Chapitre 12 : Les Sabaku NO
Et oui, je me suis évanouie. Encore. Au moins nous n'étions pas rendus sur le pas de la porte. Je crois que les événements des derniers jours et les importants changements amenés à ma vie m'ont plus qu'épuisée. J'imagine l'air de Gaara, découragé, qui doit se prendre la tête à deux mains de découragement. Je m'en veux de démontrer tant de faiblesse, surtout à lui, mais la pression est forte.
Je finis par me réveiller quelques secondes plus tard, toujours dans la voiture qui s'est engagée dans le U de l'entrée splendide. Gaara regarde dehors, et Matsuri ses souliers. Je dois avouer que le paysage est tout simplement magnifique. Des étendues de sable, une architecture ancestrale, des fontaines d'eau, le soleil... cela me ravit. Je n'étais jamais venue jusqu'à Suna, car je n'accompagne pas mon père en visite protocolaires Le clan Hyûga est des plus sélectifs même lorsqu'il s'agit de ces déplacements.
- Bon, Hinata, c'est simple, tu n'as qu'à te montrer toi-même et tout va bien se passer, me dit rapidement mon ami.
- Monsieur, si je puis me permettre... commence-t-elle en me regardant avec une moue boudeuse.
- Non, monsieur ne te permets pas. Elle est parfaite, Matsuri, surtout ne la bouleverse pas plus, dit-il d'un ton dur en lui jetant un regard des moins avenants.
Ne la bouleverse pas plus? De quoi être rassurée... Qu'est-ce que je devrais savoir avant d'entrer à l'intérieur de la maison – que dis-je! Du château?
Enlève cet air béat, fais semblant que ça ne t'impressionne pas autant... tu vas pouvoir te promener les jours qui viennent, question d'enregistrer le décor et de l'apprécier. Est-ce que je devrais avoir peur de les rencontrer? Je vais me faire fouetter, humilier? Non, cesse d'envenimer la situation inutilement, Hina! Je verrai bien en temps et lieu... Il faut que je pense à autre chose.
En tout cas j'ai très hâte de faire le tour de la propriété, elle est tellement belle! Tout ce que j'aperçois d'ici me semble attrayant. Même le stationnement ne pourrait être plus ravissant.
- Tu vas pouvoir te déplacer autant que tu veux bientôt, réplique mon ami en surprenant mes yeux qui farfouillent l'environnement.
Bientôt, bientôt, j'espère que je ne serai pas enfermée, effectivement!
J'ai plusieurs raisons de m'inquiéter... Le garçon aux cheveux rouges s'approche tranquillement de moi sans oser me toucher devant son chauffeur et Matsuri... du moins je crois. Son regard vert pâle me soutient et tente de me donner le courage qui me fait défaut.
Il est un mélange de sentiments contradictoires, décidément. Un moment il me laisse choir sur le plancher, l'autre il clame mon importance devant mon propre père, à la fois d'une autorité sans scrupules et d'une douce maladresse. Ce pourrait être séduisant si ce n'était pas un comportement récurrent. Je m'oblige à avancer, me répétant encore et encore de tenir mon rôle à la perfection. Je ne dois pas paraître surprise, emballée, mais comme si j'étais en visite, tout simplement. Me faisant guider vers la porte gigantesque de l'entrée de la «maison» par les domestiques, je m'impose une douche froide mentale. Elle s'ouvre avec un bruit de grincement.
Comme de fait, le hall est énorme avec des escaliers à colimaçons à droite et à gauche. Toute de marbre vêtue, cette salle peut accueillir des centaines de personnes. Gaara me devance, me trouvant trop lente à son goût sans doute. Il doit être impatient de retourner dans ses affaires.
- Nous sommes attendus dans le bureau de mon père.
- D'accord.
De toute façon, j'aime mieux le suivre que de me perdre dans ce dédale. À gauche, au bout de six portes, nous semblons être arrivés à destination. Arrêt complet devant la porte en chêne vernie. Impoliment, il ne s'annonce pas avant d'entrer. Je me serais déjà fait tuer juste pour ça. Je le suis timidement à petit pas.
Pour la première fois, je vois le Kazekage quatrième du a un air pince-sans-rire, les bras croisés sur sa poitrine, les cheveux plus foncés que ceux de Gaara, Kankûro lui ressemble beaucoup je trouve. Sa femme, malgré son rang élevé dans la société, a l'air franchement plus sociable et énergique. Elle a les cheveux courts, bruns pâles et les yeux bleus. D'ailleurs, on dit souvent que derrière chaque grand homme se cache une femme.
Le bureau, par égard aux autres pièces, est de proportion semblable à une suite hôtelière. Une baie vitrée laisse entrevoir le paysage sablonneux, mais les nombreuses plantes donnent une odeur particulière à cet endroit, le rendant vivant. On dirait un énorme terrarium. Les lampes de cristal renvoient l'image des rayons de soleil, certains endroits aveuglants de clarté. Sous mes pieds se trouve un aquarium de la longueur de la pièce incrusté dans le sol dans lequel des poissons aux couleurs tropicales se meuvent.
La voix grave du père met fin à mes contemplations.
- Mademoiselle Hyûga Hinata, si j'ai bien été informé, amorce l'homme.
- Hai, hejimemashite, Kazekage, dis-je en m'inclinant profondément.
- Hum. Bien. D'abord, nous tenons, ma femme Karura et moi, à vous remercier d'avoir sauvé notre fils.
Je garde la tête baissée, les yeux fixés sur les poissons qui voguent, par respect pour eux. Je ne dirai pas un mot avant d'y avoir été invitée, par peur de me faire honte. Gaara se dandine sur ses pieds d'impatience, finissant par se laisser choir sur un fauteuil face au bureau.
- L'histoire qu'il m'a contée me semble, je dois dire, invraisemblable. Je ne connais pas tous les détails, bien sûr, mais je comprends que votre vie et celle de ma progéniture est en danger. C'est mon fils qui m'a convaincu du bien fondé de cette requête.
Silence.
- C'est donc pourquoi, en accord avec votre père ou devrais-je dire votre clan, j'accepte de vous garder sous notre tutelle.
Silence.
- Vous habiterez cette maison au même titre que mes enfants que vous connaissez d'ores et déjà.
Silence.
- Je laisse le plaisir à ma femme de vous accompagner dans les modalités habituelles afin de vous intégrer à cette demeure convenablement. Vous pouvez vous exprimer librement ici, sans contrainte. Contrairement aux Hyûga, le silence n'est pas de mise car j'aime bien entendre l'opinion de chacun. Ceci implique un gros changement pour vous, j'en ai conscience. Regardez-moi, mademoiselle, lorsque je vous parle.
Il connaît donc les habitudes de mon clan. Je finis par relever la tête. Il serait malséant de ne pas lui donner ce qu'il demande expressément. Avant même d'ouvrir la bouche, je sais déjà que ma voix est sur le point de défaillir.
- Merci infiniment de m'accueillir parmi vous, Kazekage. Je ne saurais vous exprimer ma gratitude à sa juste valeur. Si, par une manière ou une autre, je puis vous être utile...
- Elle est si polie, gazouille Karura. C'est mignon. Gaara, tu devrais apprendre plus de ton amie je crois.
- Justement trop polie si tu veux mon avis, lui répond l'autre.
- Bon. Cet entretien est terminé. Bienvenue dans votre nouveau chez-vous, mademoiselle Hyûga. Karura, accompagne notre nouvelle invitée. Et toi Gaara, tu restes ici nous avons à discuter en privé.
Oups, je n'avais pas prévu non plus cette partie du plan. J'espère qu'il ne se fera pas passer un savon par ma faute, je me sentirais tellement mal! De plus, me retrouver seule avec sa mère... Qu'est-ce qu'on peut dire à la mère d'un ami?
- Viens, ma chère, nous avons peu de temps et beaucoup de choses à voir, dit-elle en m'entraînant dans le couloir pour les laisser parler seuls.
- Je vous suis, madame.
- Vous pouvez m'appelez Karura, si vous le désirez. Cela fait un peu moins formel, n'est-ce pas? Je n'aime pas le «madame», cela fait trop âgé.
- D'accord.
- Je ne croyais pas que notre petit dernier pouvait avoir des amis comme vous, cela me surprend un peu. Sage comme une image, pas un mot plus haut que l'autre, un petit bibelot en porcelaine. C'est parfaitement inattendu.
Elle me regarde en souriant, fermant la porte du bureau.
Si je regarde nos anciens colocataires, je comprends la réflexion qui m'est apparue saugrenue au premier abord. Est-ce que beaucoup de ses amis sont venus jusqu'ici? Je n'avais jamais pensé à la vie qu'il pouvait avoir mené avant... C'est bête de n'y penser que maintenant. J'aurai sans doute mes réponses dans un avenir assez rapproché. Nous passons l'escalier menant dans le hall et continuons tout droit, jusqu'à un embranchement. Nous prenons à gauche, encore plus loin et encore à gauche.
-Nous sommes dans une autre aile de la maison, plus récente. Nos chambres à coucher sont toutes disséminées sur cet étage. J'ai fait préparer la vôtre, qui sert habituellement aux invités de marque. En tant qu'amie de mon fils, vous êtes même certainement mieux que ce qu'on l'on accueille d'habitude.
- Oh... est-ce qu'il y a beaucoup d'occupants?
- Les domestiques logent au rez-de-chaussée, et pour le moment, étant donné que Kankûro et Temari sont en cours pour la session, il n'y a presque personne.
Je suis à peu près sûre que son «presque personne» n'a pas la même définition que le mien, mais bon.
- Votre professeur particulier ainsi que celui de Gaara habiteront ici aussi pour la durée de votre... séjour. Nous ne voulions causer aucun désagrément d'ordre scolaire, bien sûr. Soupir. Alors, j'aime bien les histoires. Comment avez-vous fait connaissance? Demande-t-elle avec malice.
- Nous avions le cours de littérature allemande du dix-neuvième siècle ensemble. Et je connaissais déjà Temari et Kankûro. Quand Gaara est arrivé, ils ont dit qu'il avait simplement changé d'université.
- Bien sûr. Vous êtes donc une intellectuelle. C'est tout de même étrange que vous vous retrouviez mêlée à ces événements!
- Je vous assure, mad... Karura, que j'aurais largement préféré éviter cette situation.
- Madame! Madame! Vous devez absolument venir voir cela! C'est urgent! hurle un domestique inconnu au bas de l'escalier de marbre.
- Ils paniquent pour un rien, comme d'habitude. Je vais devoir vous laisser vous diriger seule, Encore à gauche au bout du couloir, deuxième porte sur votre droite.
- Merci infiniment.
Elle rebrousse alors chemin et je continue seule. En fait, j'aurais aimé visiter la maison étant donné sa prestance, il y a sûrement beaucoup de belles choses à voir. Bref, j'attendrai sagement dans ….ma... nouvelle chambre. J'actionne la poignée plaquée or une fois arrivée devant la porte indiquée. Un palais. Je suis une princesse qui vit dans les Mille et une Nuits, avec les voilages blancs, le soleil, le sable, un endroit immaculé de tout sa blancheur. Tout est blanc ou en bois brun foncé. C'est d'une beauté exquise et j'ai franchement peine à croire que je vais habiter dans un endroit de rêve comme celui-ci. Ça exhale la fraîcheur, mon lit donne envie de se sentir au paradis. Comme dans les clichés, je me laisse choir dans les draps qui m'avalent. Je resterais bien comme ça pour les dix prochaines années, mais je me doute que ma présence va être requise d'ici peu de temps. Quelques minutes plus tard, on cogne à la porte de «ma» chambre.
- Mademoiselle Hyûga, nous devons parler, dit la voix féminine qui me semblait agréable précédemment.
Karura entre sans faire de cérémonie et ouvre la télévision énorme que je n'avais même pas remarqué auparavant tellement j'étais en béatitude. Je me mets sur mes jambes, rejoignant la femme aux cheveux bruns.
«Nous remarquons avec ce nouvel élément que l'héritier de notre Kazekage et sa protégée ont bien caché leur jeu. Il n'est pas étonnant, Satsue, que de jeunes adultes cohabitant à l'université ne se permettent des libertés... il faut bien avouer qu'ils ont même un certain charme. Malgré l'air angélique de la Hyûga, on devine bien sur la photographie qu'elle n'est pas si pure que l'on pouvait s'y attendre. Pensez-vous, Satsue, qu'il y aurait un vilain secret entre ces deux-là ?
- Il me semble évident, Taku, qu'ils partagent beaucoup plus qu'ils ne voudront bien l'avouer. Peut-être que la récente prise en charge de cette femme par la plus grande famille de Suna signifie quelque chose de plus intime... Regardez bien ce que notre source anonyme, mais de confiance, nous a envoyé. »
Suit une image que je ne pensais jamais revoir, étant donné le peu de personne qui auraient pu y avoir accès. La photo de mon initiation, Bikini. Foulard à plumes. Cheveux rouges et noirs ébouriffés, emmêlés les uns dans les autres. Joues roses. Baiser dans son lit. Manifestement pris par nous-même. Ils ne peuvent pas savoir à quel point c'était chaud brûlant à ce moment précis entre lui et moi, car ils feraient des interprétations bien salées, encore plus qu'ils ne se le permettent déjà. Qui a donc pu leur donner cette photo ? Ah mais oui... ce ne peut être que Pein. Je lui avait remis l'appareil entre les mains. Pein qui est censé être dans le fond d'un trou perdu. En cavale. Qui a décidé de faire tomber notre château de cartes.
À peine arrivée ici, j'ai réussi à mettre la honte sur les deux familles simultanément. Bravo, je bats des records. Si j'avais été chez mon père, je n'ose même pas penser à ce qui me serait arrivé après de telles «révélations». Je me cache le visage dans les mains. Pauvre Karura qui doit voir ses illusions tomber en flèche. Elle qui m'idéalisait presque voilà quelques minutes... elle doit penser que c'est mon vrai visage et que je les ai trompés, elle et son mari. Mais son visage ne trahit aucune réflexion de ce genre, seulement la concentration.
- Nous évitons habituellement de nous mettre en situation compromettante comme cela. Par contre, la faute incombe aussi à mon fils qui n'a pas eu de jugement encore une fois. Nous tenterons d'étouffer l'affaire, mais je dois savoir si vous avez d'autres photos ou vidéos ou etc. qui risquent de refaire surface dans le même genre.
- C'était durant mon initiation... il n'y en a pas d'autres avec votre fils, je vous le jure ! Et aucune de si osée...
- Si j'avais cru un jour que mon plus jeune fils se mettrait dans une position pareille... Kankûro, ça ne m'aurait pas surprise, mais Gaara...
Je la laisse méditer sur ces réflexions qui changent la perception de la mère sur son petit poussin. Elle n'a pas relevé la mention «avec votre fils» non plus. Les quatre autres photos qui ne le mettent pas en scène mais qui me montrent dans le lit de quatre garçons différents ne sont pas vulgaires, donc risquent moins de retenir l'attention de la basse populace et donc de devenir un nouvel élément problématique. Peut-être même que c'était un des buts visés par Pein, étant donné que c'était lui qui avait décidé de la teneur de l'initiation.
- Nous devons absolument étouffer cette affaire. La personne qui a donné ses éléments à la presse voulait attirer l'attention sur vous et c'est bien réussi. Maintenant, je vais devoir mettre mon mari au courant, dit-elle pensivement. Bon,le souper sera prêt dans une heure, je demanderai à mon fils de venir te chercher.
- Je suis désolée, vraiment, madame. Je vous promets de faire attention à l'avenir. De tout faire pour réparer le tort que je vous cause, lui répondis-je en baissant la tête.
- Il n'y a pas que toi de concernée et fautive dans cette histoire. Je connais au moins deux personnes qui en portent autant le blâme, dit-elle en sortant de la chambre avec dignité.
Elle ne semble pas furieuse, ne me fustige pas, ne semble même pas en colère, juste inquiète de la tournure que les événements semblent prendre. Je la comprends, accueillir une inconnue chez elle qui se révèle de nature faible et intrigante, ça ne fait pas monter une cote de popularité. Mais elle semble confiante sur comment se débarrasser de ce problème. Par contre, Gaara ne sait pas que cette photo a refait surface. Il risque d'être autant surpris que moi, si ce n'est pas furieux. C'était un beau moment, pour lui comme pour moi, du moins je le suppose, mais assez lointain dans nos souvenirs. Tant de choses sont arrivées depuis, que l'attirance pure que nous éprouvions a été reléguée au niveau de plan secondaire. Quand mon seul problème existentiel était de gérer les garçons, Kiba et Sasuke ainsi que monsieur aux cheveux fauves, ma vie était d'une facilité ! Je deviens nostalgique.
Qu'est devenu Kiba depuis l'hôpital ? Je n'ai eu aucune nouvelle, surtout que mon téléphone a mystérieusement disparu depuis quelque temps. Je ne l'ai pas revu, ni lui ni personne d'autre d'ailleurs. Ça me fait de la peine devoir m'exiler comme cela. Ce n'est pas comme si j'avais réellement le choix. La famille Sabaku No, les domestiques, les professeurs particuliers, j'ai peu de chances de commettre une nouvelle bourde encadrée par ces gens. Même si je ne connais pas encore les tuteurs. Il suffit de faire comme à l'habitude, de ne surtout pas s'imposer et de rester dans l'ombre. À part quand le Kazekage exigera ma présence ou encore mon avis. En tout cas, Gaara a la chance d'avoir une mère exceptionnelle. La mienne n'aurait pas osé dire un seul mot, se rangeant de fait à l'opinion de mon père. Tandis que dans la famille la plus puissante de Suna, la femme donne et impose son opinion. Je trouve ça merveilleux. En tout cas, je comprends d'où Temari tient son caractère. J'aurais été une femme tellement différente si on m'avait laissé plus de latitude...
Bref, je vais me contenter de ce que l'on me donne car je suis en sécurité, protégée et je n'ai franchement pas à me plaindre. L'impression constante que mon père va faire irruption dans ma chambre va sans doute disparaître d'elle-même dans un certain temps. C'est alors qu'un intrus fait son apparition bruyamment dans la pièce sans avoir manifesté sa présence auparavant.
- Hinata ! D'où sort cette photo ! Je croyais que tu l'avais gardée ! À qui l'as tu donnée ? tempête Gaara, les bras dans les airs.
Je lui explique alors mon raisonnement impliquant Pein. Ce qui fait du sens pour moi. À voir son air peu avenant, je dirais que ce n'est pas le cas pour lui.
- C'est pas possible d'entendre des conneries pareilles ! explose-t-il. Tu te rends compte de quoi on a l'air, maintenant ? De gens qui ont quelque chose à cacher ! On va entendre parler de ça pendant des lustres. Ils vont soutenir que nous avons plus en commun que juste l'épisode de l'enlèvement. Ils le font déjà!
- Nous avons plus en commun que ça et tu le sais. Je ne pensais pas que toi, par exemple, tu allais en avoir honte. Il me semble que je ne t'ai pas tordu un bras, ce jour-là, pour aller dans ton lit.
Cet homme a le don de me faire sortir de mes gonds. Fini, la fille gênée. Mais bon, j'étais déjà sur cette voie depuis mon entrée en résidence...
- Ce n'est pas la question, élude-t-il en se passant une main dans les cheveux déjà en désordre.
- Nous avons été proches. C'est toi qui en a décidé autrement justement après l'épisode de l'enlèvement, comme tu dis. Tu te défiles.
- Ne recommence pas ! Je ne veux pas que ma vie privée soit étalée partout, c'est simple !
Le ton commence à monter. Essayons de calmer le jeu.
- C'est ta position qui veut ça. C'est sûr que n'importe quelle information te concernant doit se payer très cher, dis-je en prenant ma respiration.
- Tu aurais dû faire plus attention, réplique-t-il rageusement.
Résolution décimée en six mots.
- Sors d'ici. Je ne veux pas entendre tes reproches, tu entends ? Je suis désolée pour tes parents, mais pas pour toi. Tu me bouscules déjà assez comme ça !
Je me rassied sur le lit et me cantonne dans les couvertures, attendant qu'il parte. Ce qu'il ne fait pas.
- Tu ne m'écoutes pas ? Je t'ai dit de sortir !
- Je n'ai pas à t'écouter. Je suis chez moi. Et toi tu y es grâce à moi.
J'ai envie de l'étrangler. Il fait son prétentieux, maintenant !
- Et tu es chez toi grâce à moi. Ou mieux grâce à Kiba qui nous a fait sortir de là même si tu ne veux pas l'admettre. Tu veux continuer les sophismes comme ça longtemps ou tu peux t'abstenir ?
Je sens son regard me transpercer d'une part et d'autre. Finalement sa mauvaise humeur devient contagieuse. Pourquoi fallait-il que je le connaisse pour découvrir les joies de l'expression de la colère ?
- Ton ami nous a peut-être sauvés, mais c'est un essai pathétique de ta part pour me faire dire que je lui en dois une. Si tu penses que je vais te pardonner pour ça !
Ça y est, la chaleur monte, comme la dernière fois où nous nous sommes retrouvés tous les deux seuls. Mais pas une chaleur agréable à ressentir. Je me lève d'un bond.
- Me pardonner pour QUOI ? explosai-je. Si je me souviens bien, je me suis fait enlever juste après que tu aies «remis à leur place» Kiba et Sasuke ! Parce que tu as décidé qu'il fallait le faire en plus! Je ne t'ai rien fait de mal !
- Tu joues avec moi, Hinata. J'ai vraiment besoin de te dire ce qui ne va pas ?
Et c'est là que nous nous arrêtons, nous regardons en chiens de faïence. Je me suis peut-être emportée un peu vite. Je sais que le fait que je sois incapable de me décider définitivement à propos de Kiba et lui doit l'atteindre, sinon il ne réagirait pas comme ça. Il me regarde, de ses yeux verts aux cernes creusées, les lèvres pincées. Il a l'air désespéré. Ça me poigne le coeur en étau. Il met les mains dans les poches de son pantalon noir.
- Tu es inconstant. Une minute tu te montres insupportable, et celle d'après...
Adorable ? Protecteur ? Obstiné ? Il m'enrage.
- De toute façon, tu t'es mêlé de ce qui ne te regarde pas.
Changement de sujet...
- De ce qui ne me regarde pas ? Si on continue dans cette lignée-là, je n'avais pas à me mêler de tes affaires avec Itachi non plus ! Je me serais économisé un meurtre ! crache-t-il.
- Je te parlais de mes amis ! rétorquai-je, mal à l'aise.
- Ce ne sont pas des amis. Ils te veulent pour eux seuls, je n'appelle pas ça de l'amitié. Mettre une fille dans son lit, je n'appelle pas ça de l'amitié !
Voilà donc une partie du fond de sa pensée...TOC TOC TOC. Une main délicate frappe la porte. Sa mère entre de nouveau, alors que je suis en pleine prise de tête avec son fils cadet.
- Désolée de vous interrompre les enfants, dit-elle en lançant un regard noir à sa progéniture à cheveux rouges. Je voulais simplement vous dire que j'ai parlé à votre recteur à l'université. Vous serez scolarisés à la maison. Vos professeurs particuliers arriveront dans la semaine. Si vous ne vous entretuez pas avant... Épargnez le mobilier quand même!
- N'exagère pas, m'man, dit-il en se croisant les bras et s'adossant au mur. On a juste une discussion animée. De toute façon, Hinata et moi, on allait se promener.
Je le fixe, les yeux écarquillés. Ah oui ? Et puis quoi encore...
- J'ai parlé à ton père, Gaara. Il est très... surpris de la tournure que prennent les choses. Tu vas entendre parler des nouvelles de la télévision... tu comprends, je suppose. Ne t'attends pas à l'avoir si facile. Je vous conseille à tous les deux de faire profil bas devant les journalistes, la population, tout le monde en fin de compte. Ça risque de faire la une pendant un bon bout de temps. Ton père essaie de trouver un moyen de vous en sortir. Alors essayez de ne pas leur donner de grain à moudre ! Je compte sur toi mon fils.
- Oui oui, m'man, c'est beau, on va rester tranquille, comme des enfants à la maternelle. On peut y aller, là, ou tu vas nous faire suivre par Matsuri ?
- Peut-être que oui, peut-être que non. On ne sait jamais. Bon, amusez-vous bien, mais pas trop !
- Merci mad... Karura, dis-je timidement. Je vous promets que je ne ferai rien qui puisse vous compromettre plus.
Elle me jette un coup d'oeil appuyé et sort de la chambre. Ah, ça c'est sûr que je vais faire attention. De toute façon, l'occasion de déshonorer deux familles en même temps ne se représentera pas de sitôt. Du moins, de cette façon. La porte se rouvre deux secondes plus tard pour faire apparaître uniquement la tête de la maîtresse de maison.
- Tu lui as parlé du petit cocktail ?
- Non.
- Et bien, fais-le. À tout-à-l'heure !
Elle est repartie. Pour combien de temps, je l'ignore, mais ce n'est pas grave. J'aurais aimé avoir une mère plus comme la sienne que la mienne, niveau caractère.
- Lève-toi. On se pousse d'ici.
- T'as pensé à me demander mon avis ? Tu m'engueules et tu veux que je vienne avec toi après ?
- Non. Oui. C'est long, dépêche-toi.
Je lâche un long soupir bruyant pour bien lui montrer ma désapprobation. Je sens que la cohabitation va être vraiment fastidieuse. Il ne me coûte rien de le suivre, simplement de la patience et du temps. Mais j'aimerais bien visiter l'endroit, c'est sûr. J'avais compté sur le fait que je vais rester assez longtemps ici pour en découvrir les charmes. Je pensais le faire seule, c'est tout. Bon. C'est beau, je me mets en marche alors qu'il sort de la pièce à ma suite. Il prend les devants rapidement, n'appréciant sans doute pas d'attendre. Parce que je suis loin de me presser, et que ma petite taille comparé à la sienne est proportionnelle à la longueur des jambes. Il va devoir se calmer les ardeurs s'il veut que je le suive, sinon c'est sûr que je vais faire ma visite en solitaire. Je le regarde prendre de la distance tranquillement mais sûrement. Il ne va peut-être pas s'en rendre compte.
Avec le dédale de la «maison», déjà, j'ai sans doute plusieurs heures à perdre. Mais l'extérieur me semble encore plus attirant. En m'orientant vaguement, puisque c'est toujours vers la droite ou vers la gauche que je dois tourner dépendamment de si j'arrive ou m'en vais, je réussis à retrouver l'escalier de marbre de l'entrée. Un domestique qui doit être un majordome se tient à la porte d'entrée, planté là comme un casse-noisette. La mère de Gaara a spécifié que le repas était dans une heure, donc il me reste quarante-cinq minutes. Alors ce sera un tour rapide. Le jeune homme pousse la porte à la volée, toujours sans m'attendre. Il semble pressé. Et je ne ferai rien pour le ralentir.
C'est à mon tour de sortir par l'entrée voluptueuse. Je commence à faire le tour de la maison tranquillement, me délectant de tant de richesse visuelle. Les monts ensablés m'entourent. Ce qui contraste avec une étendue d'eau dans la cour arrière, avec des carpes koï qui s'en donnent à coeur joie. Aucun doute, la famille Sabaku doit suivre les préceptes du Feng Shui, car l'énergie naturelle pullule. Si j'avais eu une moindre éducation, j'aurais essayé de me baigner dans l'étang parmi les poissons. La prochaine fois, je me promets d'amener de la lecture et de rester dans cet environnement des jours entiers. Peut-être arriverai-je à convaincre mon professeur de venir étudier ici ?
Ça serait une sacrée chance. Étudier dans un petit paradis au milieu du désert... d'ailleurs, le palace doit être largement climatisé car à l'extérieur le climat aride prend le dessus. Je suis encore parée de la petite robe violette achetée par Matsuri, qui capte la chaleur de plus en plus. Une fois sortie de la forêt de palmiers, j'arrive à l'autre extrémité de la demeure. Je décide donc d'aller visiter les dunes. Marcher pieds nus dans le sable va être merveilleux. Je balance mes ballerines à grands coups de pieds d'un côté et de l'autre. Étant donné l'isolement relatif de l'endroit, personne ne me les volera. Je me mets à courir, le sable brûlant virevolte, emporté par le vent. De joie, je pousse de petits cris que personne ne peut entendre. Au bout de quelques minutes où je m'enfonçais dans le sable, justement, la maison qui est énorme me paraît très loin derrière. Il faudrait sûrement que je commence à rentrer, même si je m'amuse vraiment. Je cours alors en sens inverse, zigzaguant, roulant par terre, faisant des anges par terre. Je m'aperçois qu'il y a un cercle d'environ deux mètres sur trois qui n'a pas la même couleur au soleil. Je m'approche afin d'examiner cela de plus près, alors qu'un bras se tend brusquement devant moi, me coupant sauvagement le souffle.
- Alors, je te laisse faire ce que tu veux et tu en profites pour te familiariser avec des sables mouvants ! Une chance que je n'étais pas loin.
