Bonjour !

Tout d'abord, un grand merci aux deux adorables revieweuses (pas certaine que le terme existe…) qui m'ont laissée un petit message sur le premier chapitre. Encore un grand merci à vous ! :D

Merci aussi aux favoris/followers, si vous pouviez vous manifester pour me dire ce que vous pensez de ces deux chapitres, ce serait parfait!

Ce deuxième chapitre est prêt depuis un bail mais j'hésitais à le poster… Je ne sais toujours pas si c'est une bonne idée ou non. Mais comme j'ai une bonne avance, je peux largement me le permettre.

CQFD.

» Comme je l'ai dit dans la note du premier chapitre, le rythme de parution restera très irrégulier.

» En fait, il y aura plus de sept chapitre (je ne réalise jamais que les projets que j'ai en tête sont hyper longs à mettre par écrit…)

» Je rappelle que j'ai créé un Tumblr pour cette petite fic (oui, je n'ai toujours rien d'autre à faire (en fait, les outils qu'Internet met à notre disposition me passionnent) (tout le monde s'en fiche je suppose)). Vous pouvez le retrouver à l'adresse : dawnchronicles7tumblr7com (on enlève les 7 et on met des points. Yep. Tous les 7.) Le mdp : acesaboluffy

DISCLAIMER : OP appartient à Oda.

Bêta-reading : petite00, still.

Genre : UA. Le jour où je ferai autre chose, il pleuvra des grenouilles bleues à paillette capables de cracher du feu. Si ! Si !

Bonne lecture !


Kaleidoscope ~ COLDPLAY.

Birds ~ COLDPLAY.


- Alors ce type, cet agent ne l'a arrêté que pour lui faire la leçon et le relâcher ensuite ?

Sabo soupira et attrapa une bouteille de lait pour la ranger dans le frigo.

- Oui, c'est à peu près ça. Mais Ace a aussi eu beaucoup de chance. L'agent qui l'a embarqué, Morgan, est aussi le père d'Hermep, le type qui l'accompagnait. Un sale caractère et, pour tout te dire, je ne l'apprécie pas beaucoup celui-là – je parle de Morgan, hein. N'empêche qu'il a pris en compte le fait que son fils était avec Ace au moment des faits et, de son côté, Hermep a assuré à son père qu'Ace n'y était pour rien. Apparemment, la fille s'est juste mise en colère toute seule et s'est mise à l'accuser de tous les vices possibles et inimaginables…

Dadan souleva le sac de course encore rempli à ras-bord de victuailles pour le poser sur la table de la petite cuisine. Celle-ci, inondée de soleil, avait pour sol un tapis de boîtes de conserves, emballages en carton et sachets plastiques qu'il faudrait s'occuper de jeter quand on aurait terminé… Si Luffy n'en récupérait pas la moitié avant pour se fabriquer un nouveau costume de marin et tout l'attirail qui allait avec.

- C'est fou, quand même. Il a une chance pas possible.

Sabo haussa les épaules.

- Tu parles. De ce qu'il m'a raconté, il lui a juste jeté à la figure qu'il était gay et elle lui a lancé son café au visage en retour. Ensuite, elle lui aurait apparemment écrasé les deux pieds avant de se lever comme une furie et de quitter le café en reversant le plus de plateaux sur son passage. Et, quand Hermep a voulu la suivre dans la rue pour qu'Ace lui présente ses excuses – ce qu'il n'aurait jamais fait, tu le connais – elle s'est mise à hurler qu'ils la harcelaient. C'est comme ça que Morgan est arrivé, dix minutes plus tard. Il devait être content de trouver son fils en si bonne compagnie... Il n'y a qu'Ace pour se fourrer dans la mouise comme ça. Tiens, est-ce que tu pourrais me refiler les yaourts, s'il-te-plaît ?

- Ce gosse a un sacré pif quand même, affirma-t-elle en tendant le bras par-dessus la table pour lui tendre ses yaourts. Je te le dis, moi : il s'en serait pas sorti comme ça sans un bon coup de pouce du destin.

-… et d'Hermep. Un gros coup de pouce d'Hermep. Faudra penser à le remercier.

Dadan haussa les épaules.

- J'en reviens toujours pas qu'ils l'aient laissé sortir comme ça… Je veux dire, Morgan l'avait bouclé, non ?

- Pas vraiment, grinça Sabo. Il ne pouvait pas arrêter son fils pour quelque chose dont il n'était pas certain, puisque seule Perona soutenait qu'elle avait été harcelée. Personne n'a rien vu… Elle est connue à Dawn, tu sais. Tout le monde la prend pour une tarée.

Sabo hésita une infime seconde avant d'ajouter :

- La pauvre…

- En attendant, enchaîna Dadan, tout est bien qui finit bien ! Je comprends pas grand-chose à ton histoire, à part qu'ils avaient aucune réelle charge à retenir contre Ace pour le boucler… Mais on s'en fiche ! Quand est-ce qu'on doit ramener le p'tit Luffy en cours ?

Sabo jeta un coup d'œil à l'horloge murale qui pendait, de travers, au-dessus du four. Une antiquité, mais une antiquité qui continuait vaillamment de faire tourner ses aiguilles à chaque nouvelle heure, chaque nouvelle minute, chaque nouvelle seconde.

- Dans trois-quarts d'heure. Sachant que la maîtresse les laisse jouer encore un peu dans la cour avant de les rentrer en classe, on peut peut-être s'arranger pour négocier deux ou trois minutes de plus…

Cette dernière remarque fit sourire Dadan, qui approuva du chef.

- Parfait ! tonna-t-elle en s'emparant d'une casserole. Je vais vous faire des steaks avec une tripotée de petits oignons dont vous me direz des nouvelles !

Pendant que Dadan – la plus-ou-moins « amie » de Garp et, à ce titre, leur tutrice quand il n'était pas à domicile – s'affairait autour du gaz, Sabo chevaucha les innombrables papiers, cartons et plastiques qui jonchaient le sol pour atteindre la porte.

Luffy jouait à l'étage avec les miniatures des plus grands loups de mer de tous les temps. Sabo entendait ses éclats de rire et ses trépignements de là où il se trouvait. Dadan préparait à manger… mais où était encore passé Ace ? Il manquait cruellement à l'appel alors qu'il l'avait accompagné chercher Luffy à l'école primaire, à peine une demi-heure plus tôt.

Le brun avait toujours le chic pour disparaître au moment où Dadan ramenait les courses, chaque lundi. Il détestait ranger, argumentant que cela lui faisait perdre un temps précieux sur ses projets.

Les projets d'Ace. Toute une histoire.

Sans perdre une minute de plus, Sabo se dirigea vers la porte arrière de la petite maison qui donnait sur leur petit bout de jardin. La terrasse n'avait pas subi de nettoyage depuis des lustres – quelques feuilles mortes balayées en masquaient la saleté. On aurait pu croire le reste du jardin en jachère, tellement le gazon avait poussé et envahi les abords de la maison, jusqu'au lierre de grimper sur les murs et d'entourer la fenêtre de la chambre d'Ace. Avec le soleil frappant de ce début d'été, toute la végétation avait jauni et les fleurs étaient mortes, mais les grands arbres et les buissons épais qui s'accrochaient à la clôture du fond de jardin subsistaient encore tant bien que mal.

Une tignasse brune, un véritable méli-mélo de boucles noires, de poussière et de petits morceaux de feuilles dépassait de derrière un arbre. Sabo s'avança le plus discrètement possible mais se fit immédiatement repérer – Ace avait toujours eu l'oreille fine.

- Qu'est-ce que tu veux ? marmonna le brun en tournant à peine la tête.

OK. Il boudait. Ce qu'il n'admettrait jamais, soit dit en passant.

- Rien, répondit Sabo en haussant simplement les épaules – et c'était vrai après tout. Il ne voulait rien de particulier.

Ace se désintéressa alors de lui pour poursuivre son activité précédente, que Sabo ne pouvait pas apercevoir, masquée par le tronc de l'arbre. Ou, du moins, il fit semblant puisque, deux minutes plus tard, il jeta un regard irrité en arrière.

- Tu me déranges. Laisse-moi tranquille ! l'invectiva-t-il en changeant de position, sûrement dérangé par la dureté de l'écorce contre laquelle s'appuyait son dos.

Sabo ne bougea pas d'un pouce. A tel point que ce fut Ace qui finit par faire le premier pas.

- P'tain Sab', fais quelque chose me reste pas planté là ! Tu me fiches la frousse !

- Je peux m'assoir à côté de toi ?

- Oui, dépêche ! On n'est plus à la maternelle, pas besoin de demander !

Le blond ne se le fit pas dire deux fois : il sauta par-dessus un nœud de racine aussi épais que son torse et s'installa le plus confortablement possible à côté de son frère, en tailleur.

Ace avait disposé autour de lui des feuilles blanches couvertes d'une écriture brouillonne et chaloupée que Sabo reconnut immédiatement comme la sienne. Il avait l'air de souffrir de la chaleur… et d'une certaine frustration, aussi, à en juger par ses sourcils froncés en bataille et son front plissé par la concentration. Un bic pendait d'un de ses doigts, effleurant parfois le sol au rythme de sa respiration.

- Qu'est-ce que c'est que tout ça ? demanda Sabo sans forcément espérer de réponse – parfois, Ace jugeait que le silence remplaçait de manière toute aussi catégorique une réponse arrêtée.

Il fut néanmoins surpris qu'Ace daigne pencher la tête vers lui et lui adresser un regard qui se révéla insondable.

- Un travail pour les cours. De lettre, crut-il bon de préciser.

Les Lettres. Enfer et damnation pour Ace, alors que le blond appréciait cette matière, même s'il préférait l'histoire et la géographie, qui l'avaient toujours passionné.

- Tu es obligé de faire ça maintenant ? le questionna-t-il en haussant les sourcils. Tu sais bien qu'on n'a pas beaucoup de temps pour manger ensemble et ramener ensuite Luffy à l'école primaire… Tu ne voudrais pas rentrer à la maison pour te… détendre ?

Le regard noir que lui renvoya le brun fut très clair.

Sabo soupira. Il leva les yeux vers la cime de l'arbre au-dessus de lui dont les feuilles jaunies par le harcèlement incessant des rayons de soleil semblaient sur le point de se détacher au moindre coup de vent. On était à peine en début d'après-midi et il faisait déjà une chaleur insupportable.

- Ace ? souffla-t-il soudain alors que le brun paraissait plongé dans une sorte de rêverie mélancolique qui ne lui plaisait pas du tout.

- Hum… ?

- Tu dors la nuit ?

La question pouvait paraître stupide et sans intérêt mais Sabo qu'elle ne l'était pas. En fait, elle avait une importance qu'il commençait seulement à mesurer.

Ace émit un grognement.

- Tu sais très bien la réponse.

- Oui, mais je veux l'entendre.

- En ce moment, oui.

Sabo enfouit sa tête dans ses genoux.

- Ta réponse implique qu'avant, non. C'était des insomnies, ou… ?

Le regard d'Ace se perdit lui-aussi dans le feuillage roussi au-dessus d'eux. Il prit un air pensif.

- Je pense pas. Je sais pas. J'avais juste pas envie de me reposer, comme si j'en avais pas besoin et… enfin, je sais pas.

- Comment ça, « tu ne sais pas » ?

- J'en sais rien ! s'énerva Ace en repoussant soudain violemment ses feuilles – il prit une grande inspiration, le regard fuyant. Il y a une semaine encore, avant que Perona fasse son cirque, j'allais très bien, j'étais à fond, je pouvais passer des heures à relire mes cours, faire mes devoirs, courir après les cours pendant deux, trois heures, aller voir l'équipe de basket du lycée pour faire un match avec eux… J'étais à fond, quoi ! explosa-t-il alors que son visage se crispait en une expression douloureuse que Sabo n'appréciait pas du tout. J'avais pas besoin de dormir, à ce moment-là… J'avais des idées et plein de projets, tu vois…

- Et maintenant ? articula Sabo, la gorge enrouée sans savoir pourquoi.

Ace se passa une main fatiguée sur le visage.

- Je sais pas. C'est retombé. Comme si j'avais eu une fièvre folle mais géniale pendant, quoi… ? Trois, quatre semaines… ? C'était génial, vraiment. Je me sentais… Comment on dit déjà ? Au meilleur de mes capacités, c'est ça. Mais… d'un autre côté… enfin, disons que c'était génial à certains moments et que ça déraillait complètement à d'autres. Je perdais un peu les pédales, tu vois.

- Tu dormais combien d'heures par nuit, « au meilleur de tes capacités » ? ne put s'empêcher de demander Sabo.

- Trois… quatre heures maxi. Mais je me sentais pas forcément… fatigué.

- Quand tu m'as réveillé pour me parler de ce nouveau programme informatique qui…

Le blond s'interrompit, se démena pour trouver une meilleure position et mima des guillemets en l'air, comme pour citer Ace :

-… qui « allait révolutionner l'industrie technologique », tu avais dormi cette nuit-là ?

Ace fit la moue.

- Je me suis reposé. Un peu. Eh, Sab', t'es pas un psy. Arrête de me poser toutes ces questions. Tout ce que je sais, c'est que je me suis jamais senti aussi à fond de ma vie et... bon, oui, c'est vrai, ça dépendait des moments, mais… ça restait assez génial. Point. Maintenant, je me sens juste pitoyablement normal. J'arrive même pas à faire ce p'tit boulot ridicule, grogna-t-il en shootant dans les feuilles de papier qui s'éparpillèrent sur l'herbe brûlée et le tapis de feuilles jaunies.

- Non, c'est vrai, je ne suis pas un psy… énonça Sabo d'un ton pensif, relevant une nouvelle fois les yeux vers le ciel comme pour s'y perdre.

De légers nuages effilochés y flottaient, comme inconscients des problèmes dont on débattait en bas. Ils étaient au-dessus, bien au-dessus de tout ça, dans leur paradis d'un bleu profond…

La voix tonitruante de Dadan le coupa dans sa rêverie.

- Bande de garnements ! Le p'tit Luffy vous cherche et on passe à table, grouillez-vous donc de ramener vos fesses par ici !

Une porte claqua et ce fut le silence.

Sabo tourna légèrement la tête vers son frère qui fixait de façon obstinée ses rangers et dit d'une voix un tantinet plus détendue :

- Bah… Tu sais quoi ? Ça reviendra. Tu as sûrement été très inspiré et ton cerveau fonctionnait à plein régime pendant quelques jours avant de se calmer… Si tu veux savoir, Garp dit toujours que, quand tu étais petit, tu avais tous les symptômes d'un hyperactif. Et Luffy te suit, c'est clair ! Si ça se trouve, c'est revenu et reparti… Et ça reviendra encore. En attendant, arrête de faire cette tête morose et viens manger les steaks de Dadan. Elle n'attend que ça.

Sabo dut s'y reprendre à deux fois avant qu'Ace n'accepte en grommelant de le suivre, et encore, il fallut empiler toutes les feuilles éparpillées et les ranger dans sa chambre avant qu'il ne soit satisfait et qu'il ne veuille bien aller manger.

A peine s'était-il assis à sa place attitrée qu'un boulet de canon surgit de la cuisine, un morceau de jambon enfermé dans son petit poing, et se jeta sur ses genoux.

- AAAAAAAAACEEE ! T'étais où ? J't'ai cherché partout pour qu'on joue aux soldats, toi et moi !

- Avec tes petites figurines en plastoc' ? ricana Ace avec un rictus en tordant la joue de son petit frère (Sabo grogna. Quel foutu obtus.) T'es encore un petit garçon, Luff', mais moi je joue plus à ces jeux-là…

- Mais t'es mon grand-frère ! Sabo, il joue avec moi quand je lui demande, il m'aide à ranger et c'est toujours lui qui vient m'apporter les lettres de papy ou lire les mails qu'il nous a envoyés quand toi t'es enfermé dans ta chambre…

- Et alors ? Pas de ma faute si Sabo est une véritable maman… Je compte pas porter de jupe, moi !

Sabo grinça des dents en attrapant le plat brûlant que Dadan venait d'apporter sur la table. Il contenait deux steaks à fier allure et deux autres aussi carbonisés que fumants.

- Je ne porte pas de jupe, gronda-t-il en piquant un steak en bonne état et en le servant à Dadan, qui le remercia d'un coup d'œil.

- C'est pareil ! rétorqua Ace en levant les bras au ciel (quel grand comédien il faisait). Regarde, c'est toi qui sers tout le monde !

- Si t'étais un gamin plus respectueux, Ace, c'est toi qui te chargerais du service au lieu de Sabo. Il a aidé à ranger les courses, lui, pesta Dadan.

Ce dernier argument eut le mérite de clore toute discussion puisqu'Ace repoussa doucement Luffy vers son siège alors que celui-ci mastiquait son jambon sous le regard désapprobateur de Dadan. Elle passa le reste du repas à faire des remarques au plus petit, critiquant sa façon de se tenir, de répondre aux grandes personnes, de manger comme un cochon et de bouder quand on lui faisait une réprimande.

A la grande surprise de Sabo, les petits oignons se révélèrent comestibles et délicieux. Il en reprit trois fois, au contraire d'Ace qui, pourtant vorace d'habitude refusa un deuxième tour avec une moue dégoûtée qui lui valut les réprimandes exaspérées de Dadan.

Ce fut encore Sabo qui empila les assiettes et débarrassa la table avec l'aide de leur « tutrice » quand Luffy se fut enfui pour préparer son sac d'école à son après-midi de cours. Ace et lui étaient bientôt en vacances, il ne leur restait que quelques semaines de cours à peine… puis ils auraient la paix.

Ils attendaient ce moment avec une impatience à peine contenue.

- Ace ! appela-t-il au hasard, persuadé que le brun s'était de nouveau réfugié au fond du jardin. Ace, tu es prêt ? On va directement au lycée après avoir déposé Luff…

- ACE, REPONDS ! l'interrompit la voix brusque et sans une once de féminité de Dadan (laquelle brandissait, au bout de son bras titanesque, une rapière couverte de fromage assez menaçante). SABO T'APPELLE PAS POUR RIEN !

Curieusement, Dadan avait l'air de prendre de plus en plus sa défense. Oui, il prenait plus soin de la maisonnée qu'Ace, oui, il mettait plus d'ardeurs à la tâche et oui, il était le plus studieux des trois mais Dadan avait toujours eu un faible pour les petits aventuriers, les têtes brûlées. Et puis, même s'il détestait qu'on lui rappelle, Sabo n'avait pas vraiment sa place chez les Monkey. En tant que plus ou moins « adopté », plus ou moins « pris-en-charge » au frais de la famille, il se faisait un peu figure du bâtard qu'on mettait de côté par honte.

Sabo secoua la tête pour en chasser ses mauvaises pensées, fit signe à Dadan qu'il allait régler le problème par ses propres moyens et alla se camper en bas des marches de l'unique escalier de la maison, les mains sur les hanches.

- AAAAACE !

Un bruit faible lui répondit, qu'il identifia comme un objet lourd tombant sur du parquet. La tête ébouriffée du brun apparut dans l'encadrement de sa porte, visible de son poste de garde.

- J'arrive dans deux secondes, grommela-t-il en se passant une main dans les cheveux pour les discipliner un peu (peine perdue, ils étaient d'une espèce coriace). Luff', t'es prêt ?

- Vouiiiiiiiiiiiiii ! s'envola une voix enfantine provenant de la salle de jeux que Garp avait aménagée pour son anniversaire, six mois auparavant. Je peux prendre mes figurines, Sabo, dis ? J'ai promis d'les montrer à Zoro !

- Pas question, tu vas les perdre ! cria-t-il en réponse. Prends ton sac, tes chaussures et dépêche-toi ! Ace, ça vaut aussi pour toi !

Des bruits étranges s'échappaient de la chambre du plus grand. Il prenait plus de temps que d'habitude. Non qu'il aime particulièrement leur lycée, pas du tout même, mais Ace aimait flamber sur son vélo et prendre de nouveaux chemins presque inconnus qui rallongeaient leur route et les faisaient toujours arriver à la dernière minute, juste avant la deuxième sonnerie annonçant le début des cours.

Intrigué, Sabo monta quatre à quatre les marches le plus silencieusement possible. Il essaya d'abord la vieille technique d'espionnage qui consistait à poser son oreille contre la porte pour entendre ce qui se tramait à l'intérieur ayant trop peur de se faire pincer par Luffy qui était tout sauf discret dans ces cas-là (« SAAAABO ! QU'ES'TU FAIS LÀ ?! »), il recula très vite. Finalement, mieux valait entrer directement dans la chambre. Ce qu'il fit.

Ace ne l'entendit pas tout d'abord, tout concentré qu'il était par l'écran de son ordinateur qu'il scrutait comme s'il lui révélait tous les secrets de l'univers. Il tournait le dos à Sabo, ce qui lui permit de s'avancer lentement par-derrière… et de le surprendre en posant d'un coup ses mains sur les épaules de son frère.

- P'TAIN, LUFF' ! hurla le brun en faisant un bond de surprise.

Il fit volte-face, les sourcils froncés et les yeux brillants de colère, prêt à gronder son petit frère. Son visage se dérida lorsqu'il aperçut Sabo, avant qu'il ne se fâche véritablement.

- SAB', C'EST PAS MARRANT BORDEL ! J'ETAIS…

- Tu étais ? reprit le blond en fermant les yeux de lassitude.

Soudain, Ace parut ne plus être en colère du tout. Il baissa la tête, comme penaud, et gronda :

- Laisse tomber…

Comme il ne voulait pas insister, Sabo lui demanda d'éteindre l'ordinateur et de se « grouiller à ramener tes fesses et celles de Luffy en bas, et que ça saute ! ». Un nouveau grommellement lui répondit, mais il sut que le message avait fait son chemin.

Lorsqu'Ace se décida enfin à sortir de sa chambre pour prévenir Luffy qu'il allait au garage rejoindre Sabo, Luffy se rua dehors sans fermer la porte de sa chambre et dévala les escaliers en criant :

- Un jour je serai le meilleur dresseur, je me battrai sans répit !

Sabo, qui n'était absolument pas dans le garage mais bien en train de laver une tâche de graisse imaginaire sur son jean dans la salle de bain de l'étage, tendit l'oreille. Finalement, les choses s'arrangeaient bien pour lui.

Il attendit le silence complet à l'étage, seulement rythmé par le bruit des ustensiles que manipulaient Dadan dans la cuisine en fredonnant du AC/DC, pour sortir de sa « cachette ». Comme il s'y attendait, Ace avait laissé l'ordinateur en veille, ce qui lui laissait la voie libre.

Il n'eut qu'à bouger la souris et chercher la page Internet toujours malencontreusement ouverte pour que ses yeux tombent sur les deux icônes qu'Ace avait consultées.

Sous ses yeux s'étalaient en toutes lettres les mots « LGBT : le nouveau film de Bonclay rejoint la c… » et « Troubles mentaux, se faire diagnostiquer ». La page qui s'affichait correspondait à cette dernière icône. S'ensuivaient une série de termes incompréhensibles pour l'esprit cartésien et bien rangé du blond. Il eut beau essayer de déchiffrer le tout, le contenu lui resta aussi indéchiffrable qu'un amoncellement de hiéroglyphes apposés les uns aux autres.

Il poussa un soupir et laissa l'ordinateur tel quel. Il avait hésité quelques instants à fermer l'onglet, comme par superstition. Troubles mentaux ?! Et puis quoi encore ?!

Ace n'était pas un malade mental, ça, Sabo en était certain. Il se croyait quoi, sur la pente de la folie ? Le pire, Sabo devait bien le reconnaître, c'était qu'Ace était tout à fait capable de se persuader lui-même que quelque chose ne tournait pas rond chez lui. Quitte à devenir de pire en pire.

Perdu dans ses pensées, il rejoignit le garage la mine sombre. Il se sentait… dérangé. Troublé. Presque malheureux.

Il n'osa même pas croiser le regard de son frère qui remettait la chaîne du vélo de Luffy, un léger rictus aux lèvres. A ses côtés, Luffy trépignait, agitant en l'air une poignée de figurines – celles que Sabo lui avait justement interdit de prendre.

Il ne parut même pas se rendre compte de sa bêtise quand Sabo s'approcha : il ne réalisa qu'au dernier moment que le blond avait l'intention de les lui subtiliser.

- Sab' ! Rends-moi mes soldats ! se mit-il à geindre quand le plus âgé se fut emparé de ses jouets, les soulevant hors de portée des bras trop courts de son frère.

Le blond émit un « tsss ! » réprobateur et posa délicatement ses prises sur une étagère hors de portée, une de celles qui servaient à Ace pour ranger ses outils de bricolage.

- Tu demanderas à Dadan d'aller te les chercher ce soir, quand tu seras revenu de l'école, ordonna-t-il en haussant les sourcils, essayant de se donner un ton autoritaire et un comportement adulte. J'ai dit que tu ne les prenais pas pour ne pas les perdre, alors tu ne les prends pas, un point c'est tout. Pourquoi tu ne m'écoutes jamais ?

- Mais Zoro veut que je lui moooontre ! protesta Luffy en faisant ses yeux de chiot abandonné. Et Cavendish a dit qu'il croyait que ce qu'il voyait et que, si je les lui montrais pas, ça voulait dire que j'avais menti en disant que papy me les avait achetées !

- Cavendish est un con, grommela Ace, toujours à son travail.

Sabo lui donna une tape sur l'épaule :

- Ace ! Insulte pas un de ses amis !

- C'est pas un ami, répondirent simultanément Luffy et Ace.

Sabo leva les yeux au ciel. Décidément, ces deux-là se ressemblaient un peu trop pour leur propre bien.

- Bon, soupira-t-il. Quand vous êtes prêts, on peut y aller. Ace, dépêche !

- Compris, chef !

Il fallut encore dix minutes pour qu'ils soient prêts à prendre la route. Sabo alla saluer Dadan, força Luffy à faire de même (à défaut de pouvoir obliger Ace à suivre son exemple) et enfourcha (enfin) son vélo, sous le regard approbateur de son frère aîné.

Qu'il ne parvient toujours pas à regarder en face, d'ailleurs.


Un petit mot pour la fin?

WP.