On ne quitte pas quelqu'un qu'on aime.
Résumé :
Règle d'Or : On ne quitte pas quelqu'un qu'on aime.
Même aculé, même terrifié, même à l'article de la mort. Même quand il pleut, même quand il vente, surtout pas quand il neige. Même quand on devrait.
Jamais.
Et parfois, c'est ça le plus triste.
Bonjour à tous !
Donc, voilà, après avoir effacé et ré-effacé des pages et des pages insatisfaisantes, le fin mot de l'histoire ! J'espère avoir pas mal réussi le boulot, mais ça ce sera à vous de me le dire :). Ce chapitre est assez long, y'avait beaucoup à dire et je ne voulais surtout pas baclé, donc j'ose espérer que vous tiendrez jusqu'au bout... Merci à tous les lecteurs qui m'ont suivi et reviewé, c'était très agréable.
Bisous, bisous et bonne lecture !
La règle givrée
« Puuu… »
Albus attrapa le bras de Rose, usant de ses réflexes imparables, pour la retenir de justesse de la chute qu'elle encourrait très prochainement en marchant sur la plaque de verglas, dissimulée sous une fine couche de neige. Rose souffla avec exaspération, réajustant la lanière de son sac volumineux sur son épaule et lança un regard noir en biais à Albus qui riait.
« Puuuuu… rée, ce qu'Albus est foooort…, minauda-t-il.
-Ouais, regarde devant toi, » lui conseilla-t-elle.
Il fronça les sourcils, le sourire taquin toujours en place, et finit par lui obéir, se rendant compte au dernier moment qu'il avançait droit sur un lampadaire. Il sursauta et bifurqua in extremis, accueillant le regard satisfait et moqueur de Rose avec amusement.
« Alors, c'est bon, désormais, décréta Louis qui, au bord du trottoir les attendait, vous êtes quittes ! Vous vous êtes mutuellement sauvé d'un moment gênant !
-Bien vu, Loulou ! l'applaudit Albus. Bon, qu'est-ce que branle Ernie… ? »
Il n'eut pas le temps d'achever sa phrase chargée d'impatience rapidement contrariée que le magicobus déboula à toute berlingue dans la ruelle, provoquant un tintamarre de tous les diables, avant de se stopper net devant eux. Louis bondit en arrière, trébuchant presque sur la malle qu'il avait posé par terre, et observa le bus devant lui dont le moteur ronronnait. Albus rit et passa un bras autour des épaules de Rose qui souriait, elle aussi beaucoup amusée. Le magicobus ouvrit ses portes et la tête chauve de Stan Rocade apparut.
« Bonjour, les gaillards ! En route vers le bercail pour Noël ? » dit-il en bondissant sur le trottoir pour les aider à porter leurs bagages. « Ah, Noël, quelle fête magique ! Faut pas la louper, ça s'fête en famille ! Regarder bien notre petit bébé, on l'a décoré pour l'occasion ! »
Rose, qui avait grimpé dans le bus, sourit aux guirlandes rouges et blanches qui ondulaient dans les airs comme des anguilles dans l'océan, et les motifs de sapins et de Père-Noël qui étaient dessinées sur les vitres, plus propres qu'à l'accoutumé, du bus. Oui, Noël sentait bon les feux de cheminées et les buches au chocolat, et elle entendait déjà le bruit des emballages de cadeaux froissés et les conversations bruyantes de son incroyable famille qui lui avait tant manqué pendant ce long semestre.
Par derrière, Stan posa ses deux grandes mains sur les épaules de Rose, habillée de son épais manteau brun, et lui fit son grand sourire aux dents de travers.
« Il est pas beau, mon bébé ?
-Si, j'avoue, dit-elle. Pourquoi tu t'es pas déguisé en Père-Noël ? Et Ernie en lutin ?
-Faut pas pousser, Weasley ! faut pas pousser ! »
xOxOxO
« Bon sang, Ron ! s'écria Hermione, le visage dépeignant toute son irritation à l'encontre de son mari. Tu avais laissé ma salade sur la table ! Je t'avais dit une bonne douzaine de fois de ne pas oublier de la prendre ! »
Rose et Hugo échangèrent un regard entendu, ne connaissant que trop bien ce genre de querelles, tandis que leur mère arrivait dans sa robe pourpre en laine et que leur père préparait la poudre de cheminette qu'ils s'apprêtaient à utiliser pour voyager de leur cheminée à celle de la résidence Potter. Cette année, c'était chez Harry et Ginny que la famille allait fêter Noël mais chacun aidait le couple en préparant des plats, telles que la salade et quelques autres entrées qu'Hermione tenait dans les bras. Ron ne prit pas la peine de se retourner et roula les yeux avec exaspération.
« Oui, et ben, chérie, j'avais un peu d'autres choses à penser !
-Et quoi donc ? »
Ron fit claquer sa langue avec frustration, ce qui ne fit qu'accentuer l'énervement de son épouse mais celle-ci choisit de laisser passer sa négligence pour cette fois. Et comme pour la remercier de l'effort, il se retourna et la débarrassa de bons nombres des saladiers et récipients qu'elle avait empilé dans ses bras. Elle sourit, redevable, et l'embrassa sur la joue.
« Un partout ? glissa Hugo avec malice.
-Je sais pas… je dirais quand même que Maman a gagné cette bataille…
-C'est vrai !
-Bon, les gosses, ramenez-vous, on est déjà en retard ! les appela leur paternel avant de prendre place lui-même dans la cheminée. Et prends ça, fiston, j'suis surchargé, là. »
Hugo obtempéra dans la seconde, attrapant le plus gros des saladiers pour que son père puisse prendre une poignée de poudre en prononçant à voix haute l'adresse de sa sœur et de son meilleur ami. Il disparut dans des flammes vertes et un sourire destiné à sa femme qui fit aussitôt volte-face en direction de ses deux enfants.
« Vous voulez y aller d'abord ou… ?
-Non, Maman, vas-y, l'interrompit Hugo.
-D'accord, mon lapin. »
Elle posa rapidement une bise sur la joue d'Hugo, puis sur celle de Rose qui rit à cette obligation quasiment vitale pour Hermione de toujours embrasser ses enfants ou même son mari avant de se quitter, même si, en l'occurrence, leur éloignement ne durerait qu'une minute ou deux, tout au plus. Elle imita ensuite son mari et les flammes l'envoyèrent à son tour à l'endroit des festivités. Les yeux bleus foncé de Rose ne quittèrent pas le feu émeraude, même lorsque son frère cadet de deux ans posa sa main libre sur l'épaule de sa sœur et la rassura :
« Ca va bien se passer, j'en suis sûr.
-Je sais, lui dit-elle en tournant un sourire vers lui. C'est juste que ça fait longtemps que je ne l'ai pas vu… » Le décompte se fit dans sa tête, avant même qu'elle n'ait pu se retenir. Huit mois, déjà. « Ca va faire bizarre de le revoir … et puis, il y aura Lily et je pense que j'ai surpassé ça mais…
-Tu l'as fait, certifia Hugo. Tu es au-dessus ça, maintenant. Le moment où t'es rentrée à la maison, j'ai tout de suite pu voir la différence, Roro. »
Son cœur fut enveloppée d'une agréable chaleur qui irradia jusqu'à son estomac et dissipa un peu de l'appréhension qui lui tendait les nerfs. Hugo était le garçon le plus attentif et adorable qui pouvait exister, et Rose avait une chance inouïe de l'avoir comme frère. Ils n'avaient pas ce genre de relation fraternelle fusionnelle mais ils étaient proches. Aussi loin que Rose pouvait se rappeler, elle ne s'était jamais disputé avec lui, même pas pour un jouet. Ce qui avait été à elle avait toujours été à lui, et vice-versa, il n'y avait jamais eu de terrain de compétitivité entre eux deux, aucun conflit d'intérêt d'aucune sorte. Elle ne savait de qui elle devait ça. Peut-être du caractère simple et conciliant d'Hugo, ou peut-être de son propre amour sans limite pour lui qui la rendait strictement incapable d'élever la voix sur lui. Non pas qu'elle en ait un jour ressenti le besoin, d'ailleurs. Et bien qu'ils ne soient pas complices et amis, comme pouvaient l'être Victoire et Dominique, Rose aimait leur relation. Ils avaient des secrets l'un pour l'autre mais ça allait à chacun. Rose était la grande sœur de Hugo, pas sa confidente, et elle n'en avait rien à faire de ses pensées intimes s'il préférait les lui cacher, elle voulait juste le protéger si jamais arrivait ce jour où il avait besoin de son aide. C'était ça, leur relation. Une confiance entière et une entraide continuelle.
Et c'était vrai, elle était passée à autre chose. Elle ne pensait plus constamment à Scorpius et à leur histoire, elle était enfin parvenue à faire la part des choses. Elle s'était rendue compte qu'elle aussi avait commis des erreurs, que c'était aussi de sa faute. Elle avait été fidèle et elle l'avait aimé, vraiment et avec toute la sincérité du monde, et c'était certainement vrai que ça n'avait pas été son cas, à lui. Mais elle avait fait des erreurs, des erreurs graves et qu'elle ne pouvait pas fuir comme ça, indéfiniment. Elle ne pouvait plus les accuser, Lily et lui, sans relâche. Non pas pour eux mais pour elle-même, pour pouvoir à nouveau se regarder dans le miroir et se sourire. Elle acquiesça et les yeux noisette d'Hugo brillèrent avec douceur.
« Et même s'ils sont en effet en couple, s'il-te-plait, ne sois pas trop triste. C'est Noël.
-Je ne suis pas triste, Hug', je suis heureuse.
-Je sais, je le vois bien ! Je ne veux juste pas que tu redeviennes triste.
-Ca ira, je te dis ! Allez, vas-y, va rejoindre les autres avant qu'ils psychotent ! Ou qu'on voit apparaitre la tête grognon de Papa…
-Non, toi vas-y, j'ai oublié un cadeau dans ma chambre, lui apprit-il. J'arrive, je me dépêche ! »
Elle mit les pieds dans les flammes vertes et indolores, se saisissant du saladier que son frère lui tendit, puis elle suivit les étapes nécessaires avant d'être, en regardant son frère monter les marches de l'escalier par quatre. Elle fut ensuite aspirée dans le conduit de cheminée et vit défiler des salons avec des sapins de Noël et des réunions de famille. Des petites bulles de vies, des petits flash d'intimités. Puis le grand film s'arrêta et elle se retrouva dans le large foyer bien connu de la famille de son oncle et de sa tante. Le salon était somptueux, lumineux comme toutes les pièces de la grande maison Potter. L'air lui-même semblait étinceler et Rose se demanda si on lui avait jeté un sort, ou si c'était seulement la neige qui brillait dehors, le gèle sur les fenêtres ou le feu de la cheminée qui irradiait l'atmosphère. Ou peut-être le grand sapin qui était la star de la pièce, avec ses longues branches vertes, ses boules multicolores qui réfléchissait les luminaires et les bougies tout autour. Ou alors, simplement l'esprit de Noël qui faisait son petit effet.
La pièce était déjà bondée et bruyante. Ses yeux ne savaient où se poser et elle essaya d'enregistrer la scène dans son ensemble. Hermione et Ron enlaçaient Arthur et Molly, au centre de la pièce, et, tout autour d'eux, les retrouvailles se multipliaient. Lily était collée au flanc de son père qui avait un bras autour de ses épaules et qui discutait avec Molly, deuxième du nom, sa grande sœur Lucy et leurs parents, Percy et Audrey. Non loin, Charly et Bill s'esclaffaient, un verre à la main, devant leur frère Georges qui narraient l'une de ses fameuses aventures, prenant son fils Fred comme témoin irréfutable que ses dires n'étaient l'expression que de la plus vraie vérité. Mais Fred grommelait avec ennui, prenant son mal en patience et attendait la première occasion pour s'éclipser. Il tenta de faire comprendre à sa sœur Roxanne, le ventre rond abritant un bébé de quatre mois, qui passait justement à côté d'eux de venir l'aider mais cette dernière tenait sa meilleure amie et cousine, Dominique, par le bras et toutes deux étaient plongées dans une grande conversation. Elles venaient de sortir de la cuisine et James, Albus et Louis en émergèrent à leur suite, suivant les deux filles. Les cinq jeunes gens dépassèrent Neville Londubat et Hagrid qui conversaient du bon vieux temps.
Il y avait certainement bien plus à voir encore mais Ginny vint alors lui bloquer le cadre qu'elle admirait comme s'il s'agissait d'une peinture, et elle la tira d'une main sur son poigné tout aussi bien de la cheminée mais aussi de sa contemplation qui ne s'était étendu que sur quelques secondes, même si le temps avait semblé s'arrêter.
« Bah, alors, ma puce, tu attendais de rôtir ? plaisanta Ginny souriant avec chaleur. Non parce que j'aime autant te dire que tu n'as pas choisi la bonne cheminée pour ça…
-Heureusement que tu me l'apprends ! rit Rose. Non, c'est juste que ça fait du bien de… de rentrer chez soi pour Noël. »
Le visage de Ginny sembla s'éclairer comme un sapin de Noël dont on allume les guirlandes lumineuses et elle enveloppa sa nièce dans une étreinte. Oui, Rose venait de rentrer chez elle. Ginny l'avait vu petit à petit s'oublier et changer, et elle s'était dit que c'était l'adolescence qui voulait ça. Et pourtant, jusqu'à ses dix-sept ans, Rose était restée égale à elle-même. La petite Rose, petite mais sauvage. Qui savait qu'elle était une fille et qu'elle valait bien un garçon, qu'elle savait comment les faire tomber à terre. Rose était une amazone, une guerrière. Impossible à dompter, même par ses parents qui voulaient qu'elle choisisse Arithmancie comme option mais qui n'avait jamais abdiqué, qui avaient cru avoir une attaque quand Rose était revenue l'été après sa sixième année à Poudlard avec une nouvelle incroyable du pire petit-copain imaginable pour Ron et Hermione Weasley. Elle n'avait pas fait une seule concession devant l'acharnement de ses parents qui refusaient catégoriquement qu'elle puisse avoir été séduite par le fils de Draco Malefoy.
Rose Weasley, tant de chose à dire sur cette petite fille, sa nièce adorée qui avait depuis toujours eu ce don de renverser les préjugés et défier les conventions. Une Weasley brune, une féminine adolescente qui aimait les baskets et les sweats à capuche, une fille de héros qui avait laissé sa chance à un fils de mangemort, plus douce que personne ne lui en avait jamais donné crédit parce qu'elle était justement Rose Weasley. Indépendante et féroce, qu'elle refusait de se plier à l'autorité si elle ne la comprenait pas, sans tomber dans le cliché de l'adolescente rebelle. Ginny s'était reconnu en elle, tout en sachant pertinemment qu'elles étaient différentes. Rose était aussi fragile, et il n'avait suffi qu'un blondinet pour révéler toutes ses faiblesses. Un an plus tard et Rose était désespérément amoureuse, et Ginny ne s'en était rendue compte que bien plus tard, quand les dommages étaient bien trop profondément réalisés, que Rose s'était perdue dans une crise d'adolescence tardive et destructrice. Qui l'avaient dévoré toute crue, avec appétit mais patience, à coups de remises en question et de paranoïa. Oubliée la Rose indépendante et sauvage, ses épines avaient dégringolé le long de sa tige qui s'était tordue sur elle-même. Ginny savait que c'était en partie de la faute de Lily mais comment contrôler deux cousines bien trop proches du même garçon ? Elle n'avait pas su quoi faire, avait essayé d'en parler à sa fille mais ça n'avait mené qu'à des portes qui claquent et des yeux qui roulent avec mépris. Elle ne savait pas ce que voulait Lily, ni ce que voulait Scorpius mais Rose continuait à changer et sa nièce s'était éloignée si loin de ce qu'elle avait été qu'elle avait totalement oublié qui elle avait un jour été. Mais Ginny ne l'avait pas oublié, elle attendait seulement qu'elle revienne.
Pourtant, un seul regard à la fille qui était apparue dans sa cheminée, aux beaux cheveux bruns épais et ondulés, au regard bleu foncé franc et calme, dans un long gilet en laine brun et une petite jupe patineuse beige, un seul regard et elle l'avait reconnue. Elle avait su sur le champ que Rose s'était retrouvée et leur avait fait le cadeau de rentrer à la maison pour Noël. Son rire léger qui était venu si naturellement n'avait été qu'une confirmation. Et Rose était plus belle que jamais parce que, honnêtement, il n'y avait rien de plus terne qu'une personne invincible et rien de plus beau qu'une personne qui se reconstruit.
« Tu nous as manqué, Rosie. »
xOxOxO
« … Oui, c'était un peu chaud, au début mais…
-Elle a passé la première semaine à supplier Tata de revenir la chercher ! explicita Albus en coupant sa part de dinde. Mamaaan, c'est horrible, ils sont tous méchaaaaants…
-Al ?
-Oui, Roro ? »
Il décolla les yeux de son assiette juste à temps pour admirer la trajectoire exemplaire que suivit le gros morceau de pain avant de ricocher, avec une précision remarquable, sur son nez bossu. Albus fit la moue, sous les rires de leur petit coin de table, puis accorda d'un haussement d'épaules faussement coupable qu'il l'avait bien cherché. Rose ne prit pas la peine de garder pour elle sa satisfaction et reprit :
« Ce que je voulais dire c'est que c'est vrai que j'ai un peu galéré, au début… » Albus lui jeta un coup d'œil moqueur, appuyé par le sourcil haussé de Louis à sa droite. « Bon, ok, j'ai vraiment morflé ! Et c'est vrai que j'ai demandé une fois à ma mère de venir me sauver ! concéda-t-elle en riant.
-Tu aurais pu mentir, ma chérie, lui autorisa Hermione après avalé sa bouchée. Je t'aurais appuyée, tu sais !
-Merci, Maman, je te remercierai jamais assez de ta dévotion !
-Mais même si la première semaine a été un cauchemar, elle a pas laissé tomber, narra Louis à Ginny, Ron et Hermione. Elle a vraiment été tenace et courageuse, vous pouvez être fiers d'elle… c'était dur de reprendre le rythme et de récupérer toutes les notions qu'elle avait perdu. »
Un sourire radieux s'étendit sur les lèvres tâchées de vins des elfes de Rose qui se tourna vers Ron quand celui-ci, qui était assis directement à sa gauche, l'attira contre elle pour lui embrasser la tempe.
« Mais on est fier de notre p'tite fleur !
-Même si elle n'a pas encore des notes fantastiques…, dit Hermione, en ignorant le regard accusateur de son mari. On est très fier d'elle, c'est difficile de reprendre ses études de cette façon.
-Et bientôt, Al et elle seront les p'tits bleus de l'équipe de Tonton ! Pas vrai, Harry ? interpella-t-il son meilleur ami et coéquipier qui parlait alors avec Lily et Scorpius, un peu plus loin. Faudra que vous pensiez à leur bizutage !
-Exact ! »
Et arriva l'instant qu'elle anticipait depuis le début du repas. Elle savait qu'il ne se reproduirait pas un nombre insupportable de fois, en raison de leur éloignement le long de la table. Mais il n'y avait pas tant de personnes entre eux. Albus était en face d'elle, puis se trouvait Ginny, et ensuite Harry, et là, au bout d'une diagonale étirée, il était là. Et dés que Rose s'était tournée pour s'adresser à son oncle, elle avait croisé son regard bleu ciel qui était toujours aussi calme et alerte. Son cœur loupa un battement mais il ne se serra pas, aucune douleur transcendante ne la percuta.
-Euh…, Albus exprima ses réticences, ou vous pouvez éviter, aussi !
-Ouais, ajouta Rose. On se passerait bien de vendre des capotes dans la rue, déguisé en Dumbledore et Merlin !
-Voyons ! protesta Ron. Ils ont plus de goût que ça, quand même !
-Oui, enfin, c'est quand même George et toi qui leur donnez les idées, s'interposa Ginny, dubitative. Et question raffinement, vous vous posez là tous les deux !
-Oh ! George ! s'exclama Ron. Notre petite sœur médit sur notre compte ! Il parait qu'on manquerait de raffinement !
-NON ?! Elle n'oserait pas !
-Ah si, si, je t'assure !
-J'admets qu'on était pas au top de notre forme quand on a sorti la bouse-à-chatouille mais, depuis le temps, je pensais qu'on nous avait pardonné notre petit bide, parlementa Georges de l'autre bout de la table, gênant toutes les autres discussions. Sœurette, tu me chagrines !
-Et ils se sont largement rattrapés avec leur dernier produit ! les soutint James avec force. Une vraie petite merveille ! D'ailleurs, c'est ce que j'ai demandé à Rouky, dit-il en pointant Dominique à sa droite qui se servait du vin en parlant avec Victoire et Roxanne, ignorant son cousin royalement, de m'acheter pour Noël ! Rouky, dis-leur ! ROUKY !
-Oh, quoi, à la fin, Potter ?! s'énerva l'interpellée.
-Dis-leur pour mon cadeau de Noël !
-Vous allez voir, une mine d'or d'ingéniosité et de créativité, les prévint Georges. Une œuvre d'art !
-Un cadeau pour l'humanité toute entière, asséna Ron, même les moldus devraient nous décerner leur prix Bretzel !
-Nobel, » le corrigèrent Hugo et Hermione d'une même voix.
Dominique qui se trouvait quasiment à l'extrémité de la table, à côté de Molly qui présidait, se retourna avec agacement pour faire face au reste de sa famille, et extensions, qui étaient tournés vers elle, attendant la fatalité qui allait sortir de ses lèvres, alors que James trépidait d'excitation à sa droite.
« Non, changea-t-elle d'avis. Même moi je ne suis pas assez vulgaire pour expliquer un truc pareil au repas de Noël, devant ma grand-mère. »
xOxOxO
Il était quatre heures moins cinq quand Rose rentra chez elle. Ses parents lui avaient proposée de passer la nuit chez eux, dans sa vieille chambre qui l'attendait sagement sans bouger d'un pouce depuis deux ans et demi. Mais elle avait préféré revenir à son appartement. Après tout, elle n'avait qu'à transplaner, ce n'était quand même pas une étape très complexe. Et elle aimait son chez-elle, elle dormait comme un bébé dans son lit. Et il fallait aussi dire qu'elle avait passé tout l'été à réaménager l'endroit et qu'elle était désormais profondément, follement, irrévocablement amoureuse de son appartement. Elle avait presque tout changé, tout sauf le lit. Elle avait dû débourser une belle somme et piocher copieusement dans ses économies, mais ça valait et le prix, et la peine.
Elle referma donc la porte derrière elle, s'étira en levant les bras au plafond avant de se défaire de son gilet et de le poser sur le canapé du salon. Les roses jaunes et oranges la saluèrent silencieusement, belles à ravir, et elle s'empara de l'arrosoir pour prendre soin d'elle. Elle les contempla pivoter doucement sur elles-mêmes, traduisant leurs aptitudes magiques. On aurait dit des innocentes et jeunes demoiselles, dans leurs robes jaunes et orange époustouflantes, qui virevoltaient à un bal de débutants. Elles n'avaient pas de cavalier, pas de chaperons, oh non, elles se suffisaient à elles-mêmes. Tout ce qui les tenait en vie et fraiches était leur eau quotidienne, et Rose s'en chargeait révérencieusement.
« Quelle équipe de choc, on fait, vous et moi, les filles, » les cajola Rose.
La seconde qui suivait, elle s'éloignait vers la chambre en riant et secouant la tête. Elle aurait peut-être dû suivre l'exemple de Victoire et demander un animal de compagnie pour Noël parce qu'elle ressemblait déjà à une septuagénaire vieille-fille qui parlait à ses plantes. Mais, d'un autre côté, les fleurs ne se soulageaient pas sur le parquet, donc…
Quelqu'un frappa alors à la porte et Rose se figea avec stupéfaction. Elle jeta un regard bien inutile à la pendule la plus proche, elle connaissait déjà l'heure mais elle n'arrivait pas à croire qu'une personne vienne la déranger le soir –matin- de Noël, après quatre heures. Ça devait être sa mère qui lui rapportait un objet oublié, ou un voisin de palier qui se retrouvait peut-être enfermé dehors après de drôles d'événements infortunés comme il en arrive parfois dans la vie. On persista et frappa une seconde fois, et Rose se dirigea vers la porte pour l'ouvrir.
Et heureusement qu'elle se tenait encore à la porte parce que la surprise la fit trébucher. Elle ouvrit de grands yeux, sa bouche cherchant les mots justes, des mots peut-être pas trop idiots et avec un minimum de sens, mais elle était déjà bien trop incapable de trouver le moindre sens à sa présence là, juste devant elle. Il rit un peu de sa réaction puis haussa les épaules, les bras le long du corps et les mains battant contre ses cuisses une cadence dont il détenait le secret. Élégant, bien sûr, et toujours aussi grand, dans sa tenue distinguée et pas vraiment décontractée qu'il avait cru bon de porter pour le dîner familial. Il avait fait tâche, comme toujours, avec sa chemise et sa cravate parmi tous les pull-overs, robes en laine et les polos. Mais c'était Scorpius Malefoy, business man de sa profession et ça rigolait pas, même pour Noël, même avec la famille de sa… copine ? Meilleure amie ? Ex-petite-amie ?
« Je dois déranger… me pointer à cette heure-là, t'allais surement te coucher…, » fut-il le premier à briser le silence gênant.
Il soutint le regard calculateur et hésitant de Rose qui se mordait la lèvre. Les rouages de son cerveau tournait à pleins régimes, épluchant toutes les règles qui lui avaient été autant de rampes sur lesquelles s'appuyer le long de sa périlleuse ascension pour quitter l'état de misère émotionnelle et décrépitude dans lequel elle s'était trouvée après leur rupture, et même bien avant ça. Se battre, être forte, ne pas céder à la tentation, ne pas interpréter toujours le même cycle vicieux, ne pas retomber. Poser de nouvelles bases sur lesquelles avancer, placarder de nouvelles photos sur les murs et réévaluer sa vie, être heureuse. Ça avait plutôt bien fonctionné, elle avait retrouvé sa force d'antan et elle avait repris ses études. Elle avait eu un mal fou, un mal de chien, à accomplir tout ça et elle n'était pas un héros comme son oncle Harry, elle n'était pas un génie comme sa mère. Et pourtant, elle s'était reprise en main et ça allait, ça allait même à merveille.
C'était un peu l'heure du test, c'est ça ? Le grand périple aboutissait là, devant ces magnifiques yeux bleu ciel, ce visage d'ange et ce cheveux blonds comme les blés. Voir si tout ça n'avait pas été que de la poudre aux yeux, un joli voile pour cacher la misère. Elle avait toujours été la menteuse de choix pour sauvegarder les apparences, après tout. Mais elle ne flancherait pas, cette fois, elle serait égale à elle-même et à ses promesses. Elle avait du plomb dans la cervelle et de la barbe-à-papa tout autour du cœur, prêt à amortir le choc si elle venait à tomber.
Elle se retira de l'entrée et lui rappela qu'elle n'avait jamais été une couche-tôt. Il entra, elle ferma la porte derrière lui et il avança dans la petite entrée, desserrant sa cravate. Elle lui emboîta le pas, tout en gardant une bonne distance entre eux. Il s'arrêta au centre de la pièce principale, mélange bien connu par les citadins qui ne roulaient pas sur l'or de cuisine, salle-à-manger et salon. Son regard arpentait la pièce, s'accrochant à tout, au moindre détails. Son visage était fermé mais elle voyait bien dans ses yeux qu'il était déconcerté.
« Tu veux du thé ? lui proposa-t-elle en allant déjà près des placards. Bon, tu connais mon thé, il est pas aussi bon que celui de ma tante Angelina qu'elle nous a servi toute la soirée mais…
-J'aime bien ton thé, » la coupa-t-il.
Elle jeta un coup d'œil par-dessus son épaule pour le trouver devant la porte entrouverte de sa chambre –leur ancienne chambre. Silencieusement, il observait l'intérieur qui était plongé dans la pénombre et silencieusement, c'est lui qu'elle observait. Elle soupira et chercha dans les poches de sa jupe sa baguette, qu'elle ne trouva pas. De toute façon, elle savait aussi se servir de ses mains. Elle s'empara de la théière et commença sa préparation.
« Tu as changé beaucoup de choses, ici, finit-il par remarquer à haute voix. Tu as même repeint les murs. C'est… désorientant. »
Il fallait bien que je m'occupe, aurait-elle voulu dire. Mais c'aurait été une confession un peu trop crue à son goût.
« J'ai rendu beaucoup du mobilier à ta mère, la table, le canapé… tout était à elle.
-Oui, je sais mais elle ne tenait pas à les récupérer, tu n'étais pas obligée de les…
-On en a parlé, elle et moi, Scorpius, et c'était mieux comme ça. »
Pour ne pas paraître trop sèche et grossière, après lui avoir coupé la parole ainsi, elle se retourna un peu pour lui sourire et il hocha la tête. La théière était magique, naturellement, et le thé fut prêt au bout de dix secondes. Elle versa le thé dans deux mugs et en posa un sur le comptoir qui séparait le coin cuisine du reste de la pièce. Scorpius ne vint pas le chercher tout de suite, il était bien trop pris par la contemplation des roses jaunes et orange qui disposaient d'une place de reines, au centre de la table du salon, juste en face de la fenêtre, nue de rideaux. Il ne manquait plus que le projecteur pour former un halo autour du vase dont le verre aurait scintillé de mille feux, les rayons de lumières auraient ricoché contre tous les murs.
« Jolies roses, statua-t-il après quelques secondes. Qui te les a offertes ?
-Personne, je me les suis achetées avec mon propre argent de poche, essaya-t-elle de plaisanter.
-Dans tous les cas, c'est incroyable, on ne croirait pas que c'est le même appartement.
-C'est parce que ce n'est pas le même. »
Que faisait-il là ? Il tournait dans la pièce, marchait sur les lattes du parquet qu'il avait laissé depuis des mois et jouait au jeu des Sept différences, sans même se justifier. Il était quatre heures et elle n'était pas fatiguée, et elle ne dormirait certainement pas plus de cinq minutes d'affilée une fois qu'il l'aurait laissé parce que, Merlin, l'homme qu'elle avait aimé et quitté, dont elle était encore bêtement amoureuse, était venu lui rendre une visite de courtoisie, particulièrement impromptue. Pourquoi était-il là ? Pour elle et son vase, peut-être. Ce fut en tout cas la première chose qui lui traversa le cœur et l'esprit. Vieil espoir, minable et futile, qui ne disparaîtrait réellement jamais. Force, indépendance, bonheur et détachement, oui, oui, elle avait saisi le concept, et l'avait, lui semblait-il, plutôt bien mis en pratique, mais eh, on ne peut pas en vouloir à une femme d'espérer. Tant qu'elle n'en perde pas la tête et toutes ses plus belles qualités.
Cela dit, il n'était certainement pas là pour récupérer l'un de ses biens puisque plus rien ici ne pouvait lui appartenir, à part peut-être le lit. Mais il ne viendrait quand même pas lui arracher son lit, si ? Ou bien, il venait lui annoncer une grande nouvelle. Qu'il sortait avec Lily, allait l'épouser et lui faire une myriade d'enfants blonds et roux. Amusant.
« C'est pour une visite immobilière ? ironisa-t-elle. Tu veux qu'on revende l'appart ? »
Il avait les mains dans les poches, planté dans son salon avec sa cravate lâche et de travers, dans son costard d'homme d'affaire en congé pour les fêtes de fin d'année, et il lâcha un petit rire en levant la tête au plafond. Puis, il soupira et marcha vers le comptoir, et elle qui se trouvait de l'autre côté de celui-ci et qui buvait son thé. Un mélange de lassitude et d'amusement jouait avec les traits de son visage et elle ne savait pas quoi en faire. Il retira une de ses mains de sa poche et s'en servit pour attraper son mug. Il en but une gorgée et le reposa. Ah oui, railla-t-elle en son for intérieur, il raffole de mon thé.
« Huit mois sans mon thé, ça a dû être terrible pour toi, traduisit-elle ses pensées, moqueuse.
-Terrible, c'est le mot. »
Elle eut le droit à un demi-sourire et son estomac décolla pour faire un petit tour du personnel, pendant que des lutins se mettaient à chanter des comptines de Noël, bras dessus, bras dessous, quelque part dans sa cage thoracique. Juste un sourire, un pauvre sourire. Parfois, elle se désolait.
« Tu es venu pour m'offrir ton cadeau de Noël, alors ? tenta-t-elle à nouveau, gardant le ton de la légèreté.
-Non, répondit-il. Je ne savais plus trop bien ce qui te ferait plaisir… »
Huit mois, sonnait leur distance entre eux.
« C'est pas grave, je t'ai rien acheté, de toute façon ! »
Il rit en acquiesçant. Mais Rose en avait assez, elle ne comptait pas le laisser fuir le sujet plus longtemps. Elle prit son air le plus sérieux et lui dit :
« Scorpius. Qu'est-ce que tu fais là ? »
Il baissa les yeux sur son mug délaissé sur le comptoir et le silence tomba lourdement sur la pièce. Elle aurait voulu que ses roses puissent faire quelque chose d'autre que de tourner inéluctablement dans leur vase, qu'elles puissent piailler et siffloter, ronronner, chantonner, grogner, n'importe quoi pour remplir ne serait-ce qu'un peu ce silence oppressant. Scorpius finit par relever le menton et se retourner en soupirant vers le salon. Rose reposa avec énervement son mug, sa patience volant en éclat. Elle fit le tour du comptoir en claquant :
« Scorpius !
-Tu aurais dû me quitter bien plus tôt, » lâcha-t-il.
Il s'adossa au comptoir, se laissant presque tomber contre, les deux mains à nouveau dans les poches de son pantalon en toile noire. Rose eut le souffle coupé un instant mais elle comprit soudainement que l'objet de cette visite était à propos d'eux. Pourquoi ce soir, cette nuit, ce matin ? Qu'est-ce que ça pourrait bien changer après huit mois ? Maintenant qu'il y avait officiellement Lily, maintenant qu'elle avait bel et bien le droit d'être là avec lui, plus que Rose. Et que Rose ne savait même plus si elle avait envie que ça change.
« Oui, j'aurais dû. Pour nous deux. »
Elle s'appuya elle aussi contre le comptoir, à côté de lui mais assez loin pour ne pas le toucher. Elle posa les mains sur sa jupe beige que Dominique lui avait presque commandée d'acheter. Une ravissante jupe de patineuse au tissu épais qui ondulait autour de ses cuisses. Elle avait eu envie de la mettre pour Noël. C'est l'occasion parfaite, Noël, non, pour faire des efforts vestimentaires ainsi qu'une pause avec les pantalons ?
« T'as vu, j'ai mis une jupe, sortit-elle bêtement, sans trop savoir pourquoi.
-Oui, j'ai vu.»
Un ange passa, puis deux.
« Je ne savais pas trop si tu le pensais quand tu m'as dit de ne jamais revenir, ce soir-là. »
Ce soir-là. Ces mots sonnaient comme une profanation et une bénédiction à la fois.
« Je le pensais pas, avoua-t-elle de mauvaise grâce. Mais c'est surement pas parce que j'ai dit ça que ça t'as pris huit mois avant de revenir me voir.
-J'étais sûr que tu reviendrais.
-Je vois…
-Mais tu l'as pas fait.
-Non.
-Et c'est la meilleure chose que tu aies faite depuis longtemps. »
Il se décolla du comptoir et avança de quelques pas dans le salon, tournant sur lui-même, regardant les murs repeints, les nouvelles décorations, le canapé, tout beau, tout neuf, et toutes ces photos de la famille Weasley et Potter, des récentes soirées déjantées et libérées, uniques, passées avec Dominique, Roxane et James, et ces moments inoubliables avec Albus et Louis, qui dataient mais dont elle se rappelaient encore comme si c'était d'hier.
« Regarde ça, notre appar-, désolé, je voulais dire, ton appartement est plus beau que jamais et tu as repris tes études. Depuis que tu es sans moi, tu vas mieux, tu es redevenue la fille que je connaissais. »
Il y avait un tel accent désespéré et blessé dans chaque mot qu'il prononçait, qu'elle cherchait la critique et l'accusation derrière tout ça.
« La fille que tu connaissais, répéta-t-elle avec dédain.
-Oui, la fille que je connaissais. La fille que personne ne pouvait arrêter. La fille dont je suis tombé amoureux en un putain de clin d'œil, y'a quoi ? Cinq ans ? »
Rose avait les mains qui tremblaient et le cœur qui criait des insanités à Scorpius, elle détourna les yeux. Cruelle, cruelle garçon.
« Ma petite-amie avec qui je devais me battre pour passer plus d'une heure par jour, à Poudlard.
-Ca a bien vite changé, » siffla-t-elle.
Il s'avança vers elle et, bien qu'elle ne le regardait toujours pas et fixait la vitre froide de la fenêtre, elle se raidit et croisa les bras sur sa poitrine dans une posture clairement défensive. Elle n'aimait pas le tournant que prenait leur conversation, à creuser à coups de pioche dans leur passé qui semblait désormais à plusieurs années lumières d'ici. Elle n'était qu'une gamine, à cette époque, seize ans, presque dix-sept. Elle était encore libre, insouciante et indisciplinée, elle suivait ses envies qui lui étaient parfaitement claires. Et il était son ami, le Serpentard si calme et souriant, qui lui accordait tout son temps et tout son intérêt, tant et si bien qu'il était transparent dans ses attentions. Elle accepta de sortir avec lui parce qu'il lui plaisait, qu'il était gentil et attentionné, et intelligent et drôle, si différent des autres garçons, mais elle n'était pas encore amoureuse. La journée pouvait s'écouler entièrement sans qu'elle ne le voit et elle n'en souffrait pas, elle avait d'autres choses à faire. C'était une autre époque, une autre ère. Oui, jadis, ça avait été comme ça. Mais un an plus tard, et tout était renversé. Elle était tombée amoureuse comme une débutante et ça lui avait fait un choc, et elle avait dû aller étudier dans une école supérieure, Verbossu, si loin de lui. Il était embauché dans une grande entreprise des finances sorcières et il se rendait quotidiennement à ce quartier des affaires où les femmes étaient des requins, et la jalousie et la paranoïa avaient commencé à grandir. Elle rentrait autant de week-end possibles mais ils étaient toujours tous les deux fatiguées et sous pression, et toute la dynamique de leur couple avait commencé à pencher. Et puis, Lily avait quitté Poudlard, elle n'avait pas de travail et voulait passer tout son temps avec Scorpius, son si grand ami, et ce dernier était tellement plus enthousiaste pour voir Lily que pour la voir elle. Alors, à la fin de l'été, elle avait décidé de mettre ses études entre parenthèse parce qu'elle voyait le garçon qu'elle aimait lui glisser entre les doigts. Et ils avaient pris un appartement mais la situation avait rapidement prise des proportions abominables. Elle travaillait comme caissière dans une boutique d'ingrédients pour potion et elle détestait chaque seconde qu'elle y passait, et elle rentrait un soir sur deux dans une maison vide car Lily avait donné rendez-vous à Scorpius au cinéma, au bar, au zoo, chez un tel ou un autre. Elle était accueillie par un mot sur la table, froidement désolé.
Alors qu'il ne lui parle pas du bon vieux temps.
« Je sais, lui dit Scorpius. Je t'ai fait changer. »
Elle s'obstina à ne pas lui accorder un regard, bien qu'elle le sente devant elle, à seulement un pas. Elle ne voulait pas lui parler, qu'il rouvre la blessure et fasse s'effondrer tout ce qu'elle s'était donné tant de mal à bâtir. C'était de l'histoire ancienne. Oui, elle l'aimait toujours mais elle s'en fichait de leur passé, de leur présent et de leur avenir. A vrai dire, pour être tout à fait franche, elle aurait voulu qu'il s'en aille à cet instant. Elle ne pouvait pas lui pardonner pour la façon dont il l'avait fait se sentir, si mal et perdue, et si peu aimée, parce que c'était ineffaçable. Et il y a huit mois, elle n'aurait jamais dû l'accepter et, aujourd'hui, c'était toujours autant inacceptable. Le temps ne changera rien à ça. Des siècles et des millénaires pouvaient défiler, et ça resterait inacceptable. Elle savait juste qu'un jour, elle se réveillerait et tout ça n'aurait plus aucune importance, qu'elle aurait tout oublié. Pour l'instant, elle avait seulement tourné la page et était allée de l'avant, mais elle se souvenait de chaque regard et de chaque mot, de chaque absence.
« Et je n'aimais plus autant la fille que je t'ai faite devenir, poursuivit Scorpius, même si elle persistait à l'ignorer. J'ai cru que… je ne t'aimais plus.
-Arrête, la ferme, » grinça alors Rose.
Elle balaya la distance qui les séparait encore d'un pas et Scorpius fixa le feu qui dansait dans ses yeux. Celui qui ondulait comme un serpent qui se retient de bondir, celui des débuts de colères de Rose. Elle posa ses deux mains sur son torse et le poussa en arrière avec violence, ce qui le fit reculer de deux pas.
« Arrête ! Personne n'est deux filles, ok ? Il y a pas la pauvre Rose minable et la grande Rose si géniale ! Je suis une seule et même personne, et tu m'as brisé le cœur ! Encore et encore, et encore ! J'ai pas changé, parce qu'on change pas ! J'étais la même personne mais j'étais malheureuse et j'étais pathétique parce que je t'aimais, et toi non ! Essaye pas de chercher de la poésie schizophrène dans toutes ces conneries ! Tu peux pas m'aimer quand je suis heureuse et arrêter quand je ne le suis plus… Merlin… »
Elle posa une main par-dessus son haut, au-niveau de son cœur qui battait à tout rompre comme s'il voulait tout fracasser à l'intérieur d'elle, et elle prit une grande inspiration pour essayer de se calmer.
« Je… j'ai été un sale con, lâcha Scorpius en faisant un pas hésitant vers elle. S'il-te-plait, Rose, donne-moi juste… » Elle retint sa respiration quand il posa ses mains sur ses épaules. « une chance pour me rattraper. Tu sais que je ne referais pas les mêmes erreurs.
-Tu as fait les mêmes erreurs pendant deux ans.
-Oui mais je ne t'avais encore jamais perdue avant. »
Elle en avait envie, une envie incendiaire qui lui brûlait les entrailles, mais elle ne pouvait pas. Ça revenait à abandonner tout ce qu'elle avait entrepris, ses roses radieuses qui avaient embaumé son appartement de vie, Dominique et Roxanne qui lui avaient accordée tant de temps, tellement de soutien… Ça allait contre toutes ses règles, c'était le test, l'examen final et elle ne pouvait pas, tout simplement pas échouer. Elle secoua frénétiquement la tête, il resserra la prise sur ses épaules et se pencha vers elle, l'empêchant de fuir son regard.
« Tu es avec Lily, maintenant, tu…
-Je suis sorti avec Lily pendant trois semaines, Rose, et ça fait des mois qu'on a compris qu'on est juste de très bons amis, et je suis tellement désolé, se précipita-t-il à répondre. Tellement désolé de t'avoir laissée douter.
-Je sais que tu ne m'aimais plus, Scorpius ! asséna Rose. Je le sais !
-Non, tu te trompes, nia-t-il avec tristesse. J'ai… peut-être oublié comment t'aimer mais… »
Sa voix s'éteignit et elle chercha la sincérité dans ses yeux, et sans aucune surprise, elle la trouva là, intacte et resplendissante. Scorpius Malefoy n'était pas un menteur, il assumait chaque vérité. Il avait après tout passé un an sans plus jamais ne lui dire qu'il l'aimait et esquivait la question à chaque fois qu'elle lui était posée. Peut-être avait-il cessé de l'aimer, pendant une période tout du moins, et qu'il était miraculeusement retombé amoureux d'elle. Mais quand ? Il ne lui avait pas parlée pendant huit mois.
« Non, claqua-t-elle sèchement. Surement pas ! »
Elle repoussa ses bras et fit volte-face, seulement pour qu'il lui rattrape l'un de ses poignets et la fasse tournoyer tout droit contre lui. Avant qu'elle n'ait pu protester, il lui tenait la nuque, ses doigts enfoncés dans ses cheveux, et il avait écrasé sa bouche contre la sienne. Et ce fut comme si quelqu'un avait pressé la touche accéléré d'une télécommande parce qu'elle eut l'impression d'être emportée dans un tourbillon, car la tête lui tournait et que son pouls battait des records, comme s'ils étaient déjà le 31 décembre à minuit pile, que le compte-à-rebours s'était achevé et qu'on avait lancé les feux d'artifices, non pas dans le ciel mais dans son ventre. Ou qu'on avait remonté le temps, ce temps béni où ils s'embrassaient encore passionnément, avec sincérité. Et elle eut du mal à atterrir quand, quelques instant plus tard, le voyage à travers le temps se termina, et qu'elle n'était plus ni dans le futur, ni dans le passé, mais bien les deux pieds ancrés dans le présent.
« C'est..., » commença-t-elle, fébrile. Ses lèvres étaient encore bien trop proches des siennes, et sa main dans ses cheveux. Mais elle reprit contenance. « C'est toujours non. »
Il rit avant de l'embrasser, plus chastement et rapidement cette fois-ci, et de la relâcher complètement. Elle savait qu'elle aurait dû être celle à le repousser mais elle se sentait incapable de faire la comédie. Elle resta donc plantée au beau milieu de son salon tandis qu'il lui dit qu'il partait et la laissait dormir, et la remerciait encore pour le thé qui refroidissait sur le comptoir.
« Et, aussi, Joyeux Noël, Rose. »
Noël, et ses grandes réunions festives où les familles mettaient leurs discordes de côté pour se retrouver autour d'une dinde, d'un feu de cheminée et d'un sapin que des enfants avaient pris des heures à décorer, en riant et sautillant, se faisant la courte-échelle et tombant sans se faire mal. Et elle était là à laisser partir l'homme qu'elle avait passé des années à aimer, et malgré toutes les règles si intelligentes et pragmatiques, qui rayonnaient de raison, elle trouva ça tellement ridicule. Il s'était excusé et lui avait dit qu'il l'aimait encore, ou à nouveau, mais la syntaxe importait peu. C'était Noël, et son esprit de renouveau et de joie de vivre si exaltant qui gonflait les rues les plus délaissées d'espoir. Et si Noël avait une règle, toute faite de diodes clignotantes et de flocons flottants, c'était bien celle des nouveaux départs. La belle règle givrée des nouvelles chances. Peu importe que ce soit déjà la troisième ou la quatrième, ça pouvait bien être la quinzième chance donnée pour ce que ça valait, on pouvait toujours compter les chances qu'on offrait mais, parfois, une seule chance ne suffisait pas. Parce que c'était la vie et que les gens n'étaient pas foutrement imparfaits, même ceux qu'on chérit le plus et qui nous aiment aussi. Et il fallait surement être fous et déraisonnés, déments et imprudents, pour se faire une réflexion pareille mais Rose se dit que, aussi longtemps que Scorpius l'aimerait, elle lui donnerait toutes les chances dont il avait besoin. Elle n'était plus une adolescente fragile, plus une fillette bourrée d'insécurité, elle était forte, et indépendante, et elle s'était reconstruite plus robuste que jamais. Elle savait qu'elle pourrait faire face aux déceptions et aux impasses, qu'elle pourrait se relever si elle tombait.
« Scorpius ! le rappela Rose. Ta seconde chance…
-Je la mériterai, termina-t-il sur un sourire.
-Et comment, exactement, tu peux en être si sûr ? » s'indigna-t-elle.
Il haussa les épaules mystérieusement et sortit. Mais la règle d'or tanguait dans l'air, derrière lui, et toutes les implications qui en découlaient formaient une longue rivière qui remplissait le vase qui s'était vidé, tant de mois plus tôt. Mais on ne compte pas quand on aime. Ni les mois, ni les années. Ni les chances, ni les cicatrices. Ce serait trop facile. Et l'on peut établir toutes les règles dont on a besoin pour reprendre le contrôle de sa vie mais qui serait assez sérieux pour vivre selon des règles ?
Voilà, Happy Ending ! Je me suis vraaaaaiment tâtée (le faire revenir, pas le faire revenir, râteau, pas râteau, arghhh), finalement, j'ai décidé d'être gentille, et de leur redonner une chance, parce que je pense que c'est aussi ça la vie, et qu'être forte c'est aussi prendre des risques et ne pas laisser passer des opportunités de mieux refaire les choses... *hihihihi la vie est beeeelle* BREF ! dites-moi ce que vous en pensez :)
