Salut ! J'ai été très absente dernièrement et je m'en excuse. Je compte reprendre mon ancien rythme de publication, soit un truc (OS ou chapitre) par semaine.

Disclaimer: les personnages de MFB ne m'appartiennent toujours pas. J'en suis extrêmement déçue.

Chapitre 13 : Faute de preuves

Rapport n°8 sur l'expérience 301

C'est le tout dernier rapport que je ferai sur cette expérience, étant donné que le sujet 301 ne fait plus partie de nos recherches. Je ne l'enverrai pas au Professeur et l'effacerai dès que je l'aurai terminé. Personne n'a besoin de savoir ce qu'il contient. Mes doutes pourraient détruire ce projet, voire ma carrière. Nous avons – J'ai travaillé trop dur pour en arriver là. Je ne peux pas laisser tout être détruit par une simple anomalie.

Ces doutes, je ne peux les partager avec personne, qu'il s'agisse de mes collaborateurs ou d'Emily: ils les utiliseraient contre moi pour monter en grade.

Je ne leur en veux pas. Je ferais la même chose à leur place.

301 n'agit pas comme il le devrait. Il est anormal. Je l'ai toujours su, je l'ai avoué au Professeur au tout début de nos recherches, mais j'ai rétracté mes paroles. Pour ne pas perdre ma place. S'il ne fait rien de stupide, personne ne le remarquera et tout pourra continuer comme avant. Je pourrai poursuivre mes recherches, construire des HA plus performants, plus dans notre objectif. 302 était un autre essai. Un lamentable autre essai. Il a échoué de façon plus flagrante que 301. C'est... incompréhensible. J'ai comparé leurs dossiers. Chaque document. Techniquement parlant, ils sont de parfaites copies l'un de l'autre. Pourtant, 301 se conduit comme s'il était humain, comme s'il avait des rêves et des envies. 302 a subit un dysfonctionnement majeur. Sans cause apparente. Nous l'avions laissé en parfait état et nous l'avons retrouvé amorphe. Comme une coquille vide.

Reprenons à propos de 301.

Comme dit précédemment, j'ai cherché la cause de son anomalie. Pas pour la dénoncer, mais pour l'éviter à l'avenir, voire la réparer. Je n'ai rien trouvé dans ses données. Je n'ai rien trouvé non plus en l'examinant la dernière fois. Je n'ai aucune preuve de mes intuitions qui sont pourtant justes.

Mon seul regret est de ne pas avoir réussi à comprendre 301. À comprendre cette anomalie. Je ne le saurai jamais. Ce n'est plus notre projet à présent, il appartient au Professeur.

Êtes-vous sûr de vouloir quitter sans enregistrer?

Oui


Je m'avançais jusqu'à me trouver seulement à quelques pas de la table où le groupe d'adolescents était réuni quand un éclair paranoïaque traversa mon esprit. Et si Jonathan m'avait fait suivre? Il ne voulait pas l'admettre devant le Professeur mais il se méfiait de moi et de ma requête. Peut-être que ses subalternes m'épiaient en ce moment même, attendant le moindre faux pas de ma part pour m'attaquer... Cette inquiétude disparut bien vite: si Jonathan avait des doutes, il ne les partagerait avec personne. Il était bien trop imbu de lui-même pour avouer avoir commis une erreur.

Rasséréné, je me concentrai à nouveau sur le présent. Les adolescents me dévisageaient, se demandant certainement pour quelle raison j'étais là, avec eux. Je n'en étais plus sûr moi-même. Maintenant que j'étais loin du laboratoire, mon idée semblait moins efficace. En même temps, je n'avais pas assez de temps devant moi pour construire un nouveau plan. Ces gamins... Il fallait vraiment que je sois désespéré pour avoir besoin de leur aide.

-Salut Kyoya! s'exclama Ginga, brisant le silence qui s'alourdissait de seconde en seconde malgré le brouhaha des rues. Tu ne devais pas passer du temps avec ta famille?

Le terme qu'il utilisa pour parler des scientifiques me hérissa, même s'il ne faisait que répéter le mensonge que je lui avais servi. L'idée que ces gens soient ce qui se rapprochait le plus d'une famille pour moi me dégoûtait. J'écartai cette idée afin de me calmer. J'avais des choses plus importantes à faire que m'énerver inutilement.

-Si, mais ça s'est encore plus mal passé que je ne l'avais imaginé.

L'expression de Ginga se métamorphosa à ces mots: sa joie s'effaça pour laisser place à de la compassion. Il ouvrit la bouche pour parler – sûrement pour me réconforter – mais je pris la parole.

-Je dois vous parler de quelque chose, soupirai-je.

Ça m'ennuyait tellement de prendre autant de précaution au lieu de tout expliquer franchement. Sauf qu'ils risquaient de ne pas me croire.

Madoka indiqua une chaise libre.

-Tu peux t'asseoir avec...

-Non, la coupai-je.

Ma réponse l'avait vexé mais je n'en avais rien à faire. En fait, je m'en moquais éperdument: les flatter ne faisait pas partie de mes priorités. J'avais à peine une journée pour trouver comment survivre, car dès que les scientifiques se rendraient compte de mes actions, ils essayeraient de me désactiver. Je n'avais pas de temps à perdre. Ce fut pour cette raison que j'écartai mes dernières réticences. Je leur avouai tout sans détour. Sans me demander si un tiers écoutait. Je leur épargnai seulement les détails sans importance pour finir les explications au plus vite. Je n'aurais pas dû être capable de désobéir aussi directement aux ordres des scientifiques. La liste de ce que je ne devrais pas pouvoir faire mais que je réussissais facilement était très longue. Détruire ainsi l'une des choses les plus chères aux scientifiques avait quelque chose de jubilatoire. Si j'étais humain, j'interpréterais ça comme de la joie. Qui sait. Peut-être était-ce que je ressentais. Les scientifiques voulaient créer un être malléable, sans sentiment ni rêve. Un parfait outil. Objectif atteint avec 302. Mais moi, j'avais un souhait qui comptait plus que tout. Je voulais vivre. Peut-être que je pouvais ressentir aussi.

J'y réfléchirai plus tard.

Leurs réactions ne tardèrent pas. L'incrédulité marquait leurs visages, comme je m'y attendais. J'allais devoir leur prouver mon histoire.

-Elle est bizarre cette blague, commenta Yû.

Même si je m'y attendais, cela n'empêcha pas la colère de m'envahir. Je serrai les poings, tentant de la contenir: si je la laissais exploser maintenant, ils auraient des raisons supplémentaires de douter de moi.

Des exclamations de surprise résonnèrent de toutes parts, attirant leur attention. Je me retins de justesse de leur ordonner de les ignorer pour se concentrer sur moi et fis comme eux. Peut-être qu'il se passait quelque chose d'intéressant.

Les passants et les autres clients du bar observaient leurs téléphones et leurs ordinateurs qui avaient cessé de fonctionner. Des voitures étaient à l'arrêt tout le long de la route. Autant de bruit juste pour ça? Pathétique. Vu leurs expressions, on aurait pu croire que la fin du monde leur était annoncée.

Je reportai mon attention sur les adolescents qui étaient bien trop attentifs à ces idiots.

Les machines se rallumèrent et les véhicules se turent. Parfait. Avec de la chance, ça les inciterait à m'écouter.

-Vous voulez quoi comme preuve?

Ils se tournèrent d'un même mouvement vers moi.

-Quoi? fit Madoka.

Je levais les yeux au ciel, exaspéré.

-Que je dis la vérité. Il vous faut quelle preuve pour me croire?

Non seulement ils ne me croyaient pas, mais en plus ils doutaient de ma santé mentale. Ça se voyait dans leurs regards.

Ginga se leva et se posta à côté de moi. Il posa une main sur mon épaule en regardant ses amis. Un sourire affiché sur son visage.

-Il n'a aucune raison de nous mentir.

-Son histoire n'est pas crédible, Ginga, soupira Tsubasa.

-Justement: s'il mentait, il ferait en sorte qu'on le croit tout de suite, non?

-Tu es trop naïf...

Le maigre espoir suscité par l'intervention de Ginga se volatilisa. Je fusillai Tsubasa du regard. Les autres semblaient partager son avis, même si aucun n'osa le formuler clairement. Contrairement à moi, le rouquin ne se formalisa pas de l'insulte, ni du manque de confiance de ses amis à son jugement.

-On pourrait aller chez moi, proposa-t-il. Pour discuter tranquillement.

-Comme tu veux, acquiesça Madoka.

Le reste du groupe opina silencieusement. Ils attendirent le serveur pour payer l'addition et nous pûmes enfin partir. Je ne voyais pas trop ce que cela changeait, qu'on aille se réfugier chez Ginga. Mais si ça les incitait à me croire, pourquoi pas? Au moins, ils arrêteraient d'être distrait pour un rien.

Nous quittâmes les rues passantes du centre-vile, bordées d'immeubles et de parkings, pour rejoindre des zones plus résidentielles. Les habitations y étaient plus espacées, entourées de jardins et de terrasses. Maisons et petits immeubles s'y côtoyaient. Moins de véhicules suivaient les routes. Peu de personnes s'y promenaient. Le groupe ne se pressait pas particulièrement. Je ne pouvais pas dire qu'ils avançaient lentement mais ils ne se pressaient pas. L'impatience me gagnait de plus en plus. Je ne pouvais rien faire pour y remédier. Je pouvais seulement penser au temps précieux que je perdais. Surtout qu'ils ne semblaient pas prêts à me croire. Un plan B. Il me fallait un plan B.

Nous nous arrêtâmes devant un portail que Ginga ouvrit. Nous le suivîmes sur une allée goudronnée de trois mètres jusqu'à une porte qu'il ouvrit aussi. Il s'effaça pour nous laisser entrer et la referma. L'entrée s'ouvrait sur un salon meublé pour accueillir des invités. Deux canapés et un fauteuil encadraient une table basse, à quelques mètres d'une télévision. Des étagères exhibaient des photos encadrées et des souvenirs. Les fenêtres inondaient la pièce de lumière.

Les adolescents semblaient avoir l'habitude de se réunir ici: ils s'installèrent confortablement dans le salon. Je les suivis en me demandant quelle preuve je pouvais leur fournir de ma condition actuelle.

-Alors, tu abandonnes ton histoire? demanda Madoka.

L'espoir qui perçait dans sa voix me vexait plus que la question elle-même.

-Ce n'est pas une histoire, répliquai-je sans pouvoir dissimuler mon agacement.

-Ce n'était pas drôle la première fois et ce n'est pas la répétition qui va changer ça, commenta froidement Tsubasa.

Je me détournai d'eux. Une solution m'était venue à l'esprit pour leur prouver ma situation. Elle ne me plaisait pas vraiment mais je n'avais pas le choix.

Je partis vers la cuisine, pièce attenante au salon, Ginga sur les talons. C'était une salle classique, comme on en voyait dans les publicités, avec un plan de travail et les ustensiles de base. J'avisai le présentoir à couteaux et choisis celui qui ressemblait le moins à une arme.

-Tu vas faire quoi? me demanda le rouquin avec inquiétude.

-Rien de grave, ne t'en fais pas.

Je pouvais bien rassurer la seule personne qui m'accordait sa confiance.

Je retournai nonchalamment dans le salon sans qu'il n'esquisse un geste pour m'arrêter. Les adolescents me lancèrent un regard angoissé. Je fus tenté de faire semblant de lancer le couteau sur eux, juste pour voir leurs réactions. J'avais d'autres priorités pour l'instant. Malheureusement.

Je fis glisser le couteau sur mon poignet, posai la lame sur ma peau et me figeai. Même si je me coupais et que je leur montrais que j'étais effectivement une machine, vu leur degré de déni, ils seraient parfaitement dire que je portais une prothèse et que je l'utilisais pour ma blague malsaine. Ils ne devaient pas pouvoir douter ne serait-ce qu'une seconde. Décidé, je leur tournai le dos, relevai mes cheveux et fis une entaille nette sur ma nuque. Ils hoquetèrent, poussèrent des exclamations, mais j'étais trop concentré pour y faire réellement attention. Ma blessure devait être maîtrisée au millimètre près, sinon, je n'aurais plus besoin de l'aide des scientifiques pour être désactivé. Ce serait bête d'avoir fait tout cela pour rien.

Quand j'eus fini, je laissai mon bras retomber le long de mon corps mais gardai les cheveux relevés pour qu'ils puissent voir ma coupure. Elle me dérangeait sans me faire souffrir. Tant mieux. Il ne manquerait plus que je ressente la douleur, maintenant.

-Vous me croyez, maintenant?

L'absence de réponse me poussa à me retourner. Madoka tanguait dangereusement, comme si elle était sur le point de s'évanouir. Tsubasa était exsangue. King et Masamune me fixaient avec des yeux écarquillés. Yû m'observait avec émerveillement. Et Ginga n'était nulle-part en vue.

Je laissais échapper un soupir.

Pourquoi tout était tellement plus compliqué que prévu? Je doutais que ce soit une bonne idée, finalement.

Fin du chapitre 13