« La vie se passe à désirer ce qu'on n'a pas,

à regretter ce qu'on n'a plus. »

Citation de Joseph Roux


Li parle beaucoup. Peut-être un peu trop justement. Moi qui étais habituée au silence. J'avais un peu mal aux oreilles. Je suppose qu'elle parlait pour se rassurer. C'est pour ça que je ne l'interrompais pas. Elle me rappelait ma copine que je voyais tout les jours dans le bus. À vrai dire elle me manque. Son parfum à la vanille me manque. L'entendre parler sans interruption me manque. Je me demande si elle pense à moi souvent ? Si elle m'a déjà oublié ? Ou remplacer pourquoi pas... On était assez proches et depuis longtemps. Je ne pense pas qu'elle m'ait déjà oublié, si ? En même temps cela fait longtemps que j'étais ici. J'aimerais tellement savoir quel jour on est. Quel mois ? Je sais qu'on est peut-être au printemps. Car j'ai de plus en plus chaud. Et cela n'est pas possible qu'on soit déjà en été. Ça voudrait dire que cela fait plus de 8 mois que je suis dans cette prison. Car je n'ai pas oublié le jour ou ça s'est passé. C'était le mardi 1 octobre 2013, en rentrant du lycée. Quelques heures plus tôt avant cet événement. J'étais en cours de philosophie. Ma classe de terminale était plutôt sympa. Il y avait juste quelques pestes en trop. C'est quand déjà mon anniversaire? Ah oui, le 15 mai. C'est déjà passé? J'ai atteins mes 18 ans? Je suis peut-être majeure sans le savoir. Mon amie m'aurait organisé une fête chez elle en petit commité. J'aurais eu le droit à un gâteau fait par sa mère. La meilleure pâtissière qui soit. J'aurais eu des cadeaux, mais lesquels? Un collier peut-être, en or ou en argent? J'aurai aimé savoir tout ça. Mais je reste dans l'ignorance comme toujours. Sans jamais de réponses à mes questions. Ne pas savoir. Je crois que c'est quelques choses d'horrible. J'ignore beaucoup de choses. Mais est ce que les savoirs ne me rendraient pas encore plus triste? Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je me sens perdue. Mes pensées furent effacées par le bruit de la porte métallique. Quelqu'un s'approcha de nous. L'homme aux cheveux de boue, Lie poussa un petit crie d'horreur quand il la prit, elle, mais elle arrêta de suite quand il l'engueula :

-Ta gueule la pipelette sinon je te couperais la langue pigé?

Il l'emmena avec lui. Je lui avais expliqué qu'un jour il viendrait la chercher pour l'emmener aux enchères. Ça aurait servit à quoi que j'intervienne? Rien n'aurait changé. Depuis que je suis ici, rien n'a changé. Comme si je ne servais à rien. Je danse souvent c'est tout. Mes journées que je n'arrive pas à définir se ressemblent et s'assemblent. Plus le temps passe et plus ça devient une évidence. Ce que je fais va les lasser au bout d'un moment. Ils vont bientôt se débarrasser de moi. J'ai entendu Kentin et Castiel en parler. Il faut que je sorte d'ici. Sinon c'est la fin pour moi. Si j'arrive à sortir de ce bâtiment et à sortir de la forêt. Je sais qu'il y en a une car ils en ont parlé quand Jade est mort. Comme quoi il était "parti" dans cette fameuse forêt. J'espère qu'elle n'est pas trop grande. Pour que je puisse retrouver rapidement des personnes que je pourrais prévenir, ensuite je dirais tout à la police et ce cauchemar sera fini. Même si je ne pourrais jamais oublier le temps passé dans cette prison. Ça restera des souvenirs affreux. Juste des souvenirs qui me suivront jusqu'à la fin de ma vie. Si elle ne se termine pas ici évidement.

Étrange, il n'est toujours pas revenu, Kentin. Je m'avance vers les barreaux et écoute attentivement. Rien. Quand je dis rien, c'est vraiment rien. Juste un silence qui pèse lourd. C'est peut-être le moment? Pour la première fois je pourrais essayer de m'enfuir ? Je prends l'épingle à cheveux qui semble si mince et petite entre mes mains. Elle était cachée sous l'un des matelas et était restée là, bien sagement. À attendre que je l'utilise. Je retourne vers la serrure de la grille et mets l'épingle dedans. Je ne sais pas vraiment quoi faire avec. La tourner? Appuyer? Alors je fais un peu n'importe quoi en espérant que ça marche. Dans les films ils ne mettent pas beaucoup de temps à le faire. Et moi ça doit faire au moins 10 minutes que je continue. Quand je commence à abandonner. J'entends un petit bruit. Je ferme les yeux et espère, très fort. Doucement je pose ma main sur la poignée et appuie. Et là ça s'ouvre... je reste là quelques instants n'y croyant pas moi-même. Mais me reprends vite en me disant que ce n'est que le début. Je marche doucement et avance jusqu'à l'entrée. Personne dans les couloirs. J'essaye d'évaluer la situation. Les portes à ne pas prendre. Et celles à prendre. Ce qui est très énonciateur. J'essaye de rester logique. Et prends la porte la plus évidente. Mon instinct me guide. Je tombe sur une autre pièce vide. C'est déjà ça. Je la referme et vais vers la seule fenêtre présente. Je l'ouvre et passe de l'autre coté. Dans un premier temps je fus éblouie par le soleil couchant. J'avais presque envie de pleurer. Revoir le soleil était tellement inespéré. Il était orange. Et les nuages suivaient sa couleur. C'était magnifique. Le bleu du ciel contrastait. J'avais l'impression de voir un tableau haut en couleur et que je voulais garder en mémoire pendant longtemps. Je sentis le vent frais contre ma peau. Je le respirai longuement. Une bouffé d'air magnifique. Je me sentais libre. Prête à m'envoler parmi ce paysage magnifique. Les arbres étaient d'un vert luisant. Je commençais à marcher. Mes yeux mirent un petit moment à s'habituer à cette nouvelle lumière. Dans la prison il faisait plus sombre.
C'était comme une évidence à cet instant. Je commençais à me détruire là-dedans. J'avais l'impression de revivre en inspirant pour la énième fois l'air. Cette prison m'avait tué à petit feu. Mais j'avais réussi à sortir. L'espoir avait pris le dessus. Et j'aspirais à une mystérieuse adrénaline. Je commençais à m'enfoncer dans le bois. Mais j'entendis un peu plus loin des gens parler. Je m'approchais discrètement. Me cachant derrière les arbres ou les buissons. Plus je m'approchais et plus je reconnaissais ces voix. J'aurais dut partir à cet instant. Je le sais. Mais ma curiosité était beaucoup trop forte. Je reconnu en tout premier lieu Lysandre parler. Ensuite ce fut Dake. Ces deux voix graves me firent froid dans le dos. Ce n'était pas une discussion entre potes. Loin de là. Je fus enfin assez proche pour entendre vraiment ce qu'ils disaient. Et je pus les voir. Ce que je vis me noua la gorge. Que se passait-il? Lysandre tenait un pistolet entre ses mains et le pointait sur le garçon aux cheveux blonds. Celui-là semblait contrarié mais gardait son sang-froid face à la situation. Je n'osais plus bouger sous l'aspect de cette scène incompréhensible. Attentivement je les écoutais :

-Pour la dernières fois Dake, dis-moi qui l'a tué.
-Je ne te répondrais pas.
-Tu as tord de ne rien me dire

Il le dit sous forme de menace. Aucun des deux bougea ne serait-ce un cil, Dake reprit la parole

-Tu es ici juste pour ça? Te venger? C'est vraiment stupide. Tous ensemble on pourrait allez tellement loin avec ce commerce fleurissant.

Lysandre fit une grimace. Il cracha presque sur la proposition du jeune blond.

-Je suis ici pour mettre fin à tout ça. Arrêtez cette chose ignoble que toi et ton copain avez crée. Ce "business" comme tu l'appelle et aussi pour trouver le salaud qui l'a tué.
-Tu as attendu tout ce temps juste pour trouver qui l'a tué? Tu attendais alors que pleins d'autres filles sont mortes?

Cette vérité lui arriva en pleine figure. Ça se lu sur son visage. Mais il se reprit bien vite. Son regard plein de colère le fusilla :

-Dis-moi juste qui l'a tué?
-Je ne te dirais rien. Que je te le dise ou pas, cela ne changera rien.
-Comme tu veux, es-tu prêt à mourir?
-Je te retrouverais en enfer de toute façon. Vue toutes les personnes que tu as tué. -Tu n'es pas mieux que moi.

Ce fut ce sourire sadique et malfaisant qui se forma sur son visage pendant que la balle arriva à grande allure sur lui. Dans un bruit assourdissant il tomba à terre. Une balle dans le torse. S'en était fini pour lui. Je restais pétrifiée, incapable de respirer. Lysandre regarda aux alentours pendant qu'il rangeait son arme et prit son téléphone :

-Dajan, il s'est passé quelque chose de grave. Vient vite dans la forêt. À l'ouest, avec les autres.

Il raccrocha ensuite. Et se mit à côté du corps. Il enleva sa veste et la posa sur la plaie. J'entendis ensuite des personnes arriver en courant. Il se releva à ce moment là. Je m'étais cachée derrière un arbre. Je ne voulais pas qu'ils me voient. J'étais collée au tronc. Voulant presque rentrer en lui. Ma gorge s'était nouée. Pourquoi je n'étais pas partie avant? Les personnes étaient estomaquées devant la scène. Ne sachant quoi en penser. Ce fut un garçon à la peau métisse et dont je ne connaissais pas le nom qui brisa le silence :

-Il s'est passé quoi?
-J'avais rendez-vous avec lui ici. Quand j'ai entendu un coup de feu. Mais quand je suis arrivé c'était trop tard.
-D'accord et t'as rien vu?
-Non, mais on pourrait essayer de récupérer la balle. Je pense surtout que c'est la même personne qui a tué Jade et Nathaniel. J'ai l'impression qu'il nous élimine un par un.
-Bonne déduction. Il faudrait ne jamais rester seul à l'avenir.

Il laissa sa phrase en suspend et réfléchissait à la situation. Mais il reprit d'un ton ferme.

-Castiel il faut que tu l'enterre, et il est ou Kentin?

Au moment ou son prénom fut prononcé. Il arriva essoufflé et avec difficulté il prononça une phrase qui me fit peur :

-La fille s'est enfuie.