William courait à en perdre son souffle. Ses jambes menaçaient de fléchir à tout moment mais son esprit reprenait toujours le dessus. Si elle partait maintenant tout espoir de reconstruire une vie à deux serait anéantie. Des souvenirs douloureux lui revinrent en mémoire. 4 ans auparavant, sur ce même quai de gare, il l'avait perdu pour de bon. Cette fois, il ne la perdrait pas. Il était prêt à la suivre jusqu'au bout du monde pour lui faire comprendre que sans elle il n'était rien.
Il arriva finalement à la gare, essoufflé, scrutant du regard l'horizon dans l'espoir de l'apercevoir. Une foule dense se pressait autour du train. William se faufila à travers elle. Il s'arrêta soudainement lorsqu'il la vit monter dans le train.
-Julia !
La jeune femme arrêta brusquement son ascension. Cette voix..elle l'aurait reconnu entre toutes. Un moment de doute la submergea. Elle savait que si elle se retournait pour croiser son regard, elle n'aurait plus la force de partir.
William avait senti son hésitation. Il s'approcha un peu plus d'elle.
-Je vous en prie ne partez pas Julia. Je suis prêt à vous laisser le temps qu'il faudra mais ne prenez pas ce train.
Un coup de sifflet retentit signalant que le train allait bientôt partir. Désespéré, William joua la dernière carte qu'il avait en main.
-Julia, si vous m'aimez restez
Ruby apparut à l'entrée du train visiblement agacée
-Jules, qu'est ce que tu fabriques ! Le train va bientôt partir et.. Elle s'arrêta lorsqu'elle vit William sur le quai.
Sa sœur était en proie aux larmes. Ruby prit tendrement une de ses mains tremblantes dans la sienne.
-Fais ce que ton cœur te dit
Julia serra brièvement sa sœur dans ses bras avant de descendre du train. A peine fut elle descendue que le train se mit en marche.
Ruby eut juste le temps d'apercevoir sa sœur se précipiter dans les bras de William. Confiante, elle prit sa place dans le train. Désormais, elle était certaine que tout irait bien.
Ils restèrent plusieurs minutes étroitement enlacés, refusant de se lâcher une seule seconde alors que la foule commençait à se disperser.
-Pardonnez moi William
Pour toute réponse, William la serra davantage contre lui. Il était incapable d'articuler un seul mot bien trop submergé par le flot d'émotions qu'il avait ressenti quelques minutes auparavant. La peur avait fait place à la joie incommensurable de la tenir à nouveau dans ses bras.
Il avait réussi à déjouer le destin qui semblait s'acharner sur eux.
De fines gouttelettes de pluie se mirent à tomber obligeant le couple à se séparer. Ils marchèrent rapidement en direction de la calèche. Pas un mot ne fut échangé pendant tout le trajet. Julia se contenta simplement de poser sa tête contre l'épaule de William qui, en retour, passa son bras autour de sa taille.
Une fois arrivé au domicile de Julia, William se dirigea immédiatement dans le salon afin d'allumer un feu dans la cheminée.
Julia se contenta simplement de l'observer du pas de la porte. De ses mains expertes, William alluma le feu en un rien de temps et les flammes s'élevèrent dans la cheminée. William se retourna vers Julia qui n'avait toujours pas franchi le seuil de la porte. Il lui tendit la main qu'elle prit sans hésiter et la mena jusqu'au sofa.
Surprise, Julia se laissa pourtant faire quand William lui signala de s'allonger. Sa surprise fut d'autant plus grande lorsqu'il vint s'allonger à ses côtés, ses deux bras l'encerclèrent doucement pour venir la positionner contre lui. Julia nicha sa tête au creux de son cou et ferma les yeux. Elle était en paix avec elle même. Elle sentit les mains de William se perdre dans ses cheveux pour défaire une à une les barrettes qui maintenaient son chignon en place. Ses cheveux tombèrent en cascade sur ses épaules et Julia ne put retenir un frisson lorsqu'une des mains de William vint se perdre dans ses boucles. Il lui caressa les cheveux pendant de longues minutes jusqu'au moment où le souffle de Julia se fit plus régulier lui indiquant qu'elle s'était endormie. Il resta là simplement à la contempler avant de s'endormir à son tour, épuisé par les émotions de la journée.
Le sifflet d'un train qui quitte la gare..la peine et le vide immense dans son cœur à l'idée de devoir quitter l'homme qu'elle aime. Cette conversation si douloureuse dans la morgue
-William mon avortement m'a rendu stérile
Les larmes de William et les siennes..George qui les interrompt une fois de plus.
Encore le sifflement d'un train qui sonne douloureusement dans sa tête pour lui rappeler qu'elle a peut être fait le mauvais choix..Ce moment où le cœur et l'esprit sont en désaccord..La gare de Toronto qui disparaît petit à petit..Ce sentiment qu'il est trop tard pour revenir en arrière..
Julia se réveilla brusquement, désorientée. Le feu dans la cheminée était mort et William n'était plus allongé à ses côtés. Elle aurait tant voulu qu'il soit là pour lui faire part de ce rêve. Elle allait se lever lorsqu'elle vit un mot griffonné sur un bout de papier.
Ma Julia,
hélas le devoir m'appelle et je n'ai pas eu le cœur à vous réveiller.
Retrouvez moi ce midi au poste de police. Nous pourrons déjeuner ensemble si cela vous convient.
Avec tout mon amour,
William.
Julia regarda l'horloge au dessus de la cheminée qui indiquait dix heures passées. Elle n'avait jamais autant dormi de sa vie. Elle se leva rapidement et se dirigea à l'étage pour faire un brin de toilette. Elle se regarda dans la glace. Les images de son rêve ne cessaient de la hanter. Et si ce n'était pas un simple rêve ? Et si elle avait déjà vécu tout cela ? Un éclair de compréhension retentit dans son esprit. Elle comprenait enfin pourquoi William tenait tellement à ce qu'elle ne prenne pas ce train.
Elle se rappelait de son départ pour Buffalo..de ses fiançailles avec Darcy et finalement de son mariage. Sans le savoir, elle avait blessé William plus que tout en lui faisant revivre ce moment si douloureux. Bien décidée à se racheter, Julia finit de se préparer à la hâte afin de retrouver William au plus vite. Elle ne pouvait se résoudre à attendre midi.
William regardait la bague qu'il tenait entre ses doigts..cette bague qu'il avait acheté lorsqu'elle lui avait annoncé son départ pour Buffalo. Combien de fois avait-il rêvé de la voir à son doigt?
On frappa deux coups brefs à la porte et William s'empressa de ranger la bague dans son tiroir. Il eut juste le temps de le refermer que Julia fit irruption dans la pièce. Il regarda sa montre, il était toute juste 11h15.
-Julia, est ce que tout va bien ?
Julia vint encercler sa nuque de ses deux mains et posa ses lèvres contre les siennes pour un baiser qui fit perdre pied à William. Il s'accrocha désespérément à sa taille pour venir l'embrasser avec la même ferveur. Elle attrapa sa lèvre inférieure pour venir la mordiller tendrement avant de laisser sa langue caressée cette zone si sensible.
William poussa un grognement de plaisir et Julia s'écarta aussitôt. Elle s'excusa, honteuse, croyant lui avoir fait mal. William lui releva la tête doucement pour qu'elle le regarde.
-Pourquoi vous êtes vous arrêtée ?
-J'ai cru vous avoir fait mal
William ne put s'empêcher de rire.
-Me faire mal ? C'est justement tout le contraire. Je crois que je commençais à apprécier un peu trop votre baiser.
Julia rougit encore plus à cette déclaration
-Je ne sais pas ce qui m'a pris..j'ai eu comme l'intuition que vous alliez aimer..
William redessina amoureusement le contour de ses lèvres avec son pouce
-C'est bien plus qu'une intuition Julia. C'était devenu un petit jeu entre nous. Vous m'embrassiez de la sorte lorsque vous vouliez me faire perdre la raison afin d'obtenir de moi ce que vous vouliez.
Julia se mit à lui sourire malicieusement
-Et est ce que ma technique fonctionnait ?
Les pupilles de William commençaient peu à peu à se dilater, le désir clairement visible dans son regard. Julia sentit la chaleur gagner son corps tout entier.
-A merveille et je peux vous assurer qu'elle fonctionne toujours aussi bien sur moi.
-Je tacherai de m'en rappeler
Julia l'embrassa furtivement se souvenant soudainement qu'elle avait quelque chose à lui dire.
-William, je voulais vous dire que je sais pourquoi vous teniez tant à ce que je ne parte pas. Cette nuit j'ai rêvé de mon départ pour Buffalo et de ses conséquences. Je sais que vous avez beaucoup souffert par ma faute et je voulais aussi vous faire une promesse.
-Une promesse ?
Julia ancra son regard dans le sien. Elle ne voulait pas qu'il y'ait de doute possible sur la sincérité de ses mots.
-Je promets de ne plus jamais vous quitter William.
Emu, William mit quelques secondes à lui répondre.
-Et je promets de ne plus vous donner une seule raison de me quitter
Ils portaient tous les deux à grand sourire aux lèvres.
-Que diriez vous d'aller déjeuner ? Toutes ces émotions m'ont données faim
Julia se mit à rire de bon cœur
-Avec joie William
Ils avaient passé le temps du déjeuner à se dévorer du regard chacun se souvenant du baiser qu'ils avaient partagé dans son bureau. Puis ils se quittèrent à contre cœur, William devant inévitablement retourner travailler. L'enquête était loin d'être résolue et William mettait un point d'honneur à la terminer.
Julia profita de cet après midi ensoleillé pour se balader autour du lac. Beaucoup de Torontois avait décidé de profiter du beau temps pour se baigner. Elle trouva un coin un peu plus à l'écart et enleva ses collants pour sentir l'eau fraiche sur sa peau. Elle avait conscience que son geste était très déplacé mais elle s'en moquait. Pourquoi les femmes devaient elles porter des collants aussi épais par cette chaleur ? Elle sourit intérieurement en pensant à la réaction qu'aurait eu William en la voyant ainsi.
Sans s'en rendre compte, elle tomba sur le sable, assailli par des flash qui inondèrent son esprit.
William apparaissant en maillot de bain devant elle, son corps musclé qu'elle pouvait entrevoir. Ses bras forts qui la serraient contre lui alors que le mouvement de l'eau les poussait l'un contre l'autre.
Ce moment où il la choqua en lui murmurant à l'oreille qu'il aurait voulu qu'ils se baignent complètement nu..
Julia reprit doucement pied dans la réalité un sourire illuminant son visage. C'était un souvenir extrêmement heureux. Peut être le plus heureux de tous. Dans son souvenir, elle et William étaient libres de s'aimer, libres de le montrer au monde entier.
Elle pouvait encore sentir le souffle de William contre son oreille lorsqu'il lui avait fait cet aveu. Si Julia avait appris une chose de la vie c'était bien qu'il ne fallait jamais remettre ses rêves à plus tard. Et se baigner entièrement nu avec William Murdoch en était un. Réfléchissant à un plan d'action, Julia se mit à compter les heures bien décidée à réaliser un fantasme qu'ils partageaient tous les deux.
