Julia s'était levée avec deux heures d'avance, bien trop impatiente de voir William. Sa vision de la veille l'avait empêché de dormir et pourtant elle ne ressentait aucune fatigue, juste un bonheur intense.

Elle voulait attendre le moment parfait pour l'annoncer à William. Il allait être fou de joie.

Alors qu'elle attendait son arrivée, Julia ne put s'empêcher de s'interroger. Pourquoi s'était elle souvenue de ce moment en particulier ? Bien trop impatiente de connaître la réponse, Julia monta à l'étage jusqu'à la chambre de Ruby qui dormait encore.

Elle vint s'asseoir délicatement sur le bord du lit puis secoua gentiment l'épaule de Ruby qui marmonna quelque chose que Julia ne comprit pas. Lorsqu'elle vit que Ruby ne bougeait toujours pas, Julia la secoua avec plus de force. Ruby consentit enfin à ouvrir les yeux.

-Jules!On ne t'a jamais dit qu'il était très mal poli de réveiller une personne endormie ?

Julia passa outre sa remarque

-Sais tu pourquoi nous nous embrassions lors de ce bal ?

Ruby se frotta les yeux essayant de dissiper le sommeil profond dans lequel elle avait été plongé quelques secondes plus tôt.

-Jules ! Tu n'as aucune pitié. Cela fait à peine deux minutes que je suis réveillée. Elle ajouta avec une grimace. Et de manière brutale je dois dire.

-Je ne te le demanderai pas si ce n'était pas important.

Ruby soupira avant de réfléchir

-Il me semble que c'était à l'occasion d'un nouvel an. Oui c'est bien ça ! Je me souviens très bien du télégramme que tu m'as envoyé. Tu venais tout juste de te séparer de Darcy et tu avais décidé de rejoindre William à ce bal sur un coup de tête. Il t'a avoué que tu étais son futur et c'est à ce moment qu'il t'a prit fermement par la taille pour t'embrasser.

-Tu es sûre ?

Ruby se laissa tomber lourdement sur le lit espérant pouvoir dormir encore quelques heures

-Jules, je ne fais que te raconter ce que tu m'as écrit sur ton télégramme.

La sonnette retentit. Voyant l'empressement de sa sœur Ruby eut un petit sourire en coin.

-Ton séduisant détective est arrivé. Je me demande où est ce qu'il va bien pouvoir t'amener.

Julia ne prit même pas la peine de répondre et dévala les escaliers.

Elle prit quand même le temps de replacer quelques mèches de ses cheveux tombées de son chignon avant d'ouvrir la porte.

William l'accueillit avec un grand sourire une mallette à la main. Il se pencha légèrement vers elle pour déposer un chaste baiser sur ses lèvres.

-Etes vous prête à me suivre partout Julia ?

-Je crois que oui. Que contient cette mallette ?

-Vous le saurez en temps voulu

Il lui tendit son bras auquel elle s'accrocha aussitôt le laissant la mener vers où bon lui semblait.


Leur première halte commença à la morgue. Julia savait qu'elle y avait travaillé de nombreuses années et pourtant le bâtiment la laissait totalement indifférente.

William la mena dans la pièce principale. Julia regardait tout autour d'elle essayant de se souvenir de quoi que ce soit. William la regardait attentivement dans l'espoir d'apercevoir une quelconque réaction.

-La morgue a été mon deuxième bureau pendant de nombreuses années. William fit rapidement le tour de la pièce en se remémorant chaque moment qu'ils avaient passé dans l'intimité de cette pièce qui était devenue leur refuge.

-Elle ne l'est plus aujourd'hui ?

William ancra son regard dans le sien

-Non

-Pour quelle raison ? Sans s'en rendre compte Julia se rapprochait petit à petit de William.

-Parce que vous n'y travaillez plus

Julia sentit son souffle se couper comme à chaque fois qu'il la regardait de cette manière. Ses yeux ne pouvaient dissimuler ce désir qui le consumait et Julia sentait la caresse de son regard sur son corps tout entier.

William s'éloigna brusquement d'elle. Julia s'aperçut qu'ils n'étaient plus seuls.

-Docteur Grace, désolé de vous déranger. Nous allions partir.

Julia mit un certain temps avant de reprendre pied dans la réalité. Une pensée ironique lui vint à l'esprit. Comment William voulait il qu'elle se souvienne de quoi que ce soit s'il n'arrêtait pas de lui faire oublier où elle se trouvait par un simple regard ?

William la conduisit ensuite à l'asile. Julia regarda l'imposant bâtiment qui se trouvait devant elle. Son choix de reconversion la laissait perplexe. Qu'est ce qui avait bien pu la pousser à devenir psychologue ?

-Venez, je vais vous mener à votre bureau.

Lorsqu'elle entra dans la pièce, Julia fut surprise de voir une pièce chaleureuse entièrement baignée par le soleil.

William lui prit délicatement la main

-J'ai remis en place les peintures que je vous avais apporté à l'hôpital. Il désigna un coin de la pièce avec son index. J'ai aussi pris la liberté d'ajouter quelques unes de vos récentes créations. Je trouvais celle-ci particulièrement magnifique.

-C'est parfait William. Merci

Julia s'efforçait de sourire pour ne rien laisser paraître. Elle commençait à douter de l'efficacité de leur plan. Son désarroi et sa tristesse ne faisaient que s'accentuer au fur et à mesure qu'ils visitaient ces lieux qui étaient censés lui rappeler quelque chose. Peut être valait il mieux qu'elle attende patiemment que la mémoire lui revienne. Et pourtant, elle s'était souvenue de ce bal rien qu'en touchant sa robe rouge. Elle devait trouver l'endroit ou l'objet qui lui ferait retrouver la mémoire. Quelque chose qui aurait autant de valeur sentimentale que cette robe.

-Julia ? Est ce que tout va bien ?

-Je suis navrée William. Aucun souvenir ne me revient à l'esprit. Je vous fait perdre votre temps

William la fit asseoir sur le divan avant de prendre place à ses côtés

-Ce n'est que la première journée, soyez patiente.

Voyant qu'elle gardait le silence, il ajouta :

-Je ne m'attendais pas à ce que la mémoire vous revienne soudainement.

Julia leva les yeux vers lui pour s'assurer de la sincérité de ses mots.

-William, je dois vous dire quelque chose

Il serra sa main dans la sienne pour lui faire comprendre qu'elle avait toute son attention.

-Hier soir en rangeant mes affaires j'ai soudainement été prise d'un malaise.

Une vive inquiétude gagna le visage de William

-Pourquoi ne m'avez vous rien dit ? Je devrais vous amener à l'hôpital pour qu'on vous ausculte

Julia l'interrompit en posant son index sur ses lèvres

-Laissez moi finir William. Je rangeais l'une de mes robes lorsque mon regard est tombé sur une robe de soirée rouge.

Les yeux de William s'illuminèrent à l'évocation de cette robe.

-C'est en touchant la robe que je me suis souvenue de quelque chose.

La surprise et la joie pouvaient se lire sur le visage de William

-De quoi vous êtes vous souvenue Julia ?

Caressant doucement sa joue, Julia murmura

-Je crois que vous le savez. Redites le moi William je vous en prie. J'ai besoin d'être certaine que vous le pensez toujours malgré tout ce qui nous arrive aujourd'hui.

La voix brisée par l'émotion, William lui fit une promesse

-Vous êtes et serez toujours mon seul et unique futur Julia

Blottit dans ses bras, Julia sentit la sérénité de William l'envahir complètement. Le doute s'évapora pour laisser place à la certitude. Julia était maintenant certaine d'une chose : Elle n'avait peut être plus de passé mais son futur était déjà tout tracé.


Après s'être remis de leurs émotions, William lui proposa d'aller déjeuner dans un des restaurants où ils avaient leurs habitudes. Tout en mangeant, William se remémora à quel point Julia aimait la cuisine française. Il se promit de l'inviter à dîner chez Leroux's. Julia s'était montrée particulièrement impatiente d'y aller mais leur dîner avait été interrompu par une enquête.

Le déjeuner terminé, ils marchèrent en direction du parc, offrant leur visage aux rayons du soleil.

Après avoir trouvé un endroit complètement isolé du reste des passants, William posa sa mallette au sol d'où il sortit une couverture.

-Vais je avoir enfin le droit de savoir ce que contient cette mystérieuse mallette William ?

William rit avant de répondre

-Regardez par vous même

Il lui tendit la mallette. Julia ne s'attendait pas du tout à ce qu'elle voyait.

-Des dominos ? Qu'allons nous bien pouvoir faire avec ces dominos ?

William se souvenait parfaitement de la dernière fois où ils avaient joué aux dominos. Il avait réservé une chambre à leur nom après l'avoir vu entièrement nue dans ce camp de nudistes. William avait finalement compris que son imagination était loin de lui rendre justice. Une pulsion l'avait alors envahi. Il la voulait pour lui seul. Pourtant, il savait pertinemment qu'elle appartenait encore légalement à un autre homme. L'idée des dominos s'était alors imposée à lui. A vrai dire, c'était le seul moyen suffisamment efficace qu'il avait trouvé pour ne pas lui faire l'amour une fois qu'ils auraient passé le seuil de la chambre d'hôtel. La tentation avait été grande mais les dominos avaient prouvé leur efficacité jusqu'à une certaine partie de la nuit.

William fut sorti de sa douce rêverie par Julia qui répétait inlassablement son prénom.

-Pardonnez moi Julia. Nous pouvons commencer la partie si cela vous dit.

Julia commença à étaler ses dominos sur le sol lorsqu'un malaise identique à celui de la veille la paralysa.

William éloigna d'un geste rapide les dominos qui se trouvaient par terre pour venir poser ses deux mains sur sa taille. C'en était trop pour lui. Son rire résonnait encore dans sa tête. Cette partie de dominos s'était avérée beaucoup plus amusante qu'il ne l'avait imaginé. Julia savourait son énième victoire de la soirée, riant devant l'air abattu de William. Qui aurait pu penser que William Murdoch était un mauvais joueur ? William ne pensait plus du tout à sa défaite. L'image de Julia nue ne cessait de le hanter. Lorsqu'elle posa sa main sur son genoux, William perdit le peu de contrôle qu'il lui restait. Il l'allongea délicatement sur le sol avant de prendre place au dessus d'elle. Julia avait cessé de rire, le regardant avec un mélange de désir et d'impatience. Elle caressa sa nuque avant de l'attirer contre elle. Julia ferma les yeux de plaisir au contact de leur corps qui se frôlaient. Elle n'avait pas ressenti ça depuis tellement longtemps. Les mains de William refusaient de rester inactives. Il caressa avec révérence son visage, son cou, le haut de sa poitrine. Julia sentit son souffle s'accélérer lorsque ses lèvres prirent le même chemin. Il dégrafa un bouton de son chemiser puis un deuxième dévoilant son corset...

Julia reprit brusquement pied dans la réalité. William la tenait contre lui, inquiet. Elle pouvait encore sentir la sensation de ses lèvres contre sa peau. Lorsqu'elle retrouva l'usage de la parole, Julia ne put s'empêcher de demander.

-Vous n'avez pas amené ces dominos par hasard n'est ce pas?

Embarrassé, William savait que l'heures des aveux était arrivée.