Disclaimer: les personnages de MFB ne m'appartiennent pas.

Chapitre 14: Esquisse d'un plan

Plusieurs minutes passèrent. Et rien. Les adolescents ne parlaient pas, ne bougeaient pas. Ils n'avaient pas la moindre réaction. Ils se contentaient de me dévisager. C'était... affligeant. L'idée de leur demander leur aide était stupide. Totalement, incroyablement stupide. J'avais honte de l'avoir eu. Je mériterais presque d'être désactivé pour ça. J'allais devoir me débrouiller seul. En fait, c'est ce que j'aurais dû faire dès le début. Ça m'aurait éviter des complications inutiles.

-Tu ressembles pas à un robot pourtant, commenta Yû avec émerveillement.

Je jetai un coup d'œil à la seule personne qui réagissait. Yû s'était posté à côté de moi pour m'observer. Il jouait à appuyer le bout de son doigt sur ma main. Sûrement pour vérifier que je ressemblais vraiment à un être humain. Je soupirai. Son attitude ne m'avançait en rien. Je dégageai mon bras d'un geste pour qu'il arrête.

-Hé! protesta-t-il.

Je lui lançai un regard noir auquel il répondit par une moue boudeuse.

-T'es pas sympa, marmonna-t-il.

-Je me fiche de ton avis, répliquai-je.

S'il ne me donnait aucune idée pour me débarrasser des scientifiques, il ne me servait à rien.

Des bruits de pas précipités me tirèrent de mes réflexions. Ginga réapparut, des boîtes de pansement et des bandages dans les bras. Il s'arrêta près de moi, l'air interrogateur. Son attention était touchante mais inutile: seuls les scientifiques possédaient le matériel nécessaire à ma réparation. Au moins, il était encore capable d'agir, lui. Il pourrait peut-être m'aider. En tout cas, il serait toujours plus utile que ses amis désespérants. De toute façon, s'ils étaient aussi faciles à déstabiliser, ils seraient plus un handicap qu'autre chose.

Rester ici devenant inutile, je pris la main de Ginga et lui indiquai la porte d'un mouvement de tête.

-Tu viens?

Je le lâchai pour me diriger vers la porte. Ginga n'hésita pas: il laissa son fardeau tomber sur des coussins avant de m'emboîter le pas. Yû le suivit de près en sautillant, toute raison de bouder oubliée.

-Cool, on va où?

Sa question agit comme un électrochoc. Tous les adolescents quittèrent leur apathie et se mirent à parler simultanément, créant une véritable cacophonie. Persuadé qu'il n'en ressortirait rien d'intéressant, je ne pris même pas la peine d'isoler leurs conversations pour comprendre leurs paroles.

-STOP! hurla Madoka.

Le vacarme cessa avec autant de brutalité qu'il avait commencé. Madoka prit une profonde inspiration.

-Résumons, souffla-t-elle.

Je croyais qu'ils ne pourraient pas plus m'exaspérer mais je me trompais, apparemment. Nous n'avancerions jamais si je les laissais diriger les opérations.

-Partons, répétai-je en regardant Ginga.

Je m'éloignai d'un pas vif: je n'avais plus de temps à perdre.

-Attends!

Je me retournai, agacé. J'en avais fini avec eux. Que pouvaient-ils me vouloir encore?

-Comme... comme ce que tu as dit est vrai... on devrait réfléchir calmement au moyen de t'aider plutôt que de foncer dans le tas, peina à articuler Madoka.

J'en avais assez de rester sans rien faire. Je voulais bouger, agir. Malheureusement, elle avait raison. Sans plan pré-établi, j'étais certain de perdre.

Je ravalai mon agitation et retournai m'asseoir en face d'eux. Yû eut l'air encore plus déçu que moi de ma décision. Il se laissa tomber sur le canapé, à côté de Tsubasa, les joues gonflées. Ginga le prenait mieux, sûrement parce qu'il aimait tant travailler en groupe – surtout quand le groupe en question se composait de ses amis. Il repoussa le matériel médical dans un coin du fauteuil et s'assit. Les autres me fixaient avec un mélange de confusion et de curiosité, comme si des tas de questions brûlaient leurs lèvres sans qu'ils osent les poser. Il ne me manquait plus que ça. J'espérais sincèrement qu'ils ne m'assailliraient pas de questions maintenant. Jamais même. Mais, avec la chance que j'avais, ce n'était pas gagné. J'étais vraiment désespéré pour m'accrocher autant à l'idée de recevoir leur aide.

C'était pathétique.

-Je n'ai pas beaucoup de temps devant moi, répétai-je sèchement.

Madoka tressaillit. Preuve supplémentaire que mes actions ressemblaient plus à un acte désespéré qu'à un véritable plan. Comment pouvais-je espérer que ces adolescents m'aident face aux scientifiques? Ils n'étaient tout simplement pas de taille.

Ginga m'adressa un sourire encourageant qui me rappela qu'ils étaient les seuls alliés que j'avais en ce monde. Je me ratatinais sur mon siège, luttant contre mon envie de partir, plus par respect pour lui que par véritable conviction.

Ils engagèrent une conversation sur les différentes manières de m'aider. Enfin... Tsubasa et Madoka discutaient sérieusement pendant que Yû émettait des théories totalement farfelues qui déstabiliseraient à coup sûr les scientifiques. Seulement, c'était leur unique qualité. Les scientifiques comprendraient que j'étais défaillant et, par conséquent, ils me désactiveraient. Même si j'appartenais à présent au Professeur, Jonathan ne me laisserait pas partir avec la certitude que je gâcherais leur projet. Il avait trop à perdre pour prendre un tel risque.

Ginga se désintéressait de temps à autre de la discussion soit pour me sourire, soit pour s'inquiéter de ma coupure. Quant à moi, ma participation consistait seulement à commenter leurs idées. À expliquer comment les scientifiques les déjoueraient. L'ennui me gagna rapidement, ainsi qu'un certain fatalisme. Ils avaient trop de moyens à disposition pour qu'ils puissent les affronter. Pour que je puisse les affronter. Je secouai la tête. Je ne pouvais pas me montrer défaitiste maintenant. Je savais depuis le début que ce ne serait pas facile, sinon j'aurais réussi à fuir depuis longtemps. Je devais me battre jusqu'à la fin.

-Le meilleur moyen serait de détruire le laboratoire, soupira Tsubasa.

Je relevai la tête, surpris et intéressé.

-Comme ça, ils perdraient tous leurs moyens et ils auraient d'autres problèmes que la fuite de Kyoya, continua Madoka en opinant, songeuse.

-Tu en dis quoi? demanda Ginga.

Ses yeux miel étincelaient. C'était une excellente idée. La meilleure qu'ils aient donné jusqu'à présent. Elle avait beaucoup de lacunes, certes, mais nous pourrions les réparer avant la fin de la journée. Une nouvelle vague d'espoir me balaya. Vague qui s'essouffla rapidement. Pour réussir une telle entreprise, il faudrait que nous fûmes plusieurs. Or, j'étais le seul à pouvoir entrer dans le laboratoire, malheureusement.

-Alors? s'impatienta Ginga.

-C'est impossible, soupirai-je. Je ne pourrai pas échapper une seule seconde à leur surveillance quand je serai au laboratoire alors... je n'aurais rien le temps de faire.

-Il te faudrait une diversion, intervint Tsubasa.

Mes poings se serrèrent.

-Je n'aurai pas une seule seconde, répétai-je. Qu'est-ce qui est si difficile à comprendre dans ma phrase?

Mon agacement ne troubla pas Tsubasa qui restait plongé dans ses pensées, essayant de trouver une solution. Pourtant, mon irritation augmenta jusqu'à se transformer en colère. Je baissai la tête et fermai les paupières pour essayer de me calmer. M'énerver s'avérerait totalement contre-productif. Ça me ralentirait même. Alors que leurs idées, même les plus ratées, pouvaient toutes me faire avancer. Ne serait-ce qu'en me faisant prendre conscience de points auxquels je n'aurais pas pensé.

-Le mieux, ce serait que tu aies une aide dans le laboratoire, ajouta Madoka.

-Tu penses que je vous aurais embêté avec ça si j'y avais des alliés?

-Est-ce que l'un de nous pourrait t'y accompagner?

-Quoi? m'étonnai-je.

Ginga posa une main sur mon épaule. Je me tournai vers lui. Il donnait l'impression de briller tant l'enthousiasme émanait de lui.

-Ce serait possible? demanda-t-il. Tu voudrais que je t'accompagne?

Je le dévisageai. Il était sincère, je le sentais. Se rendait-il compte de ce qu'il proposait? Des dangers qu'il encourait s'il me suivait là-bas? Je leur avais tout bien expliqué, dans les moindres détails, dès le départ. Donc il connaissait les risques. Mais il était prêt à les courir pour aider une personne qu'il connaissait à peine. Une personne... qui n'en était même pas réellement une si on y réfléchissait trop longtemps.

-Non.

Ginga se replia sur lui-même, déçu.

-Oh. Tu préférerais l'aide de Tsubasa?

Je secouai la tête. Quitte à devoir rester en compagne de quelqu'un, je préférerais que ce soit Ginga: il continuait de me considérer de la même façon qu'avant. Seulement, ce n'était pas ça le problème.

-Non... Le laboratoire est trop bien surveillé pour que quelqu'un puisse s'y introduire.

-On doit trouver une autre idée pour la diversion, déclara Tsubasa. Quelque chose que tu pourrais faire sans attirer l'attention.

Ce n'était pas gagné. Les scientifiques ne me quitteraient pas des yeux. J'avais eu de la chance, la dernière fois, quand j'avais pu explorer le laboratoire. Seulement grâce à la présence du Professeur qui les avait complètement chamboulé.

-Kyoya? Tu écoutes?

Je relevai la tête, tiré de mes pensées. Mon attention se porta sur Madoka qui me dévisageait avec un air désapprobateur.

-Quoi? me hérissai-je.

-On veut t'aider: pas la peine de t'énerver contre nous.

Son conseil m'énerva. La colère que j'avais essayé d'étouffer s'empara de nouveau de moi. Avant de me rendre compte de ce que je faisais, je me retrouvai debout.

-Ne me dis pas ce que je dois faire! J'en ai assez de recevoir des ordres!

Les appareils électriques et les lumières se mirent à clignoter, donnant à la scène un aspect étrange. Ils éclairaient d'un même rythme qui me déstabilisa tant que je me tus. Que se passait-il?

-Arrête ça, m'ordonna Tsubasa.

Les adolescents me fixaient, visiblement du même avis que Tsubasa. Comment pourrai-je être à l'origine de cet étrange phénomène? Je les aurais prévenu si j'avais une capacité pareille. Je ne leur avais rien caché.

-Je n'ai rien fait, protestai-je.

Mais ça ne les convainquit pas. Ils ne me faisaient pas confiance. Voilà ce que cette situation me prouvait.

Sous le coup de la colère, je quittai le salon à grands pas. J'arrivai rapidement dans l'entrée où j'ouvris la porte et franchis le seuil de la maison. Une fois dehors, un vaste espace s'offrit à mon regard. Les maisons entourées de jardins et de basses clôtures étaient espacées. Ici, je n'avais pas cette impression d'enfermement qui ne me quittait jamais, et qui s'accentuait lorsque je me trouvais dans le laboratoire avec son labyrinthe de couloirs et ses portes innombrables. En plus, le quartier semblait désert. Parfait. J'avais besoin d'un peu de solitude.

Des pas légers résonnèrent derrière moi puis s'arrêtèrent.

-Kyoya?

Entendant la voix de Ginga, je me retournai. L'inquiétude brillait dans son regard. C'était une personne tellement sincère... On pouvait clairement lire chacune de ses émotions sur son visage. Il était bien loin de ce à quoi les scientifiques m'avait habitué.

-Tu vas bien?

-Je n'aurais pas dû vous mêler à ça.

Peut-être que ça aurait été plus simple si je m'étais contenté de me débrouiller seul.

-Ne dis pas n'importe quoi. On est amis: ça veut dire qu'on peut compter les uns sur les autres et qu'on s'entraide.

Son habituel sourire était réapparu.

-On va finir par trouver une solution. Tu viens?

Ginga fit quelques pas dans sa maison puis s'arrêta. J'hésitai un instant avant de me laisser convaincre et de le suivre. Nous retournâmes dans le salon, où aucun des adolescents n'avait bougé, comme si rien était arrivé. Les appareils électriques, eux aussi, avaient replongé dans leur habituelle quiétude. Un lourd silence planait sur la salle, qui me donnait envie de faire demi-tour. Ginga ne semblait pas influencé par l'ambiance: il avança à grands pas et se laissa tomber sur son précédent siège. Je fis de même, plus mal à l'aise à cause des regards fixés sur moi.

-Depuis quand tu sais faire ça? me demanda calmement Tsubasa.

-Je... Ce n'était pas moi.

Je le saurais, si j'avais de telles capacités.

-Pourquoi ça s'est arrêté quand tu es sorti alors?

Cette fois, je ne sus que répondre. La coïncidence était, certes, étrange mais de là à dire que j'étais à l'origine de ces aléas électriques... Quoique ça pourrait expliquer pas mal de choses. Par exemple, comment j'avais trouvé et rejoint 302, ainsi que la raison pour lesquelles les portes du laboratoire ne m'avaient pas ralenti. Ou encore, ce qui s'était passé aujourd'hui, à plusieurs reprises.

-C'est la deuxième fois que tu te mets en colère et que les machines réagissent, expliqua Madoka, rejoignant mes réflexions.

-Ce n'était pas prévu, marmonnai-je, surtout pour moi-même.

Un éclat d'intérêt brilla dans le regard de Tsubasa.

-Tu veux dire que les scientifiques ne savent pas que tu as ce... talent?

Je secouai la tête. Moi-même, je n'en avais aucune idée quelques minutes plus tôt.

-Il pourra t'être utile et te servir de diversion. En fait, tu n'auras même plus besoin de diversion: tu pourras rester avec eux tout en détruisant leurs données et, quand ils se rendront compte de ce qui se passe, ils seront tellement perturbés que tu pourras en profiter pour t'enfuir.

Le plan finissait par prendre forme. Un plan efficace qui pourrait réellement fonctionner. Je n'y croyais plus. Finalement, venir leur demander leur aide n'avait pas été une si mauvaise idée. Sans cela, je n'aurais jamais découvert mon nouveau talent ni trouvé un projet aussi bien défini. Je me voyais déjà, fuyant les scientifiques après leur avoir porté ce coup fatal et être enfin libre.

-Est-ce que tu le contrôles? demanda Madoka.

Mon visage se décomposa alors que je retombais immédiatement sur terre. Mon enthousiasme s'essouffla aussi vite qu'il était apparu. Il faudrait que je maîtrise totalement cette aptitude si je voulais que notre plan fonctionne. Avant demain. Alors que n'était même pas censé pouvoir contrôler les machines à distance. Je ne savais même pas comment c'était possible.

Tout se compliquait à nouveau. Mais, au moins, maintenant, la situation ne semblait plus aussi inextricable qu'avant.

-Pas encore, tempéra Tsubasa en me regardant. C'est pour ça qu'il y a eu ces incidents.

J'opinai bien qu'il ne s'agissait pas d'une question puis me levai.

-Tu fais quoi? s'étonna Yû.

-Je pars m'entraîner.

Il ne me restait plus grand chose à réaliser avant de pouvoir enfin toucher mon rêve de liberté. Je n'avais plus un instant à perdre. Je n'avais plus que quelques heures devant moi pour apprendre à maîtriser cette capacité. Mais ce serait suffisant. J'y arriverai. Tout sera parfait quand Jonathan viendra me chercher.

-Mais...

-Merci pour votre aide, le coupai-je.

Je ne comptais pas passer plus de temps à discuter avec eux, même si ça n'avait pas été une perte de temps et d'énergie de venir les voir. Je ne voulais pas les laisser me couper dans mon élan. Décidé, je partis sans leur laisser le temps de réagir. Je sortis à grands pas de la maison, libre de mes mouvements pour la première fois depuis longtemps. Je savourais cet instant quelques secondes puis me remis en marche. Derrière moi, la porte s'ouvrit.

-Hé! m'interpella Ginga.

Je me retournai. Le rouquin descendit les marches du perron et s'approcha de moi.

-Tu auras encore besoin d'aide, me déclara-t-il. Tant que je pourrai t'aider, je resterai avec toi, d'accord?

Que pouvais-je répondre à ça? Je hochai simplement la tête, pour lui signifier qu'il pouvait me suivre s'il le souhaitait. Un peu de compagnie ne me gênerait pas, contrairement au groupe entier, dans l'entreprise dans laquelle je m'engageais. Peut-être même qu'il serait réellement capable de m'aider.

Nous partîmes donc tous les deux. Je m'étonnai que ses amis ne nous aient pas suivi mais je ne posai aucune question. Ça ne m'intéressait pas spécialement.

Nous marchâmes tranquillement, comme si nous nous promenions simplement, même si j'aurais préféré courir. Il fallait que les scientifiques ou leurs envoyés ne se doutent de rien s'ils nous voyaient. Ils devaient seulement croire que je faisais ce que nous avions prévu: à savoir, dire au revoir aux personnes auxquelles je m'étais liées dans la ville.

Nous avançâmes ainsi jusqu'à mon immeuble puis allâmes vers mon appartement. Alors que j'arrivais devant ma porte, je me rendis compte que Ginga ne me suivait plus. Je fis demi-tour sur le palier et me penchai pour voir les étages inférieurs. Ginga se tenait sur les escaliers, regardant derrière lui au lieu de continuer à monter.

-Salut Nile, lança-t-il joyeusement.

-Qu'est-ce que tu fais ici? s'étonna mon voisin.

-Je vais chez Kyoya.

Il n'y eut pas de réponse, à part si on pouvait considérer le silence surpris de Nile comme tel. Ne m'en préoccupant pas davantage, je retournai jusqu'à la porte et entrai dans mon appartement. Je laissai la porte ouverte pour que Ginga puisse me suivre s'il le désirait. Je regardais tout autour de moi en m'enfonçant dans l'appartement, me demandant comment m'y prendre pour m'exercer. Je ne connaissais même pas l'origine de ce pouvoir. À moins que... Je ne l'avais pas avant que les scientifiques ne m'opèrent pour changer ma manière de récupérer de l'énergie. Ils l'avaient sûrement fait accidentellement – tout comme me doter d'une conscience – mais je les remercierai presque pour cela.

Presque.

Je me concentrai de nouveau sur mes pouvoirs. Les machines réagissaient à mes accès de colère. Sauf que je ne pouvais pas m'énerver en présence des scientifiques. Ils se rendraient compte que quelque chose clochait avec moi et risqueraient de faire le lien entre les deux événements.

Je repensais à ce qu'ils avaient dit ce jour-là. En m'améliorant, ils avaient dit que je pourrais me recharger juste en étant à proximité de sources électriques. Ça fonctionnait sûrement sur le même modèle. J'envoyais de l'énergie aux machines et celles-ci s'allumaient, devenant incontrôlables pour leurs propriétaires. Peut-être que je pourrais suffisamment progresser pour pouvoir contrôler les machines à distance.

Cette idée me donnait encore plus d'espoir quant à la suite.

Je secouai la tête, m'obligeant à me calmer. Avant de me laisser submerger par l'enthousiasme et de croire la victoire déjà atteinte, je devais trouver la manière de maîtriser ce pouvoir. Sinon, tout ce que j'avais fait jusqu'à présent ne servirait à rien.

J'entendis la porte se fermer. Ginga vint me rejoindre dans le salon.

-Nile te passe le bonjour, dit-il avant de s'installer dans un coin.

J'opinai distraitement, mon attention focalisée sur ce que je devais faire. J'essayai d'allumer la lumière, sans succès. En même temps, je ne savais pas trop quoi faire – tout ce que j'avais noté de différent dans ces moments était ma colère. Alors je me contentais de penser au résultat. De me focaliser entièrement dessus. Ça ne fonctionna pas. Je réessayai. Toujours rien. Je commençai à m'agacer. Sans ce don, le plan entier s'écroulait et je n'avais pas le temps d'en chercher un autre.

Évidemment, la lumière – et les autres appareils – se mirent en marche. Ça ne m'avançait à rien.

-Tu progresses, commenta Ginga, toujours aussi optimiste.

-Pas vraiment, répliquai-je.

De nouvelles tentatives et de nouveaux échecs s'ensuivirent. Et, à chaque fois, ma frustration augmentait un peu plus. Je ne comprenais pas ce que je faisais de travers.

L'ampoule explosa, nous faisant sursauter. Quelques éclats de verre tintèrent contre le sol tandis que je me figeais. J'avais trouvé. J'avais enfin trouvé. Il me faudrait un autre essai pour en être certain mais l'espoir recommença à m'envahir. J'étais si près du but.

Ginga m'aida à déblayer les morceaux de verre jonchant le sol et à retirer le reste de l'ampoule. J'allai en chercher une nouvelle pour la remplacer. À peine avais-je terminé que je me remis au travail. Cette fois, je réussis à l'allumer sans la faire exploser. Un sourire victorieux vint flotter sur mes lèvres.

-Ça y est? demanda Ginga.

J'opinai. Ma joie se refléta immédiatement sur son visage, en plus intense et lumineux. À croire que la nouvelle le concernait directement. J'écoutais ses félicitations avec un léger sourire puis, quand il eut terminé, je le raccompagnai jusqu'en bas de l'immeuble. Nous nous arrêtâmes à quelques mètres de l'entrée.

-Tu es sûr que tu n'auras pas besoin d'aide? me demanda-t-il sur le palier.

-Non. Il ne me reste plus qu'à faire mes valises et tout sera prêt.

-D'accord.

Son regard se posa un instant derrière moi et devint songeur. Je suivis son regard, intrigué, et vit Nile entrer dans l'immeuble.

-Tu devrais lui dire non? Après tout, c'est le premier ami que tu t'es fait ici.

-Ce n'est pas une bonne idée. Je vous ai averti parce que j'avais besoin d'aide. Je ne tiens pas me faire une autre coupure sur le cou.

Car j'étais certain qu'il serait tout aussi difficile à convaincre que les amis de Ginga. Je n'avais plus de temps à perdre avec ce genre de futilités. Je devais rester entièrement concentré sur le plan.

-Pas faux, murmura Ginga, un brin gêné.

Nous restâmes silencieux puis il me sourit.

-N'hésite pas à m'appeler si je peux autre chose pour toi.

-Je ne pense pas que tu puisses m'aider plus.

Je lui avais déjà fait prendre beaucoup de risques qu'il avait accepté sans hésitation. À part en m'accompagnant dans le laboratoire, il ne pourrait rien faire de plus.

-Peut-être.

Mais il ne semblait pas convaincu: son sourire restait gravé sur son visage. Il partit, finalement. En s'éloignant, il me fit au-revoir de la main.

-À bientôt.

Je ne protestai pas, même si j'étais certain qu'on ne se reverrait plus. Après avoir détruit le laboratoire, je partirai loin. Je ne prendrai pas le temps de m'arrêter pour les voir ou leur parler. Ce serait idiot. Je risquerai beaucoup en restant aux abords du laboratoire, dans des lieux que les scientifiques savaient que j'avais fréquenté.

Pourtant, je me contentai de répondre à son geste. Cela suffit à Ginga dont le sourire s'élargit. Il fit demi-tour et s'éloigna. J'attendis qu'il disparaisse de ma vue avant de retourner dans l'immeuble. En passant devant la porte de Nile, j'hésitai puis repris ma route. Comme je l'avais expliqué à Ginga, ça ne servirait à rien de lui parler de la situation. Surtout que je partirai bientôt.

Je retournai dans mon appartement où je m'affairai. Comme j'avais promis aux scientifiques, je préparai mes valises pour donner l'illusion d'un véritable déménagement. Ensuite, comme il me restait encore quelques heures, j'en profitai pour m'entraîner. Quand il fut l'heure de partir, j'étais capable de donner des ordres simples aux machines. Ce serait amplement suffisant.

Satisfait, je récupérai mes valises et sortit une dernière fois de mon appartement. Je verrouillai la porte puis descendis lentement les escaliers. Je ne montrai aucun signe d'empressement. Ce serait me trahir. Je quittai l'immeuble sans me retourner et me postai sur le trottoir, les valises posées par terre, et j'attendis. Toujours aussi ponctuel, Jonathan ne tarda pas à arriver. Il se gara sur le bas-côté puis sortit de la voiture pour m'aider à porter les valises. Je le dévisageai un instant, peu habitué à le voir en tenue de ville.

-Salut, lançai-je avec une fausse légèreté.

-Bonjour, répondit-il simplement.

Nous rangeâmes mes valises dans le coffre puis nous nous assîmes à l'avant de la voiture. À peine les portes furent-elles fermées que Jonathan demanda:

-Il y a eu des problèmes?

-Tout s'est passé comme prévu, répondis-je honnêtement.

Il me toisa près d'une minute mais, comme je n'ajoutai rien, mit la voiture en marche à contrecœur. Il se méfiait toujours autant de moi et de ma capacité à faire échouer le projet H.A. Mais, pas assez, puisque, dans quelques heures, je célébrerai ma victoire sur les scientifiques.

Fin du chapitre 14