Elle ouvrit péniblement les yeux. Elle ne reconnaissait rien autour d'elle. Elle était dans une grande pièce aux couleurs sombres ayant pour seul et unique meuble un immense lit à baldaquin. Elle entreprit de s'y rendre mais elle se rendit compte que ses poignets étaient menottés à de lourdes chaînes. Elle cligna des yeux et essaya de se libérer, mais n'y parvint pas.
« Tu es réveillée mon coeur ! »
Elle avala sa salive. Davidson. Sa gorge se noua, et elle tira plus fort sur ses chaînes.
« Personne ne nous trouvera ici, je te promet, dit-il en s'asseyant à côté d'elle et en lui caressant la joue. »
Son sang ne fit qu'un tour, elle bondit sur ses pieds, et d'un geste habile elle enroula la chaîne autour du cou de Davidson et serra très fort, aussi fort qu'elle le pu. Ce mec était un malade, ni plus, ni moins et le simple fait qu'elle soit attachée lui en disait assez sur ce qu'il comptait faire d'elle pour qu'elle lui montre ne serait-ce qu'une once de pitié.
« Espèce de petite pute ! Articula-t-il en se dégageant brutalement des chaînes. »
Il la poussa contre le mur noir en lui serrant la gorge d'une seule main. Toutes ces années de quidditch avaient fait de lui une forteresse de muscles que Lily n'avait aucun moyen de contrer sans sa baguette, et en étant attachée. Ses yeux émeraudes s'écarquillèrent alors que son visage devenait rouge, privé d'air. Elle savait qu'il ne voulait pas la tuer, ou du moins, elle l'espérait. Il voulait seulement lui faire mal. C'était ce qu'il aimait, mais jamais il n'avait été aussi extrême. Doucement, elle le sentit desserrer son étreinte, et elle glissa contre le mur en se tenant la gorge, haletante.
« Tu vois, si tu essayes quoi que ce soit, je recommencerai, et Potter n'est pas là pour t'aider, il ne nous trouvera jamais ici. »
Il tourna sur lui même, les yeux pétillants et les bras tendus. Elle se recroquevilla. Elle n'aurait jamais dû partir avant James, elle aurait dû l'attendre. Maintenant il devait penser qu'elle était en colère contre lui, qu'elle voulait rester seule, et il n'avait aucune raison de la chercher. Elle avait envie de hurler, mais elle savait que cela ne servirait à rien. Davidson était un idiot, mais il avait des éclairs de lucidité quand il s'agissait de blesser les gens, de la blesser elle, et il avait probablement insonorisé la pièce. Elle connaissait ses méthodes sur le bout des doigts, mais elle devait admettre que celle-ci était à un tout autre niveau. Elle resta recroquevillée contre le mur plusieurs heures à se demander ce qu'il allait faire d'elle, et de quelle façon elle allait pouvoir se libérer. Elle scruta la pièce plusieurs fois à la recherche de sa baguette, mais il n'y avait rien dans cette salle. Aucune armoire, aucun tiroir, aucun placard dans lequel il aurait pu la cacher. Il ne l'avait pas non plus sur lui, sinon elle l'aurait remarqué.
« Tu vas dormir avec moi maintenant, hein Lily ? Comme au bon vieux temps, dit-t-il en s'avançant vers elle. »
Elle le regarda droit dans les yeux et cracha à ses pieds. Il l'attrapa par les cheveux et détacha ses chaînes pour les fixer au lit. Ses yeux s'embuèrent alors qu'elle essayait de se libérer en donnant des coups de pied dans tous les sens.
« Chuuuut, susurra-t-il à son oreille en s'allongeant à côté d'elle. »
Elle le sentit glisser sa main sous son chemisier, et elle hoqueta. Elle ne pouvait rien faire. Il allait faire ce qu'il voulait de son corps, et elle ne pouvait rien faire pour l'en empêcher. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux alors qu'elle se débattait, puis son poing s'abattit sur elle, et elle ferma les yeux, elle ne voulait pas voir ça, mais elle était obligée de le sentir. Elle était obligée de sentir ses sales doigts s'attarder sur certaines parties de son corps, la glaçant jusqu'au plus profond de son être. L'horreur avait pris forme humaine, et elle se tenait devant elle. Elle avait prit l'aspect d'un tyran.
« Arrête, s'il te plaît, arrête, dit-elle finalement quand il s'apprêta à enlever sa jupe.
_ Tu dois comprendre un truc Lily. Potter, il se fout de toi. Tu n'appartiens qu'à moi, tu le sais ça ?
_ Crève, dit-elle en lui balançant son pied à la figure. »
Il poussa un grognement, dégaina sa baguette de la poche de son jean et lui fit une profonde entaille dans l'intérieur de la cuisse, ce qui la fit crier à son tour.
« Putain mais tu m'as pété le nez ! Merde ! S'exclama-t-il avant de quitter la pièce à grandes enjambées. »
Elle se tortilla dans tous les sens, essayant de trouver un moyen de se sortir de ce pétrin. Elle se fichait de la position dans laquelle elle était actuellement, elle ne pensait qu'à s'enfuir avant qu'il ne revienne. Elle essaya de faire glisser ses poignets hors des menottes mais il n'y avait rien à faire... Il avait dû garder les clés sur lui vu qu'elles n'étaient pas visibles. Dans un éclair de lucidité, elle fourra sa main dans ses cheveux roux complètement décoiffés, et en ressorti une barrette. Elle essaya de la faire passer dans le loquet plusieurs fois sans succès. Elle avait peur, elle tremblait trop, elle était épuisée. Elle ne savait même pas depuis combien de temps il la gardait ici, il n'y avait ni fenêtre ni horloge. Elle ferma les yeux, expira bruyamment, et fini par réussir à se libérer. Elle remonta sa jupe aussi vite qu'elle le pu et couru vers la porte qu'elle ouvrit à la volée pour se retrouver... Au septième étage. Elle regarda des deux côtés du couloir, il n'y avait personne. Il fallait qu'elle se rende à l'infirmerie. Elle se précipita au troisième étage non sans vérifier plusieurs fois derrière elle qu'elle n'était pas suivie. Elle avait l'impression de ne pas courir assez vite et d'être dans une autre dimension. Elle frappa un coup à la porte de l'infirmière et ouvrit la porte à la volée.
« Lily ! S'écria Davidson qui était en train de se faire rafistoler le nez par l'infirmière sous le regard attentif de McGonagall qui se retourna instantanément vers elle. »
Elle eût envie de hurler à nouveau. C'était un cauchemar, il était partout... Elle plaqua ses mains sur ses oreilles et se mit à pleurer bruyamment de rage.
« C'est lui, c'est lui qui m'a fait ça. Professeur je le jure, c'est lui qui m'a fait ça. Il m'a enfermé au septième étage, il m'a... Il m'a... Elle s'arrêta, à court de mot »
Jamais son professeur de métamorphose n'avait semblé si bouleversé alors qu'elle regardait son élève de haut en bas, et Lily remarqua qu'il y avait une petite flaque de sang à ses pieds. Elle remarqua aussi que ses poignets étaient rouges et couverts de contusions, que sa chemise était à moitié déboutonnée, que sa jupe était à l'envers, et elle réalisa qu'elle tremblait littéralement des pieds à la tête. Davidson, lui, ne savait plus quoi dire. Il essaya de nier un instant, mais McGonagall lui attrapa le bras et le tira de force au septième étage en suivant les gouttes de sang que Lily avait laissé. Elle devina que l'agression avait dû se produire dans la salle sur demande, et elle envoya directement Davidson dans le bureau de Dumbledore avant de retourner à l'infirmerie. L'infirmière s'affairait autour de Lily.
« Vous avez envoyé un hibou à Sainte Mangouste ? Lui demanda McGonagall.
_ Oui madame.
_ Sainte Mangouste ? Non, je ne veux pas aller à Sainte Mangouste, protesta Lily.
_ Nous n'avons pas le choix, Miss Evans, je suis désolée. Je vais vous emmener, nous allons transplaner.
_ Mais je... Je... »
Les mots se perdirent dans le fond de sa gorge, et elle laissa McGonagall la conduire discrètement derrière les grilles de Poudlard, là où le transplanage était réalisable. Lily remarqua alors qu'il faisait nuit. Quand elle arriva dans l'hopital pour sorcier, on lui posa tellement de questions qu'elle eût l'impression de revivre la scène. Quand deux membres du ministère vinrent l'interroger, elle ne put retenir un hoquet de dégoût lorsqu'elle leur décrivit l'horreur qu'elle avait vécu, et elle se pencha par dessus son lit pour vomir. McGonagall resta avec elle toute la nuit, ce jour là. Elle s'en rendit compte car elle ne put fermer l'oeil. Aucun visiteur n'était autorisé à part le professeur, et cela soulageait Lily. Elle n'avait pas la force de parler à qui que ce soit d'autre. Elle n'avait plus envie d'en parler.
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« Vous êtes prête, Miss Evans ? L'interrogea McGonagall. »
Lily acquiesça silencieusement. Non, elle n'était pas prête. Elle ne le serait probablement jamais. Alors elle s'était dit qu'elle devait se lancer sans réfléchir, sinon, elle passerait sa vie à Sainte Mangouste. Deux semaines, c'était déjà bien trop long à son goût. Elle avait envie de reprendre les cours, elle n'allait sûrement pas laisser à ce salaud de Davidson la satisfaction de lui avoir fait rater ses ASPICS, et puis elle voulait revoir Alice, elle voulait revoir James, et tous les autres. McGonagall poussa doucement les lourdes grilles du château et lui fit signe de la suivre. Il n'y avait personne dans les couloirs, pourtant, les cours étaient terminés.
« J'ai fait évacuer. Comme je vous ai expliqué à Sainte Mangouste, nous avons essayé de faire taire les rumeurs, mais à Poudlard, les murs ont des oreilles... Commenta McGonagall. »
Lily hocha la tête et se laissa guider dans son bureau dans lequel on lui avait expliqué qu'elle devrait régler quelques formalités. Elle fut surprise d'y voir Alice qui se rua sur elle pour la serrer dans ses bras, en pleurs. Lily se raidit brusquement à ce contact.
« Lily, tu ne peux pas savoir à quel point je suis heureuse de te revoir »
La jeune femme rousse retenait sa respiration. Elle était soulagée de voir sa meilleure amie, mais ce contact... Elle n'arrivait pas à le supporter. Alice dû le remarquer car elle la relâcha presque immédiatement, et lui indiqua la chaise libre à côté d'elle, devant le bureau de McGonagall. Elles y restèrent peut-être une demie-heure à discuter des cours, des exercices qu'elle avait à faire et des leçons qu'elle devait rattraper.
« James t'aidera pour tout ce qui est sortilèges, défense contre les forces du mal et métamorphose. Je me chargerai du reste, lui expliqua Alice.
_ Cela me semble correct. Qu'en pensez-vous Miss Evans ? L'interrogea McGonagall.
Lily hocha la tête. Elle ne savait pas trop quoi en penser, à vrai dire. Elle appréhendait ses retrouvailles avec James. Elle ne savait pas ce qu'il savait et elle ne savait pas comment il réagirait en la voyant, mais ce dont elle avait le plus peur, c'était d'elle-même.
« Allez viens, on y va, lui dit-Alice en l'encourageant à franchir la porte de la salle commune. »
A l'intérieur, c'était comme si tout les Gryffondors attendaient son arrivée. Ils se mirent tous à chuchoter quand ils la virent entrer. Certains lui adressèrent des sourires réconfortants, ne se doutant pas une seule seconde qu'elle n'en voulait pas.
« Alice, on peut monter dans le dortoir, s'il te plaît ? »
Sa meilleure amie acquiesça, souleva sa valise et lui fit signe de passer devant elle dans l'escalier. Lily fut soulagée lorsqu'elle referma la porte derrière elle. Le silence était plaisant, et Alice ne la forçait pas à parler. Elle comprenait. Ou au moins, elle essayait. Elle ne savait pas encore comment gérer le traumatisme qu'elle avait vécu. Elle ne savait pas si il fallait qu'elle extériorise sa douleur, qu'elle en parle, ou si il fallait qu'elle tourne la page et qu'elle fonce tête baissée. Bien que la deuxième solution lui semblait compliquée. Elle s'enferma dans la douche et laissa l'eau couler sur sa peau pendant un long moment. Il n'y a que là qu'elle se sentait en sécurité.
« Lily, ça va ? Tu es là dedans depuis une heure, s'inquiéta Alice. »
La jeune femme rousse s'enroula dans une serviette et ouvrit la porte de la salle de bain pour laisser entrer sa meilleure amie.
« James voudrait te voir, lui dit-elle. »
Lily soupira et appuya ses deux mains contre le lavabo. Il lui manquait. Terriblement, mais elle était terrifiée. Elle ne pouvait pas s'empêcher de se demander de quelle façon il allait la regarder, et elle priait pour qu'il n'ait pas pitié d'elle, ce serait pire que tout.
« Si tu ne veux pas, ça peut attendre, il peut comprendre, tu sais, la rassura Alice.
_ Je meurs d'envie de le voir Alice, mais j'ai la trouille, avoua-t-elle en baissant les yeux. »
Sa meilleure amie s'approcha d'elle, et lui fit signe de se tourner vers le miroir. Elle l'essuya pour enlever la buée qui s'y était accumulée, se planta derrière elle, et lui sourit simplement.
« Tu vois cette fille dans le miroir ? C'est ma meilleure amie. Elle est sublime. Mais en plus d'être sublime, elle est intelligente, et forte comme je ne le serai jamais. Elle a l'air d'avoir honte de ce qu'elle est. Il n'y a pas de quoi. Elle est courageuse.
_ Alice...
_ Ce mec, je l'ai vu passer devant moi quand les gars du ministère sont venus le chercher. Il avait une marque autour du cou, et le nez pété. Tu n'as pas à avoir peur de qui que ce soit Lily, tu es invincible. »
Elle sentit des larmes glisser sur ses joues, et elle les laissa dévaler son visage pour terminer leur course sur le carrelage. Elle se rendit compte à ce moment là qu'elle ne pouvait plus se contenir. Elle avait besoin de parler à Alice. Ce n'était pas la même chose que de parler à des gens du ministère qu'elle ne connaissait pas, ou même à McGonagall. Alice la soutenait, elle voyait des choses en elle qu'elle ne soupçonnait même pas, elle la connaissait mieux que quiconque.
« J'ai besoin de toi Alice, dit-elle en éclatant en sanglot.
_ Ça va aller Lily, je suis là. Je te promets que tout ira bien. »
Elle la guida jusqu'à son lit et lui fit signe de s'asseoir à côté d'elle, tout cela sans même la toucher et Lily ne sût même pas comment lui exprimer sa reconnaissance.
« Qu'est-ce que tu sais, exactement ?
_ Ce que McGonagall a bien voulu nous dire. Que Davidson t'as attrapé après ta retenue. Il t'a pétrifié pour pouvoir t'emmener sur la salle sur demande et il t'a obligé à resté dedans. Elle nous a aussi dit que tu avais quelques blessures, et c'est tout... »
Lily remonta les manches de son peignoir, et tendit ses poignets couverts d'hématomes en direction de son amie.
« Il m'a attaché Alice. Il m'a attaché comme on attache un chien. Il a posé ses mains partout sur moi. Je n'ai même plus l'impression que mon corps m'appartient. »
Elle écarta une nouvelle fois son peignoir pour montrer à son amie la coupure que Davidson lui avait fait à l'intérieur de la cuisse.
« Je ne peux plus regarder ce truc. Il a signé sur mon corps Alice. Comme si je n'étais rien qu'un objet, un morceau de papier. Il m'a tatoué comme si j'étais son chien. Volontairement. Parce qu'il sait que ce truc ne guérira pas, et que je serais obligée d'y faire face toute ma vie. Merde, il m'aimait l'année dernière, non ? Comment il a pu faire un truc pareil ? Je ne comprends pas, je te jure que je ne comprends pas...
_ Lily... Je suis désolée, murmura son amie, choquée.
_ Je sais qu'il est enfermé maintenant, mais moi aussi. J'ai l'impression que tout mon corps est une prison, et j'ai peur que James me touche.
_ Il faut que tu lui parles. Dis lui ce que tu viens de me dire.
_ Je ne sais pas. J'ai été stupide, je lui en voulais alors je ne l'ai pas attendu après notre retenue. J'avais des doutes sur ses sentiments envers moi.
_ Laisse lui le bénéfice du doute. Tu sais, quand il a vu que tu n'étais pas dans la salle commune après votre retenue, il t'a cherché partout. Il a fait le tour du château je ne sais combien de fois avec Sirius. Ils avaient pris la carte du maraudeur mais ton nom n'était pas dessus. Il a alerté le professeur Slughorn mais il n'a pas voulu l'écouter. Et puis McGonagall nous a convoqué et nous a tout expliqué. Il a perdu les pédales. Sirius m'a dit qu'il ne l'avait jamais vu comme ça. »
Lily ferma les yeux et inspira profondément. Ces mots la rassuraient et lui donnait du courage, et c'est pour cette raison qu'elle accepta de descendre de son dortoir un instant pour parler avec lui.
