Cela faisait un bon mois que Lily et James avaient conclu leur contrat, et tout se déroulait comme prévu. Leur jeu du moment était d'utiliser la pièce à la minute précise où ils étaient sûrs que l'autre n'était pas disponible, et ce jour là fut un parfait exemple de ce qui leur arrivait presque tous les autres jours de la semaine.

« Aie ! S'exclama Lily en plaquant la main contre sa poche.
_ Tout va bien Mlle Evans ? S'inquièta McGonagall. »

La jeune femme acquiesça, rouge de honte, en sortant discrètement la pièce écarlate et incandescente de son jean. Elle avait fini sa journée, mais elle était coincée là, dans la salle de classe de métamorphose avec le professeur McGonagall, pour superviser la retenue de James. Il avait changé un verre à pied en limace et l'avait fait s'écraser violemment sur le nez de Rogue. Maintenant, il se retrouvait à quelques mètres d'elle, le visage sur sa copie, mais elle pouvait le voir sourire, et sous la table, elle devinait qu'il serrait son gallion. Elle manqua de faire tomber le sien, et elle l'entendit étouffer un rire qui échappa aux oreilles de McGonagall.

« J'ai rendez-vous avec le professeur Dumbledore dans cinq minutes Mlle Evans. Je vous fais confiance pour surveiller Potter. Ne vous laissez pas embobiner, je reviens dans une demie heure et je m'assurerai qu'il a terminé tout ce qu'il avait à faire. »

A peine avait-elle claqué la porte que James avait relevé le nez de sa copie et s'était redressé pour regarder Lily, l'air amusé.

« Ici ? Vraiment ? Lui demanda-t-elle en regardant tout autour d'eux. »

La salle de classe était vaste, et les murs de pierre étaient à peine visibles derrière l'immense bibliothèque qui partait d'un côté de la porte d'entrée, pour rejoindre l'autre côté. La seule interruption était due à l'estrade du professeur McGonagall sur lequel se trouvait son bureau en chêne massif. Des parchemins y étaient dispersés, il s'agissait probablement des devoirs des premières années. Elle les corrigeait toujours pendant les retenues.

« Ici, répondit-il en appuyant son index sur son bureau en bois. »

Lily ouvrit la bouche, un tantinet méfiante. Si il y avait bien un endroit où elle ne voulait pas se faire surprendre, c'était ici. Elle aurait l'air fine si McGonagall entrait au moment crucial. Ils se feraient probablement tous les deux renvoyer. Mais elle devait admettre qu'elle avait le goût du risque. Elle se leva, contourna sa propre table, et s'avança vers celle de James.

« Tu savais qu'elle avait un rendez-vous ? Lui demanda Lily. »

Il hocha simplement la tête, ses doigts tapotant sa copie presque totalement complétée. Elle comprenait maintenant pourquoi il s'était dépêché et qu'il n'en avait pas relevé la tête avant que McGonagall ne sorte. Il se leva et enveloppa Lily de ses bras. Ce genre de moment était rare. Il n'y avait pas souvent de la tendresse entre eux, car il n'y avait pas de sentiments, mais bizarrement, elle se sentit reconnaissante de cette étreinte. Elle cala sa tête dans le creux de son cou, et elle sentit son parfum se mélanger au sien. C'était fort. Elle réalisa à ce moment là que son odeur lui avait manqué toute la journée. A chaque fois qu'ils avaient eu un cours en commun, elle avait passé son temps à le regarder, mais lui, il ne faisait jamais de même. Il l'ignorait superbement, comme ils avaient convenus de faire. Elle sentit ses mains glisser doucement le long de son corps et s'arrêter derrière son genou pour la soulever, et la reposer sur son bureau. Elle noua ses jambes autour de sa taille alors qu'il effleurait son cou de sa bouche. Ce contact la rendait folle. Ils étaient devenus si familiers... Ils se connaissaient par cœur, c'en était parfois déroutant. Elle se demandait parfois si James se rendait vraiment compte de ce qu'il se passait entre eux quand ils se touchaient. Elle avait entendu dire un jour qu'un corps humain pouvait prendre feu spontanément, et c'était ce à quoi leurs rapports ressemblaient. A une combustion.

Elle remonta son jean, et ramena le tas de cendres qui lui servait à présent de corps jusqu'à sa chaise. Lorsque McGonagall pénétra dans la pièce quelques minutes plus tard, la jeune femme rousse ne put s'empêcher de rougir violemment, et de se sentir un peu honteuse. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle avait fait ça ici... Sur le bureau de James... Bon sang il l'avait vraiment changé. Et pas forcément en bien, mais au moins, maintenant, elle vivait. Elle avait compris qu'il ne fallait pas qu'elle se contente de respirer, il fallait qu'elle ait le souffle coupé. James le lui avait expliqué un jour. Elle n'avait pas tout à fait saisi sur le coup, mais maintenant, c'était clair comme de l'eau de roche. Il lui coupait le souffle. Elle risqua un regard vers lui, imperturbable, comme d'habitude. Il contrôlait tout. Aucune émotion ne passait sur son visage s'il ne désirait pas la montrer, et Lily avait du mal à s'y faire parfois.

« Très bien Mr Potter, vous avez rempli votre part du contrat, vous pouvez y aller, lui dit McGonagall en prenant sa copie.
_ J'ai fait de mon mieux, répondit-il en jetant un regard lourd de sous entendus à Lily. »

Elle se contenta d'un sourire à peine visible, et le regarda partir à contre cœur. Il y avait des jours où elle avait envie de le retenir, elle devait bien se l'avouer, mais cela ne faisait pas partie des règles. Ils avaient leur vie chacun de leur côté, et elles s'entrecroisaient une fois de temps en temps, mais cela s'arrêtait là. Elle quitta la salle de classe à son tour, fit pivoter le portrait de la Grosse Dame, et s'enfouit dans son lit. C'était l'un de ces soirs où elle avait des doutes. Elle s'en voulait. Elle ne savait pas ce qu'elle faisait de sa vie, elle ne se comprenait plus, parfois. Et ce qu'elle avait avec James, ou plutôt ce qu'elle n'avait pas avec James, renforçait ses doutes. Ils ne communiquaient jamais autrement qu'au travers de leur corps. C'était troublant. Mais ce qui l'était d'avantage et ce qui la frappa justement cette nuit là, était qu'elle se demandait si cela lui suffisait. Elle émergea difficilement le lendemain matin, et elle remercia intérieurement Alice de lui avoir fait penser à mettre son réveil. Elle prit sa douche et descendit dans la Grande Salle. Le petit déjeuner était servit, mais elle hésita un instant à aller s'installer lorsqu'elle vit que les maraudeurs avaient encerclé Alice. Elle pris une profonde inspiration pour se donner du courage, et parvint à se faire une place en face de sa meilleure amie.

« Salut Evans ! Lui lancèrent en choeur les maraudeurs.
_ Bonjour, répondit-elle l'air las en se frottant les yeux.
_ Bah alors, on ne dort pas la nuit ?
_ Cette nuit, très peu à vrai dire, Alice. »

Elle avala d'une traite son verre de jus de citrouille avant de remarquer qu'ils se jetaient tous des regards complices. Tous, sauf James, qui avait l'air de ne prêter intérêt qu'à lui même.

« Ouuuh Lily Evans ne se serait-elle pas trouvé un petit amoureux ? Lança Sirius, moqueur. »

Elle avala sa gorgée de travers et manqua d'en recracher l'intégralité.

« Parfois Black, tu es tellement con que tu concurrencerais presque ton meilleur ami, répondit-elle simplement.
_ Merci Evans, tu es un rayon de soleil, ironisa James. »

Elle posa son regard noir sur lui, et ce fut comme s'il n'y avait plus personne. Il faisait doucement rouler son gallion entre ses doigts, comme pour la narguer, et l'expression de son visage était figée. Ses yeux glissèrent sur sa bouche, et puis elle les ferma, et se barricada dans sa tête. Elle avait de plus en plus de mal à rester discrète, et elle se maudissait de ne pas pouvoir se contrôler comme il le faisait. Lorsqu'ils arrivèrent dans la classe de métamorphose, en fin de journée, elle regretta à nouveau de ne pas être aussi forte que lui, assis quelques mètres devant elle. Elle se rendit compte qu'il savait qu'elle le regardait lorsqu'elle vit le bout de ses doigts glisser sur le coin de sa table. Les souvenirs de la veille ressurgirent en pagaille dans sa tête. Ses mains lui manquaient déjà. Elle serra instinctivement la pièce qu'elle tenait dans sa main sans trop s'en être aperçu, et il se retourna vers elle. Puis il se cala au fond de sa chaise, et leva la main.

« Que vous arrive-t-il Potter ? Lui demanda le professeur McGonagall.
_ Je ne me sens pas très bien. J'ai percuté un souaffle à l'entraînement de quidditch mercredi et je crois que...
_ Bon, très bien. Evans, accompagnez le à l'infirmerie, le coupa-t-elle. »

La jeune femme acquiesça, légèrement admirative. Il trouvait toujours l'excuse adéquat. Mais elle soupçonnait également McGonagall d'avoir saisi l'occasion de se débarrasser de lui.

« Elle ne peut plus te supporter, commenta Lily alors qu'ils sortaient de la salle.
_ Oh je sais, et tant mieux, c'est beaucoup plus simple comme ça.
_ Je ne sais pas comment tu fais pour trouver toujours un mensonge à lui sortir.
_ Ça, c'est le talent, Evans, répondit-il en souriant.
_ Qu'est ce que tu te la joues ! Lui fit-elle remarquer.
_ Et qu'est-ce que tu es chiante. Tu m'as collé deux fois cette semaine, et crois moi j'attendais d'avoir l'occasion de t'en parler, si seulement tu ne me sautais pas dessus à chaque fois que...
_ JE te saute dessus ? Non mais tu rigoles là ? S'exclama-t-elle.
_ Sérieusement ! A chaque fois que je fais un truc je vois ma pièce passer au rouge !
_ Tu te fous de moi là. Hier ce n'est pas moi qui...
_ Hier, c'était comme si tu faisais exprès de m'allumer.
_ Alors là je suis curieuse de savoir ce que j'ai fait pour t'allumer James, parce que je ne vois franchement pas ! »

Il s'arrêta net pour l'attirer à l'écart du passage. A Poudlard, les murs avaient des oreilles.

« Lily je crois que des fois tu ne te rends pas compte à quel point tu es belle. Et moi, quand je suis dans la même pièce que toi, je ne vois que ça. »

Elle sentit les braises au fond d'elle se rallumer. James Potter venait de lui dire qu'il la trouvait belle. Crise cardiaque.

« Tu as une de ces façons de me regarder des fois, je te jure ! Ça me fout complètement hors de contrôle, continua-t-il. »

Elle frissonna, mais elle n'avait pas froid. Pour se donner une contenance, elle se frictionna les bras. Elle n'avait pas envie qu'il se rende compte que ses mots étaient une caresse à son oreille. Elle n'avait pas envie de le réaliser elle-même.

« Est-ce que nous allons parler de mes retenues, ou est-ce que tu vas encore me regarder comme si tu voulais me bouffer ? Reprit-il en passant négligemment une main dans ses cheveux. »

Qu'est ce qu'elle n'aurait pas donné pour être sa main. Elle se mordit la lèvre, laissa ses yeux vagabonder sur son visage, puis elle les ferma, pris une profonde inspiration, et se barricada dans sa tête, encore. Il n'y avait que de cette manière qu'elle pouvait se calmer, et les rouvrir en toute tranquillité. Elle n'allait pas lui sauter dessus.

« Tu fais des conneries, je te colle, c'est le principe, lui expliqua-t-elle.
_ Mais deux dans la même semaine, franchement Lily...
_ Tu veux que je fasse quoi ? « Cher Professeur Dumbledore, James Potter ne sera plus convoqué en retenue à présent parce que je couche avec lui, très cordialement, Mlle Evans », plaisanta-t-elle.
_ Voilà, c'est parfait, ça ! Je suis sûr qu'il comprendra !S'exclama-t-il sur le même ton. »

Elle éclata de rire. Elle n'avait pas vraiment envie de se demander si Dumbledore se montrerait compréhensif ou non.

« Sérieusement James, je ne comprends pas. Tu as des notes incroyables dans presque toutes les matières, et tu es intelligent. Pourquoi est-ce que tu ressens tant le besoin de raccourcir les uniformes des Serpentards ou de balancer des limaces à la tête de Severus ?
_ Ça, c'est le bonus, Evans.
_ Le bonus ? Mais tu te fais prendre et tu te retrouves en retenue avec moi à chaque fois !
_ Ça, c'est le bonus du bonus, répliqua-t-il en lui lançant un clin d'oeil. »

Elle haussa les sourcils. Elle ne comprenait plus rien. Est-ce qu'il voulait qu'elle arrête de lui mettre des retenues, ou est-ce qu'il trouvait cela plaisant de se retrouver presque seul dans la même pièce qu'elle, à recopier des lignes qu'il ne retenait probablement même pas, et dont il se fichait éperdument.

« Et puis merde. Colle moi tous les jours de la semaine si cela te chante Evans. Si je peux passer mon heure à te regarder, je m'en fous. »

Ses yeux trouvèrent les siens. Noirs, brûlants, infernaux. Et merde : Combustion.