« C'est bon Lily, ça va ! Ça fait une semaine maintenant, arrête de te torturer avec ça ! Ce n'est pas de ta faute, combien de fois va-t-il falloir que je te le répète ?
_ Je sais Alice mais...
_ Je me suis retrouvée devant un mangemort qui voulait t'attraper toi, et par chance, tu étais avec James Potter. Si c'était à refaire, je referais mille fois la même chose.
_ Oui mais...
_ Il m'a stupefixé c'est tout Lily ! J'admets que je suis encore un peu sous le choc, mais McGonagall est arrivée à temps et elle a tout de suite appelé une brigade d'aurors, tu l'as vu de toi même, tout s'est bien terminé, et ils ont capturé le type !
_ Je voulais juste être là pour te protéger, pour une fois...
_ C'est toi qui a besoin d'être protégée Lily et je crois que Potter voudrait bien postuler pour le job... La taquina Alice.
_ Arrête de dire des conneries Alice, tu as sérieusement dû te cogner en tombant ! Riposta Lily en secouant la tête de gauche à droite. »

Bras dessus, bras dessous, elles gravirent les marches des tribunes du stade de Quidditch pour s'installer près des supporters de Gryffondors dont les rugissements retentissaient déjà dans l'immense arène. A l'opposé, les Serdaigles agitaient leur fanion en hurlant des mots que Lily n'arrivait pas à comprendre. Une fois le coup d'envoi du match donné, elle pu voir James serrer la main du capitaine de l'équipe adverse avant de s'envoler gracieusement sur son balai. Il était poursuiveur. Et un sacré bon joueur, d'ailleurs. Probablement le meilleur des quatre maisons confondues, et cela rendait ses adversaires fous de rage. En face de lui, devant les buts, se trouvait Mike Davidson. Il n'était pas mauvais non plus, il fallait l'admettre, mais il souffrait d'une mauvaise réputation qui était largement justifiée par ses sautes d'humeur constantes et sa fâcheuse tendance à hurler sur ses coéquipiers.

« Potter attrape le souafle, il passe à Black, et Black marque ! S'écria le commentateur. »

Une vague d'applaudissement retentit dans les tribunes de Gryffondor, et s'en suivit une deuxième, puis une troisième... Les Serdaigles avaient du mal à remonter au score, et Mike Davidson commençait à hurler des choses que personne à part lui ne pouvait entendre. Puis Lily vit James se stopper net.

« Potter s'arrête. Qu'est-ce qu'il nous prépare encore ? Il s'avance vers Judith Everett, la batteuse de son équipe, qu'est ce qu'il lui dit ? Oh attention un Cognard ! »

James et Everett baissèrent la tête simultanément, évitant l'énorme balle.

« Je rêve, Potter vient de prendre la batte des mains d'Everett ! Il se dirige droit sur un cognard ! »

Tout le monde retint son souffle et il y eût une vague de protestations dans la tribune des Serdaigles, mais l'arbitre ne siffla pas.

« Qu'est-ce qu'il fout ? Demanda Lily. »

Pour seule réponse, Alice haussa les épaules. Elle n'en avait pas la moindre idée, tout comme le reste des spectateurs.

« James Potter frappe le cognard, et VLAN ! Davidson l'a pris en pleine poire ! Y'a pas à dire, Potter est un sacré joueur ! Hé ! Hé mais attendez ! Teddy Hornet en a profité pour attraper le vif d'or ! Gryffondor gagne ! S'écria le commentateur en même temps que l'arbitre sifflait. »

Les joueurs redescendirent tous, et McGonagall fit signe à Lily de l'accompagner en bas. Il allait y avoir du grabuge. Davidson avait balancé rageusement son balai sur la pelouse et il se tenait la mâchoire l'air furieux. Il s'avança d'un pas rapide vers James qui le défiait du regard.

« Qu'est-ce qui t'as pris Potter ?! Tu es malade ou quoi ?! Lui hurla-t-il. »

James se rapprocha également de lui en le toisant, et il l'agrippa par le col de sa tenue de quidditch alors que leurs équipes respectives s'apprêtaient à intervenir.

« Je te jure que si tu touches encore à un seul de ses cheveux, ou si tu oses ne serait-ce que poser les yeux sur elle, je reprendrai cette batte et je ne me retiendrais pas cette fois ! Lui dit-il à voix basse pour être sûr qu'il soit le seul à l'entendre. »

Cependant, Lily qui venait d'arriver à leur niveau n'en manqua pas une miette. Elle n'arrivait pas à croire qu'il avait flanqué une grosse correction à Davidson à cause d'elle. Pour elle. Elle jeta un coup d'oeil à McGonagall. Elle était furieuse, il allait avoir de sacrés ennuis.

« De qui tu parles, Potter ? Fit Mike en serrant les dents.
_ Tu sais de qui je parle, répondit simplement James en faisant un signe de la tête vers Lily. »

McGonagall s'interposa entre les deux jeunes hommes et attrapa Davidson pour l'emmener à l'infirmerie après avoir fait signe à Lily de s'occuper du cas Potter. Le professeur de métamorphose avait toute confiance envers la jeune femme, et cela se vérifiait encore cette fois-ci.

« Allez ça suffit, dit Lily en mettant ses deux mains sur le torse de James et en le poussant doucement. »

Il se laissa faire mais garda les yeux rivés sur Davidson, comme pour s'assurer qu'il avait bien compris qu'il n'avait pas lancé des menaces en l'air. Elle referma la porte du vestiaire des Gryffondors derrière elle, et lui hurla dessus pendant plusieurs minutes.

« Bordel James tu te rends compte que tu vas te faire suspendre ou quoi ? Qu'est-ce qui t'es passé par la tête ? Que tu prennes la batte de Judith pour renvoyer un cognard passe encore, que tu l'utilises pour démolir Mike en faisant passer ça sur le compte du jeu, c'était plutôt intelligent, mais que tu le choppes à la fin du match, quand l'arbitre a sifflé, pour le menacer, ça c'était sacrément stupide !
_ Vas-y Lily, suspends moi, je m'en fous, répondit-il le plus calmement du monde.
_ Je ne le ferai pas, je vais me contenter de te coller des retenues sur toute la semaine, mais je ne peux pas promettre que McGonagall sera aussi clémente. »

Elle n'avait pas cessé de tourner en rond comme un lion en cage, les poings serrés, et quand elle s'arrêta finalement elle se rendit compte qu'il était complètement détendu. Cela la dépassait.

« Qu'on soit d'accord James, j'ai envie de t'étrangler en ce moment précis. Tu as quasiment avoué à ce salaud ce qu'il se passe entre nous, tu t'en rends compte ou pas ? S'il l'ouvre, ce qui est fort probable, tout Poudlard va nous avoir dans le collimateur. J'aurais l'air de quoi, moi ? Bordel James ! La préfète en chef qui se tape le capitaine de l'équipe de Quidditch en douce ! Tu y as pensé ou pas ? »

Il soupira en secouant la tête de gauche à droite, visiblement en désaccord avec elle, et se redressa un peu du banc sur lequel il était assis.

« Et tu sais ce qui m'énerve le plus là dedans ? C'est que si je n'avais pas laissé ton foutu gallion dans mon dortoir, je serais actuellement en train de le serrer si fort que j'aurais le numéro de série gravé dans la main, conclut-elle en le regardant droit dans les yeux. »

Un sourire satisfait se dessina sur son visage. Voilà, il retirait son masque. Il y eut deux longues minutes de silence, puis il referma ses doigts sur son poignet et la tira brusquement contre lui. Combustion. Il retira le moindre de ses vêtements si habilement qu'elle ne s'en rendit presque pas compte, et se pencha sur elle pour l'embrasser. Ce n'était pas comme d'habitude. C'était comme si ils cherchaient à avoir le contrôle l'un sur l'autre, c'en était presque violent. Non, en fait ce n'était pas violent... C'était plutôt explosif... Volcanique. Elle sentit sa langue glisser le long de son cou, et elle pencha la tête en arrière en s'agrippant à ses omoplates, convaincue qu'elle lui laisserait probablement de belles marques. C'était si bon qu'elle avait à la fois envie d'exploser de rire, et de s'effondrer en sanglot. Précisément parce qu'elle se rendait compte qu'elle ne voulait jamais sortir de ce vestiaire.

Elle réajusta sa jupe et son chemisier, et sa posa un instant à côté de James, sur le banc.

« Bon, j'y vais. Tu n'oublies pas : retenues toute la semaine. Y compris ce soir. McGonagall t'attendra sûrement dans la salle commune tout à l'heure, et elle va vouloir que tu t'excuses auprès de Mike.
_ Plutôt mourir, répondit-il en poussant un petit rire ironique.
_ Tu ne pourras jamais mettre ta fierté de côté ?
_ Ce n'est pas à propos de ma fierté, c'est à propos de la tienne.
_ Bon, écoute, on en reparle ce soir, conclut-elle en soupirant. »

Lorsqu'elle ouvrit la porte du vestiaire, elle se trouva nez à nez avec Sirius Black, ce qui la fit rougir violemment. Elle ne savait pas depuis quand il était là, et à vrai dire, elle ne voulait pas le savoir. Elle le contourna en gardant les yeux vissés sur ses pieds, et rejoignit la salle commune de Gryffondor. Tout le monde était en train de relater les exploits de James, et dès qu'Alice vit Lily, elle se rua sur elle pour en savoir plus.

« Alors ?!
_ Alors quoi ?
_ Je ne sais pas, laisse moi faire le calcul : James Potter confie à « Rosie » qu'il a retrouvé le sommeil, Sirius rajoute qu'il découche. Je me rends compte que tu fais pareil. Puis il fait en sorte de se retrouver seul avec toi à Pré-Au-Lard pour parler de je ne sais quoi, et maintenant il casse la gueule de Mike Davidson sans raison apparente. Du moins pour quelqu'un qui ne sait pas ce que Mike t'as fait, puis tu disparais avec lui pendant près d'une heure. Tu n'as pas quelque chose à me dire, Lily ?
_ Si, bien sûr. J'étais occupée à l'engueuler figures toi ! Il va nous mettre dans une position inconfortable pour le prochain match vu qu'il va probablement se faire suspendre par McGonagall. Quant au reste, il n'y a rien à en conclure. C'est du pur hasard, mentit-elle.
_ Très bien, comme tu voudras Lily. Mais je reste sûre qu'il y a un truc que tu ne me dis pas.
_ Maintenant je vais prendre une douche, et retourner le surveiller pour sa retenue. Là je t'ai tout dit. A plus tard Alice. »

Lorsqu'elle redescendit du dortoir lavée de ses pêchés, Lily quitta la salle commune pour se rendre dans la salle de métamorphose. McGonagall et James étaient déjà là, et à l'air renfrogné qu'il arborait, elle devinait qu'il devait s'être fait passer un savon.

« Comme vous pouvez le deviner Miss Evans, Potter est suspendu pour le match qui opposera Gryffondor à Poufsouffle, ce qui ne nous facilitera pas la tâche, annonça-t-elle d'un ton sec. »

Lily acquiesça silencieusement et s'assit derrière son bureau, à côté de celui de son professeur de métamorphose. C'était l'un de ses moments où elle comprenait qu'il ne fallait rien dire. Elle s'enfonça un peu plus dans sa chaise et mordilla sa plume. Il y avait tant de choses dont elle devait discuter avec James... Elle se posait beaucoup de questions. Elle ne savait pas qui était cette fille dont il avait parlé avec Rosmerta la semaine passée, elle avait l'impression qu'il n'avait pas été totalement honnête là dessus. A vrai dire, elle ne l'avait pas été non plus. Elle devait lui dire qu'elle voulait mettre fin à leur arrangement. Elle soupira et eût l'impression qu'un courant électrique la traversait de par et d'autre lorsqu'elle repensa à ses doigts sur sa peau. Sa pression artérielle crevait le plafond. Elle avait de plus en plus de mal à gérer ce qu'il se passait dans sa tête. Elle était pleine de contradictions. Elle leva les yeux de son parchemin, et elle trouva les siens. Son corps se tendit. Il se crispa si fort qu'elle eût envie de hurler de douleur, ou d'extase, elle ne savait pas trop. Elle avala sa salive avec difficulté, et tira sur le col de sa chemise. Elle avait l'impression de suffoquer. James, lui, était de marbre. Presque froid. Quand McGonagall leur fit signe que la retenue était terminée, Lily eût envie de la remercier. Elle n'avait qu'une hâte : sortir de cet endroit en vitesse. Elle ramassa ses affaires et alors qu'elle s'apprêtait à interpeller James, elle se rendit compte que Julia Springer lui était tombée dessus. Au sens figuré, bien sûr. De là où elle se tenait, elle ne pouvait pas entendre ce qu'ils se disaient, mais elle vit James sourire, et lui poser la main sur l'épaule. Cette image la gênait profondément. Elle avait envie d'intervenir, mais au nom de quoi ? Elle n'avait pas à se permettre ce genre de chose. Si Julia était la fille que James voulait, alors elle n'avait aucune raison de l'empêcher de tenter sa chance, cela faisait partie des règles. Pourtant, elle avait l'irrépressible envie de courir vers lui et de marquer son territoire, elle avait envie que Julia voit qu'elle avait de la concurrence. En avait-elle ? Oui. Lily n'avait aucune envie de céder James, cela était clair à présent. Il suffisait de le voir avec une autre fille pour qu'elle s'en rende compte, cela ne lui plaisait pas du tout. Elle voulait être son centre d'attention. Elle avait du mal à se l'avouer, mais il l'avait rendu dépendante. Elle hésita un instant à aller interrompre leur rencontre, et finalement, elle capitula, rejoignit son dortoir et se glissa sous sa couverture. Elle rouvrit les yeux quelques minutes plus tard, dérangées par une lumière qui provenait de sa table de chevet. Elle attrapa le gallion rouge vif et descendit les marches de la salle commune quatre à quatre. Elle ne portait qu'un mini short rouge vif et un débardeur de la même couleur, elle priait pour que personne d'autre que James ne la surprenne dans cette tenue.

« Je t'ai cherché partout ! Lui dit-il finalement quand elle arriva en bas de l'escalier.
_ Quand je suis sortie, tu parlais avec Springer alors j'ai filé, dit-elle en ne parvenant pas à cacher sa rancœur.
_ Tu es jalouse ? L'interrogea-t-il, stupéfait. »

Elle grimaça comme si le mot « jalouse » lui faisait mal. C'était vrai, en fait. Elle avait peur de ce mot parce qu'il correspondait totalement à l'état d'esprit dans lequel elle se trouvait. Elle était verte de jalousie. Elle n'avait aucune envie de l'admettre, mais elle n'avait pas le choix. Elle avait développé des sentiments pour lui, et il fallait qu'elle le lui dise, ou au moins, qu'elle lui fasse comprendre. Cela la terrifiait.

« Je crois, oui, avoua-t-elle finalement. »