Les moments qu'il avait passés en Autriche étaient parmi ceux qu'il chérissait le plus. Les paysages, les habitants amicaux, les nombreux souvenirs qu'il avait pu rapporter, les soirs de cuite, mais surtout la liberté qu'ils avaient eue en tant que soldats. Les combats avaient été officiellement terminés ce qui leur avait donné de petites vacances en attendant le Pacifique. Il se souvenait à quel point le lendemain de cuite avec Web avait été difficile pour lui. N'empêche que ce moment faisait aussi parti de ses souvenirs favoris. Il repensait d'ailleurs à cet instant tout en continuant de se balancer tranquillement.

Il observait l'horizon et…


Il observait l'horizon à partir de la fenêtre à côté de son lit. Web était parti depuis une bonne heure et à part s'asseoir sur le matelas il n'avait rien fait d'autre. Heureusement qu'il disposait d'une journée de repos entière, car autrement il n'aurait pas pu réfléchir en paix. Si au réveil il avait pris la tournure des événements avec une légèreté assez inattendue, il faisait désormais face à la réalité à laquelle il était confronté. Le mal de crâne s'était envenimé et il ne parvenait pas à comprendre pourquoi il avait eu un tel comportement à l'égard de son frère d'armes la veille. Oui l'alcool présent dans son sang à ce moment-là n'avait pas aidé les choses, mais n'empêche qu'il ne parvenait pas à comprendre l'élément déclencheur. Il avait pourtant déjà bu en compagnie de d'autres amis et le fait de vouloir se rapprocher d'un autre homme physiquement ne lui était jamais passé par la tête. Était-ce à cause de la guerre ? Était-ce à cause du geste étrange qu'avait eu Web une nuit à Haguenau? Tant de questions fusaient dans sa tête. Toutes des questions sans réponse. Ses premières pensées en se réveillant ce matin-là n'avaient pas été « merde nous sommes nus dans le même lit ma vie est foutue », mais plutôt « putain il est beau gosse même après avoir englouti tout cet alcool ». Il s'en souvenait parfaitement.

Était-il réellement attiré par les hommes ou était-ce simplement une phase par laquelle il passait ? Il l'ignorait et ne pas le savoir le rendait encore plus amer. Il savait pertinemment qu'il ne pouvait pas en parler à personne. On le prendrait pour un fou ou pire encore : pour un déviant. Il n'était ni l'autre. Ça il en était persuadé.

Il avait fini par sortir de sa torpeur et de son appartement pour rejoindre d'autres soldats qui mangeaient non loin du bloc. Il fut heureux de constater qu'il n'était pas le seul à avoir une drôle de tête : bon nombre d'entre eux avaient le teint plutôt vert et ils étaient silencieux, méditant tous sur les effets d'après-cuite. Sans vraiment réfléchir, Lieb prit place à côté de Talbert qui avait encore les cheveux en bataille. Il semblait ruminer sans cesse la même bouchée, ne remarquant même pas la présence de son nouveau voisin. Joe mangea sans grand appétit, profitant plutôt de l'air frais qui pénétrait dans ses poumons. Ça ne lui permettait pas de faire taire ses pensées, mais il se sentait déjà un peu mieux.

Quelques heures plus tard, tandis qu'il venait de terminer quelques tâches quotidiennes, il croisa Webster qui venait vers lui d'un pas non chaland. Se sentant subitement mal à l'aise, il détourna les talons d'un pas rapide, priant intérieurement pour que l'autre ne l'est pas aperçu. C'était bien entendu une tentative désespérée puisqu'il fût presque aussitôt interpellé.

- Joe !

Il accéléra la cadence, mais il entendit les pas rapides de son poursuivant.

- Joe ! Tu me fuis ou quoi ?

Lieb arrêta ses pas avant de regarder David d'une manière sérieuse. Il jeta quelques coups d'œil aux alentours avant d'agripper l'autre paratrooper et de l'attirer dans un endroit moins passant.

- Tu en as parlé à quelqu'un ? demanda Joe à voix basse avec un regard assez intense.

- De… ? fit David le plus sérieusement du monde.

- Tu te fous de ma gueule ou quoi ? Tu veux vraiment que je te fasse un dessin ?!

- Ah… De ça… Mais non j'en ai parlé à personne. Tu me crois dingue ?

Joe poussa un soupir de soulagement.

- Qu'est-ce que t'as dit à Speirs pour ton retard de ce matin ?

- Rien. J'ai pas eu à me justifier parce que je ne suis pas arrivé en retard. Il faut croire que mon entrainement à Toccoa me sert encore…

David eu un sourire amusé tandis que Joe poussa un second soupir (d'exaspération cette fois-ci).

- Je pense que ce serait mieux qu'on traîne plus ensemble désormais, admit-il gravement.

- Quoi ? Pourquoi ?

- T'es vraiment pas aussi intelligent que tu le laisses sous-entendre Webster.

- Tu penses pas que les autres vont trouver ça louche si on arrête soudainement de se parler ? T'as réfléchi à ça ?

Non il n'y avait pas pensé. N'empêche qu'il voulût mettre un terme à ce… À cette… Cette chose qui semblait vouloir prendre forme entre eux. Ce n'avait été qu'une nuit, mais il ne tenait pas à recommencer l'expérience. Aussi bien pour sa santé mentale que sa réputation.

- Non, mais…

- Écoute j'ai pas envie de te sauter dessus si ça peut te rassurer. Puis en plus c'est toi qui a commencé non ?

Joe eut envie de le frapper juste pour lui avoir rappeler qu'il avait été l'initiateur de cette nuit de débauche. Il tâcha de garder son calme.

- Ça n'arrivera plus d'accord ? On a juste à ne plus boire ou si l'on décide de boire on ne le fait pas ensemble okay ? Je n'ai pas vraiment envie de te mettre à dos. T'es un mec sympa Joe. Je te considère comme un bon ami et ce qui est arrivé ne change rien à ça. T'en penses quoi ?

Joe médita quelques secondes, ne lâchant pas les yeux brillants de David qui attendaient patiemment une réponse. Après tout… Ce qu'il disait n'était pas faux. Il ne valait mieux pas attirer l'attention sur l'affaire et continuer à faire comme si rien ne s'était passé. Ça devrait être facile à faire non ?

- Okay c'est d'accord. On ne boit plus ensemble et surtout on ne reparle plus jamais de cette nuit. Plus jamais t'entends ? Tu dis un mot et je te casse la gueule.

- C'est bon j'ai compris ! s'exclama David en éclatant de rire. Je sais très bien que tu en es capable alors c'est sûrement pas moi qui va tenter le diable.

- T'as encore rien vu mon pote. Aller viens on va manger.

Sans attendre son ami, Joe se mit en route en direction du repas. Il ignorait s'il avait fait le bon choix, mais cette situation n'était que temporaire. Bientôt ils seraient largués au Pacifique, retourneraient au front et les choses retourneraient à la normale. D'ici là, ils n'avaient qu'à garder leurs mains dans leurs poches, à se tenir tranquilles avec la boisson et tout irait pour le mieux.

Enfin… C'était ce qu'il croyait.

Le lendemain, les deux amis et Sisk reçurent l'ordre de retrouver l'un des responsables des camps de Juifs dans les montages et de le tuer. Grimpant à bord d'une jeep conduite par Sisk, Joe était plus motivé que jamais. La rage coulait dans ses veines tandis que l'opportunité de venger un tant soit peu son peuple se présentait sur un plateau d'argent. Assit sur le côté passager il fixait la route devant lui tout en se demandant comment il exécuterait le malfrat.

- Tu vas quand même lui demander si c'est bien lui, non ? fit David assit à l'arrière du véhicule.

- On verra.

- Mais si on se trompait de mec…

- T'as entendu Speirs non ? demanda Sisk en jetant un coup d'œil dans le rétroviseur pour regarder son interlocuteur. Il a dit qu'il était coupable. Je vois pas pourquoi il mentirait.

- On sait tous que Speirs est… Particulier. Si ça se trouve il a juste trouvé une raison pour abattre un officier de plus…

- Je lui demanderai, trancha Joe sans une once d'émotion dans sa voix.

Il avait l'intention de le tuer qu'il soit coupable ou non. Tous ces salauds devaient payer pour ce qu'ils avaient fait et celui-ci n'allait certainement pas faire exception à la règle.

Ils arrivèrent tout près d'une petite cabane en bois et Joe empoigna son arme avant de sortir de la jeep. Son cœur battait la chamade tant il était excité. Il était plus déterminé que jamais d'obéir à l'ordre qui lui avait été donné. À ses côtés, Webster semblait s'agiter. Il était visiblement nerveux tandis que les deux autres marchaient la tête haute d'un pas déterminé.

- Joe…

- Quoi ?

- Je le sens pas… On devrait pas faire ça.

Lieb s'arrêta, laissant Sisk prendre les devants.

- Tu veux vraiment désobéir à un ordre donné par Speirs ? T'as une idée de ce qu'il pourrait nous faire si on le fait pas ?

- Je sais, mais… Comment on peut en avoir la certitude ? Le mec ne t'avouera jamais qu'il a fait partie de tout ça…

- T'as qu'à rester derrière si t'as pas envie d'être mêlé à ça. Moi je vais aller faire mon devoir.

Il quitta David qui resta planté sur place, secouant sa tête de gauche à droite en signe de désapprobation. Joe rejoignit Sisk qui l'attendait devant la porte de la maison en bois avant d'entrer à l'intérieur de la propriété sans aucune retenue. La porte claqua contre le mur et Lieb se dirigea vers l'homme avec son arme bien en vue. Il eut une brève conversation avec l'occupant de la maison avant que celui-ci ne tente de s'enfuir sous les menaces de Joe qui l'accusait ouvertement d'avoir participé aux camps. Tout se passa très vite. Sisk et Joe poursuivirent l'homme sur le terrain avant de finalement l'achever de quelques balles.

Les trois hommes retournèrent à bord du véhicule et firent le chemin du retour dans un silence le plus complet. Ils retrouvèrent le camp et dès que la jeep fût arrêtée, Joe débarqua sans même un regard pour ses comparses. Il se dirigea directement vers ses quartiers, se disant que les deux autres se chargeraient bien de faire un rapport à Speirs. Toujours sur le coup de l'émotion, il n'avait pas envie de voir personne. Il avait besoin d'être seul et c'est ce qu'il fit, s'éloignant de tout soldat qui aurait envie d'avoir une conversation. Il s'enferma dans son appartement et décida d'y rester pour la journée.

Ce soir-là, on frappa à la porte de Lieb. Il se leva du canapé tout en inhalant une bouffée de cigarette avant d'aller ouvrir. C'était Webster.

- Ouais ? fit Joe en guise d'accueil.

- Je peux entrer ?

Lieb libéra le passage et David entra dans la demeure temporaire avant de refermer la porte derrière lui.

- Tu veux quoi ? demanda Joe en attrapant une bouteille de whisky qui traînait.

- Voir comment tu allais.

- J'vais très bien. Pourquoi ça irait pas ?

- Je sais pas… Après ce qui s'est passé plus tôt aujourd'hui…

- Tu parles du Nazi que j'ai essayé de buter ? Je me sens juste coupable de pas avoir eu le tir final sur cet enfoiré, mais sinon je suis bien content qu'il soit mort.

- T'as même pas… Un peu de remords ?

- Des remords ?! s'exclama Joe comme si l'on venait de lui dire la plus grosse connerie du siècle. Sérieusement Web tu me demandes si j'ai des remords ?!

- Il était peut-être même pas responsable de ces camps…

- Si t'avais été à l'intérieur de la baraque pendant que je l'interrogeais au lieu de pleurnicher dehors tu l'aurais entendu. Cet enfoiré a eu ce qu'il méritait !

- J'étais pas en train de pleurnicher ! réfuta Web qui fronçait désormais les sourcils. J'en ai juste marre Joe. J'en ai marre de cette foutue guerre et de toute cette violence !

- Bah il avait juste à ne pas commencer à ne pas prendre les Juifs pour des chiens et peut-être qu'il aurait pu continuer sa petite vie sur sa colline. Moi on m'a donné l'ordre de savoir s'il était coupable et si c'était le cas j'avais l'ordre de l'exécuter. J'ai fait ce qu'on m'a demandé c'est tout ! Alors vient pas te plaindre à moi que t'en as marre Web ! Va plutôt blâmer Speirs !

L'intello secoua vivement la tête, comme s'il refusait d'entendre ce que Joe lui disait.

- Continue de faire l'autruche Web. C'est pas mon problème si tu en as marre et que t'aimes pas les ordres qu'on reçoit. T'as qu'à amasser assez de points pour foutre le camp d'ici c'est tout.

- J'ai 87 points ! Et tu sais quoi ? Ces idiots ne veulent pas m'écouter ! Ils croient que j'exagère ! Mais j'ai bien compté plusieurs fois et j'ai 87 points ! Avec ça je devrais être à la maison depuis longtemps !

La voix de l'intello s'était élevée et Joe voyait comment il était agité. Il avait l'impression qu'il était en train de craquer sous la pression. Le pauvre. C'est qu'il devait vraiment en avoir marre. Le problème était que Lieb n'y pouvait rien. Il comprenait son mal être et tout comme lui il voulait rentrer en Amérique, mais ils ne pouvaient pas changer le système qui avait été instauré.

- Encore cette histoire de points ?! s'étonna Joe. Bordel reviens s'en ! Tu n'as pas assez de points, tu en as pas assez c'est tout !

- Si tu savais calculer comme il le faut, je suis sûr que toi aussi tu te rendrais compte que tu en as assez !

Lieb commençait sérieusement à perdre patience.

- Je sais vraiment pas quoi te dire, fit Joe avant de boire une gorgée de whisky.

- Donne-moi ça, ordonna Web qui lui arracha la bouteille d'alcool des mains.

Lieb le regarda tandis qu'il buvait de longues gorgées à même le goulot. Il s'arrêta après quelques secondes avant de s'essuyer la bouche du revers de la main et de faire une grimace.

- Je vais aller parler à Winters. Je suis sûr qu'il pourrait faire quelque chose pour moi.

- Tu sais très bien qu'il a pas le temps de s'occuper de ça. En plus c'est même pas lui qui gère le truc. Sois plus intelligent Web. Laisse tomber.

- Bordel j'ai pas envie d'aller au Pacifique moi ! s'exclama David avant de boire une longue gorgée.

- Moi non plus, mais on a pas le choix ! La guerre c'est comme ça ! On doit fermer notre gueule et suivre les ordres !

Sa voix était devenue plus dure tandis que les yeux de Webster semblaient s'être assombris de désespoir. Ils étaient tous les deux dans la même situation, mais réagissaient différemment. Le conflit planétaire commençait à prendre beaucoup de poids sur les épaules de Joe, mais au mois il tâchait de faire ce qu'on lui demandait sans trop poser de question, se disant que ça finirait bien un jour ou l'autre. Après tout Hitler était mort et si le principal investigateur de cette guerre n'était plus, les Japonais n'allaient pas encore tenir bien longtemps. Joe se rattachait à cette idée. En attendant ils étaient en repos et donc il n'avait pas à se plaindre. Bien entendu ce n'était pas pareil pour Webster qui semblait toujours être en première ligne.

Le silence régnait dans le petit appartement, mais les deux se défiaient du regard. Joe reprit la bouteille de whisky avant de boire à son tour. Il décida de reprendre place sur le canapé avant de pousser un petit soupir.

- Souviens-toi que tu t'es porté volontaire pour cette guerre, rappela-t-il à Webster d'une voix plus calme. Aucune date de fin n'était stipulée dans ce contrat. Compte toi juste chanceux d'être encore en vie et d'avoir tous tes morceaux et toute ta tête. Je suis sûr qui en a qui pourrait tuer pour être à notre place en ce moment. Alors arrête de penser au Pacifique et profite du moment présent. Tu penseras aux japonais quand ce sera le temps.

David resta planté là durant quelques secondes avant de venir le rejoindre sur le canapé. Il passa la main dans ses cheveux avant d'hocher la tête.

- Profiter du moment présent, marmonna-t-il pour lui-même.

Il reprit la bouteille d'alcool et se remit à boire de nouveau d'une manière désabusée.

- T'as l'intention de m'en laisser ou pas ? demanda Joe en regardant la vitesse à laquelle l'autre descendait la boisson.

Comme alerté par la question de son frère d'armes, Webster cessa soudainement de boire avant de regarder Joe. Ses joues légèrement bombées semblaient pleines du liquide qu'il retenait prisonnier dans sa bouche. Il resta en suspend et Lieb fronça les sourcils tout en se demandant ce que son comparse faisait. Il eut rapidement la réponse à sa question puisque la seconde d'ensuite David était sur lui. Ils basculèrent sur le canapé et la bouche de Webster fit pression sur la sienne, l'obligeant à ouvrir les lèvres. La rasade de whisky coula directement dans sa gorge et la langue de David suivit de près, prenant entièrement possession de sa bouche. D'abord surpris, Joe ne réalisa pas ce qu'il se passait, mais il reprit rapidement l'usage de ses moyens et repoussa violemment Webster qui tomba sur le sol.

- Putain mais tu fais quoi bordel ?! T'as dit que t'avais pas envie de me sauter dessus !

- Bah… J'ai menti…

Joe fit une grimace de dégoût et David eut un léger sourire.

- Fais pas cette tête Liebgott. Je t'ai bien vu me reluquer hier matin pendant que je m'habillais. Je sais que je te laisse pas indifférent.

- Quoi ?! T'es complètement barge ou quoi ?!

Le rouge lui montait aux joues, mais il ne savait pas trop si c'était à cause de l'alcool, de la colère ou bien de la certaine gêne qu'il ressentait à ce moment-là.

- On s'est dit qu'on ne prendrait plus un coup ensemble, non ? Regarde ce qu'on est en train de faire, fit David qui souriait toujours.

- Je ne t'ai jamais invité à boire ! C'est toi qui m'a pris ma bouteille sans demander la permission !

- J'ai envie de profiter du moment présent.

Webster se releva avant de reprendre sa place sur le canapé aux cotés de Joe.

- Je suis ici présentement avec toi. Je suis peut-être un peu saoul, tu sais comment je ne supporte pas l'alcool, mais… Ça empêche pas que je me sens bien avec toi. L'autre nuit c'était…

- On s'est dit qu'on s'en reparlerait plus !

- Oui c'est vrai, pardon. Mais… T'es… Je sais pas y'a un truc chez toi…

La respiration de Joe s'était accélérée tandis qu'il attendait la suite de la phrase. Il n'aimait pas vraiment la tournure de la conversation, ni de la soirée d'ailleurs, mais il était tout de même curieux. Il se souvenait parfaitement des pensées qu'il avait eu à l'égard de son comparse et une partie de lui se demandait ce que l'intello pensait de lui. Ils n'étaient pas de la même éducation, ni même de la même mentalité, mais…

- Je sais pas t'es… Je dirais pas différent des autres, mais j'aime ta combativité, ton agressivité. Ça me plaît vraiment.

Joe fut frappé de plein fouet par l'honnêteté de David. Il ne s'attendait pas à ça. Et franchement il ne savait pas quoi répondre. Il voyait Webster différemment depuis qu'ils s'étaient rapprochés, mais de là à dire qu'il lui plaisait ? Le mot était trop fort pour ce qu'il ressentait en réalité. À cet instant précis, il était perdu et ne savait pas trop comment prendre la situation en main. Il resta silencieux, une expression de surprise au visage tandis que ses yeux étaient plongés dans ceux de Webster.

David se rapprocha légèrement et fit un mouvement comme il l'avait fait un soir à Haguenau. Leurs visages étaient de nouveau près l'un de l'autre, mais cette fois-ci Joe n'avait pas l'intention de se défiler comme la première fois. Il se laissa plutôt envahir par la chaleur et la douceur de l'autre qui lui enveloppa tout le corps et qui éveilla tous ses sens. Ils se retrouvèrent une fois de plus couchés sur le canapé et leur échange devint de plus en plus enflammé. La bouteille de whisky se retrouva sur le sol et le contenu du flacon se répandit partout sur le parquet. Joe n'y prêta aucune attention, tout comme il tâchait de ne pas penser à ce qu'il était en train de faire.

Profiter du moment présent.

L'action de la soirée.