"Il y a des personnes qui marquent nos vies, même si cela ne dure qu'un moment. Et nous ne sommes plus les mêmes. Le temps n'a pas d'importance mais certains moments en ont pour toujours."


"J'ai Violette avec moi. Si tu veux qu'elle vive, rejoint-moi tu sais où.
Si tu préviens qui que ce soit, je te promets qu'elle souffrira et mourra.
Ne crois pas que j'en serais pas capable, ce serait me sous-estimer.
K."

Le papier que je viens de trouver sur la table me laisse paralysée, perdue, nerveuse. Comme un coup de marteau décidant enfin comment va se terminer toute cette histoire. Je le regarde encore une fois, relisant chaque mot de peur de mettre tromper, mais le "K" à la fin de ce papier qui m'était destiné me reste en travers la gorge. Ce n'est pas un cauchemar, l'effroyable réalité est là. On dit toujours qu'on a le choix, mais l'ai-je vraiment? Je veux dire est-ce que je vais prendre le risque qu'il puisse faire du mal à Violette et mettre fin à ses jours? Non. Donc je n'ai pas le choix. Je vais devoir y aller seule, sans prévenir personne. Affronter enfin toutes ces années d'attente, d'ignorance, de leurre. Je m'étais vraiment voiler la face de croire qu'il m'avait oubliée, que ses dernières paroles n'était que du vent, une phrase en l'air, rien d'important. Mais je m'étais trompée. Ça se voyait. La preuve était devant moi, sur la table. J'empoignai mes clés de voiture et mon sac et partis jusqu'à ma voiture. "Rejoint moi tu sais où.", il n'y avait qu'un seul endroit où je pouvais le trouver. Le lieu où j'avais vécu pendant un an. Personne n'y allait jamais, et personne n'y habitait. C'était une sorte de tombeau ou les prénoms de toutes les jeunes filles y étaient figurés. Je n'y étais jamais retournée. Pourquoi? Je dirais plutôt pourquoi y serais-je retournée? Les filles étaient enterrées là ou leurs parents avaient décidé de les enterrer, en général dans leur ville natale. Sur les murs du bâtiment était seulement inscrit le prénom de toutes ces filles mortes sûrement dans d'atroces souffrances. Le reste était comblé par des mauvais souvenirs. De l'horreur, de la souffrance et de la peur. Alors pourquoi j'y serais allée? C'était déjà assez dur de faire face à ma mémoire alors me confronter à la réalité une fois de plus ne m'aurait pas aidé.
La route défilait sous mes yeux. Trop vite. Je n'avais pas pu sauver toutes ces filles que j'avais connues. Je ne voulais pas abandonner Violette, elle, je pouvais encore la sauver. Il le fallait. Elle avait une famille qui l'aimait. Moi je n'avais pas beaucoup de personnes pour qui je comptais. Et la plupart pourraient très bien se débrouiller sans moi.
J'entrais dans le bois sombre. Qui me promettait bien plus qu'une soirée mémorable. Il me promettait la mort, une mort inoubliable et pleine de torture.
J'accrochai mon volant plus fort redoutant ce qu'il allait se passer. Arrivée à destination, je descendis de la voiture.
Je voulais m'enfuir en courant et en criant. Mais c'était impossible. Car le visage de Violette grimaçant de douleur s'imposait à moi. Poings serrés j'avançai vers la maison, où une pièce était allumée. Il ne faisait pas encore complètement nuit, car je pouvais distinguer les arbres qui m'entouraient. Ces mêmes arbres qui un jour m'avaient redonné espoir. Que j'avais pu découvrir alors que j'étais captive ici. Je me souviens des jolies couleurs qui étaient dans le ciel. De l'air frais que j'avais pu respirer.
La porte devant laquelle je suis me fait revenir à ce qui se passe. Je l'ouvre et rencontre un couloir allumé. Ce même couloir aux couleurs ternes et tellement usée à cause du temps et de l'entretien de ce bâtiment. J'ai du mal à respirer. Mais avance quand même. Car je sais où il m'attend exactement. Ce n'est pas si compliqué à deviner à vrai dire. Ma main tremble, j'ai peur, très peur. Je ferme les yeux, pour me donner le courage d'entrer dans la pièce ou j'ai été enfermée un certain nombre de temps.
Je vois en premier une tache de sang là ou Kim est morte. Elle me donne envie de vomir. Mais la seconde image me terrifie littéralement. La fille aux cheveux violets est là, allongée et ligotée de la tête aux pieds. Complètement inconsciente. Je me rue sur elle, pour examiner son pouls. Mais une voix retentissant derrière moi m'interrompt.

-Ne t'inquiète pas, elle est toujours vivante. Je l'ai juste drogué un peu pour qu'elle reste tranquille.

Je me lève en prenant au passage le couteau que j'ai soigneusement caché dans ma botte. Et me retourne pour faire face à ma pire peur. Pour lui faire face enfin. Pour lui montrer que je ne suis plus la petite fille qu'il a connue. Qu'il a en face de lui une femme, une femme plus forte qu'avant et déterminée à en finir même si elle a peur. La première chose que je remarque chez lui, c'est qu'il a un pistolet braqué sur Violette. Ensuite je vois qu'il n'a pas vraiment changer physiquement. Il a vieilli, ça c'est sûr, mais je le reconnais tout de suite. Seul son visage est plus renfrogné et son sourire plus sadique que jamais.

-Tu crois vraiment que tu me fais peur avec ton couteau, Idiote. Maintenant lâche-le ou je tire sur ta copine.

Je l'écoute. Et lâche mon couteau. Ces yeux sont sombres, il ressemble à un monstre. Un horrible être malveillant qui a l'apparence d'un homme.

-Toujours aussi obéissante à ce que je vois.

Je ne dis rien, mes yeux lui révèlent tout. Mais un événement complètement inattendu se passe. La porte qui est derrière Kentin s'ouvre d'un seul coup. Elle le heurte, et il lâche son arme qui tombe à terre. Mais elle est trop loin de moi. Je me baisse et ramasse mon couteau. Mais juste avant que je m'approche de Kentin, Je vois une tignasse bleue passer la porte avec précipitation. Le temps qu'il comprenne ce qui se passe, il est trop tard. Mon couteau est juste en dessous de sa gorge, au moindre mouvement de sa part il serait égorgé. Je me sens puissante face à ce retournement de situation, plus sereine on va dire. L'homme aux cheveux bleus me regarde surpris.

-Alex, va détacher Violette et apporte les cordes pour qu'on ballote Kentin comme il le faut.

Il reste un instant perdu mais se ressaisit bien vite en hochant la tête. Il fait ce que je lui dis. En faisant bien attention à Violette. Quand Kentin est sous contrôle, et qu'on lui vide ces poches pour ne pas qui nous fasse du mal. Je respire mieux. Mais une question vient dans mon esprit.

-Comment tu savais que j'étais ici Alexy?
-Quand je suis rentré, j'ai vu le papier sur la table, et j'ai tout compris. Sur le chemin, j'ai appelé Castiel et Lysandre pour leurs laisser un message. Ensuite j'ai appelé la police, ils ne devraient pas tarder.

Il prend avec tendresse Violette dans ses bras pour aller la porter jusqu'à la voiture. Moi qui pensais que tout ça se terminerait bien pire, j'avais tort. C'est mieux que je ne puisse l'espérer. Je croise le regard de Kentin qui n'a pas changé d'un poil. Il a juste l'air un peu contrarié, juste un peu. Je m'approche de lui sans peur, pour la première fois. Il est vaincu. Et moi je vais bientôt être libre de ma plus grosse angoisse. Je pose mon couteau sur sa joue.

-C'est qui le plus menaçant de nous maintenant mon cher Kentin?
-Parce que tu crois que tu me fais peur maintenant?
-Bah écoute la police devrait pas tarder à arriver, donc bon je m'en fiche que tu aies peur de moi ou pas, tu vas passer le reste de tes jours en prison.
-Alors tu ne veux même pas te venger après tout ce que j'ai fait, après tout ce que je t'ai fait?
-La vengeance ne sert à rien, à part perdre son temps peut-être.
-Tue-moi si tu veux vraiment gagner espèce d'idiote.
-Comme si la provocation ça marchait avec moi. Tu vas pourrir en prison, un point c'est tout. La mort c'est beaucoup trop facile.

Je lui souris et pendant un instant j'ai peur qu'il me saute dessus tellement il gigote et hurle pour se libérer. Mais c'est peine perdue, Alex l'a bien attaché pour ne pas qu'il se sauve. Tiens, je l'entends m'appeler. Je sors légèrement juste pour l'entendre dire.

-Marine, j'ai entendu une voiture venir mais il n'y a personne, je trouve ça étrange...
-C'est peut-être les policiers?
-Non ils auraient mis les sirènes.

Je réfléchis une minute septique. Et quelque chose d'effroyablement probable me saute aux yeux. Je me rue là où j'ai laissé Kentin et me retrouve en face d'un dos incroyablement grand. Je vois sa queue de cheval blanche descendre le long de sa veste. J'entends Kentin parler.

-T'attends quoi espèce de con pour me buter, je le vois dans tes yeux, tu ne veux que ça.

J'avance et le vois tenir l'arme de Kentin. Il le pointe vers l'homme qui a détruit sa vie. Je viens à ses côtés pour lui faire part de ma présence sans le brusquer.

-Lysandre, ne l'écoute pas. Ne tire pas s'il te plait et part, la police va bientôt arriver et il va aller en prison jusqu'à la fin de ses jours. C'est ce qu'il pouvait lui arriver de mieux. Hein?

Il ne cille même pas. Ne baisse même pas son arme. J'ai peur de ce qu'il pourrait faire. Je crie un peu plus fort, les yeux brillant de peur.

-Lysandre écoute moi !

Cette fois il tourne ses yeux vers moi. Je lui touche le bras.

-Part maintenant, la police va arriver. S'ils te voient là, ils vont t'arrêter.
-Il mérite de mourir, tu comprends ça Marine?
-Oui il le mérite, mais avant ça, il sera puni en prison. Il va devoir attendre l'heure de sa mort dans une pièce sordide avec pour seul compagnie sa mémoire.
-Oui bien sûr, je me souviendrai chaque jours de ce que j'ai fait subir à cette Rosayla c'est ça? Je me rappelle de ce qu'elle disait quand je l'ai violé "Leigh ! Lysandre ! Au secours ! Venez m'aider !" dit-il en imitant sûrement la voix de la belle-sœur à Lysandre, quel bonheur quand je l'ai tué à petit feu, en l'étranglant et la relâchant avant qu'elle ne s'étouffe rajouta-il souriant sadiquement.

Il essayait de mettre à bout Lysandre et ça marchait. Je me mis devant l'arme juste avant qu'il ne tire. Heureusement pour moi ses réflexes étaient toujours là. J'entendais maintenant les sirènes de la police arriver au loin, me signalant qu'il fallait que je me dépêche.

-Ne rentres pas dans son jeu Lysandre. Va-t'en par la fenêtre les policiers arrivent. S'il te plait part maintenant sinon je ne pourrais plus jamais te revoir, tu comprends ça?

Cette fois c'était plus fort que moi. Je commençais à pleurer, je ne voulais pas que ça se finisse comme ça. Je voulais revivre certaines choses avec lui. Les larmes coulaient le long de mes joues. L'idée que je ne puisse ni le revoir, ni le toucher, me serrait le cœur. Je l'aimais beaucoup trop pour supporter ça. Il me regarda avec tristesse et avec sa main libre se mit à essuyer mes larmes. Le contact avec ses doigts chauds me fit frémir.

-Marine, commença-t-il, tu es tellement belle. Tu sais, je ne te l'ai jamais dit mais je t'aime, enfin plutôt je t'ai toujours aimée, te rappelles-tu quand j'ai proposé qu'on te garde juste pour danser? C'est à ce moment-là que, enfin tu vois? Depuis ce jour, je pense à toi tout le temps. Si seulement j'avais pu te rencontrer avant. Ce que j'ai vécu avec toi la dernière fois c'était magique. Jamais je n'aurais pensé que ça puisse se produire un jour et si je pouvais, je t'aurais fait l'amour ici même encore une fois. Je te mérite pas tu sais ça? J'ai fait et j'ai laissé faire des choses horribles, qui font que je dois en subir les conséquences à partir de maintenant. Tu as été mon étoile, et tu le seras toujours. Je t'aime, excuse-moi.

Ses paroles me prennent au dépourvu. J'ai du mal à tout assimiler d'un seul coup. Surtout qu'après avoir dit tout cela, il m'embrasse passionnément. Le genre de baiser ou tu comprends tout ce qu'il t'a dit ou pas. Celui qui te laisse pantelante quelques instants. Celui où tu donnerais n'importe quoi pour qu'il recommence encore et encore. Un baiser d'Adieu tout simplement. Et quand je comprends le "excuse-moi", il est déjà trop tard. Le corps de Kentin est inerte par terre, ou s'élargit une marre rouge. Les Policiers entrent avec fracas dans la salle. Il y en a tellement. Lysandre est menotté et emmené dans une voiture. Pour la seconde fois, Violette est emmenée dans une ambulance alors qu'elle est ici. Un policier me prend sous son aile, me demandant si je vais bien, et s'ils m'ont rien fait de mal. Je leurs répond machinalement que non. Alexy me remmène à la maison. Il ne me demande rien. Comme si il savait déjà tout. Quand je suis dans ma chambre seule. Je me remémore le moment ou Lysandre me parle et le moment où je suis ici. Ça repasse en boucle dans ma tête comme si je regardais un film, impuissante à la tournure des événements. Et c'est à ce moment-là que je pleure, pour la première fois je pleure à cause d'un homme que j'ai aimé et perdu. Que seule ma mémoire se souviendra. Se remémorerait la douceur de ses lèvres. De l'odeur de son corps. De la poigne de ses mains. De la vie dans ses yeux.