On ne quitte pas quelqu'un qu'on aime.
Résumé :
Règle d'Or : On ne quitte pas quelqu'un qu'on aime.
Même aculé, même terrifié, même à l'article de la mort. Même quand il pleut, même quand il vente, surtout pas quand il neige. Même quand on devrait.
Jamais.
Et parfois, c'est ça le plus triste.
Re-Re-bonjour !
Alors, je sais ce que j'ai dit, que ce serait trois chapitres et basta, sauf que j'ai un problème : je change toujours d'avis ! Donc je vais arrêter d'affirmer des trucs... en tout cas, voilà, le chapitre trois qui ne peut clairement pas être le dernier parce que je réserve quelques petits trucs plus chouettes à Rosie ;).
Merci à tous les reviewers tout à fait adorable qui m'ont laissé leur petits commentaires, ça fait, vous vous en doutez, vachement plaisir !
Bonne lecture
La règle en barbe-à-papa
Elle regardait autour d'elle, avec cette impression qu'elle était l'épicentre d'une tornade. Elle restait immobile et tout autour, on courrait, on marchait vite et on se bousculait. L'atmosphère était bruyante et lumineuse, à en réveiller un cimetière tout entier. Des éclairs multicolores volaient dans les airs, synchrones et répétitifs. Et pourtant, ce n'était pas de la magie, c'était l'énergie des moldus qui bourdonnait et éclairait la nuit, la déformait et la domptait, chassait l'obscurité et le silence à grandes vagues de lumière artificielle et de sons démultipliés. Et des choses qui tournaient et se déplaçaient à tout allure, aussi haut que les balais volaient, comme des pièges gigantesques qui allaient leur tomber dessus, à tous autant qu'ils étaient, là, pauvres humains attirés par la lumière.
Rose s'était laissée trainée ici mais si elle n'avait pas déjà une bonne dose de doute en elle, elle était désormais absolument convaincue d'avoir pris la mauvaise décision. Elle aurait dû dire non, débiter des mensonges comme un esprit farceur et des prétextes comme une mauvaise fillette capricieuse. Peu importait la bassesse, elle aurait dû tout mettre en œuvre pour les empêcher de l'emmener dans cet endroit littéralement diabolique ! C'était encore pire que la fois où elle et Albus avaient suivi James dans l'allée des Embrumes, alors qu'ils avaient respectivement dix et douze ans, échappant aux parents qui faisaient les emplettes de la rentrée de James et des plus grands. Ca avait bien failli tourner à la catastrophe mais cette fois-ci, ils avaient eu cette chance insolente qui avait sauvé le trio d'or de bien nombreuses fois avant eux.
Mais là, elle ne le sentait pas du tout aussi bien. Et ces moldus avaient l'air tout bonnement fou à lier. Mais Dominique ne lui avait pas laissé l'ombre d'un choix. Quand elle lui avait ouvert la porte de son appartement, il y avait de ça une heure désormais, Dominique était entrée avec l'air déterminé que tout le monde lui connaissait. Et Rose avait immédiatement su qu'elle n'allait pas passer la soirée comme elle l'avait prévue, tranquillement sur son canapé à lire ces bouquins qu'elle avait achetés en masse pour s'occuper l'esprit, le gaver à en exploser d'aventures imaginaires et d'une myriade de personnages fictifs, avec leur passé et leurs tragédies, leurs défauts et leurs qualités. Avant, elle ne lisait rien d'autre que le Quidditch Mag et la Gazette du Sorcier… mais avant, elle passait son temps à tourner sa vie dans tous les sens dans sa tête. A se torturer, à combattre ses démons qui la traitaient de faible, de menteuse et de lâche, et ricanait en diachronie de la voir encore et toujours avec lui. Et il y avait un tel raffut qu'elle ne pouvait pas se concentrer sur autre chose, et certainement pas sur un tas de papier bourré de personnes qui n'existaient même pas.
« Ben, Rosie, tu fous quoi, là ? Faut pas avoir peur ! »
James se catapulta contre elle, la faisant vaciller sur ses pieds, en enroulant son bras musclé de joueur de Quidditch pro autour de son cou. Elle leva le menton vers lui qui lui souriait de toutes ses dents parfaitement alignées et blanches. Elle était naturellement dispensée de ses sourires de tombeurs-de-bac-à-sable qui faisaient des ravages mais elle avait tout de même droit à ceux qui lui touchaient pratiquement les oreilles et creusaient de grosses rides d'expression dans ses joues. Mais c'était James Potter, et qui le connaissait sans ses sourires spectaculaires ? Certainement pas Rose, en tout cas.
« Oh mais j'ai pas peur, ironisa-t-elle. Au contraire, ça fait des années que je rêve de crever écrasée par un machin monstrueux moldu, alors…
-Tu râles pas aussi bien que Rouky mais pas loin ! se bidonna-t-il en l'entrainant avec lui dans la foule. T'inquiète, Rosie, on est là pour s'occuper de toi ! Et tu vas voir, c'est génial ! On venait souvent quand on était gosses avec Rox et Rouky, on a passé des soirées qu'on est pas prêt d'oublier ! Bien sûr la première fois que j'y suis allé, c'était avec Papa… mais les fêtes forraines, c'est magique, j'l'ai toujours dit ! Le Grand Huit, les palais de… »
Elle le laissa l'emporter dans la masse humaine grouillante et braillante, et lui narrer ces fameuses frasques très James-Sirius-Potteriennes. Maintenant qu'elle était bel et bien là, elle n'avait de toute manière plus d'autre choix. Elle ne pouvait que les laisser la balader au royaume des moldus. En ayant une mère sang-de-bourbe et un grand-père fanatique des moldus, tout mènerait à penser que Rosie était coutumière de ce monde parallèle à celui sorcier, ou pour le moins intéressée et curieuse. Mais pour elle, les moldus étaient comme les Américains. Ils habitaient sur la même planète, parlaient le même dialecte, il lui arrivait d'en croiser bien souvent dans la rue et elle n'avait rien contre eux mais les faits s'arrêtaient là. Elle préférait son univers de sorcière britannique au cœur brisé qu'elle essayait de reconstituer en prenant soin d'un vase symbolique. Et ma foi, sans pour autant affirmer qu'elle excellait, elle ne se trouvait pas si mauvaise…
Il y avait bien sûr quelques bavures à l'aquarelle de sa nouvelle vie qu'elle voulait parachever. Elle n'était pas au bout de ses peines, elle en avait bien conscience, mais elle s'améliorait. Ca faisait trois mois qu'elle n'avait pas pleuré, un peu moins qu'elle n'avait pas prononcé son prénom et qu'elle souriait en saluant son entourage. Elle avançait la tête haute et son assurance, son estime d'elle-même se reconstituait petit-à-petit, avec le même rythme que le jet de l'arrosoir dans son vase, chaque matin. Et ses jolies roses, aux pétales orange et jaunes, aux épines sauvages et piquantes, se portaient comme un charme.
Mais il y avait toujours ces parasites, ces molécules mauvaises dans l'eau qui grignotaient tous ses efforts. Des questions qui tournaient en boucle, obsédantes, dans son esprit. Et leurs réponses…
La différence résidait dans ce talent incroyable et salvateur qu'elle s'était découverte de les ignorer, de les écarter farouchement. Question comme réponse. Elle les laissait tourner, les observait la nuit sur le fond de ses pensées et de ses peurs, de ces démons qu'elle était lasse de combattre. Alors, elle les laissait tout simplement vivre, et elle vivait de son côté en les entendant, mais sans les écouter. En les snobant comme elle le faisait désormais avec lui et Lily. Et tout allait pour le mieux. Elle avait trouvé un nouveau standard de vie, un nouveau schéma à répéter chaque jour sans s'essouffler pour s'effondrer à la fin de la journée. Oui, elle était forte, désormais.
Rose repéra enfin Dominique et Roxanne qui étaient parties loin devant pour choisir leur première « attraction ». Rose s'était tout de suite méfiée de ce mot. Attraction ? Attraction gravitationnelle qui poussait des météorites contre des planètes et faisait tomber des pommes sur des savants toqués ? L'attraction pernicieuse qui mène la proie à son prédateur, l'amoureux à sa perte ? Qu'on soit bien claire sur la définition parce que ce mot prêtait à confusion, de manière fort hostile de surcroit !
« Attraction comme attractif, Rosie ! avait ri Roxanne avec son air de professeur attendrie. Quelque chose d'amusant ! »
Amusant et attractif… tout était relatif.
Dominique se retourna vers eux comme si ses gênes de vélanes étaient intégrées de l'option Radar. A vrai dire, Rose n'en savait foutrement rien. Elle n'avait jamais bien compris où s'arrêtaient ces petits aspects fantastiques qu'avaient les femmes Weasley-Delacour et qui les faisaient briller, étinceler, hypnotiques. Elles étaient magnifiques et magnétiques dans une mesure qui donnaient le vertige aux hommes et qui les rendaient esclaves mais, ça, c'était seulement la théorie. Les vélanes de la famille ne parlaient jamais de ça et on le leur rendait bien, faisant mine qu'elles n'étaient pas différentes, seulement plus belles. Bien plus belles. Et que leur colère n'était vraiment pas souhaitable.
Mais la vérité, c'était qu'elles étaient bel et bien différentes. Dominique encore davantage que Victoire. Il suffisait d'observer l'effet qu'elle provoquait chez les hommes moldus, en simplement se retournant, sa jolie robe rose saumon et légère qui sentait bon l'été se décalquant sur son déhanché et sa crinière rousse foncé qui avait semblé un instant s'immobiliser dans les airs comme dans ces peintures de sirènes, trônant sur leur rocher. Et elle en jouait énormément, elle en tirait tous les avantages sans aucun scrupule. Dominique disait toujours que chacun exploitait ses atouts, que c'était ainsi fait, que chacun avait ses défauts et ses qualités, répartis de façon plus ou moins équitable, qu'il fallait seulement en tirer le meilleur parti. Ce n'était pas une question de fairplay. Ceux qui vivaient leur vie comme un match finissaient mal, de toute façon, non ? Rose restait mitigée, néanmoins. Mais peut-être qu'au fond, elle était elle-même un peu jalouse de ce don et de cette beauté irrésistible. Ils auraient sans aucun doute suffit à convaincre Scorpius qu'il avait plus besoin d'elle que de Lily, plus envie d'elle que de Lily. Qu'elle et elle seule comptait. Mais elle ne l'avait pas, alors, comme disait Dom, autant faire avec les siens, d'atouts.
En compagnie de Roxanne, Dominique s'avança donc à leur rencontre, juchée sur ses sandales noires à talons immenses. Rose avait bien regardé, elle n'avait pas trouvé une seule autre femme dans toute cette foule qui était chaussée aussi périlleusement que Dominique. L'endroit ne s'y prêtait pas, la seule vision des engins démoniaques qui éjectaient les gens dans les airs dans de grands cris terrifiants suffisait à le prouver. Mais Rose n'aurait jamais osé discuter l'attitude de Dom parce que le passé l'avait confirmé, Dominique savait ce qu'elle faisait. Force était de constater que malgré ses notes lamentables à Poudlard et sa vie de mannequin jetsetteuse, elle était de ceux de la famille à n'avoir eu quasiment aucun souci. A tous les niveaux, Dominique gérait sa vie d'une poigne de fer. C'est pourquoi Rosie s'y fiait tant.
« Alors, on fait quoi ?! s'enthousiasma James.
-On va commencer par le booster ! annonça Dominique en tendant des petits cartons durs et bleu pimpant à elle et à James.
-C'est sympa, tu vas voir, ma puce ! ajouta Roxanne à grands renforts de gestes. C'est exaltant et décoiffant mais ça reste très gentil ! »
Roxanne aussi était très jolie mais dans un style qui tranchait radicalement avec celui de sa meilleure amie et cousine, Dominique. C'était une grande métisse, avec des courbes prononcées et des jambes interminables. Même les talons cloués au sol dans ses ballerines, elle surplombait Dominique et ses talons d'une demi-tête. Elle avait de grands yeux en amande et un sourire éclatant, et ses cheveux un peu crépus frisotaient avec une liberté qui laissait envieuse.
On pouvait d'autant plus apprécier le contraste entre elles deux qu'elles étaient inséparables, et ce depuis leur naissance. James s'était immiscé au sein de ce petit duo étroit à son entrée à Poudlard, un an après elles. Et depuis, leur amitié marchait du feu de Dieu. Aucun véritable accrochage, pas l'ombre d'une trahison et une ribambelle de désaccords qui faisaient rire tout le monde.
Mais la famille Potter-Weasley était un clan à part entière. Cousins rimaient avec frères. Ca laissait les gens perplexes, eux-mêmes qui connaissaient à peine leur cousins, qui séparaient avec soin ces deux sphères ; Amis et familles. Les Potter et Weasley donnaient l'impression d'avoir peur de s'éloigner, de s'aventurer au-delà. Pour la plupart, ils restaient entre eux, s'accrochant aux valeurs sûres qu'ils représentaient les uns pour les autres. Ainsi, il y avait James, Roxanne et Dominique comme il y avait Albus, Louis et Rose. Et dans une moindre mesure, Lily et Molly.
Etait-ce à cause de la guerre ? Des pertes encourues, des blessures qui ne s'étaient jamais refermées, de ces plaies qui se rouvraient la nuit comme d'autant de bouches aux dents aiguisés pour leur grignoter les intestins ? Les faire se tordre de douleur, cette douleur imaginaire mais sourde qui revenait du passé. Oui, Rose en était persuadée. Leurs parents leur avaient fait comprendre tout au long de leur enfance, tandis qu'ils grandissaient, que le monde pouvait être cruel et qu'il y avait tout simplement des personnes plus importantes que les autres. Bien sûr, ce n'était jamais dit clairement. Pas une seule fois, sa mère ne lui avait dit de rester auprès de ses cousins, de ne pas se lier d'amitié avec d'autres. Non, bien sûr que non. Mais c'était ancré dans leurs anecdotes sanglantes, c'était l'essence de leur combat. Sauver leurs êtres chers, rester unis. Le trio d'or, la famille Weasley envers et contre tout.
Comment avait-elle pu l'oublier ? Elle avait placé Albus et Louis au second plan, il y a de ça bien longtemps, sans même s'en rendre compte. Non pas ses cousins, ses meilleurs amis. Ils étaient ses racines, ils étaient ses frères. Ils l'avaient consolée et avaient essayé de la comprendre même dans ses pires erreurs. Albus la surprotégeait, même quand elle n'en avait pas besoin, et Louis lui souriait même quand elle criait. Toujours, ils l'écoutaient. Et elle aurait voulu qu'ils soient là, eux aussi, mais ils étaient loin, à étudier pour leur avenir. Ce à quoi elle aurait dû elle aussi employer son année mais bien sûr, il y avait eu cette foutue règle d'or qui avaient réorganisé les priorités, lui avait hurlé que la seule façon de sauver son couple était de repousser ses études pour rester auprès de Scorpius et résoudre leurs problèmes toxiques. La voix au fond de son esprit éclata de ce fou-rire hystérique et méchant. Et ça a si bien marché, Rosie ! Tu n'as fait que l'étouffer, ton prince charmant, et l'as fait fuir dans les bras de ta pétasse de cousine ! Bien joué, ma grande, t'es une championne !
Elle la fit taire d'un « La ferme ! » tonitruant. Parce que tout ça était fini, désormais. Les règles en toc et en plomb avaient tout remis en perspective, elle allait mieux maintenant. Et il était grand temps qu'elle reprenne ses études, rejoigne ses meilleurs amis et bâtisse son futur… mais par où commencer ?
« Ici, la Terre, j'appelle la Lune ! Ohé, Weasley, tu redescends avec nous ? » l'interpella Dominique. Elle agitait sa main claire et manucurée devant son visage, avec une mine exaspéré. Rose jaillit de ses pensées noires et regarda sa grande cousine. « Et ben, enfin ! On te dérange pas au moins ? »
Elle regarda autour d'elle et vit que James et Roxanne s'étaient rapprochés du monstre en métal qui balançait des victimes beuglantes dans le ciel noir de Londres. Rose se passa une main gênée dans ses cheveux bruns rebelles, aux quelques teintes douces de roux que son père aimait tant interpeller (Ma Rosie est rousse, comme son père, une vraie Weasley poil de carotte qui se fait attendre… un beau jour, elle se réveillera rousse !). Combien de temps était-elle restée à l'écoute stupide de ses pensées dérangeantes ?
« Tu pensais encore à eux, je paris…
-Non, nia Rose.
-Ah oui ? »
Dominique dirigea sur elle une expression railleuse. Mais elle ne pensait pas vraiment à eux. Elle pensait juste aux conséquences sur sa vie… Sémantique ? Peu importe.
« Je pensais à reprendre mes études, se confessa-t-elle en partie.
-Merveilleuse idée, Weasley, la félicita Dominique. La rentrée est dans moins d'un mois… et devine quoi ? Mon trésor de petit-frère t'a inscrite !
-Non ! Il a fait ça sans même me demander mon avis ?! s'insurgea-t-elle.
-C'est bien ça, tout à fait ça, affirma Dominique avec un sourire de pure satisfaction. Mais c'était l'idée d'Albus… dingue comme il peut être un géni parfois, il m'a scotchée. »
Rose en avait le cœur qui battait la chamade tant elle était surprise et choquée. Elle ne savait trop si elle était émue, indignée ou en colère. Ou angoissée. Reprendre ses études à la rentrée, cette rentrée, dans vingt-jours jours ? Elle refit le décompte mentalement… dix-neuf ! Dix-neuf jours, Merlin ! Elle ne savait même plus où était ses notes, ses cours et tous ses livres pour devenir auror… ça faisait presque un an qu'elle n'en avait pas ouvert un seul ! Et Albus ne serait même pas dans sa classe, à cause de sa stupidité hors-norme d'avoir laissé passer une année… Et Louis serait, de toute façon, dans ses classes d'Histoire.
Dominique rit et posa ses deux mains sur ses épaules en la regardant avec ce regard que Rose avait appris à reconnaître. Baigné de tendresse et de bonté. Ca arrivait si peu souvent que Dominique avait ce regard mais quand ça arrivait, elle ressemblait à s'y méprendre à Victoire, malgré ses cheveux flamboyants.
« Eh, Rose, détends-toi, tout va bien ! lui dit-elle. Arrête avec tes « Oh Merlin ! » et tes « Comment je vais faire ?! », tout va très bien se passer, c'est une excellente chose… »
Elle ne s'était même pas entendu radoter. Rose en rit, la gorge crispée mais son pouls ralentissant. Oui, c'était certainement une très bonne chose. Elle n'aurait sans doute pas eu le courage de prendre cette initiative elle-même. En tout cas, pas aussi tôt. Et après, aurait-elle vraiment pensé à reprendre ses études ? Et que serait-elle devenue ? Caissière dans une petite boutique d'ingrédients de potion puants pour le restant de ses jours, comme elle l'avait été toute l'année, à se rendre à son lieu de travail en trainant des pieds ? Idyllique.
« Wow…, lacha-t-elle en riant encore, mais plus naturellement. Vous êtes des anges !
-On est ta famille, Weasley. »
Elle hocha la tête, touchée par-delà les mots de tout ce qu'ils faisaient pour elle. Elle qui pensait qu'elle devait soigner son vase toute seule, choyer ses roses par ses seuls moyens, alors qu'elle avait l'armée du Paradis tout autour d'elle, déguisée sous une tonne de tâches de rousseurs certifiés Wealsey-Corporation.
Dominique brandit alors un pompom touffu et roses, géantissime, que Rose avait vu dans les mains et les bouches de bon nombre de moldus. Même accroché à des vêtements ou à des cheveux, parfois.
« C'est quoi ? s'exclama Rose. Et d'où tu l'as sorti ?!
-Ahah, un magicien ne révèle jamais ses tours. Et c'est de la barbe-à-papa. Goûte. »
Avec une curiosité méfiante, Rose s'en empara, toucha du bout des doigts la surface duffeteuse et collante. Dominique en déchira une partie et l'enfonça dans sa bouche du même rose que la chose qu'elle tenait.
« C'est sucré, exactement ce qui te manque dans ta vie, en ce moment, déclara alors Dominique.
-Quoi ? s'étonna Rose, abasourdie. Qu'est-ce que tu racontes ?
-Arrête, Rose… tu trouves que t'es heureuse ? Ca suffit pas d'être forte, de tout maîtriser.
-Dom, ça va, s'énerva Rose en voulant lui rendre cette chose rose dégoutante. J'en veux pas de ton truc chelou ! Et je vais très bien, je suis heureuse !
-T'es pas heureuse ! s'indigna Dominique. T'étais pas heureuse avec Scorpius, tu l'es toujours pas sans lui… ça fait des années que t'es malheureuse… »
Deux ans, voulut-elle claquer, deux ans, c'est pas des années. Mais c'aurait été se condamner, pas vrai ? Et les gens ne sont pas tous heureux, c'est comme ça. Qu'est-ce qu'on y pouvait ? Pourquoi vouloir à tout prix être heureux ? Le bonheur, c'est surfait. Ca ne veut rien dire. On peut être heureux cinq minutes, une nuit et tout s'écroule au matin, et qu'est-ce qu'on y a gagné ? Qu'est-ce qu'on a gardé ? Qu'est-ce qui est si bien à avoir été heureux cinq minutes ? Ca ne fait que renforcer son malheur, ce sentiment creux et vide qu'on cherche à remplir en soufflant dedans, en le remplissant d'eau. Comme lorsqu'on a faim, faim à en crever et qu'on a seulement une flaque d'eau bouillasseuse. Et bien que fait-on ? On se vautre, on s'étale et on rampe, buvant l'eau sale et dégueulasse comme s'il s'agissait du meilleur vin et d'un festin délicieux. C'était ça la vie, c'était la survie. Ca remplit le ventre, ça trompe la faim. C'était ça être forte, tromper le malheur.
Rose eut envie de pleurer de rage. Pourquoi Dominique devait-elle à l'accuser comme ça d'être malheureuse, à la plaquer contre le mur de cette réalité si méchante ? Elle avait suivi toutes ses règles à la con, elle avait fait une croix sur Scorpius et elle avait tout fait. Elle se réveillait chaque matin et elle remplissait chacun de ses devoirs, elle était une femme forte. Elle sortait avec eux le soir, et elle allait bien. Dominique n'avait pas le droit d'être aussi cruelle. Parce que ça faisait mal. Ca faisait mal, d'accord ? Mal de s'entendre dire que tous ses efforts à aller bien n'étaient revenus qu'à faire semblant. Mal d'entendre qu'on était nulle, qu'on était si loin de ce rêve universel d'être heureux.
« Tu peux pleurer, ma chérie, c'est pas grave, c'est pas ne pas pleurer être forte, lui dit alors Dominique. Etre forte, c'est apprendre à être heureuse malgré tout, d'accord ? C'est la règle en barbe-à-papa, et c'est la plus salope, malgré le nom bien nœud-nœud…
-Parfois, je suis heureuse, Dom…
-Je sais et c'est bien. Mais souvent, c'est mieux. »
Ca la fit craquer et Rose se mit à pleurer. Doucement, sans sanglots mais par dizaines de larmes qui tombent et tombent. Pleurer après trois mois à avoir tout fait pour arrêter, c'était ça la force ? Pourquoi Rose se trouvait-elle alors si pathétique, à pleurer au beau milieu d'un parc bizarre de moldus, pour un garçon qu'elle n'avait plus vu depuis des mois ? Qui n'était pas revenu s'occuper de son vase une seule fois, même pour voir s'il n'était pas brisé.
« Je sais pas comment faire…, avoua-t-elle.
-Je sais, la réconforta Dominique. C'est dur d'avoir le cœur brisé. On comprend pas pourquoi quelqu'un qu'on aime veut nous faire souffrir comme ça, c'est injuste, hein ?
-Ouais…, dit-elle en essuyant ses larmes qui continuait à couler. Ce Barnabé est toujours pas revenu ?
-Et il reviendra sans doute pas. Mais tu sais quoi ? Je suis heureuse quand même. Je serais carrément plus heureuse avec lui mais putain… Rose, y'a pas que lui. C'est pas pour lui que je vis. On vit pas pour les gens qui s'en balancent de notre bonheur. On vit pour nous, pour les gens qui nous aiment et qui se préoccupent de nous, on vit pour être heureux, sans lui ou avec lui, c'est ça la règle en barbe-à-papa. Jusqu'à preuve du contraire, on a qu'une vie, ma poule. »
Rose l'admira reprendre cette barbe-à-papa douteuse et sourire en la mâchant avec un air encourageant. Elle regarda du côté de James et de Roxanne sans les trouver. Elle leva les yeux et les trouva, tous les deux, très loin et très haut, attachés au poteau immense qui les catapultait dans les airs pour les faire redescendre. Elle crut reconnaitre leurs voix parmi les cris mais elle n'en n'aurait pas donné sa main au dragon, mais elle les voyait. La bouche grande ouverte, époustouflés, les bras levés en l'air, comme s'ils vivaient une aventure extraordinaire, effrayante et unique. Rose se rendit compte avec soulagement qu'elle avait arrêté de pleurer.
« Ils ont dû se dire qu'on ira au prochain tour, imagina Dominique en enroulant son bras à celui de Rose. Si t'as les citrouilles pour, bien sûr…
-Comme si j'avais peur d'un truc moldu, Weasley, se moqua Rose en reniflant un peu.
-J'sais pas… t'as toujours pas goûté à la barbe-à-papa, alors, je me dis que… peut-être que… tu flippes graves… »
Rose rit en secouant la tête et Dominique arqua l'un de ses sourcils roux et parfaits. Rose enfouit ses doigts dans la chose rose et douce, en arracha un bon bout et l'enfourna dans sa bouche. Instantanément, il fondit sur sa langue, l'engluant de sucre.
« C'est vrai que c'est super sucré, ce machin !
-Quoi de mieux, hein ?
-La règle en barbe-à-papa, t'as dit…
-C'la même, Weasley.
-Je suis plus à une règle bidon près, de toute façon.
-Insulte pas mes règles.
-J'adore tes règles.
-Alors, tu vas adorer la pêche aux canards. »
