Il se souvenait parfaitement de ce qu'il avait ressenti à l'instant où il avait appris la nouvelle concernant la mort d'Hitler. Il entendait encore la voix de Nixon révéler la nouvelle. Il parvenait encore à ressentir l'énorme soulagement qui l'avait pris d'assaut. Il avait été foudroyé par un choc quasi miraculeux alors qu'il avait cru que cette guerre ne se terminerait jamais et il avait compris qu'il n'avait pas été le seul avec ce sentiment. Célébrant une fois de plus le suicide du Führer, il sortit une cigarette de sa poche de chemise. Il eut un sourire lorsqu'il repensa à la suite des événements. Il se souvenait particulièrement de comment ils avaient essayé d'ouvrir le passage qui donnait accès à la route du Nid.
Il prit une bonne bouffée de clope et…
Il prit une bonne bouffée de clope et il se mit à courir en compagnie de Webster qui ricanait comme un garçon prit en flagrant délit. Se positionnant à plusieurs mètres des énormes rochers qui coupaient la route en deux, ils échangèrent un regard complice. Cette fois-ci ça allait fonctionner ils en étaient certains. Une seconde plus tard, ils firent sauter toute la dynamite et les grenades qu'ils avaient mises et attendirent le résultat avec une grande anticipation. Une fois la fumée disparue et la poussière retombée, ils furent déçus de constater que ça avait à peine bougé.
- Merde ! s'exclama Joe en se frappant le genou.
- Je pense qu'il va falloir un lance-roquette, suggéra Malarkey.
- Je vais le chercher ! fit Luz qui tournait déjà les talons.
- Il faut qu'on arrive en premier… dit Webster en passant une main dans ses cheveux.
Depuis l'annonce de la mort d'Hitler, la Easy avait été déplacée en Autriche avec une nouvelle mission : celle d'avoir accès au Nid de l'Aigle. La grande course avait été lancée puisque les différentes armées et compagnies se battaient pour être les premiers à conquérir l'endroit nazi. Premiers arrivés, premiers servis ! Cette expression encourageait davantage leurs efforts à tenter de retrouver l'accès au prix tant convoité. Malgré cette compétition féroce, Joe s'amusait comme un petit fou. Quel mec sur Terre ne rêvait pas de pouvoir faire péter des trucs ?
Au moment où Luz arriva avec le lance-roquette, Speirs rappela ses hommes à l'ordre en leur intimant de remonter à bord des camions. Une route accessible avait été trouvée et la Easy était désormais première de tête. Les hommes criaient leur joie et levaient leur poing dans les airs en guise de victoire. Rigolant encore une fois comme un gamin, Web passa son bras autour des épaules de Joe en guise de succès.
- Qui aurait cru un jour qu'on allait pouvoir visiter le palace de cet enculé ? s'écria Web à travers le brouhaha intense.
Pour toute réponse, Joe continua d'exclamer sa joie avant de passer son bras autour des épaules de Web.
Quelques heures plus tard, après avoir découvert les plus beaux et riches endroits qu'ils n'auraient jamais cru voir un jour, les hommes se trouvaient au repos dans des demeures de luxe. Plusieurs faisaient l'inventaire de ce qu'ils avaient réussi à piller : de l'argenterie, des coupes de cristal, de la vaisselle en porcelaine, beaucoup de drapeaux nazis, des photographies des principaux acteurs allemands de la guerre et bien plus encore. Jetant un coup d'œil à ce qu'il avait pris, Joe ne fut pas surpris de voir les bouquins dont s'était emparé Web. La majorité était des journaux personnels, mais il y avait également un ou deux romans. Quel drôle de type quand même.
Le lendemain, les hommes de la Easy furent convoqués dans une salle de cinéma afin d'assister aux nouvelles de guerre filmées. Hitler était mort, mais la guerre continuait de faire rage. Si l'Europe était désormais tranquille, les choses étaient différentes dans le Pacifique. Ils eurent droit à plusieurs images de ceux qui combattaient à cet endroit. Si leur moral avait augmenté en flèche depuis le mois d'avril, ces nouvelles les rendirent amers. La possibilité qu'ils doivent poursuivre cette guerre infernale était extrêmement pénible. Lieb et Web échangèrent un regard. Ni l'un ni l'autre n'avait envie d'aller envahir les Japonais qui semblaient être des ennemis redoutables.
Afin d'apporter un peu plus de bonheur dans le cœur des hommes, les supérieurs décidèrent d'instaurer un système de points. Chaque médaille, chaque saut, chaque combat, chaque bonne action cumulaient un nombre de points bien distincts. Ceux qui possédaient quatre-vingt-cinq points se voyaient monter à bord d'un bateau pour rentrer à la maison. Il était évident que les anciens combattants avaient beaucoup plus de chance que les petits nouveaux, ce qui faisait grandir l'espoir des plus vieux membres de la Easy. À cette annonce, Lieb et Web se mirent à calculer leurs points ensemble, croyant qu'avec tout ce qu'ils avaient fait ils seraient en mesure de pouvoir partir plus tôt que prévu et ainsi s'éviter le Pacifique.
- Alors ? demanda Web en relevant la tête. Tu as combien ?
- Quatre-vingts, répondit Lieb en serrant les dents. Toi ?
- Quatre-vingt-sept !
Webster se mit à rire d'une manière victorieuse alors que Joe fronçait les sourcils.
- Impossible. Tu n'étais pas à Bastogne…
- Non c'est vrai, mais j'en ai gagné de plus à cause de la Purple Heart !
- Moi aussi j'ai une Purple Heart donc je devrais en avoir plus que toi. Tu as mal calculé Web.
Joe secouait la tête et le sourire de l'intello avait disparu.
- Non, mais regarde… Il lui tendit la feuille sur laquelle il avait fait une liste. C'est bien le nombre de points accordés pour chaque truc, non ?
- Ouais…
- Alors c'est peut-être toi qui as mal calculé !
Joe regarda une fois de plus sa propre feuille. Il fit un compte rapide avant de rejeter un coup d'œil sur celle de Web.
- J'ai vraiment le bon résultat… Je ne comprends pas… Tu ne devrais pas en avoir plus que moi… On a le même nombre de décorations et de sauts non ? Ce qui diffère sont les batailles... C'est pas logique.
- Viens on va aller voir ceux qui sont en charge ! s'exclama Web avec espoir.
Après une brève conversation avec ceux qui géraient les points, Web appris qu'il n'avait que quatre-vingts points tout comme Joe. Ayant mal réparti ses résultats, il s'était accordé cinq points de trop. Lieb ne comprenait toujours pas comment ils pouvaient être à égalité étant donné que lui avait obtenu une promotion et que Web non et qu'une bataille les séparait, mais tel était le compte. Ils se dirent que tout était faussé et abandonnèrent l'idée de recalculer encore.
Les jours passaient et rares étaient ceux qui quittaient en raison de leurs points. Les hommes alternaient donc entre être de garde et continuer un entraînement intensif. Après tout, s'ils devaient s'envoler vers le Pacifique ils devaient être dans la meilleure forme possible. Puisqu'ils n'avaient pas combattu depuis un moment, les plus haut placés avaient peur que les hommes se ramollissent. Ce qui n'était pas tout à fait faux. Après les premières heures d'entraînement, Lieb fut rapidement essoufflé et fatigué, comme s'il avait perdu tout ce qu'il avait accompli à Toccoa. Web bronchait face à tous ces exercices, mais était heureux que Sobel ne soit plus sur place pour les engueuler comme au tout début. Joe approuvait ce point.
Un soir, ils se rendirent dans la fameuse cave à vins découverte par Winters. Sachant que tous les officiers étaient déjà passés par cet endroit ils se doutaient bien que plusieurs bouteilles devaient manquer à l'appel. Avide de cette boisson, Web avait tenu à aller visiter le lieu souhaitant déguster un bon mousseux. Lorsqu'ils entrèrent, ils furent tous deux étonnés par la grandeur de l'endroit qui ressemblait bien plus à une véritable caverne qu'à une cave.
- Putain ! Hitler et sa bande étaient alcoolos ou quoi ?! s'exclama Joe
- Je sais pas, mais en tout cas il reste pas grand-chose… fit Web qui avait une mine déconfite.
Effectivement, les nombreux emplacements vides indiquaient que plusieurs bouteilles avaient déjà trouvé preneur. L'intello se dirigea vers l'une des nombreuses colonnes avant d'en prendre une au hasard. Il lut l'étiquette avec attention tandis que Joe prenait une bouteille à son tour.
- Hum… Fin des années 30… Il est pas très vieux celui-là…
Il replaça celle qui avait dans les mains pour l'échanger contre une autre. Puis, il recommença son manège à maintes reprises avant de pousser un soupir de désespoir.
- Pas de fine Napoléon… Pas de vieux champagne… Ils ont vraiment tout pris avec eux…
- Et alors ? Ça reste de la boisson quand même non ? fit Joe en ouvrant sa bouteille.
- Oui, mais…
- Bah alors ferme là et bois !
Sans plus attendre, Lieb porta le goulot à ses lèvres et but à grandes gorgées le liquide tiède. Ce n'était pas excellent, mais ce n'était pas mauvais non plus. Le voyant faire, Web décida de suivre et ouvrit une bouteille à son tour avant de boire quelques gorgées. Il grimaça.
- Ouhla. C'est sûrement le pire champagne que j'ai bu de toute ma vie !
Puis il éclata de rire. Joe sourit en entendant le rire cristallin de Web. Il l'observa tandis qu'il buvait une fois de plus le liquide supposément infect et il se rendit compte à quel point son opinion sur lui avait changé. Il appréciait réellement sa présence et sa manière d'être positif. Il avait des chutes émotionnelles comme tout le monde, mais il trouvait qu'il avait une bonne attitude. Il savait toujours quoi dire pour le rassurer même s'ils continuaient de s'engueuler quelques fois. Ils étaient devenus des copains et Lieb se sentait fier d'être entouré d'une personne aussi éduquée et sophistiqué. Si ça n'avait pas été de cette guerre jamais ils n'auraient pu faire connaissance. Joe était un mec de la rue et Web était presque de la royauté à ses yeux tant ils venaient de milieux différents. Lieb n'était pas pour la guerre, mais il était reconnaissant de connaître ce mec-là.
- Tu bois pas ? demanda Web en désignant la bouteille.
- Je te parie que je vais la descendre avant toi, fit Joe sur un ton de défi avant de boire.
En peu de temps, ils passèrent chacun à un nouveau breuvage après avoir terminé le premier. Ils s'étaient aventurés un peu plus loin dans la cave histoire d'être plus tranquilles. Assis sur le sol, leur dos adossé au mur, ils commencèrent des conversations plus ou moins importantes tout en divaguant dans les vestiges de l'alcool. David avoua qu'il n'était pas un grand buveur et Joe lui confia qu'il préférait la bière. Bientôt, leurs corps entiers furent engourdis et leurs têtes tournaient légèrement sans autant donner des hauts le cœur. Joe raconta sa première cuite. Web avouait avoir déjà été malade sur le lit de sa sœur. Ils parlèrent des Allemands qu'ils avaient descendus. Ils discutèrent de Sobel.
David continuait de parler, mais Joe ne se souvenait plus de quoi ils discutaient à ce moment-là. Sans comprendre ce que l'autre racontait, il se contentait simplement de le regarder d'une manière fixe comme s'il était hypnotisé par lui. Il observait sa main qui gesticulait dans l'air comme s'il tentait d'illustrer ce qu'il disait. Quand Web tournait son visage vers lui il contemplait les yeux bleus qui étaient devenus légèrement vitreux, mais qui continuaient d'être brillants. Il examinait sa bouche qui s'activait et il se rendit compte à quel point il avait un beau sourire. En fait ce mec n'était pas mal du tout. Il ignorait pourquoi il avait cette pensée, mais son taux d'alcool lui faisait déjà tout oublier.
Puis soudain, sans même y réfléchir, il tendit son visage vers celui de son comparse avant de l'embrasser sur les lèvres. Le baiser ne dura qu'une seconde ou deux, mais ce fut assez pour que Joe s'aperçoive qu'il venait de commettre une erreur. Il voulut s'excuser, mais avant qu'il n'eût le temps d'ouvrir la bouche David recolla ses lèvres sur les siennes d'une manière si sauvage qu'on aurait dit qu'il avait attendu ce moment depuis longtemps. Les yeux d'abord ouverts, Joe peinait à croire ce qu'il était en train de se passer. Pourtant l'évidence était telle qu'il ne pouvait supposer être dans un rêve. Il se laissa finalement convaincre en fermant ses paupières et en répondant d'une manière physique à Web. Ses doigts agrippèrent les manches de la chemise de son compagnon tandis que les bras de David se serraient autour de son corps dans une étreinte qui n'avait rien d'amical. Sa bouche était chaude, sensuelle, mais surtout très avide ce qui ne laissait pas Joe de marbre. Après tout ils avaient passé quoi… Trois ans sans avoir un rapport physique quelconque ? Oui il avait dû se réchauffer auprès d'un autre à Bastogne, mais ça avait été l'instinct de survie. Là ce qui se passait relevait d'autre chose.
Une chaleur naissait dans son bas ventre et il n'avait pas envie que ça s'arrête. Ça tombait bien parce qu'à en croire la vivacité de Web, il savait qu'il n'était pas seul dans cette situation.
Sauf que…
- Attends, murmura Lieb en rompant le baiser.
- Quoi ? fit David sur le même ton.
Joe se pinça les lèvres tout en réfléchissant. Ils ne pouvaient quand même pas rester là et risquer de se faire voir par quelqu'un. Il était saoul, mais pas inconscient.
- Tu vas pas me tuer, hein ? demanda soudainement David en relâchant un peu sa prise sur Joe.
- Quoi ?!
Puis il se souvient de ce qu'il lui avait dit une certaine nuit à Haguenau avant d'éclater de rire.
- Mais non ! T'as pas la gueule d'un mec que j'ai envie de tuer. Et puis… C'est moi qui ai commencé alors…
Il ne comprenait toujours pas pourquoi d'ailleurs. C'était sûrement la faute de l'alcool. L'excuse facile.
David eut l'air rassuré par cette réponse.
- Lève-toi, ordonna Joe en lâchant David avant de se mettre sur ses pieds.
- Mais… pourquoi ? On est bien là…
- Lève-toi. Aller fainéant !
Joe l'empoigna par le bras avant de le lever de force, sous une pluie de protestations gauches de la part de David.
- Putain tu fais chier… marmonna-t-il en essayant de trouver l'équilibre.
- Suis-moi.
- Pourquoi ? On va où ?
- Fais-moi confiance.
Joe sourit avant de lui tourner le dos et de prendre une nouvelle bouteille de champagne au hasard. Il ouvrit son nouveau trophée de verre dans un bruit singulier et se dirigea vers la sortie d'un pas décidé.
- Attends ! Va pas si vite ! Je te rappelle que je ne tiens pas l'alcool autant que toi !
Lieb se retourna pour voir David qui était toujours debout au même endroit, les jambes dans un angle bizarre. Une main sur le mur il tâchait de trouver un appui, mais il avait plus l'air pathétique qu'autre chose.
- Bon sang Web… On t'a pas appris à boire à Harvard ? demanda Joe en revenant sur ses pas.
- Nah. J'assistais jamais aux fêtes. Je trouvais que c'était une perte de temps.
- Bah ça t'aurait peut-être servi… Aller vient par ici.
Bras dessus-dessous, les deux amis sortirent de l'énorme cave à vins en titubant légèrement. Armé de sa bouteille, Joe prenait quelques gorgées du délicieux mousseux tandis que Web chantait The Star-Spangled Banner (l'hymne national Américaine) à tue-tête avec une voix qui faisait gravement défaut. Lieb pouffa de rire devant cette terrible prestation, recrachant ce qu'il avait dans la bouche partout devant lui. Ils marchèrent en direction de l'endroit où ils logeaient tout en rencontrant certains de leurs comparses qui étaient parfois dans des états d'ébriété encore plus avancés que le leur. Chacun fêtait la victoire à sa manière, mais bon nombre d'entre eux s'étaient tourné vers la boisson gratuite qu'ils avaient hérité.
- Hey ! Lieb ! Web ! Venez jouer aux cartes avec nous ! leur cria Talbert de la fenêtre d'un édifice.
- Ouais on va chercher un truc et on arrive ! répondit Joe sans même réfléchir.
Ils parvinrent à grimper les escaliers de leur bloc appartements avec difficulté. Avant d'atteindre le troisième étage (celui de Joe), David trébucha au moins cinq fois. Ils arrivèrent devant la porte de Joe en se tenant le ventre à force de trop rire. Il mit au moins deux minutes avant de finalement ouvrir le passage. Ils entrèrent en trombe dans l'appartement plongé dans la noirceur. Dès que la porte fût fermée derrière eux, Joe sentit le bras de David s'élever dans les airs comme s'il était à la recherche de quelque chose pour illuminer l'endroit.
- Non, fit Lieb. Je veux qu'on reste dans le noir.
Laissant tomber sa bouteille encore pleine sur le sol, il rapprocha David de son corps avant de l'embrasser avec une intensité dont il ne saurait jamais cru capable. Son comparse répondit d'une manière assez vive, prouvant qu'il était encore capable d'une certaine maîtrise de soi en dépit du taux d'alcool présent dans son sang. Trébuchant dans les différents meubles de la pièce, Joe entraîna Web en direction du lit. Ce dernier se laissa conduire tout en agrippant la ceinture de l'autre à deux mains.
Sa tête vidée de toute pensée, Lieb se laissa guider par ses instincts primaires. Il se fichait complètement que Web soit un homme ou que ce qu'ils étaient en train de faire était passible de peine de mort. À ce moment-là il se sentait bien malgré le sol qui semblait tanguer sous ses pieds. Non seulement il se sentait bien, mais il se sentait aussi vivant. Son cœur battait si vite qu'il avait l'impression qu'il allait exploser dans son torse. La chaleur qu'il ressentait dans tout son corps lui donnait une énergie qu'il n'avait jamais connue auparavant. La proximité, les gestes et la langue de Web l'animaient de toute part, le ressuscitaient de sa torpeur qui avait duré trop longtemps. Ils se couchèrent sur le lit et il laissa l'intello prendre le dessus.
- T'as déjà fait ça ? demanda Lieb entre deux baisers.
- Non. Enfin… Juste avec une fille une fois.
- Alors on est égalité. Sauf que moi je me suis pas tapé juste une fille.
Ils ricanèrent avant de reprendre là où ils avaient laissé les choses sans se faire prier. Explorant des territoires jusqu'ici inédits, ils découvrirent en même temps le bonheur physique le plus pur que seuls des êtres humains peuvent ressentir. La nuit fut longue, bonne, mais surtout très épuisante. Peu de temps après avoir atteint le summum de l'orgasme, ils tombèrent endormis l'un contre l'autre en oubliant qu'il y aurait un lendemain.
Le lendemain matin Joe fut réveillé par les rayons du soleil qui pénétraient dans la chambre. Un mal de crâne fit son arrivée dès qu'il ouvrit les yeux, comme pour lui rappeler tout ce qu'il avait ingurgité la veille. Grommelant légèrement, il se tourna pour voir Webster qui était toujours endormi. Les cheveux en bataille, la bouche entre-ouverte et la barbe naissante firent sourire Joe. Même dans un lendemain de veille, il avait encore de la gueule ce salaud d'Einstein. Il se rappelait parfaitement de ce qui s'était passé durant la nuit même s'il ne se souvenait plus de quelques détails. Il ignorait comment ils étaient parvenus à revenir au bloc d'appartements, mais il se souvenait que les choses avaient rapidement dégénéré.
Bordel.
Il avait besoin d'une clope.
Il attrapa son paquet de cigarettes avant d'en allumer une et d'inhaler une bonne bouffée. Plaçant méticuleusement son visage vis-à-vis celui de Web, il lui recracha toute sa fumée au nez. L'effet escompté eut lieu puisque David s'éveilla en sursaut, s'étouffant avec le cancer évaporé. Lieb sourit, visiblement fier de son accomplissement.
- Bon matin, lança-t-il joyeusement.
- Arhum… marmonna David en se frottant le visage. Putain ma tête…
- Bienvenue au club des lendemains de cuites.
- Merde…
Joe l'observa tandis qu'il s'éveillait doucement. Il avait l'air fatigué, mais ses yeux semblaient plus bleus que jamais. Ce mec avait vraiment une putain de gueule quand même.
- Tu sais quelle heure il est… ?
- Hum… 10h00, répondit Lieb en jetant un léger coup d'œil à sa montre.
Cette réponse donna une vive réaction à Web dont les yeux s'agrandirent.
- Merde ! Merde ! Merde !
Enjambant Joe, il s'élança dans la pièce aussi nu qu'un ver, ratant de peu de renverser la commode au passage. Surpris par cette attitude, Lieb eut un petit rire.
- Putain, mais à quoi tu joues ?
- C'est moi qui suis de garde dans 15 minutes ! expliqua hâtivement Web en se penchant pour ramasser ses vêtements sur le sol. T'imagines si je suis en retard comment Speirs va me gueuler ? Merde c'est pas à moi ça !
Il balança la chemise qu'il avait dans les mains à l'autre bout de la pièce.
- Hey fais gaffe à mon uniforme ! s'exclama Joe d'une voix amusée tandis qu'il le regardait s'activer depuis le lit. Je l'ai repassé hier.
- Putain c'est pas possible… Tu veux me dire pourquoi tout est dans un tas ?! Merde !
- Je pense que si tu réfléchis un peu Einstein tu auras la réponse à ta question.
Web le regarda tout en enfilant ses pantalons, grimaçant sous la connerie qu'il venait de recevoir à la tronche. Joe lui offrit un sourire moqueur accompagné d'un clin d'œil.
- Tu fais chier. J'aimerais bien te voir à ma place, marmonna l'intello entre ses dents.
Il compléta sa tenue et sortit de la chambre en trombes, abandonnant Joe qui était toujours bien pénard au lit consumant sa clope avec un plaisir non dissimulé.
