" C'est pas des morts qu'il faut avoir peur, c'est des vivants "
Joseph Weismann
Comme un glaçon qui vient caresser ma raie du dos, je vois devant moi Cole, habillé avec une simple serviette. On se regarde. Lui, semble légèrement en colère. Moi, je me sens mal à l'aise. Il prend la parole en premier.
-Je vais aller m'habiller, et toi, dit-il en me montrant du doigt, tu m'attends gentiment là.
Je m'assois et fais ce qu'il me dit. J'attends. Je trouve étrange qu'il ne m'ait pas demandé ce que je faisais là. Peut-être va-t-il me passer un savon après s'être vêtis. Il revient peu de temps après.
-Allez viens avec moi.
Son ton est ferme. La curiosité me pousse à lui obéir. Je le suis donc dehors, ou une voiture l'attend.
-. Montes Dit-il.
Je le regarde méfiante.
-Je ne monte pas avec des inconnus, dis-je en croisant mes bras sur ma poitrine.
-On se connait, je me présente, Castiel.
C'est sur un ton sarcastique qu'il me dit ceci. Je veux dire quelque chose mais aucun son ne sort de ma bouche. Je monte donc dans la voiture à l'arrière, suivie de Castiel. Je ne peux plus faire marche arrière. J'essaye de regarder le chauffeur, mais ne vois que des cheveux d'un blanc laiteux, qui sont rassemblés en une queue de cheval. Je ne peux m'empêcher de penser que c'est Lysandre. Personne ne parle. J'essaye de rassembler mes idées, malheureusement c'est inutile, tout est en vrac. Donc je me concentre sur mes mains. Elles n'ont rien de particulières. Arrive le moment où le moteur s'arrête. Je défais ma ceinture, sors de la voiture et suis les deux hommes à l'intérieur d'un immeuble. Je n'ai toujours pas vu le visage de l'homme aux cheveux blancs. Cela m'intrigue. Je monte les escaliers. Une porte s'ouvre, je rentre dedans et y découvre un petit studio simple, avec deux matelas posés au sol. Je me sens nauséeuse en voyant cela, ça me rappelle de mauvais souvenirs. Une mini cuisine est présente, tout est bien rangé à sa place. Aucune décoration par contre. Seule une porte est présente, surement la salle de bain avec toilettes. J'entends la porte se fermer à clé et me retourne pour faire face à ces deux hommes que je n'ai pas vus depuis cinq ans. J'en ai le souffle coupé. Lysandre a légèrement changé comme Castiel. Ses cheveux anciennement gris sont maintenant blancs et plus longs. Ses deux yeux sont verts, lentilles? Je vois à côté de lui un petit tabouret ou trône une fausse moustache et quelques parties du visage comme un nez, il se déguise en vieux peut-être? La seule chose qui me vient au bout d'un certain moment en désignant l'homme aux cheveux noirs c'est :
-Je le savais !
-Tu savais quoi? Que c'était moi? Vu ton acharnement, je l'ai bien deviné! Dit-il avec un sourire au coin.
Sans vraiment comprendre, la colère monta un moi. Comme si un ours s'était réveillé à l'improviste. Je criais presque en leurs parlant.
- Ça fait cinq ans que je n'ai pas de nouvelles ! Rien, même pas une misérable petite lettre, qui dit "on est vivants", je ne savais même pas ce qui s'était passé, je savais même pas si vous étiez vivants. Et là vous revenez à l'improviste sans même me prévenir. Et si j'avais rien découvert, vous m'aurez rien dit du tout? Je serais restée dans l'ignorance comme une idiote? Vous savez ce que c'est de rester pendant toutes ces années sans réponse à se casser la tête pour essayer de trouver des réponses?
Je termine essoufflée, je suis prête à recommencer quand Castiel me coupe.
-Je sais que tu vas avoir du mal à le comprendre mais on l'a fait pour ta sécurité, on a l'intention de tout t'expliquer sur ce qui s'est passé dans la forêt après ton... départ. Et on est ici pour une très bonne raison. Kentin est revenu ici. Et nous savons tous pourquoi.
Je reste bouche-bée mais reprends bien vite, avide d'en savoir plus.
-Kentin est vivant?
-Oui. Réplique l'homme aux cheveux noirs.
Je les regarde à tours de rôle, attendant leurs explications, mais rien.
-Viens t'asseoir, tu dois sûrement avoir faim?
-Non, moi je veux des réponses. Dis-je exténuée d'attendre.
-Nous en parlerons en mangeant.
Apparemment il ne me laisse pas le choix, je vais donc à la mini-table ou trône quelques chaises. Lysandre sert des pâtes avec du jambon. Je mange avec appétit malgré moi. Le sport ça creuse. Je m'arrête quand même quelques instants pour enfin obtenir une réponse à tous ce qui me traverse dans la tête.
-Alors? Je ne peux plus attendre.
Je les vois échanger un regard et Castiel pose ses couverts. Il souffle et commence son récit
-Bon on va commencer par ce qui s'est passé dans la forêt, juste après que tu sois partie, Kentin a exigé que Lysandre pose son arme à terre. Il a refusé et donc m'a tiré dessus, mais Lysandre avait prévu le coup on va dire, il lui a aussi tiré dessus avant de se jeter sur moi comme une grosse brute.
Kentin s'est enfuie blessé je ne sais ou. Et nous aussi nous sommes partis, enfin plutôt moi en train de porter Lysandre. On avait caché des voitures pas loin. Kentin s'était déjà barré avec une et nous, nous avons pris la deuxième. Ensuite on se cachait tout en essayant de suivre Kentin. Pour essayer de l'avoir, de le mettre hors état de nuire. Et il y a bientôt un mois, nous l'avons suivi jusqu'ici. Et ce n'est pas compliqué de savoir pourquoi il est revenu. Excuses-nous de ne pas t'avoir envoyé de carte entre deux courses-poursuites et quelques fuites, car la police nous a collé aux fesses un bon nombre de fois.
-Il est revenu pour moi? Dis-je abasourdi, pour me tuer?
-Nous ne savons pas exactement ce qu'il veut faire de toi, mais sois en sûre, il ne veut pas ton bien.
J'eus moins faim tout d'un coup, la peur? L'appréhension? Je ne sais pas, tout est si confus.
-Marine, nous n'avons pas l'intention de le laisser faire, bien évidement. Dit-il d'une voix affreusement douce, mais je pense qu'il faut que tu restes ici cette nuit, ce serait plus prudent.
-Et Violette, et Alex? Ils vont s'inquiéter.
-T'en fais pas, nous avons prévenu Alexy.
-Quoi Alexy? Mais il vient juste de sortir de prison?
-Oui on est au courant. Mais t'en fais pas, on fait tout pour qu'il soit hors de danger. Pour pas qu'il retourne en prison. Répondit simplement mon professeur de sport.
-Je veux aller dormir, tout de suite alors.
Je le dis avec conviction. J'ai besoin de réfléchir toute seule, dans mon coin. C'est avec surprise que Lysandre me tends quelques vêtements pour dormir je pense. Je le remercie mais il ne me répond pas se contentant de me regarder. Je m'habille dans la mini salle de bain. Et remarque avec tristesse qu'il ne m'a pas encore parlé, rien, même pas un bonjour. Je vais m'allonger dans un lit et avant de plonger dans un profond sommeil dû au sport, je repense aux déroulements de la soirée. Il est revenu, comme il me l'avait promis. Au bout de 5 ans, il m'a laissé mijoter, pour mieux appréhender le moment. La peur au ventre, je fermai les yeux, sentant sur les draps l'odeur de Lysandre.
Quand j'ouvris les yeux, il faisait toujours nuit. La lune éclairait la chambre d'une douce lueur. Ce qui m'avait réveillé? Je ne sais pas. Je m'étirai doucement profitant de la chaleur qui m'entourait. Après quelques secondes je regarde autour de moi et vois de plus en plus les formes qui m'entourent. Castiel dort sur un autre matelas, serein. Son visage est détendu, peut-être rêve-t-il? La tête toujours sur l'oreiller, je la tourne pour apercevoir un Lysandre pensif. Debout regardant à travers la fenêtre. Je sors du lit et me poste à côté de lui. Je le regarde, et j'arrive à distinguer qu'il a enlevé la lentille. Il est vraiment beau éclairé par la seule lumière de la lune. Ses mains dans ses poches. Il continue de fixer un point au dehors, m'ignorant.
-Lysandre. Dis-je dans un murmure.
Il tourne sa tête vers moi et je croise son regard qui me transperce comme une lame. Je me sens défaillir face à ces yeux que je n'arrive pas à déchiffrer. Je romps le contacte mal l'aise. Ça fait cinq ans, et je me vois mal reprendre là où j'étais autrefois. Tant de choses ont changé. Moi pour commencer. Depuis, plus aucun homme ne m'a touché que ce soit physiquement, ou psychologiquement. Je me méfie encore et toujours. Et je repense à ces deux hommes dont je suis tombée amoureuse et que je n'ai pas pu oublier. Mais jamais cela ne deviendra normal. Même s'ils arrêtent Kentin. Ils devront encore et toujours fuir.
-Tu devrais aller te recoucher.
Sa voix est dure et froide. Encore pire qu'avant. Lui aussi a changé. Il contemple encore une fois la fenêtre. Je le regarde ne sachant pas vraiment quoi faire. Mais décide d'opter profil bas pour l'instant, le temps de remettre mes idées en place.
Une semaine voir plus est passée, et rien de nouveau. Pas de nouvelles de Kentin, à croire qu'il attend quelque chose de bien particulier. Lysandre est distant contrairement à Castiel. Il est détendu et amusant. Même s'il a toujours ce caractère très spécial. Il ne fait pas allusion au passé, il me parle comme si j'étais une amie d'enfance. Comme s'il ne s'était jamais rien passé entre nous. Trop de temps s'est écoulé peut-être? Sûrement. Je suis perdue dans mes sentiments. Et blasée par la suite, quand ils repartiront. Je ne veux pas m'attacher d'avantage. C'est sûrement ce que Castiel fait, ne pas essayer de s'attacher d'avantage à moi. Je devrais lui poser la question un jour peut-être. Lysandre m'intimide, il est devenu si froid avec moi, comme si je n'avais aucune importance à ses yeux, et cela me brise le cœur. Kentin est, semble-t-il, son unique obsession. Violette n'était évidemment pas au courant, ni ma meilleure amie au parfum si doux. Il n'y avait qu'à Alexy que je pouvais parler d'eux ou de mes doutes. Ce que j'étais en train de faire, je lui parlais, assise sur son lit.
-Non ce n'est pas ton imagination ni de ta faute, il est comme ça même avec moi.Me dit-il
-Je ne le reconnais plus contrairement à Castiel... Il ne parle quasiment pas, il ne me parle pas du tout en fait. Je ne sais pas comment me comporter avec lui.
Je baisse la tête avec tristesse face à mes mots. Alexy me prend la main.
-Je pense que tu devrais essayer de lui parler, ou de le faire réagir au moins. C'est la seule chose à faire, et il n'y a que toi qui puisses le faire. Je sais qu'il tenait à toi...là-bas.
Je lui souris mélancoliquement et pars me coucher avant de lui lancer une bonne nuit et un merci.
Nous sommes que tous les deux, Lysandre et moi, dans l'appartement. Castiel est parti faire des courses. Depuis au moins une heure, je réfléchie à comment faire pour l'aborder. J'ai élaboré pleins de plans, mais aucun n'est fiable. Ils se cassent tous la gueule à la fin. Ce qui me décourage encore plus. Je me décide de me lancer et d'improviser. Il est dos à moi et je me sens déjà mal à l'aise face à sa corpulence dix fois supérieure à la mienne.
-Lysandre... j'aimerais te parler.
-Oui? Me dit-il en restant dos à moi.
-Tu, continuai-je en prenant une grande inspiration, as changé Lysandre, je ne te reconnais presque plus, tu es si distant et froid.
L'homme aux cheveux blancs ne bouge pas, comme si je n'avais pas parlé il ne me répond pas. Je décide de monter d'un ton.
-Je suis sûre que c'est à cause de cette putain de vengeance que tu es comme ça, à cause de Kentin.
-Il a détruit ma vie, à cause de lui j'ai tout perdu. Dit-il d'une voix calme.
-Le tuer ne te rendra jamais tout ce que tu as perdu.
-Je sais, mais il doit payer pour tout ce qu'il a fait.
-Mais ce n'est pas à toi de t'occuper de ça, tu es entrain d'oublier de vivre. Tu es obsédé par lui à tel point que ça en devient malsain Lysandre.
Ces mains se crispent sur le rebord de la fenêtre. Il faut qu'on le récupère le plus vite possible. J'ai peur au fond de moi de l'avoir déjà perdu. Que son cœur ne soit rempli que par la haine envers ce Kentin. A cause de cette vengeance il a déjà tué, et ça me fait peur je l'avoue. Je me demande bien ce qu'il pourrait faire d'autre pour atteindre son but qu'il a fixé depuis tellement longtemps. Je me mets juste à côté de lui, assez pour que j'arrive à distinguer certains traits de son visage. Il a l'air concentré à tel point que je ne pense pas qu'il ait remarqué mon déplacement. Je pose donc une de mes mains sur sa joue, doucement. Et j'encre ensuite mon regard dans le siens qui vient juste de voir ce que je faisais. Ses beaux yeux vairons semblent perdus. Je bouge donc lentement ma main qui fait de petit cercle sur sa joue, comme quand on caresse un animal pour le calmer. Il se laisse faire et semble même apprécier ça. Je ne sais pas combien de temps exactement on reste comme ça. Profitant de ce doux silence. Mais quand quelqu'un frappe à la porte, le contact est rompu. Lysandre part ouvrir à l'homme aux cheveux noires et tout redevient comme d'habitude.
