Disclaimer: les personnages de MFB ne m'appartiennent pas.

Chapitre 12: S'ils savaient

Je restai enfermé dans ma chambre un long moment. Le temps passait avec une extrême lenteur. Chaque seconde me semblait durer des heures. Cette impression était accentuée par mon inquiétude croissante. Je me demandais si, après leur réunion, les scientifiques ne décideraient pas de montrer 302 au Professeur pour qu'il voit l'étendue de leurs recherches et si, dans ce cas, 302 leur rapporterait notre échange. Au début, je trouvais des tas d'arguments pour contrer cette idée: leur réunion durait longtemps car le Professeur avait beaucoup d'idées de projets, 302 ne répondait qu'à des questions précises et il serait étonnant que les scientifiques lui demandent s'il m'avait rencontré, etc. Mais, j'avais beau trouver de nombreux arguments, cela ne servit à rien. Au final, je réussis à me convaincre que 302 les avait averti de mon envie de fuir loin d'eux et je déprimais, étendu sur mon lit, les yeux rivés sur le plafond blanc que je ne regardais pas vraiment, cessant complètement de voir s'écouler le temps.

Au bout d'un moment – que je serais incapable de définir –, la porte de ma chambre s'ouvrit. Je m'assis pour ne pas montrer mon apathie aux scientifiques et tournai la tête vers le nouveau venu. Il s'agissait de Jonathan, toujours vêtu de son inséparable blouse blanche. Un étrange et inhabituel éclat brillait dans ses yeux. C'était de la joie. Je le compris malgré son expression fermée grâce au fait que je fréquentais Ginga et ses amis qui semblaient presque toujours de bonne humeur. C'était la première fois que je le voyais montrer une quelconque joie. Je trouvais ça plutôt déstabilisant. L'émotion la plus positive que je l'avais vu exprimer jusqu'à présent était de la fierté.

Malgré tout, je me sentis soulagé. Il ne serait pas heureux si 302 lui avait avoué mon projet. Je n'avais plus rien à craindre de ce côté-là pour l'instant. Il ne me restait plus qu'à espérer que je serais déjà loin quand ils l'apprendraient.

Je me levai et lui fis face, camouflant au mieux mes pensées. J'étais devenu fort dans cet art, à force de le pratiquer.

-Nous avons fini notre réunion, déclara-t-il. Le Professeur a fini par décider de ce qu'il va faire de toi. Tu dois venir avec moi dans la salle de réunion pour régler les touts derniers détails.

Des centaines de questions assaillirent mon esprit mais je me contentai d'acquiescer. Un léger sourire, rapidement réprimé, courba les lèvres de Jonathan.

-Bien.

Il me tourna le dos et s'éloigna d'un pas vif, certain que j'allais le suivre. Ce que je fis. Nous retournâmes dans la salle de réunion située au troisième sous-sol. Cette fois, je ne fis guère attention à notre itinéraire: je l'avais déjà mémorisé. De plus, mes pensées étaient toutes tournées vers ma prochaine rencontre avec le Professeur.

Nous arrivâmes dans la salle en quelques minutes à peine. La première chose que je remarquai était qu'elle était quasiment vide. Les scientifiques étaient partis. Ils avaient dû retourner à leurs occupations habituelles. Celles-ci m'étaient inconnues. En fait, je me rendais compte que je ne connaissais que très peu de choses sur leur travail. Le laboratoire était vaste et ils devaient certainement travailler sur autre chose que les H.A.. J'espérais que c'était ce qu'ils faisaient en ce moment. En fait, je priai pour, même si je ne croyais en rien. Il ne fallait surtout pas qu'ils s'approchent de 302.

Je reportai ensuite mon attention sur le Professeur. Un air satisfait – que je trouvais incroyablement agaçant – était affiché sur son visage. La réunion avait dû se passer exactement comme il le souhaitait. Je ne pouvais pas encore savoir si c'était un bon ou un mauvais signe pour moi. Avec beaucoup de chance – tellement que c'en était improbable –, il me laisserait peut-être plus de liberté que les scientifiques.

J'écartai cette possibilité complètement ridicule de mes pensées et je réfléchis à toute vitesse pour trouver un moyen de me sortir de ces ennuis sans rien laisser paraître sur mon expression. Il fallait au moins que je gagne du temps. Peut-être que, comme cela, je pourrais trouver un plan pour les fuir. Je continuais de faire défiler ces pensées dans mon esprit, cherchant une solution, tout en me concentrant sur le scientifique et leur chef. Il ne fallait pas que je manque un seul mot de leur discussion. Cela me donnerait des indications sur le déroulement des prochains jours et je ne pouvais me permettre de ne pas les prendre en compte.

Jonathan quitta des yeux son supérieur pour me regarder. Cet éclat de joie continuait de briller dans ses yeux sombres.

-À partir de maintenant, tu vas rester avec le Professeur, déclara-t-il.

Bien que je m'en doutais, cela m'inquiéta: contrairement aux scientifiques, je ne connaissais pas le Professeur. Je ne savais pas comment agir avec lui pour qu'il ne soupçonne rien à mon sujet et ce qu'il attendait d'un H.A.. Je me calmai en me disant qu'il espérait certainement que j'obéisse simplement à des consignes claires qu'il me donnerait. Rien de plus. Mais je ne parvenais pas à écarter totalement mon inquiétude.

Je faillis laisser l'étonnement se peindre sur mes traits mais je maîtrisai juste à temps la neutralité de mon expression. J'avais l'impression que les sensations telles que l'inquiétude et l'espoir étaient plus fortes qu'avant. Comme si l'opération que m'avait fait subir Jonathan et Emily avait changé mes sensations. Ce qui n'était certainement pas prévu. Je retins de justesse un soupir, me demandant comment j'arrivais à m'attirer des ennuis aussi grands et étranges.

-D'accord, répondis-je malgré ma confusion.

Jonathan esquissa un mouvement avec la tête pour montrer son acquiescement.

-Bien.

Il tourna à nouveau son attention sur le Professeur qui ne m'avait pas une seule fois quitté des yeux, me mettant de plus en plus mal à l'aise.

-C'est parfait, déclara simplement ce dernier.

À mon grand soulagement – émotion elle aussi accentuée –, il reporta enfin son attention sur Jonathan.

-Comme je vous l'ai dit tout à l'heure, j'ai de nombreuses choses à faire aujourd'hui, continua-t-il. J'ai pu libérer un peu de temps pour votre projet extraordinaire mais je dois partir immédiatement si je veux réussir à respecter toutes mes obligations.

Je sentis l'appréhension m'envahir à ces mots. Je ne disposais même pas de quelques minutes pour assimiler le fait que je devais quitter les scientifiques et le seul monde que je connaissais... Je retins un sourire de justesse. J'avais enfin trouvé un moyen de gagner du temps! Enfin... si mes paroles réussissaient à les convaincre. Ce qui serait plutôt étonnant vu leur enthousiasme. Mais ça ne coûtait rien d'essayer. Jonathan ne se permettrait sûrement pas de me désactiver après m'avoir promis au Professeur... Du moins, je l'espérais.

-Je comprends, dit servilement le brun. Permettez-moi de vous raccompagner.

-Bien sûr.

Je levai les yeux pour essayer de croiser ceux de Jonathan. Tandis qu'il commençait à partir, je l'interpellai. Tout son corps se crispa. Si je possédais des réflexes normaux, j'aurais certainement reculé devant son agressivité à peine dissimulée. Mais ce n'était heureusement pas le cas. Et, de toute façon, je n'avais pas suffisamment de choses à perdre pour être effrayé pour si peu.

-301? demanda-t-il d'un ton froid qui contrastait fortement avec la joie qu'il arborait précédemment.

Je pris mon courage à deux mains et me lançai.

-J'imagine que je ne vais plus retourner au lycée, commençai-je avec détachement.

Bien que la mâchoire de Jonathan était complètement crispée, il s'efforçait de paraître détendu.

-Évidemment.

-Les lycéens auxquels je me suis lié ne risquent-ils pas de trouver étrange que je disparaisse sans prévenir? J'ai remarqué que les humains s'inquiètent beaucoup quand ils ne sont pas prévenus. Ils risquent de nous faire remarquer.

J'avais mis le plus de franchise et de naïveté possible dans mes paroles en faisant de mon mieux pour garder une expression neutre. Je fus soulagé de voir la fierté prendre la place de la colère sur le visage du scientifique.

-Tu as raison. Il faudra qu'on les prévienne.

-Ce ne serait pas mieux si je le faisais personnellement?

Cette dernière phrase était nécessaire mais peut-être de trop: un léger doute parut assaillir Jonathan. Ses yeux sombres se plissèrent. Je fis de mieux pour rester détendu et ne pas adopter une attitude défensive bien que la situation me stressait. Ma survie ne tenait finalement qu'aux prochaines paroles de Jonathan et celui-ci gardait obstinément le silence, me désespérant. Une sonnerie de téléphone brisa soudainement le silence, faisant sursauter le scientifique et attirant un regard interrogateur du Professeur. Jonathan s'excusa et sortit son portable d'un de ses poches. Il le regarda avec perplexité. Il l'éteignit avant de le ranger. Il afficha de nouveau une expression neutre et refit de moi le centre de son attention.

-Pourquoi proposais-tu ça? me demanda-t-il.

-Parce que les gens préfèrent ne pas avoir d'intermédiaires entre eux et les informations.

Jonathan pencha la tête sur le côté, inquisiteur.

-Donc, si je t'ordonnais de partir, tu obéirais?

Bien que cette idée me révulsait et mes donnait envie de fuir encore plus rapidement, je demeurai stoïque.

-Évidemment.

Cela ne parut pas le convaincre mais il ne se permettrait pas de faire une remarque sans fondements devant le Professeur. Il se tourna alors vers lui.

-C'est à vous de décider, déclara-t-il.

Un imperceptible sourire apparut sur le visage sévère du Professeur, me donnant froid dans le dos.

-Ça me donne la preuve que tu es capable de réfléchir. C'est bien.

Je retins un commentaire. Ce n'était certainement pas le moment de me trahir en disant quelque chose de complètement stupide – même si ça ne pourrait pas être pire que les paroles de Professeur. Je me forçai à me taire et à rester calme, répétant en boucle dans mon esprit que ce serait vraiment stupide de me trahir maintenant, juste à cause de paroles vexantes. Le Professeur finit par se tourner vers Jonathan.

-J'enverrai ma secrétaire chercher 301 demain, déclara-t-il. Comme cela, ça lui laissera le temps de faire ce qu'il a à faire.

-D'accord, accepta à contrecœur Jonathan.

Bien que le scientifique me lança un regard noir quand le Professeur se tourna vers la porte, un immense soulagement m'envahit. Ça allait fonctionner! Mon plan allait fonctionner...

Le Professeur partit sans m'accorder la moindre attention supplémentaire. Jonathan lui emboîta le pas, l'air davantage renfermé que d'ordinaire. Il devait se douter que je voulais m'enfuir. Je ne savais pas comment mais il le savait et c'était pour ça que sa bonne humeur s'était évaporée. Cela ne m'inquiéta pas: maintenant, il ne pouvait plus rien me faire sans la permission du Professeur. Il suffit que je continue à paraître obéissant et tout se passera bien.

Les deux adultes me dépassèrent vivement. Je restai debout au même endroit, ne sachant pas quelle attitude adopter. Il valait mieux que j'évite de prendre des initiatives. Le brun se tourna vers moi juste avant de passer le seuil. Son regard était de plus en plus sombre et méfiant.

-Attend ici, m'ordonna-t-il. Je reviens dès que j'aurai raccompagné le Professeur et je t'emmènerai en ville.

-D'accord.

Quand ils furent enfin sortis, j'eus l'impression qu'un poids libérait mes épaules. La dernière chose que j'entendis tandis qu'ils s'éloignaient fut une histoire de rapports que Jonathan devait envoyer au Professeur. Un mélange contradictoire de calme et d'impatience m'envahit. J'avais finalement réussi à gagner du temps. Ce n'était qu'une journée mais ça pouvait faire la différence. Il fallait juste que je trouve un moyen de fuir... Enfin, je ne pourrais certainement pas fuir les scientifiques en seulement vingt-quatre heures. Ça m'étonnerait qu'ils me laissent suffisamment de temps sans surveillance pour que j'y arrive. Surtout avec la méfiance de Jonathan. Ce qui ne me laissait qu'une autre option, plutôt risquée mais, si elle fonctionnait, je serais libre.

Jonathan revint de longues minutes plus tard. Toute servilité avait disparu de son expression et il était de nouveau totalement sérieux, n'ayant plus personne pour qui jouer la comédie. Je commençais à croire que j'étais le seul à avoir le droit de le voir tel qu'il était réellement – une personne froide et calculatrice. Après tout, de son point de vue, une machine ne pouvait pas vraiment comprendre la différence. Donc c'était inutile de se cacher devant moi.

Une légère suspicion brillait dans ses yeux.

-On y va, déclara-t-il.

Nous sortîmes de la salle de réunion et nous dirigeâmes vers les étages supérieurs. Une douce joie m'envahissait tandis que je traversais le laboratoire. C'était la dernière fois que je m'y trouvais. J'en étais certain. Jamais je n'y retournerai. Quel qu'en soit le prix.

Je ne m'attardai pas sur la nouvelle émotion que je ressentais bien qu'elle était plus intense que les autres. J'aurais tout le temps d'y réfléchir si je survivais à tout cela.

Nous sortîmes du laboratoire. Les sons et les couleurs m'assaillirent. Tout était tellement plus vif que dans le laboratoire. Et tellement plus vif qu'avant. Je ne comprenais pas comment avoir changé mon mode de recharge avait pu changer autant de choses. Quelle que soit l'erreur que les scientifiques avait faites, elle était importante et il était étonnant qu'ils ne s'en soient pas rendus compte.

La voiture noire nous attendait déjà devant le trottoir. J'entrai tranquillement dans le véhicule, cachant au mieux mon impatience qui ne cessait de croître, même si je savais que Jonathan n'était pas dupe: tant que je ne lui fournissais aucune preuve de désobéissance, il ne pouvait rien faire. C'était vraiment gratifiant de savoir ça.

Le trajet jusqu'à la ville me parut long, extrêmement long. Lorsque la voiture s'arrêta enfin devant mon immeuble, je descendis d'un bond mais restais proche du véhicule pour écouter les consignes que Jonathan ne manquerait pas de me donner.

-Je reviendrai te chercher ici, demain, à la même heure, dit-il.

-Bien.

La vitre de sa portière remonta, cachant à ma vue. Le soleil réfléchissait seulement l'esquisse de mon reflet, me faisant ressembler à un fantôme. La voiture redémarra. Je la suivis des yeux tandis qu'elle s'éloignait. J'attendis qu'elle ait entièrement disparu de ma vue pour me permettre de bouger. Je me mis à courir, suivant un itinéraire précis. Je traversais à toute vitesse des rues qui m'étaient inconnues, à la recherche de Ginga et de ses amis. Il fallait impérativement que je les retrouve pour mettre mon plan à exécution.

Alors que je tournais à l'angle d'une énième rue, je me cognai violemment contre quelque chose. Le choc me fit reculer de plusieurs pas. Je rouvris les yeux et fusillai du regard l'obstacle qui me faisait perdre du temps alors que c'était une question de vie ou de mort. Je fus un instant surpris de découvrir Ryûga en face de moi mais je passai rapidement à autre chose: j'avais des choses nettement plus importantes à faire que de lui parler.

-Toi? s'étonna le blanc.

Sans répondre, je le contournai et tentai de reprendre ma course mais il avait fermement agrippé mon bras. Je me retournai, agacé par ce contretemps inutile. Au-dessus de nos têtes, les réverbères se mirent à clignoter.

-Qu'est-ce que tu fais? sifflai-je.

-C'est la question que j'allais te poser, rétorqua-t-il.

Je retirai vivement mon bras de son emprise.

-Quelque chose d'important, claquai-je.

Je lui tournai le dos et me remis en marche. Des bruits de pas m'indiquèrent qu'il avait décidé de me suivre. Au moins, il ne m'empêchait plus de marcher.

-Au point de courir si vite?

-Évidemment!

Je bifurquai sans hésiter à un nouvel embranchement.

-Et donc? Qu'est-ce que c'est?

-Je dois trouver Ginga.

Le blanc commença à rire. Si je n'avais pas été aussi pressé par le temps, je me serais certainement arrêté pour lui demander ce qu'il trouvait de si drôle dans ma phrase. Surtout que ça ne semblait pas dans ses habitudes de rire. Ça ressemblait davantage à Ginga, King, Masamune et Yû – les autres étant un peu plus calmes.

-C'est pour ça que tu es aussi pressé? se moqua-t-il.

Je m'arrêtai à un croisement, le demandant cette fois quelle direction suivre. Deux semblaient pouvoir me mener là où je le souhaitais.

-C'est important, soufflai-je.

Ryûga se tut mais, malgré ma curiosité, je ne me tournai pas vers lui pour voir la nouvelle expression qu'il arborait. C'était certainement de la surprise. Mon comportement semblait le déstabiliser.

Je finis par choisir de tourner à droite. Cette option semblait être la plus rapide bien que je n'avais jamais entendu parler de ce coin de la ville. J'avançai quelques secondes encore puis me retrouvai devant la terrasse d'un café où le groupe au complet était réuni, discutant joyeusement.

-Tu avais rendez-vous avec eux?

-Non.

Ryûga se tut une nouvelle fois, se demandant certainement comment j'avais pu savoir où ils se trouvaient alors. Je ne le savais pas moi-même alors je ne risquais pas de pouvoir lui fournir de réponse.

Prenant mon courage à deux mains, je m'approchai d'eux. J'allais mettre mon plan à exécution. J'allais enfin pouvoir m'éloigner des scientifiques, de Jonathan et de leur monde.

Je fis suffisamment de bruit pour qu'ils m'entendent et ne soient pas pris par surprise – les humains n'aimaient pas ça en général. Ils relevèrent la tête les uns après les autres. Yû et son air espiègle. Tsubasa et son éternel calme qui sembla vaciller quand il aperçut mon accompagnateur. Masamune m'offrit un sourire accueillant. King, lui, sembla davantage surpris de me voir. Madoka afficha une mine perplexe. Puis, Ginga me vit. Ses yeux miel s'illuminèrent. S'ils savaient ce que je m'apprêtais à faire. Si seulement ils savaient. Mais le pire dans tout ça, c'est que je ne ressentais pas le moindre remords.

Fin du chapitre 12