On ne quitte pas quelqu'un qu'on aime.

Résumé :

Règle d'Or : On ne quitte pas quelqu'un qu'on aime.

Même aculé, même terrifié, même à l'article de la mort. Même quand il pleut, même quand il vente, surtout pas quand il neige. Même quand on devrait.

Jamais.

Et parfois, c'est ça le plus triste.


Re-bonjour !

On m'a encouragée à fair une petite suite et je pense plutôt à faire une fic à trois chapitres, donc voici le second :)

J'espère qu'il vous plaira et je remercie les adorables reviewers du premier ! Ca fait toujours plaisir !


La règle en Plomb

Quand elle le revit pour la première fois, ce fut pour illustrer avec une authenticité absurde l'ironie du sort. Elle déambulait entre les rayons d'une boutique de prêt à porter du Chemin de Traverse et ils entrèrent. Lily riait de ce rire fluté qui rendait les hommes fous et laissaient les femmes agacées, et il la suivait de près, un sourire doux animant ses lèvres qui formaient des mots qu'elle était heureuse de ne pas entendre. Et pourtant, une voix se faufilait dans ses pensées : Rose, à ton avis, que lui dit-il ? Qu'elle est belle quand elle rit ?

Elle se mordit la lèvre, fort. Un peu plus et elle se l'aurait perforée. Mais elle se rappela les conseils de Dominique : « Calme et forte, reste calme et forte, et indépendante. Tu les emmerdes, Rosie, tu les emmerdes grave ». Elle les emmerdait grave, donc. Cela dit, ils l'emmerdaient sans doute grave de leur côté, aussi. Un sursaut de colère bien trop coutumière la fit frémir mais elle resta calme. Il était toujours calme et il avait toujours été le plus fort des deux.

Il fallait qu'elle reste calme et forte, et indépendante.

Indépendante était bien entendu la clé de la phrase, de la règle en plomb. Prendre soin de soi, savoir se suffire à elle seule, ne pas avoir besoin de lui. Elle hocha la tête en se remettant à marcher et à toucher le tissu des habits, essayant de se reconcentrer sur le but premier de sa journée. Se trouver une tenue pour son rencard arrangé de demain soir, merci Roxanne.

Serait-il jaloux s'il venait à l'apprendre ? Et comment pourrait-elle bien faire en sorte qu'il l'apprenne sans qu'il sache qu'elle voulait qu'il l'app… Non. Mauvaise direction de pensée. Elle ne devait plus jouer à ses petits jeux qui la rendaient faible.

« Rose ! Wow et ben, le monde est petit ! »

Petit crissement des dents, petit élan de jalousie et de haine. Gros élan de jalousie et de haine.

« Faut croire…, » répondit-elle en prenant son temps avant de tourner la tête vers eux.

Oser venir parader juste sous son nez. Heureusement qu'ils ne se tenaient pas la main car elle n'aurait pu garder son sang-froid si ça avait été le cas. Trop grosse provocation. Elle n'avait aucun doute que c'était l'idée de Lily de venir la saluer. Scorpius n'avait jamais été pour la confrontation directe, il la connaissait trop bien. Une étincelle, et elle la transformerait en incendie. Surtout si Lily pouvait y mourir consumer.

Elle s'empara d'une robe grise un peu au hasard, pour s'assurer une certaine contenance, puis s'aperçut qu'elle était particulièrement moche. Elle n'avait jamais été très robes, de toute façon. Pas comme Lily et ses jolies jambes laiteuses. Peut-être que Scorpius aurait voulu qu'elle porte plus de robes, peut-être aurait-elle dû en porter plus. Elle reporta son regard sur la robe grise dans ses mains. Peut-être n'était-elle pas si moche que ça. Peut-être irait-elle l'essayer, pensa-t-elle.

« Alors, comment tu vas ? lui demanda Lily. Tu fais les soldes ?

-A vrai dire, non, là, je fais de l'aquagym, » répondit-elle, mordante.

Lily échangea un regard qui en disait long avec Scorpius et la mâchoire de Rose se crispa. Elle voulait les étrangler, tous les deux.

« Bon… je crois qu'on va te laisser…

-C'est aussi ce que je crois, » approuva-t-elle sinistrement.

Elle savait pertinemment qu'elle endossait à la perfection le rôle de l'ex amère et aigrie, encore amoureuse, encore désespérée. Elle savait que le principe adjacent à la règle en plomb était de laisser au placard tous ses reproches, tous ses parasites qui pourrissent l'eau d'un beau vase, qui la laisse sale et croupie. Elle le savait mais elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait pas leur sourire, pas leur être agréable. Elle les détestait, ensemble. Souvent, elle les détestait tout court, même séparés.

Scorpius la fixait bien sûr, de ses magnifiques yeux bleu azure. De ce petit air déçu et autoritaire, de ce petit air qui voulait dire « allons, Rose, sois adulte, on n'a plus quinze ans ». De ce petit air d'aristocrate si bien sur lui, si noble. Il ne comprenait pas, n'avait jamais compris.

Et Lily lui lança ce coup d'œil à mi-chemin entre l'amusement et la moquerie. Lui avait-elle offert la satisfaction de la victoire sur un plateau d'argent ? Peut-être. Mais pourquoi continuer de mentir ? Lily avait gagné, tout le monde le savait déjà. Le monde entier avait été mis au courant.

« A une autre fois, alors ! Bon aquagym ! »

Lily tourna les talons, attrapant Scorpius par le bras qui se laissa emporter loin d'elle. Il ne luttait jamais contre Lily, complaisant, obéissant. En tout cas, jamais pour elle. Il ne lui avait pas même adressé un mot. C'est ce qui la laissait plus triste qu'en colère et insultée. Seule la règle en plomb la prévenait de larmes gênantes et impromptues, qui ne l'auraient rendue que plus pathétique encore. Pendant trois ans, elle l'avait aimé. Elle ne lui avait peut-être pas fait de grandes manifestations d'amour, comme au cinéma, mais elle avait toujours été là pour lui, avant d'être là pour elle-même. Et oui, ils avaient rompu, plus d'une fois, et c'était toujours d'elle que le désir de séparation émanait mais c'était aussi toujours elle qui revenait, s'excusait, pardonnait. Les gens disaient que c'était elle qui faisait la pluie et le beau temps dans leur couple, qui décidait quand ça allait et quand ça n'allait pas. C'était vrai. Mais ce que les gens ne voyaient pas, c'est que lui, il était le ciel. Le plus important, le seul qui puisse exister et qu'il se laissait recouvrir par les nuages, imperturbable. Les tempêtes et le tonnerre ne le touchaient pas, il était bien au-dessus de ça. Et elle, elle s'acharnait. Faible et stupide, belle et loyale adepte de la règle d'or.

Et maintenant, elle ressassait. Mais c'était inévitable, se rassurait-elle. On ne passe pas de l'or au plomb sans un peu de mal.

Elle reposa la robe, n'ayant plus trop la tête aux essayages. Elle mettrait un bon vieux Jeans, demain soir, et ça ira bien. Avant de sortir, l'une des vendeuses la salua, lui donnant l'occasion de se retourner et croiser à nouveau les beaux yeux de Scorpius. Il ne souriait pas et elle, non plus. Et aucun n'essaya.

Elle sortit dehors et prit à droite, évitant de regarder les vitrines où sa silhouette pouvait se refléter. Elle ne s'aimait pas énormément, ne s'estimait pas beaucoup plus. Dominique et Roxanne avaient supposé que c'était peut-être un peu ça le problème. Ce n'était pas qu'elle se trouvait moche mais, avec le temps, elle s'était mise à se comparer à Lily. Des traits moins délicats, des cheveux moins glamours et quelques kilos en plus.

Elle se rappelait qu'à dix-sept ans, elle se trouvait belle. Elle avait confiance en elle et en son potentiel. Elle était déjà amoureuse de lui, à cette époque, mais pas désespérée. Non. Elle était confiante. Elle pensait, elle était convaincue qu'il l'aimait au moins autant qu'elle. Ce n'est que lorsque leur relation était devenue sérieuse, qu'elle s'était écrasée contre les propensions gigantesques de l'importance de Lily dans la vie de Scorpius, comme une hirondelle qui se paye une vitre. Et alors, elle avait fini par douter, hésiter… Qui d'elle ou de Lily était la véritable femme de sa vie ? Puis, c'était devenu évident.

Et le vase commença à se vider, et les jolies roses à se rembrunir.

Mais, à vrai dire, était-ce réellement si injuste que ça ? Elle aussi devait bien l'admettre préférait les lys aux roses. C'était tellement plus sophistiqué, fascinant et majestueux. Même les rois français en avaient fait leur symbole doré. Les roses, c'était banal, c'était traditionnel. Combien de milliers d'amoureux s'en servaient pour combler leur partenaire ? Le coup de passe-passe s'était rouillé. Personne n'aimait plus les roses, de nos jours.

Ses yeux étaient rouges sans même qu'elle ait pleuré, c'était elle qui était rouillée, jusqu'à la moelle, jusqu'au blanc de l'œil. Rongée jusqu'à l'os. Scorpius l'avait bouffée jusqu'à l'os. Elle passa devant un fleuriste puis recula, manquant de rentrer dans une femme et son fils qui grommela, mais Rose était devenue sourde au monde extérieur. Elle contemplait les fleurs aux pétales multicolores bercées par le petit vent tiède qui rendait cet après-midi d'avril agréable. Elle ne se rappelait pas avoir jamais mis un pied chez un fleuriste. Elle ne se rappelait pas n'avoir jamais pensé botanique, en réalité, ni avoir vraiment aimé les fleurs…

Mis à part quand elle avait vu Scorpius offrir un bouquet d'œillets de chine à Lily, pour son dernier anniversaire. Aux contours blanc si pures et aux cœurs rose si marqués qu'elle avait eu envie de les attraper et de les balancer à la figure de son petit-ami. Ca faisait bien un an-et-demi qu'il avait cessé de lui offrir des fleurs. Ou bien deux ? Oui, à ce moment précis, elle avait aimé si ardemment les fleurs qu'elle aurait pu ouvrir un fleuriste pour crier aux passants qui seraient passé devant sa boutique, leur rappeler qu'ils avaient quelqu'un à qui rien ne pourrait faire plus plaisir qu'un bouquet de tulipes ou même d'œillets.

Et pourtant, elle n'était jamais entrée elle-même chez un fleuriste.

xOxOxO

Elle décrocha les rideaux des fenêtres que Scorpius avaient choisis, d'un goût certain et raffiné, qui retenaient la lumière de baigner totalement la pièce principale de l'appartement. Scorpius y avait tenu, argumentant que les voisins de l'immeuble d'en face pourraient sinon les observer et qu'il tenait à leur intimité. Mais Rose s'en fichait. Tout ce qu'elle voulait, c'étaient les rayons du soleil le jour et la lueur de la lune et des étoiles, la nuit. Elle ouvrit même les fenêtres car elle l'avait bien aimé, ce petit vent tiède d'un peu plus tôt. Les bruits de la vie dehors la réconfortaient, que ce soit les insultes ou les rires, ou les conversations inintéressantes, de simples salutations ou un jappement d'un chien qui passe. Elle n'était pas seule, il y avait du monde partout autour d'elle, au-dessus, en-dessous, dans les appartements voisins. Elle pouvait sortir et peut-être si elle tombait sur un anglais pas trop associable, elle pourrait faire une rencontre et sourire plus tard en se le rappelant.

Elle se retourna et admira le joli et captivant orange de sa nouvelle acquisition. Elles tournaient lentement dans le joli vase transparent et leurs tiges d'un vert vif s'entremêlaient, flottant dans l'eau pure et brillante sous le soleil qui éclairait la salle. Le vase était magique, tant qu'elle le remplirait d'eau, les fleurs ne mourront pas. Elles continueront d'embaumer la pièce avec ce parfum de printemps, de vie et d'espoir fruité qui l'avait envoutée chez le fleuriste.

Elle s'avança vers elles et toucha l'une de leurs épines fortes, appuya assez pour sentir son piquant mais sans saigner pour autant. Elle aimait ses roses, elle aimait ses roses orange et jaunes, et elle s'en occuperait elle-même de son vase.

Elle avait acheté l'arrosoir.