées. Ils parlaient déjà de la prochaine sortie qu'ils feraient pendant les vacances. Le rouquin reporta son attention sur moi pendant que ses amis continuaient de discuter vivement.

-Tu as l'air d'aller mieux qu'avant-hier, constata-t-il.

-Oui, merci.

Il me dévisagea, sourcil froncés, ne comprenant pas pourquoi je le remerciais.

-Au fait, fis-je pour changer de sujet, est-ce que je me suis conduit bizarrement tout à l'heure?

-Comment ça?

-Vous avez ri quand j'ai parlé à Yû. Je me demandais pourquoi.

Un sourire étira de nouveau les lèvres de Ginga.

-C'est rare que quelqu'un refuse quelque chose à Yû. Même Tsubasa cède à tous ses caprices.

-Je vois.

King et Masamune avaient pressé le pas lorsque le parc où nous allions déjeuner entra dans notre champ de vision. Nous dûmes courir pour rester à leur hauteur. Ils prirent place autour d'une table en bois. Il y avait de nombreuses et diverses personnes dans le parc. Ça parlait, jouait, criait et riait dans tous les coins. Mes sens étaient complètement assaillis. Je n'arrivai pas à décider ce qui méritait le plus mon attention. J'étais tellement intéressé par ce qui m'entourait que Ginga dut me traîner jusqu'à la table où les autres s'étaient réunis.

-Qu'est-ce que tu as? rit-il. On dirait que c'est la première fois que tu mets les pieds dans un parc.

-C'est ça, répondis-je spontanément.

Lorsque je remarquai leurs airs ébahis, je compris que j'avais commis une erreur. Je me repris immédiatement.

-Enfin, c'est l'impression que ça me fait, corrigeai-je. Je vivais dans une petite ville avant. Elle ressemblait presque à un village. Le parc n'était ni aussi grand, ni aussi peuplé.

Je n'aimais vraiment pas mentir. Surtout que ces mensonges étaient extrait des documents que Jonathan m'avait ordonné d'enregistrer. Mais cela valait mieux que d'être sanctionné par les scientifiques. En plus, mon explication sembla les convaincre.

-Cette ville n'est pas très grande, commenta Madoka. Heureusement que tu n'es pas allé directement à la capitale: la différence aurait été beaucoup plus importante.

J'opinai. Poussé par Yû qui avait soudainement cessé de bouder, Kenta parla des quelques jours qu'il avait passé à la capitale avec sa mère pour rendre visite à des membres de sa famille. Il nous décrivit la visite guidée qu'ils lui avaient offert pendant que les autres sortaient leurs déjeuners de leurs sacs. Quand il eut fini de parler, il entamèrent leur repas. Comme ils discutaient peu, je m'intéressait à nouveau à ce qui se passait dans le parc.

-Et toi, tu ne manges pas? s'enquit Yû la bouche pleine.

-Je n'ai pas faim, répondis-je tranquillement.

Lorsque je reportai mon attention sur eux, je remarquai que mes camarades de classe me dévisageaient avec des yeux ronds, comme si je leur avais avoué ce que j'étais. Pourtant, j'étais certain de n'avoir laissé échapper aucune information de ce genre.

-Comment ça tu n'as pas faim? s'étrangla Ginga.

-J'ai peu d'appétit.

Leurs yeux s'agrandirent encore tandis que le choc se peignit sur leurs traits.

-Arrêtez de l'embêter, soupira Tsubasa. Sinon, il risque de plus vouloir nous accompagner.

Les trois adolescents acquiescèrent mollement, peu convaincu par les paroles de l'argenté. Ils se concentrèrent à nouveau sur leur repas. Quelques minutes plus tard, quand tous les membres du groupe eurent fini de manger, nous sortîmes du parc. Nous allâmes jusqu'au cinéma pour vérifier les horaires de film que nous allions voir. Vu qu'il ne commençait que dans un peu plus d'une heure, nous décidâmes de nous promener en ville. Tout d'abord, nous allâmes dans un magasin multiculturel nommé la Fnac. Il y avait toute sorte de livres, de films, de jeux vidéos et de musiques – que des choses introuvables dans le laboratoire. Bien que mes accompagnateurs se plaignaient des prix – personnellement, je n'avais aucun moyen de comparer –, cela ne les empêchait pas de faire des achats. Nous visitâmes une grande partie des allées. À l'extrémité du rayon des livres pour adulte se trouvait des étagères décorées de couverture de livres vantant les scénario d'un certain Stephen King pour célébrer la réédition de ses romans.

Les adolescents et l'enfant n'y firent même pas un arrêt: ils se dirigèrent directement vers le rayon jeunesse où ils prirent deux romans et un manga. Nous allâmes ensuite aux rayons film, musique puis jeux vidéos. Cependant, ils ne firent que regarder les marchandises proposées sans en prendre une seule. Je les imitai sans réellement comprendre pourquoi ils se comportaient ainsi. Nous passâmes à la caisse pour payer puis quittâmes le magasin. Une fois dehors, nous nous dirigeâmes vers le cinéma. Par contre, nous prîmes un chemin différent de l'aller car Madoka voulait voir une boutique qui avait ouvert récemment. Les autres n'osèrent pas refuser. En chemin, Ginga m'expliqua qu'elle était terrifiante quand elle était en colère. Bien que je peinais à le croire, je ne le contredis pas. Nous arrivâmes devant la boutique quelques minutes plus tard. Je la reconnus immédiatement car elle faisait partie des boutiques que j'avais vu quand j'étais arrivé dans cette ville et que j'avais pour la première fois quitté le laboratoire. Nous entrâmes. Il n'y avait que trois personnes présentes dans le magasin. Elles nous dévisagèrent quand nous franchîmes le seul, comme si nous n'avions pas le droit de nous trouver là. Comme mes accompagnateurs les ignoraient, j'en fis autant. De toute façon, je fus rapidement trop intéressé par les marchandises proposées pour leur prêter attention. Ce n'était que des babioles complètement inutiles mais la diversité de leurs couleurs et de leurs formes m'intriguait. Je remarquai bien que les autres me lançaient des regards intrigué et amusés mais ma curiosité était trop forte pour que j'y fisse attention. Nous partîmes environ cinq minutes plus tard, lorsque Madoka eut acheté tout ce qu'elle voulait. Elle avait un sachet rempli de carnets et de portes-clés.

Nous nous rendîmes finalement au cinéma. La file d'attente fut longue et les gens s'y bousculaient mais nous réussîmes quand même à arriver à l'heure devant la salle où le film était projeté. Nous entrâmes dans la salle au moment où les publicités finissaient. Nous trouvâmes des place et nous assîmes. Le film fut plutôt intéressant bien que le scénario me semblait complètement improbable. Après la séance, nous discutâmes un peu de nos impressions sur le film avant de nous séparer pour rentrer chez nous. Sur le chemin du retour, je m'interrogeai une fois de plus sur la nouvelle mission que les scientifiques allaient me confier ce week-end. Je réfléchis aussi à la façon dont j'allais me comporter. Il ne fallait surtout pas que Jonathan eût de nouveau des soupçons sur mon obéissance. Si je voulais pouvoir préparer tranquillement mon plan d'évasion, il fallait qu'il me fît confiance ou, au moins, qu'il ne me considérât pas comme une gêne.

Tout à mes réflexions, je n'était pas attentif à ce qui m'entourait. Mon épaule percuta légèrement quelqu'un. Je m'excusai sans réellement y prêter attention.

-Ça devient une habitude, constata froidement la voix de Ryûga.

Je me figeai puis me retournai, surpris. Je ne m'attendais pas à revoir le blanc aujourd'hui. Je jetai un regard à mon immeuble qui ne se trouvait que quelques mètres plus loin, me demandant si je pouvais l'atteindre suffisamment vite pour échapper aux questions qu'il allait me poser.

-On a pas fini de discuter la dernière fois.

Il franchit le peu de distance qui nous séparait, se trouvant à présent assez près pour pouvoir m'empêcher de m'enfuir.

-J'ai déjà répondu à tes questions.

-Pas vraiment.

Je regardai les alentours, inquiet à l'idée qu'un subalterne de Jonathan se trouvât là et pût nous entendre. Je ne remarquai rien de suspect.

-On a commencé à parler de ton ami, tu sais, le type qui est venu te chercher la semaine dernière...

-Jonathan n'est pas...

Je remarquai mon erreur avant même que l'esquisse d'un sourire victorieux ne s'affichât sur le visage de Ryûga. J'espérais sincèrement qu'il n'y avait aucun employé des scientifiques dans les parages sinon je serai désactivé pour ce faux pas. Reprenant mon calme, je décidai de donner une excuse que j'avais apprise pour satisfaire les curieux – d'après les scientifiques, moins on leur répondait, plus ça les rendait agaçants.

-Jonathan est mon cousin, expliquai-je. C'est la famille la plus proche que j'ai dans le coin vu que mes parents voyagent énormément pour leur travail. Nous nous voyons dès que nous le pouvons.

Ryûga resta de marbre. Je n'arrivais pas à savoir s'il me croyait ou non.

-Jolie récitation, dit-il finalement. Mais, moi, je veux savoir la vérité.

-Quoi?

Je fis un pas en arrière, affolé. Il n'était pas censé se rendre compte que c'était un mensonge. En fait, il ne devrait même pas être en train de me parler. Nos deux premières discussions m'avaient indiqué qu'il ne m'appréciait pas. Or, si c'était le cas, il ne devrait pas me parler. Son changement d'attitude me déstabilisait au plus haut point.

-Je te l'ai dit...

Il attrapa mon bras fermement – ce qui m'aurait certainement fait mal si j'étais humain – et plongea ses yeux dorés, emplis de froideur, dans les miens.

-On sait tous les deux que c'est un mensonge.

J'étais complètement pétrifié. Une seule pensée tournait en boucle dans mon esprit: si Jonathan voyait ça, il comprendrait que quelque chose ne va pas et me tuerait.

Écartant cette pensée, j'analysais les solutions qui s'offraient à moi. 1) m'enfuir. Ce qui lui prouverait qu'il avait raison et rendrait notre prochaine rencontre explosive. De plus, puisque nous étions dans le même lycée, il y avait de fortes probabilités que l'on se croisât dans le bâtiment et que d'autres élèves entendissent ses soupçons. Ce qui provoquerait des rumeurs que les scientifiques finiraient forcément par entendre. C'était donc hors de question.

2) tenter un autre mensonge. Sauf que je n'en avais pas d'autre en stock et que cela montrerait que j'avais effectivement menti. De plus, rien ne prouvait qu'il y croirait davantage que la fois précédente.

3) le tuer. Cette solution était extrême mais efficace d'après les scientifiques. Le problème était que la mort d'un adolescent causerait beaucoup de vagues, que tout le monde en parlerait pendant quelques jours et Jonathan serait inévitablement au courant. Il ferait peut-être le rapprochement avec moi et me désactiverait. En plus, ce serait dommage. Ryûga pouvait être intéressant quand il ne me posait pas de question qui me mettait en danger.

4)...lui dire la vérité. Cette solution avait différents dénouements. Il pouvait ou non me croire. S'il me croyait, il pouvait choisir de se taire et d'oublier ou de tout raconter. Il y avait 33,33% de chance pour que je me fisse détruire par les scientifiques si je choisissais cette option. La probabilité était plus faible que pour les solutions précédentes.

Quelques secondes seulement s'étaient écoulées depuis la dernière phrase qu'il avait prononcé.

-Est-ce que tu me laisseras tranquille si je te parle?

-Ça dépend, répondit le blanc avec un sourire carnassier.

Je le dévisageai, surpris par son honnêteté. Ma curiosité pour lui revint mais je l'étouffai en songeant que ce n'était vraiment pas le moment pour m'intéresser à son attitude. Je lui attrapai le bras et l'entraînai dans une ruelle proche où il y avait peu de passage. Il me laissa faire, m'adressant seulement un regard interrogateur. Nous nous arrêtâmes à quelques mètres du croisement.

-Tu sais que ça te donne l'air encore plus suspect? se moqua-t-il.

-Ça m'est égal. Je ne veux pas qu'ils nous entendent.

Ryûga ne me quitta pas des yeux, attendant mes explications. Je voulus commencer à parler mais je me rendis compte que je m'étais trompé dans les calculs. Même si Ryûga ne me croyait pas, rien ne l'empêchait de répéter ce que j'allais lui raconter. En fait, les probabilités que je me fisse désactiver à cause de cette solution remontaient à 50%.

-Tu le répéteras?

-C'est si grave que ça?

Ce n'était pas une véritable réponse. J'hésitai de plus en plus à lui raconter la vérité. Je croisai son regard et me rendis compte que je ne pouvais plus faire marche arrière.

-OK. Mais tu dois aussi répondre à mes questions, déclarai-je, espérant à demi qu'il refusât.

Les yeux de Ryûga se plissèrent.

-D'accord. Qui commence?

-Toi.

-Qui est Jonathan? demanda-t-il immédiatement.

-Jonathan Harcly. Le chef d'une équipe de scientifiques qui fait des recherches dans un laboratoire perfectionné dans une ville voisine. Il tient particulièrement à la réussite du projet principal et est pratiquement prêt à tout pour qu'il progresse. Par contre, je ne sais rien de sa vie privée.

Il acquiesça, songeur.

-Ça fait longtemps que tu vis ici?

Un demi-sourire s'afficha sur son visage.

-Quoi?

-Je pensais que tu poserais une question plus... personnelle, ricana-t-il. Après tout, j'imagine que tes amis t'ont déjà parlé de moi.

-C'est vrai mais je veux me faire ma propre opinion. Ils sont trop subjectifs quand ils te décrivent.

Le sourire s'étira.

-Ça va faire trois ans. Quel est ton lien avec Jonathan?

Je fermais les yeux une seconde, n'ayant pas envie de répondre. Ce geste me fit prendre conscience du fait que, plus je passais du temps qu milieu des êtres humains, plus je me comportais comme eux.

-Je suis le projet principal.

Ryûga me dévisagea avec intensité, essayant de comprendre plus que mes paroles n'en dévoilaient.

-Tu t'entends bien avec ta famille?

Il se rembrunit légèrement.

-Ça fait pratiquement trois ans que je ne les ai pas vu, murmura-t-il. Que veux-tu dire quand tu dis que tu es le "projet principal"?

Je fixai Ryûga pour ne pas prendre un seul détail de sa réaction.

-Ils travaillent sur un projet depuis plusieurs années. Ils l'ont finalement réussi il y a quelques semaines. Ils voulaient créer un humain artificiel – qu'ils abrègent H.A. – qui pourrait enregistrer facilement une grande quantité d'information et qui leur obéirait au doigt et à l'œil. Je suis le premier qu'ils ont réussi.

Le visage du blanc s'était complètement fermé. Je ne saurais dire s'il me croyait ou non.

-Pourquoi n'as-tu plus de contact avec ta famille?

-Il y a quatre ans, j'ai eu quelques problèmes avec des gens vivant dans le même quartier que nous, répondit-il mécaniquement. Pour se venger, ils ont tabassé mon petit frère. Ses blessures étaient si graves qu'il est tombé dans le coma. Mes parents considèrent que c'est de ma faute. C'était insupportable donc j'ai demandé à être émancipé. Ils étaient prêts à faire n'importe quoi pour que je m'éloigne d'eux.

-Je vois.

Puis, me souvenant de ce qu'il fallait dire dans ce genre de circonstances, j'ajoutai:

-C'est triste.

Il haussa les épaules avec indifférence. Son visage n'exprimait rien.

-Que...?

-Qu'est-ce qui se passe?

Nous nous retournâmes. Nile se tenait debout au bout de la ruelle. Il nous dévisageait l'un après l'autre, attendant une explication. Je me demandai avec affolement depuis combien de temps il était là et ce qu'il avait pu entendre de notre discussion.

-On parlait, répondit simplement le blanc.

-Ah oui? fit l'égyptien, suspicieux.

Je reculai à grands pas, ayant l'impression d'être tombé dans une embuscade même si je me doutais que Nile et Ryûga ne maniganceraient rien ensemble. Je partis sans leur laisser le temps d'ajouter quoi que ce fût et rentrai chez moi.

Rapport n°7 sur les expériences 301 et 302

Professeur,

Vous pourrez effectivement rencontrer 301 dimanche si c'est ce qui vous convient le mieux. De toute façon, nous allons devoir le garder en observation plusieurs jours d'affilés à cause de ce dont je vous ai parlé la dernière fois. D'ailleurs, s'il arrive quelque chose à 301 à cause de cela, vous pourrez toujours rencontrer 302. Je pense qu'il sera achevé vendredi au plus tard. Les informations que nous a fourni 301 sont excellentes et il ne semble avoir aucun problème de construction. Certes, il n'aura aucune expérience sur le monde réel mais il pourra vous prouver que vous avez bien fait de continuer à croire en ce projet.

J'attends vos prochaines directives au sujet de 301. Maintenant que nous avons un second H.A, vous pourrez lui donner des missions aussi dangereuses que vous le souhaitez: cela n'aura aucun impact négatif sur l'évolution de notre projet.

Nous pourrons en parler davantage lors de votre visite.

Cordialement,

J. Harcly.

Fin du chapitre 9