Tout d'abord... désolée de vous avoir fait patienter si longtemps... je n'ai pas eu beaucoup de temps... bon aussi je ne l'ai pas pris et honte à moi !

Bref, j'espère que ça vous plaît toujours et que je ne vous ai pas perdu en chemin !

Bonne lecture


Restes

Murtagh resta quelques longues secondes sans rien dire. En réalité, il n'avait pas vraiment escompté qu'elle acceptât, ainsi fut-il pris au dépourvu. Il lui paraissait d'ailleurs impossible de ne choisir qu'une seule question… étrangement, il était certain qu'elle lui dirait la vérité même si elle ne le jura pas en ancien langage : la vérité se lisait dans son regard bleu.

- Elle vient ta question Dragonnier ? Commença-t-elle à s'impatienter.

- Deux minutes… bien alors… comment t'es-tu retrouvée en Alagaësia ?

Avec un regard suppliant, elle soupira et baissa la tête.

- Mon vaisseau a été endommagé… je sortais d'une mission secrète où mon père m'avait envoyée comme émissaire. Je ne savais pas où nous étions sur le vaisseau amiral car nous bougions depuis que tout le monde était monté à bord. Bref, je me suis perdue dans l'univers mais je ne m'en suis rendue compte que trop tard : c'était en réalité mon vaisseau qui était détraqué… de fil en aiguilles, il a fallu que je me pose de toute urgence, votre planète est la seule qui ait une atmosphère viable pour moi même si le taux d'oxygène est légèrement plus important ici, qu'il y a un composant organique que je ne connais absolument pas et que la gravité est moins forte. L'autodestruction de mon appareil s'est déclenchée toute seule, je n'avais pas le temps de tenter de l'arrêter alors j'ai couru.

Murtagh la regardait, impassible. Pour lui, les trois quarts de son explication étaient incompréhensibles. D'autant qu'il y avait des mots qu'elle avait employé qu'il ne connaissait pas. Alors elle avait dû utiliser ceux de sa langue.

- Tu n'as rien compris hein ?

Il fronça les sourcils mais ne répondit pas.

- Laisse-moi voir tes souvenirs, fit-il enfin.

La jeune femme se redressa, piquée, et ne quitta pas son regard. Les sourcils froncés, elle semblait vouloir pénétrer son âme. Au bout d'un moment, elle répondit :

- Vous êtes capable de lire les souvenirs des autres… comme ça ? Sans instrument ni rien ?

Il ne comprit pas réellement l'implication de sa question. Murtagh acquiesça doucement, son regard toujours encré dans le sien :

- Oui.

- Grâce… à la magie ?

Il sourit doucement, cynique.

- Tu la crains hein ?

- Je ne la comprends pas, c'est différent… d'accord, regarde mes souvenirs de mon arrivée, mais rien d'autre. Tu me le promets ?

Sa détresse l'émut. Il promit en ancien langage par habitude. Elle fronça les sourcils et il rit une seconde.

- En ancien langage, on ne peut pas mentir.

- Comment ça on ne peut pas mentir ? S'étonna-t-elle.

- L'ancien langage était la langue parlée il y a très longtemps par le Peuple Gris. Ils ont lancé un sort… énorme pour apprivoiser la magie. Depuis on utilise l'ancien langage pour la magie mais surtout cette langue interdit le mensonge.

- Un peu comme l'opération de la VRL, marmonna la jeune fille en songeant à une mode qui existait sur sa planète.

- Je ne suis pas certain de comprendre.

Avec un sourire contrit, la jeune femme l'observa de nouveau :

- Moi non plus….

- Bien, alors ouvre-moi ton esprit, laisse-moi y accéder.

- Et comment je fais ça ? S'inquiéta-t-elle en le voyant s'approcher.

Il pencha la tête sur le côté.

- Abaisse ta barrière mentale. Je vais frôler ton esprit pour que tu me reconnaisses puis je te parlerai. Là, je vais chercher dans tes souvenirs et les regarder moi-même.

- Il ne vaudrait pas mieux que ce soit moi qui te les fasse revivre ?

- Tu ne t'y connais pas.

La jeune femme acquiesça et grimaça. Murtagh comprenait qu'elle ne soit pas très enthousiaste à l'idée de le laisser fouiner dans ses souvenirs. Pourtant, il était certain qu'elle pourrait l'en faire sortir sans problème. Il se promit donc de ne pas trahir sa confiance et de ne chercher que les souvenirs de son arrivée.

Pourquoi tenait-il à ce qu'elle ait tout à coup confiance en lui ?

« Ne lui fais pas de mal »

« Non Thorn, ne t'inquiète pas. Mais reste près de moi, d'accord ? »

« Je ne t'ai jamais abandonné, je ne vais pas commencer maintenant. »

Une bouffée d'amour et de gratitude emplit Murtagh.

- Bien, allons-y.

Alix acquiesça gravement.

- ça va faire mal ? Demanda-t-elle d'une petite voix.

- Non.

Et il plongea vers son esprit. Il sentit Thorn pas très loin qui veillait sur lui. Lorsque sa conscience toucha celle d'Alix, il la sentit tressaillir. Lui aussi tressaillit.

Son esprit était différent de tout ce qu'il avait toujours connu. Une profonde froideur et une parfaite maîtrise ordonnaient chacune de ses pensées. La connaissance qu'elle avait lui conférait une sérénité incroyable tout comme une vision du monde pleine de calculs et de théories. Pourtant, elle était seule. Murtagh ressentit tout cela d'un seul coup et il vacilla sur ses jambes. Néanmoins, l'esprit d'Alix était plus pur que ce qu'il avait toujours connu. Plus encore que celui d'Eragon. Il ne ressemblait en rien à celui des Elfes ou des Nains, pourtant, il était plus puissant que n'importe quelle personne de l'Alagaësia. Plus puissant qu'un dragon. Plus puissant qu'Eragon. Plus puissant même que Galbatorix au sommet de sa gloire. Soudain, il comprit qu'elle avait dit vrai : si elle avait vraiment décidé de partir, rien ni personne ne l'en aurait empêché.

Pendant ce temps, Alix devait faire un examen comparable au sien avec son propre esprit. Elle le tira de ses réflexions peines de confusion et de sentiments en s'exclamant par la pensée :

« Qui est avec toi Murtagh ? »

Ce n'était pas réellement de la méfiance mais plus de la curiosité.

« C'est mon dragon, Thorn. Nous sommes liés. »

« Ha oui, il me semble avec lu quelque chose là-dessus… sur la guerre des Elfes et des Dragons… attentez c'est l'Agaetí Sänghren, je ne suis pas certaine de bien le prononcer… Bonjour Dragon, ravie de faire ta connaissance »

« Moi aussi Azthia, même si tu es très… particulière »

Le rire de clochette de la jeune fille retentit dans leur esprit :

« Rassurez-vous, il est très déroutant pour moi aussi de parler avec un dragon. En tout cas sachez que des légendes vous précèdent. »

« Bien, intervint Murtagh. Alors, pense à ton arrivée que je me dirige vers les bons souvenirs, sinon je vais être obligé de chercher et je ne suis pas certain que cela te plaise. »

« Effectivement. »

Et il revécut la scène de son arrivée, depuis le moment où l'autodestruction s'était activée même s'il n'était pas certain de bien comprendre ce que cela impliquait. Finalement, Après sa perte de connaissance lors de l'explosion, la jeune fille leur ferma son esprit et les visiteurs se turent.

- Je ne vous ai pas trop perturbés ? S'enquit-elle finalement.

- Si je ne l'avais pas vu de mes propres yeux, avoua Murtagh, toujours les yeux dans le vague, je n'y aurais pas cru. Je comprends pourquoi tu ne veux pas répondre à nos questions, cela nous dépasse de loin… je n'ai pas compris la moitié des choses que j'ai vu… mais j'ai saisi l'essentiel.

Alix acquiesça et son regard tomba sur celui de Murtagh. Un certain temps après, alors qu'ils se regardaient toujours, Thorn intervint :

« Murtagh, tiens ta promesse ! »

Reprenant ses esprits, le Dragonnier soupira et se redressa :

- Viens, allons voir tes morceaux.

Ils sortirent de la prison en silence. Les rues étaient silencieuses et seuls les animaux nocturnes, le vent et les sentinelles de garde patrouillant brisaient cette monotonie. Malgré le peu de lumière, Alix observait tout ce qui l'entourait avec une attention accrue. Gardant toujours un œil sur elle, il la conduisait à travers le dédalle de rues. A un moment, la jeune fille se figea et observa le ciel, bouche bée.

« Murtagh. »

Le Dragonnier s'était perdu dans ses pensées et il n'entendit pas son dragon.

« Murtagh ! » Répéta-t-il plus fort.

« QUOI ? »

« Elle est au coin de la rue et ne bouge plus. Je crois que c'est moi qu'elle regarde. »

Il lui envoya une image mentale de ce qu'il voyait.

Murtagh savait que Thon les suivait en volant au dessus de la ville, non seulement il le sentait mais il avait tellement l'habitude d'entendre ses mouvements et brisements d'ailes qu'il savait qu'il était proche d'eux. Il leva une seconde les yeux vers le ciel et aperçut sa silhouette non loin d'eux.

Alix n'avait pas bougé. Le Dragonnier respira profondément.

« Qu'est-ce que je dois faire ? »

« Cette fois-ci tu vas devoir agir sans mon aide. Je ne sais pas. Je ne comprends même pas ta réaction avec elle. »

« Moi non plus. »

« Alors c'est d'autant plus important. »

« Tu as peur d'elle ? »

« Peur ? Pourquoi faire ? Et j'aime son esprit. Il est clair, précis. Non, je l'aime bien. »

« Donc quoi que je fasse… »

« Je serai toujours là, je te suis. »

- Alix ? S'approcha-t-il.

La jeune femme baissa les yeux et rencontra son regard.

- C'est… c'est Thorn ? Souffla-t-elle.

- Oui.

- Je… je ne pensais pas qu'il était si gros !

Murtagh ne put s'empêcher de sourire.

- Viens, nous irons peut-être le voir une prochaine fois.

- Euh… je n'ai pas très envie qu'il me mette un coup de patte pour jouer ni qu'il tente de me rôtir.

Pour toute réponse Thorn ricana dans l'esprit de Murtagh et lança un long jet de flammes jaunes et rouge dans le ciel obscur. Alix sursauta et posa instinctivement sa main sur son arme avant de se reprendre. Murtagh songea qu'elle avait des habitudes de combattante. Il lui faudrait faire attention, on ne savait jamais.

Une petite dizaine de minutes plus tard, ils arrivèrent en périphérie de la ville où les dragonniers avaient leur quartier. Thon se posa d'ailleurs avec grand bruit dans une alcôve en hauteur alors qu'ils entraient eux par une porte au niveau du sol.

- Brisingr, murmura Murtagh en entrant.

Une centaine de bougie s'alluma autour et Alix marmonna :

- ça marche aussi bien qu'un détecteur de présence… puis au moins pas de problème d'alimentation…

Murtagh l'entendit mais ne fit aucun commentaire. Il avait l'étrange impression de ne rien comprendre lorsqu'elle ouvrait la bouche, ce qui était franchement déconcertant.

« Ça te fait du bien une petite leçon d'humilité ! De voir que toutes les femmes ne te regardent pas avec vénération. »

« C'est bien à toi de me dire ça ! »

« Baf ! »

Ils prirent un escalier en colimaçon pour descendre au sous-sol où une grande salle rassemblait tout ce qu'ils avaient trouvé avec Ryujinsco.

- Voilà, fit-il après avoir allumé les lumières.

« Et je fais quoi ? »

« Calme-toi déjà… Murtagh tu es étrange avec elle, ce n'est qu'une personne calme-toi. Laisse-la. Attends. Je ne suis pas loin de toute façon. »

« Je n'aime pas ne pas savoir ni comprendre. »

« Moi je dis que ça te fait du bien. »

Et Thorn le laissa seul. Avec un soupir Murtagh s'appuya contre le chambranle de l'arche d'entrée qui donnait sur l'escalier. Il croisa les bras et observa Alix qui parcourait la pièce lentement, touchant quelques pièces ici et là avec une grande attention.

Au bout d'un moment, Alix cessa de bouger et leva un regard empli de larmes sur lui :

- Il ne peut pas rester que ça ! Ce n'est pas possible !

Elle tenait deux petits morceaux pas plus grands que sa paume, un noir et l'autre gris-marron. Il n'avait aucune idée de ce que c'était et n'était pas certain de vouloir savoir. Un aperçu de ses souvenirs lui avait suffi.

- Il y a tout.

- Non, non non non non non ! Je sais que l'autodestruction est puissante mais il ne PEUT PAS rester que ça !

D'un ample mouvement, elle retourna violemment un énorme morceau qui arrivait à sa taille et qui devait être quatre ou cinq fois plus lourd qu'elle. Le débris émit un bruit de protestation en se retournant et Murtagh tressaillit.

- Il y a tout. J'ai assisté Ryujinsco et Long pendant trois jours avec Thorn. Nous avons utiliser la magie pour être certains de ne rien oublier : tout est là.

La respiration d'Alix s'accéléra et des perles d'eau commencèrent à couler sur ses joues de porcelaine.

- Non… non… ce n'est pas possible. NON !

La jeune femme jeta contre le mur le morceau qu'elle avait dans la main. Emplie de rage et de colère, elle recommença avec tout ce qui lui tombait sous la main. Lorsque les morceaux étaient trop lourds pour elle, elle les repoussait tout de même mais sans les jeter en hauteurs.

« Murtagh ? » S'inquiéta soudain Thorn. « Qu'est-ce qu'il se passe ? »

« Tout va bien, ne t'en fais pas. »

« Mais… » Fit-il lorsqu'il vit la scène à travers les yeux de son lié, « tu dois l'aider, elle va se blesser ! »

« Elle vient de perdre tout espoir de rentrer un jour chez elle, il faut la laisser. »


Et voilààààààààààààààà, alors alors ? Et n'oubliez pas les reviews s'il vous plaît, elles sont ma seule récompense et motivation !