Le lendemain matin, lorsqu'elle se retourna dans son lit et qu'elle posa les yeux sur lui, elle se rendit compte que c'était la première fois qu'ils dormaient ensemble depuis qu'elle avait échappé à Mike. Ils n'avaient rien fait d'autre que dormir. C'était nouveau, assez étrange, mais plutôt agréable.

« Tu es déjà réveillé ? Lui demanda-t-elle, étonnée.
_ Je n'ai pas pu dormir, répondit-il en baillant.
_ Merde... C'est à cause de mes cauchemars, c'est ça ? Alice m'a dit que j'en faisais de temps en temps et que c'était assez impressionnant, je suis désolée.
_ Non, c'est rien. Je t'ai pris comme ça dans mes bras et tu as arrêté de paniquer, mais j'avais peur que tu recommences.
_ Merci... Tu sais quoi ? Dors. Papa et maman sont tous les deux parti travailler, je vais prendre un peu de temps pour discuter avec Pétunia, et je viendrais te chercher plus tard.
_ Bon courage pour ça, lui dit-il en laissant sa tête tomber sur son oreiller. »

Elle acquiesça en se disant qu'elle allait en avoir bien besoin, et descendit les escaliers quatre à quatre. Pétunia était en train de prendre son petit déjeuner, et elle ne leva même pas la tête vers sa sœur lorsque celle-ci s'assit en face d'elle. Lily se servit un grand verre de jus d'orange, et observa Pétunia en silence. Elle lisait un magasine de couture, et l'expression de son visage était renfrognée. Cela faisait un moment qu'elle ne l'avait pas vu sourire. De toutes façons, depuis qu'elle avait reçu sa lettre pour Poudlard, Pétunia la détestait. Elle était jalouse, et Lily le savait. Elle le lui avait fait remarqué un jour où elles avaient eu une violente dispute à ce sujet, ce jour où elle l'avait traité de « monstre ».

« Qu'est-ce que tu penses de James ? Lui demanda-t-elle en esquissant un sourire timide. »

Elle ne savait pas pourquoi elle lui posait ce genre de question pour engager la conversation, parce qu'elle se doutait très bien de la réponse. Ou du moins du ton sur lequel elle allait être donnée.

« Il est comme toi, répondit sèchement Pétunia.
_ Si ce que tu veux dire est que c'est un sorcier, oui, ça c'est sûr, il est comme moi.
_ Non. Il est comme toi. Il prend toute l'attention.
_ Pétu', s'il te plaît...
_ Non. Depuis que tu as été envoyé dans cette foutue école, il n'y en a plus que pour toi et ton abominable monde, ne compte pas sur moi pour t'aduler comme le font nos parents ! »

Ses mains tremblaient sur le magasine, et Lily cru l'espace d'un instant qu'elle allait le lui jeter à la figure.

« Tu ne le trouvais pas si abominable, ce monde, quand tu as écris à Dumbledore pour lui demander d'en faire partie, lui fit remarquer Lily. »

Pétunia se leva si brusquement de sa chaise qu'elle la fit tomber à la renverse, puis elle jeta son magasine rageusement, et quitta la maison en claquant la porte si fort que tous les tableaux qui étaient dans l'entrée menacèrent de dégringoler. Lily soupira, et se lança à sa poursuite.

« Pétu', Pétu' attends, je suis désolée, ce n'était pas ce que je voulais dire.
_ Ca ne change rien ! Tu es un monstre ! Toi, ce Severus avec qui tu traînais quand nous étions gamines, Davidson, et Potter, vous êtes tous des monstres !
_ Je n'ai rien fait pour ça... Je voulais que tu viennes avec moi au château, mais Dumbledore a dit...
_ Je me fiche de ce que ce vieux fou a bien pu avoir à dire ! J'en ai ma claque de toi, c'est tout. Et toute cette histoire avec Mike ! Pfff ! Ça t'a encore donné une bonne occasion d'attirer l'attention sur toi !
_ Est-ce que tu t'entends, Pétunia ? Lui demanda Lily, estomaquée, en s'arrêtant au milieu de la rue déserte.
_ Oui je m'entends très bien ! Tu as toujours des problèmes plus graves que tout le monde, il faut toujours que tu sois sous le feu des projecteurs, que tu m'éclipses. Tu as été prise dans cette école, tes bulletins de note sont impeccables, tu es préfète ou je ne sais quoi, tu sors avec le capitaine de l'équipe sportive de ton fichu château, et tu trouves TOUJOURS le moyen de te faire passer pour la victime !
_ Je me suis faite kidnapper et séquestrer. J'ai des dommages corporels, Pétunia, et encore plus de dommages mentaux. Rajoute à ça qu'il y a un groupe de gens qui veulent tuer les sorciers qui sont nés de parents... Normaux. Ce qui fait de moi une cible potentielle. Tu veux ma place de victime ? Prends la, parce que je ferais n'importe quoi pour être à la tienne.
_ Et voilà, ça recommence ! Je ne suis pas comme papa et maman, je ne vais pas te plaindre !
_ Mais je n'ai aucune envie que tu me plaignes ! Arrête juste d'être aussi stupide et sers toi de ton foutu cerveau pour une fois dans ta vie ! S'énerva Lily. »

Pétunia ouvrit grand la bouche et écarquilla les yeux, puis elle rentra dans sa voiture et en claqua furieusement la portière avant de partir à toute allure. Lily resta un instant dans la rue, les bras ballants. Cette fois, elle l'avait bien cherché. Cependant, elle s'en voulait de lui avoir parlé de cette manière. C'était toujours la même chose, Pétunia lui disait des horreurs, mais au final, c'était Lily qui se sentait coupable. Elle s'apprêtait à rentrer lorsqu'elle sentit un courant d'air froid la parcourir. Elle se frictionna les épaules jeta un coup d'œil autour d'elle. Les rues s'étaient assombries d'un coup. Elle avait la désagréable impression d'être épiée, mais elle ne voyait personne. Elle frissonna.

« Lily ! »

James accourut vers elle, lui attrapa le bras et la tira hâtivement, presque brusquement à l'intérieur de la maison. Il ferma la porte à clé et se rua à la fenêtre. Le ciel s'assombrissait encore. Il attacha un parchemin à la patte du hibou des parents de Lily et le jeta par la fenêtre. La jeune femme avait l'impression que tout se glaçait au fond d'elle. Elle se sentait inutile.

« Lily, Il y a deux détraqueurs dans la rue. Tu sais faire apparaître un patronus ?
_ Oui, enfin... Je... En théorie, répondit-elle terrifiée. »

Elle ne s'était jamais retrouvée face à de vrais détraqueurs, mais maintenant, elle comprenait ce qu'elle avait lu dans les livres. Ces gens qui avaient l'impression que leur corps n'était plus qu'un immense bloc de glace, que toute joie les avaient quitté. Elle sentait l'horreur s'emparer d'elle.

« J'ai prévenu mon père, il est au ministère, il va nous envoyer de l'aide, je te promets que ça va aller. Si tu en as besoin, pense juste à un souvenir qui te rend heureuse, et récite la formule, lui dit-il le plus calmement du monde en posant la main sur son épaule. »

Elle écoutait, mais elle avait du mal à rassembler ses idées. A quoi pouvait-elle penser ? A peine se posait-elle la question que la porte s'ouvrit à la volée, laissant entrer un être répugnant caché dans une grande capuche noire et flottant dans l'air. Elle esquissa un geste vers sa baguette, et referma sa main gelée dessus alors que James s'était interposé entre les deux individus. Elle vit son visage se décomposer alors qu'il récitait la formule sans arrêt.

« Non ! Hurla-t-il en se bouchant les oreilles, Expecto Patronum ! »

Un cerf bondit majestueusement de sa baguette pour terminer sa course dans le monstre sombre, mais Lily ne se sentit pas mieux pour autant, et elle comprit vite pourquoi lorsqu'elle vit plusieurs ombres flotter devant sa fenêtre et se diriger vers la porte d'entrée. Ils n'étaient pas que deux, ils étaient bien plus, et elle se sentait défaillir. Elle entendait ses propres pleurs et ceux de ses parents. Elle revoyait Pétunia partir dans sa voiture rouge, et James la quitter. Elle avait l'impression de ne plus pouvoir respirer. Elle se sentit tomber doucement contre James qui essayait de la retenir du mieux qu'il le pouvait tout en maintenant son patronus.

« Lily j'ai besoin de toi, il y en a trop.
_ Je... Je...
_ Bordel Lily ne les laissent pas t'atteindre ! Tu es plus forte que ça ! »

Elle essaya de se barricader dans sa tête, mais elle n'y arrivait pas. C'était comme si toute pensée positive était cadenassée et que la clé avait été jeté au loin, hors de sa portée.

« Expecto Patronum ! Essaya-t-elle. »

Une faible lumière argentée jailli de sa baguette, mais ce fut tout. Elle sanglota bruyamment et serra un peu plus sa baguette. Elle ne savait pas à quoi penser. Elle avait choisi un souvenir avec Alice car elle était l'une des seules personnes stables de sa vie, c'était celle avec qui elle pouvait rire et pleurer , celle qui partageait tout avec elle, mais visiblement, ce n'était pas suffisant. Elle ferma les yeux alors que la main de James se refermait sur la sienne, et ce fut comme une évidence. Le jour où elle était revenue à Poudlard après avoir passé deux semaines à Sainte Mangouste, il s'était ouvert à elle. Après ce jour là, tout les moments qu'elle avait passé avec lui avaient été les plus magnifiques de toute sa vie.

« Expecto Patronum ! »

Cette fois, une biche jaillit de sa baguette et galopa tout autour d'elle alors que d'autres patronus, probablement ceux des gens du ministère, entraient dans la maison pour chasser les six détraqueurs qui s'y étaient invités. Ce fut comme un immense soulagement dont elle profita peu puisqu'elle se sentit tomber en arrière. Une main arrêta sa chute et la déposa sur le canapé du salon, puis plus rien.

« Elle était là, James, entendit Lily.
_ Qu'est ce qu'elle voulait ? Répondit James sur un ton abrupt.
_ Te voir, sûrement, répondit l'autre homme.
_ Ils ne l'ont pas attrapés ?
_ Non. Elle s'est échappée.
_ Et les détraqueurs ?
_ Ils en ont corrompus quelques uns. Tu as bien fait de m'écrire, tu as agis exactement de la façon dont il fallait, mon fils. Je suis tellement fier de toi.
_ J'ai fait ce que tu m'as appris papa, répondit James sur un ton neutre. »

Il y eût un long silence, puis Lily entendit des pas grincer sur le parquet du salon, et la porte s'ouvrir.

« Fais attention à toi, et réécris-moi ce soir pour me donner des nouvelles. Si Lily ne va pas bien, appelle moi et je vous accompagnerais à Sainte Mangouste. Ne prends pas le risque de sortir seul, s'il te plaît.
_ Oui papa, ne t'en fais pas, les aurors vont patrouiller toute la nuit de toutes façons. Merci. Tiens moi au courant si tu entends dire qu'ils l'ont attrapé, d'accord ?
_ Bien entendu. A bientôt James. »

Elle entendit la porte se fermer et elle s'autorisa à ouvrir un œil seulement lorsqu'elle sentit la main de James caresser ses cheveux roux.

« C'était...
_ Mon père, lui dit James en souriant timidement.
_ Mais...
_ C'est lui qui gère les aurors, au ministère, alors dès qu'il a eût ma lettre il en a ramené tout un tas ici. »

Elle se frotta les yeux et se redressa pour s'asseoir en tailleur. Elle jeta un coup d'œil à l'horloge. Il était 14h. Ses parents ne rentraient pas avant 18h, ce qui leur laissait largement le temps de discuter de ce qu'il venait de se passer.

« Qu'est ce que des détraqueurs foutaient ici James ? Ils ne sont pas censés protéger Azkaban ? »

Une ombre passa sur son visage, et elle se rendit compte qu'il hésitait à lui dire quelque chose.

« D'après ce que dit mon père, ils auraient été corrompus par les mangemorts.
_ Et cette fille dont tu parlais avec ton père, c'est elle qui les aurait corrompus ?
_ Probablement, dit-il en déglutissant et en évitant soigneusement son regard.
_ C'est qui ? Demanda-t-elle dans un souffle. »

Il retira la main de ses cheveux, se leva, et lui apporta un verre de jus de fruit en ignorant superbement sa question.

« C'est qui, James ?
_ Il y a des choses à propos de moi que tu ne sais pas, et sur lesquelles il va falloir que tu me fasses confiance, répondit-il en s'efforçant de garder son calme.
_ Et je suppose que ça en fait partie... Souffla-t-elle désemparée. »

Il acquiesça et l'encouragea à boire son verre de jus de fruit d'un signe de tête. Elle obéit et reposa son verre vide sur la table basse qui faisait face au canapé. Il avait remit son masque. Il n'y avait plus aucune expression qui passait sur son visage, c'était déroutant.

« Pourquoi tu ne veux pas me dire qui c'est ?
_ Parce que c'est compliqué, dit-il.
_ Et tu crois que je ne peux pas comprendre ?
_ J'en sais rien.
_ Alors quoi ? »

Il se prit la tête dans les mains, et elle sentit à ce moment là qu'elle était allée trop loin. Elle ne savait pas pourquoi, mais visiblement, elle ne pouvait pas aborder cette question là avec lui, c'était un sujet beaucoup trop sensible. Elle se leva du canapé pour se rapprocher du fauteuil ou il était assis, et elle s'agenouilla devant lui en posant ses mains sur ses cuisses. Il ne bougea pas. La dernière fois qu'elle l'avait vu comme ça, c'était lors de leurs retrouvailles après son séjour à Sainte Mangouste.

« James... Regarde moi... »

Il détourna le visage lorsqu'elle lui prit les mains pour l'obliger à lui faire face, et elle eût un instant l'impression qu'il avait les larmes aux yeux, cela ne dura qu'un quart de seconde. Il refusait de la regarder, c'était une première, et cela ne la rassurait pas du tout.

« Tu veux que je demande à Sirius de venir ? »

Il secoua la tête de droite à gauche. Il n'avait pas envie de mêler Sirius à tout cela, c'était bien clair, et pourtant, elle avait le sentiment que son meilleur ami était au courant de tout. Elle le savait, en fait, car James et lui se racontaient tout.

« Très bien, dans ce cas là, je ne te poserai plus de questions sur elle. J'attendrai que tu sois prêt à m'en parler, capitula t-elle. »