« Un sentiment refoulé est une plaie, qui ne peut pas cicatriser tant qu'il n'a pas été exprimé. »
-Castiel?
-Oui?
-Regrettes-tu de m'avoir enlevé moi et pas une autre fille?
Il me regarda surpris par ma question. Une question parmi tant d'autres qui me trottait dans la tête.
-Franchement? D'un côté oui, car tu as vécu un enfer là-bas et le pire c'est que tu ne pourras jamais oublier tout ce que tu as subit... Je m'en veux de ne pas t'avoir laissé filer quand on t'a enlevé.
Il baissa le regard triste et je lui pris la main pour la serrer. Ses mains réconfortantes et brûlantes m'avaient manqué. À son contact le souvenir de celles-ci découvrant mon corps et le caressant me donna un puissant coup de poing de papillons très agréable au niveau de mon ventre. Il me regarda dans les yeux et une lueur que j'avais connue apparue. Il reprit la parole en posant son autre main de libre dans mes cheveux.
-Mais ça m'a permis de te rencontrer. Je peux paraître égoïste en disant ça, mais c'est vrai. J'ai aimé être avec toi là-bas, tu as été tellement forte et courageuse, peu de filles auraient été capable d'être comme ça.
Ce qu'il m'avait dit me toucha énormément. Tellement que je sentis mes yeux me piquer. Je n'ai jamais beaucoup parlé aux gens de ce qui m'est arrivé. En particulier ce qui est arrivé avec Castiel, à part Violette, personne n'est au courant. Il a trouvé les cicatrices qu'il y a dans mon âme avec de simples mots bien choisis. Je me mords la lèvre inférieure pour m'empêcher de pleurer mais tout part tout seul, sans que je puisse arrêter les larmes qui coulent sur mes deux joues. Il me regarda avec inquiétude et regret.
-Désolée. Dis-je entre deux hoquets.
-Mais arrête de dire n'importe quoi !
Il me prit dans ses bras. Ma tête dans son cou. Jamais je n'aurais pensé que me retrouver dans ses bras me ferait autant de bien. Il m'avait manqué, énormément. Les larmes continuaient à couler. Son odeur me rassurait et me berçait. Ses deux bras puissants m'encerclèrent me garantissant une protection. Il me serra un peu plus fort. Nous étions sur le canapé. Moi à travers lui qui m'enlaçait pour la première fois depuis cinq ans. Pendant un long moment on resta comme ça. Moi qui a travers mes larmes passais toutes les angoisses, les peurs, les inquiétudes que j'avais ressenti là-bas et maintenant. Pas à un seul moment il me lâcha, ni ne me parla. Que rajouter de plus? Avec ses mots tous les souvenirs que j'avais enfouis pour me préserver étaient apparus comme un geyser. C'était indéniable, je l'aimais toujours. Et j'avais besoin de lui, comme quand on était là-bas. Mais ça voulait dire que j'avais aussi besoin de Lysandre à mes côtés. Ils étaient comme le téléphone portable et la batterie. Si l'un des deux n'est pas là, l'autre n'aura aucune utilité.
Des pas venaient vers moi. Une présence était dans ma chambre. Je sentais son souffle régulier et son cœur battre. Je voulais me lever mais la peur me paralysait. Je n'arrivais plus à bouger et ma respiration était en train de paniquer. Il ria d'un rire froid dans mon oreille. Je criai de toutes mes forces, pris mon couteau caché sous mon oreiller et me levai dans le noir d'un coup. Prête à me défendre. La seconde qui suivit un garçon aux cheveux bleus arriva paniqué dans ma chambre en allumant la lumière. Il n'y avait personne mais tout mon corps tremblait encore à cause de ce rire machiavélique, le rire de Kentin. Il semblait si réel et tellement proche qu'il résonnait encore dans ma tête.
-Marine ! Que se passe-t-il? Ça va? demanda Alexy fouillant des yeux chaque recoins de la pièce.
-Il est là ! Il est venu pour me tuer Alexy ! Dis-je en criant le cherchant encore des yeux.
Après avoir dit cela je regardai sous mon lit, dans mon armoire prête à l'attaquer. Mais ne trouva rien.
-Il doit se cacher dans la maison Alexy . Appelle la police, vite !
Mon meilleur ami s'approcha de moi doucement.
-Marine, ce n'était qu'un cauchemar, il n'aurait jamais eu le temps de partir de ta chambre sans que je ne l'ai vu. S'il te plait pose ce couteau.
-Je l'ai entendu, il était là ! Je te le jure Alexy...
-Calme toi et pose ce couteau s'il te plait ma belle...
Je le lâchai comme il me l'avait si gentiment demandé et me mis à pleurer. Il me prit par les épaules et me fit asseoir. Me serrant contre lui. Ma respiration était saccadée mais je lui dis :
-Tu restes dormir avec moi s'il te plait Alex?
-Bien sûr.
On s'allongea. Je m'étais quelques peu calmée et posai donc ma tête dans le creux de son bras. Je fermai les yeux et repartis dans le monde des songes.
Violette est au courant, tout comme Lila. Il fallait leurs dires pour plus de précaution. Pour nous préparer. Plus ça va et moins je dors. A chaque petit bruit je panique, à chaque coin de rue je me retourne. Et Lila qui va bientôt se marier. Je suis aux aguets. Elle pense que c'est une bonne idée. Pour nous détendre un peu et nous changer les idées. Mais moi, je ne pense qu'à une seule et même personne. Kentin. J'ai son image dans mon cerveau qui me suit nuit et jour. Sans repos. Il me hante. Des fois je me dis même que ce serait bien qu'il apparaisse maintenant, une bonne fois pour toute pour enfin être débarrassé et arrêter de me torturer l'esprit. Au moins je serais fixée pour de bon. Mais il ne fait rien. Même pas un signe.
-Marine, réveille-toi !
Je reviens à la réalité quand Lila apparaît devant moi dans sa robe de marié les poings sur les hanches et le regard fixé sur moi.
-Désolée, je réfléchissais. Dis-je simplement.
-Bah arrête, ça ne sert à rien de te torturer, je te l'ai déjà dit. Pense plutôt à ma robe. Ça va? Ils viennent de la rajuster. Il faut juste que je fasse attention à ne pas grossir, ni à maigrir jusqu'au grand jour.
Elle se regarde dans le miroir, anxieuse à l'idée que la robe ne lui aille plus le jour de son mariage. Je souris à l'idée qu'elle paniquera car elle ne rentrera pas dedans quelques minutes avant la cérémonie.
Ce serait assez distrayant je l'avoue.
-Pourquoi tu souris bêtement? Elle ne me va pas c'est ça? Dit-elle inquiète.
-Mais non elle te va à merveille. Dis-je reprenant mon sérieux.
Elle s'observe de tous les angles puis enlève la robe pour que nous puissions enfin partir. Elle m'emmène jusqu'à chez Lysandre et Castiel. Je frappe à l'appart et Lysandre m'ouvre après avoir vérifié que c'était moi. J'entre et m'assoie en attendant que Castiel et Alexy reviennent pour parler d'éventuels changements. Comme à chaque fois que je me retrouve seule avec lui, je me sens mal à l'aise. J'aimerais lui parler de plein de choses, mais je n'y arrive pas. Pourtant j'ai le temps de lui parler. Au moins deux heures avant qu'ils ne reviennent. A leurs avis à tous, je suis en sécurité, ici. Moi je ne pense pas, il peut débarquer sans prévenir, juste comme ça d'un seul coup. Enfin après c'est peut-être mon imagination qui divague. L'homme aux cheveux blancs regarde par la fenêtre comme toujours. Les yeux indéchiffrables. J'en ai marre de le voir comme ça, tellement imperturbable. Si concentré. Une assurance sortit de nul part vient s'installer au fur et à mesure en moi. Je veux le bousculer intérieurement. Lui faire penser à autre chose qu'à Kentin et à sa vengeance. Je sais que ce que je vais faire est ambitieux et complètement insensé, mais j'en ai besoin, mon corps en a besoin. Quelque chose de complètement fou me fait penser que je dois le faire maintenant. Peut-être que je deviens folle? À force de penser à ce Kentin? Je n'en sais rien. Un désir trop profondément enfouie si ça se trouve? Je me lève et retire mon gilet suivi de mon t-shirt sans un bruit. Je détache mes cheveux. Enlève mes chaussures, mes chaussettes et mon pantalon, posant le tout sur la chaise à mes côtés. Malgré les épaisseurs que j'ai enlevées, je n'ai pas froid car mon corps se réchauffe étrangement d'une douce chaleur légère. Je le regarde de dos, et il m'impressionne comme toujours. Sa droiture et cet étrange aura impénétrable qui ressort de lui. Je m'avance plus près de lui mais sans le toucher. Je n'ai pas l'impression qu'il se rend compte de ce qui se passe. Surement subjugué par la foule dehors essayant de repérer l'homme qui a détruit son univers.
-Lysandre. Dis-je d'une voix forte.
Il se retourne et son regard ne fait qu'accroître mon désir à mettre un peu de vie dans ses yeux si ternes. Car j'ai vu cette étincelle passer quand il m'a regardé de la tête aux pieds. Mais il essayait de se ressaisir et mon regard se veut plein de désirs et têtu. Mais je ne me jette pas sur lui pour autant.
-Tu fais quoi là? Rhabille-toi Marine s'il te plait.
Sa voix est brutale mais je ne cille pas. Ma main caresse sa joue pour descendre plus bas, jusqu'à sa chemise, et je déboutonne les boutons. Voyant son hésitation, je pose mes lèvres dans son cou et continue de le déshabiller. Mais arrivée aux derniers boutons, il me prend par les poignets et m'éloigne légèrement de lui.
-Non mais il t'arrive quoi? Tu veux quoi?
Il dit ça avec dégoût. Comme si l'idée de coucher avec moi le répugnait. Pourtant j'ai bien vu le changement dans ses yeux. Sa peau répondre à mes baisers. Je ne l'ai pas rêvé. Mais mon état d'esprit ne change pas, voir même empire. Comme si une fille sauvage et téméraire prenait ma place.
-A tons avis, ce n'est pas assez clair peut-être? Fait pas genre que je te dégoûte. Pour une fois libère-toi de cette prison ou tu t'es enfermé tout seul et fait-moi l'amour comme tu ne la jamais fait a personne ! Dis-je criant presque, espérant que ça rentre bien dans son cerveau.
Rien ne se passe pendant quelques secondes, on se contente de se défier du regard. Puis au soulagement de cette fille sauvage qui a pris possession de mon corps. Je redécouvre ses lèvres, si douces mais tellement plus exigeantes qu'avant. Ses mains parcours mon corps. Mes cicatrices que j'ai pu faire un peu disparaître ne le gêne pas du tout. Moi je m'accroche à lui, à son cou. Lui quémandant de continuer cette douce torture à travers mes gestes et mes lèvres. Avec force il m'emmène sur son matelas qui est parterre. Je tombe dessus lourdement avec lui. On se déshabille et je découvre enfin son corps nu, je n'ai pas le temps de l'admirer qu'il commence déjà à jouer avec mon corps découvrant les endroits sensibles. Dépassée par les événements je n'ai le temps de rien faire. Mon corps réagit de lui-même par des gémissements de plus en plus ponctués. Mes mains réussissent quand même à caresser sa peau si chaude de désirs. Je me sens si bien, sous lui. Un plaisir que j'avais longuement oublié parcourait tout mon être. Une valse sauvage se déroule. Comme un volcan en fusion, j'éclatai, d'un seul coup, sans que je m'y attende. Ma respiration était saccadée. Mes membres tremblaient encore quand il s'écroula sur moi une seconde. Mais il continua à embrasser mon cou, mais plus tendrement cette fois. Et remonta jusqu'à ma bouche ou il suçota ma lèvre inférieure avant de me serrer contre lui.
Je devais m'être endormie, car quand je me réveillai, j'étais certes toute nue sur son matelas mais lui était devant la fenêtre, habillé. Et je découvris, déçue, que ses yeux étaient redevenus durs et ternes. Je me mordis la lèvre. Et avant que je dise quoique ce soit, il dit:
-Rhabille-toi, ils vont arriver.
Je décidai de lui obéir, mais d'aller lui dire un mot ou deux avant que le sujet soit définitivement clos. Car ce qui venait de se passer était tout frais et j'avais une chance d'en savoir un peu plus. S'il était devenu moins froid? Plus lucide? Moins vengeur? Mais pile quand je finis de boutonner mon gilet, les deux autres arrivèrent. Et je sentis à ce moment-là, que je ne le saurais jamais. Mais j'avais réussi à retrouver cette petite part de lui. Et rien que pour ça je me sentais ce soir-là, heureuse.
