Disclamer : Hp & son univers appartiennent à JKR, la warner bross, etc. Je ne fais qu'utiliser cet univers en y ajoutant ma très modeste contribution et je ne touche pas une noise pour mes écrits (les reviews, en revanche...j'aime !)
Joyeux 1er mai ! (ou 2 mai, ou 30 avril selon votre position sur la planète)
J'avoue avoir douté pour ce chapitre.
Je pouvais conserver le mystère intact et faire échouer Severus, avant de vous faire découvrir lentement les ficelles de cette histoire.
Où alors, je pouvais vous mettre dans la confidence, vous donner la clé du mystère et vous laissez venir regarder le drame qui va se dérouler du côté de ceux qui savent...
Finalement, c'est mon petit côté sentimental qui a tranché et je n'ai pas pu résister à l'idée de vous présenter mes bébés. Vous saurez donc tout (ou presque) des plans diaboliques d'Eleg et...je vous retrouve à la fin pour parler de nos chers personnages.
Swangranger: Merci mille fois pour ta review, ça fait juste super plaisir de voir que tu continues à suivre. j'espère que ce chapitre te plaira :)
Bonne lecture !
Chapitre 8 : Le projet Main Gauche
Le soleil devait être levé depuis deux bonnes heures quand Severus entra dans le cachot.
Au milieu de la pièce, une jeune fille reprenait doucement ses esprits.
Et ce n'était pas normal.
Severus avait réussit à capturer Eleg un peu plus de quatre heures auparavant.
Le polynectar aurait du avoir cessé d'agir depuis longtemps. Mais Eleg était une biomage relativement douée. Peut-être était-elle parvenu à faire durer les effets de la potion plus longtemps.
Au moins quatre heures... quand il aurait fini de l'interroger au sujet de ses plans, il faudrait que Severus pense à mettre la main sur ses recherches.
"Bonjour Eleg, dit Severus en la voyant relever la tête. A moins que tu n'aies changé de nom autant que de visage.
-Je ne m'appelle pas Eleg, bégaya la jeune fille.
-Vraiment ? répondit Severus sur un ton doucereux. Et comment t'appelles-tu dans ce cas ?
-Je...je m'appelle Maïa. Maïa Gateway, souffla la fille en jetant des coup d'oeil effrayés autour d'elle. Je me souviens de vous...vous...vous m'avez frappée. Vous m'avez frappée et vous m'avez emmenée. Au mon dieu..."
Eleg ne réagissait pas du tout de la façon à laquelle Severus se serait attendu. Pourquoi avait-elle l'air si...innocente ?
"Je vous en supplie, laissez-moi partir, supplia le corps trop jeune d'Eleg. Je ne dirais rien à personne : je sais garder un secret. Mes parents ont de l'argent, je le volerais...et les bijoux de maman aussi si c'est ce que vous voulez. Laissez-moi partir, je vous en supplie. Je...je vous en prie..."
La voix de la fille se brisa et Severus sentit le doute monter en lui. La fille avait l'air vraiment perdue et ses pleurs ne semblaient pas factices.
Il y avait plus de quatre heures qu'il l'avait capturée...
Se pouvait-il qu'Eleg ait réussi à l'induire en erreur ? Se pouvait-il qu'il ait capturé la véritable enfant et pas celle qui prenait du polynectar ?
Comment savoir ?
En fait, il n'y avait qu'une solution pour savoir la vérité mais Severus répugnait à l'utiliser : ses réserves de véritasérum étaient très faibles et sa nouvelle préparation ne serait pas prête avant deux semaines. Il ne pouvait pas gâcher une de ses dernières fioles pour rien...
Pourtant, il avait besoin de ces informations. S'il s'agissait bien d'Eleg, ne pas l'interroger aurait des conséquences terribles.
Et si ce n'était pas Eleg, il aurait perdu un temps et une potion précieuse pour rien.
La fille pleurait maintenant à chaudes larmes et Severus était de plus en plus persuadé que ce n'était pas Eleg.
Finalement, il saisit la fiole qu'il avait mis sur la table en prévision de l'interrogatoire. Son véritasérum était puissant, se rassura Severus, et il n'aurait besoin que d'une goutte pour connaître l'identité de sa prisonnière.
Il versa ladite goutte dans un verre d'eau et reposa la fiole.
"Ouvrez la bouche, ordonna Severus en s'avançant vers la fille, le verre à la main. Ce n'est pas empoisonné et je promets que je vous relâcherais d'ici quelques minutes... si vous buvez ceci."
La fille avait le visage baigné de larmes et Severus sentit une certaine gêne monter en lui. La petite était visiblement désespérée et rien en elle ne faisait penser à Eleg.
Elle le regarda, perdue, avant d'acquiescer et de tendre le cou vers le verre d'eau.
Severus prit le geste pour un assentiment et aida la fille à en boire le contenu.
"Comment vous appelez-vous ? demanda-t-il au bout de quelques secondes.
-Je m'appelle Maïa Gateway." répondit la fille en tremblant.
Severus soupira. Il avait capturé la mauvaise idiote.
Il allait se pencher pour libérer la gamine de ses liens lorsque le nom réveilla quelque chose en lui.
Gateway...
Il avait déjà entendu ce nom là quelque part.
Et il était pratiquement sûr que le nom avait été lié à Granger.
Mrs. Gateway, se rappela-t-il. La psychomage que voyait Granger.
"Votre mère est une psychomage, n'est-ce pas ? demanda Severus.
-Non, affirma la fille. Maman ne travaille pas. Elle s'occupe de la maison et elle fait des tableaux."
Severus plissa les yeux. Il paraissait tout de même étrange qu'il entende le nom Gateway deux fois en aussi peu de temps et qu'il n'y ait aucun lien.
Gateway n'était pas un nom sorcier et, pour ce qu'il en savait, pas un nom spécialement répandu en Grande Bretagne. S'agissait-il vraiment d'une coïncidence ?
"Vous ne connaissez pas du tout de Yaa Gateway ? interrogea Severus.
-Je connais une Yaa Clédefaille, c'est la concierge de l'immeuble. Et je m'appelle Gateway. répondit peureusement la fille. Mais je ne connais personne qui s'appelle Yaa Gateway."
Severus haussa les sourcils. Voilà qui était plus intéressant. Il y avait effectivement un lien.
Le problème, c'était que l'adresse que lui avait donnée Eleg pour qu'il puisse la contacter - et chez qui il avait trouvé la fille - correspondait à une petite maison, pas à un immeuble.
"Où habite Mrs. Clédefaille ? demanda Severus.
-Au 20 rue princesse, à Lille, dit Gateway.
-Lille ? reprit Severus, perturbé.
-Oui, répondit Gateway. La ville de Lille, dans le nord de la France."
Severus écarquilla les yeux avant de se reprendre. En fait, il n'aurait pas dû être surpris : Eleg avait complètement disparue pendant les treize années d'absence du Seigneur des Ténèbres. Et, étant donné le nombre d'ennemis qu'elle avait - et la puissance de ceux-ci, il paraissait logique qu'elle ait passé du temps à l'étranger.
La France, donc...
La question étant de savoir si elle y résidait toujours ou si elle s'était déplacée depuis.
Severus regarda Gateway. Eleg avait-elle encore besoin de l'enfant ? Ou lui avait-elle déjà pris suffisamment de cheveux pour pouvoir tenir longtemps.
Comment savoir ?
"S'il vous plaît, Monsieur, supplia Gateway. Vous avez promis de me libérer.
-C'est vrai, accorda Severus avec un sourire effrayant. Et je vais même vous ramener chez vous."
... ... ...
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... ... ...
L'immeuble était en réalité une vielle maison de maître dont les anciens étages avaient été réaménagés en appartements.
Arrivé sur place, Severus constata que l'appartement de Gateway ressemblait étrangement au salon de la maison anglaise où il l'avait capturée.
Maudite Eleg...
Gateway lui expliqua ou trouver l'appartement d'Eleg et il quitta la jeune fille, non sans lui avoir jeté un rapide oubliette.
En montant les escaliers, Severus regarda sa montre et pesta : il était midi passé.
Il lui avait fallu un demi-heure pour obtenir un droit de passage dans le couloir franco-britannique reliant Londres et Dunkerque et presque quatre heures pour trouver une cheminée reliée à Lille qui comprenne l'adresse donnée malgré son accent anglais. Fichu français !
Fort heureusement, la Grande Bretagne et la France avaient tous deux de très bons réseaux de transports - si on exceptait les très gros déficit en langue des français. Car Severus savait bien que, sans le couloir de la manche et le réseau de cheminées, il n'aurait jamais pu atteindre son objectif aussi rapidement et, surtout, aussi discrètement.
Néanmoins, même avec une telle rapidité, Severus savait qu'il ne serait pas de retour avant le soir.
Il ne pouvait donc qu'espérer que personne ne se rendrait compte de son absence. Car si le Seigneur des Ténèbres découvrait ce qu'il était en train de faire...il aurait alors de très gros problèmes.
Une fois devant la porte de l'appartement d'Eleg, Severus jeta un rapide sortilège de repousse-moldu.
Il s'apprêtait à forcer la serrure lorsqu'un léger déclic se fit entendre.
"Entre Severus, dit une voix féminine de l'autre côté de la porte. Le thé va refroidir."
Severus poussa la porte et entra dans un petit salon bien aménagé.
Une femme d'un âge plus que certain se tenait assise, bien droite, dans son fauteuil et portait une délicate petite tasse, probablement remplie de thé, à ses lèvres.
"Eleg ?" demanda Severus.
La femme hocha dignement la tête. Elle ne ressemblait pourtant pas à la Eleg de ses souvenirs et il était pratiquement certain qu'elle n'était pas sous polynectar.
"Tu sembles surpris, soupira la femme. Tu n'imaginais quand même pas que je conserverais mon apparence physique ? Pas alors que j'ai autant d'ennemis dans la nature..."
Severus s'arrêta à quelques mètres de son adversaire. Ce que disait Eleg avait du sens. Il était évident qu'elle avait du se cacher et changer de visage.
"Néanmoins, sourit-elle. J'ai réussi à conserver mon nom. Tout le monde me prend pour une malheureuse homonyme de la cruelle Eleg Fesog. Pauvre de moi !"
Cette fois-ci, Severus ne pu cacher son étonnement : Eleg n'avait pas changé de nom ? Comment les autorités françaises et anglaises avaient-elle pu passer à côté d'une telle évidence ?
Eleg était peut-être plus dangereuse qu'il n'y paraissait. A moins que le problème ne se situe du côté des aurors...
"Mais tu devrais t'asseoir, Severus, reprit-elle. J'ai cru comprendre que tu avais l'intention de rester quelques temps et il serait très impoli de ma part de ne pas t'offrir de thé."
Toujours éberlué, Severus parvint néanmoins à se contenir et à aller s'asseoir calmement en face de la sorcière.
"Tu sais pourquoi je suis là, n'est-ce pas ? déclara Severus.
-Disons que j'en ai une petite idée, admit Eleg. Tu t'intéresse au projet Main Gauche, je crois.
-Le projet Main Gauche ? répéta lentement Severus.
-C'est le nom du projet qui implique ta petite protégée, expliqua Eleg. Une vielle idée qui dormait dans mes tiroirs et que le Maitre veut remettre à l'ordre du jour.
-Vraiment ? murmura Severus. Et puis-je savoir quelle idée ton esprit détraqué à bien pu pondre cette fois ?
-Détraqué ? renifla dédaigneusement Eleg. Ah, Circé maudisse les simples d'esprit !"
Eleg prit le temps d'attraper la pince à sucre, de prendre exactement trois morceaux, qu'elle laissa tomber dans sa tasse un à un, et de faire tourner deux fois sa cuillère dans le sens inverse des aiguilles d'une montre avant de reprendre :
"Mais puisque cela t'intéresse tellement, je consens à t'expliquer... La Main Gauche est un projet de création de baguettes-humaines, dit-elle les yeux soudainement brillants. Nous allons les transformer, mon ami.
-Les transformer ? répéta Severus, complètement perdu.
-Oui, répondit Eleg, un air fou sur le visage. Nous allons changer la structure de la magie des nés-moldus pour qu'ils puissent nous servir. Ils deviendront nos baguettes, ils serviront de vaisseaux à notre magie. Nous utiliserons Poudlard pour trouver la matière première."
Severus se contint pour éviter tout mouvement brusque. L'idée paraissait tellement folle et... contre-nature qu'il n'était pas certain de comprendre ce que voulait faire Eleg. Un sorcier ne pouvait pas être en même temps une baguette. Il y avait contradiction dans les termes.
"Tu veux utiliser des morceaux de leurs corps pour créer des baguettes ? demanda Severus en cherchant à trouver un sens à toute cette histoire. Remplacer le coeur de dragon par le coeur de né-moldu ?
-Nein, nein...nein ! claqua Eleg. Je ne suis pas une biomage de pacotille. Je vais bien plus loin que cela. Nous allons tout transformer. Pour utiliser ta métaphore : la chair, la peau et le sang des nés-moldus serviront de bois et leur magie remplacera le coeur de Dragon."
Severus tentait désespérément de trouver un sens à la folie d'Eleg. Mais il ne parvenait qu'à être effrayé.
"Ils ne se rendront compte de rien. Nous ferons tout progressivement. Petit à petit, il se sentiront liés à nous, bien avec nous...jusqu'à ce qu'enfin nous puissions les utiliser à notre guise. Nous pourrons réaliser nos sortilèges à travers eux, sans utiliser l'impérium et sans leur faire de mal. Il amplifierons la puissance de notre magie et nous permettront d'agir à distance. Imagine Severus : une population sorcière purifiée, aux pouvoirs décuplés par l'asservissement des nés-moldus et des baguettes à intelligence humaine, gardant suffisamment de liberté d'esprit pour être d'agréables compagnons mais assez soumis pour être nos meilleurs serviteurs. Ces choses sans valeurs deviendront à la fois nos meilleurs amis et nos meilleurs armes."
Soudain, il comprit. Transformer les nés-moldus de sorte qu'ils soient porteurs mais plus maitres de leur magie. Faire en sorte que leur magie appartienne à un autre... Eleg voulait voler la magie des nés-moldus.
Severus frémit. L'idée de tous ses élèves transformés en armes, impossibles à détecter car conservant leur parfaite liberté d'esprit mais prêt à laisser échapper la puissante magie d'un mangemort au moindre moment, terrifia le Maître des potions. L'idée d'Eleg, c'était l'arme parfaite : le meilleur amplificateur qui soit pour la magie sorcière, des baguettes capable d'élaborer des stratégies, et la possibilité pour les mangemorts d'agir à distance sans se mettre en danger.
"Le Seigneur des Ténèbres veut Granger pour ça, dit Severus.
-Elle est notre prototype, approuva Eleg. Elle sera la première.
-Et le Seigneur des ténèbres te laisse faire ? demanda ironiquement Severus. Il n'a pas peur que tu te rates et que tu lui détruises sa magie avec tes plans.
-Elle n'est que le prototype. C'est un bon matériau mais elle n'est pas digne de notre Seigneur, répondit Eleg en se resservant une tasse de thé. Nous avons déjà un cobaye pour servir de maître à cette baguette-humaine.
-Un cobaye ? Tu dois être bien sûre de toi pour refuser ainsi de tester ton invention, railla Severus.
-Cette personne est une de mes plus grandes amies, se défendit Eleg. Et elle ne coure aucun risque. J'aurais été prête à tester mon art sur le Seigneur des Ténèbres si nous avions pu le faire. Mais c'est cette vulgaire sang-de-bourbe que nous avons pu capturer et pas le matériau dont rêve le Maître.
-Le matériau dont rêve le Maître, répéta Severus, pétrifié.
Pitié, faîtes qu'il ne s'agisse pas d'...
"Harry Potter, souffla Eleg. Elle n'est que le prototype. C'est lui qui compte. Si le projet Main Gauche fonctionne, il servira le Seigneur des Ténèbres."
Potter était donc bien la cible. Granger n'était qu'un moyen. Un dommage collatéral que le Seigneur des Ténèbres allait soumettre pour servir ses ambitions.
Severus n'avait plus aucun doute : il devait faire échouer le projet.
"Tu as dit que tu ne voulais pas que je m'en mêle car il y avait des risques, rappela Severus.
-C'est vrai, reconnu froidement Eleg. Il y a, malheureusement, un petit défaut à la technique qui fait que nous ne pourrons pas la systématiser. Les baguettes-humaines seront réservées aux meilleurs. C'est bien naturel, d'ailleurs. Comment pourrions-nous...
-Tu as parlé d'un défaut, la rappela-t-il à l'ordre, avant qu'elle ne reparte dans un de ses délires. De quoi s'agit-il ?
-Ah oui, c'est vrai, se reprit-elle. En fait, il est nécessaire de créer un lien indéfectible entre le sorcier et sa baguette. Et...il est donc nécessaire de sacrifier une personne en qui la future baguette à des sentiments positifs fort, pour pouvoir créer ce lien. En ceci, le cas Granger est fort intéressant.
-Vraiment ? s'inquiéta Severus.
-C'est une orpheline, qui a peu de lien dans le monde moldu et qui découvre le monde sorcier. Ses caractéristiques ressemblent fort au but final. Si nous réussissons en sacrifiant une personne avec qui elle a des liens de coeur et pas de lien du sang, alors...
-...alors vous réussirez avec Potter, compléta Severus.
Severus la fixait, incrédule. Transformer Potter en baguette humaine : il comprenait l'attrait du Seigneur des Ténèbres pour le plan d'Eleg.
Il comprenait également le danger que ce plan représentait pour l'Ordre du Phénix et pour Potter.
Il fallait qu'il arrête ça. Maintenant.
Et tant pis si le Seigneur des Ténèbres se posait des questions en découvrant Eleg morte : il trouverait bien une justification.
-Oh, j'oubliais, dit Eleg. Si tu me tues, non seulement le Seigneur des Ténèbres sera au courant, mais en plus cela n'arrêtera pas ce qui se prépare. Je m'en suis assurée."
Severus se força à sourire en espérant que sa grimace serait convaincante.
"Si je t'aide, demanda-t-il. Me créeras tu une baguette ?"
Eleg le regarda avec surprise. Avant de sourire.
"Bien sûr."
Severus se demanda une seconde s'il était possible d'avoir une crampe à force de trop sourire. Il commençait à avoir mal.
En tout cas, il avait compris ce que voulait faire Eleg, son but final.
Mais pour la vaincre, il lui faudrait savoir comment elle comptait s'y prendre. Connaitre tous les détails de son plan.
Et pour cela, il n'y avait qu'une seule solution : il devrait lui faire croire qu'il la soutenait et espionner.
... ... ...
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... ... ...
"Entrez Mr. Weasley. J'attendais votre visite."
Ron se glissa nerveusement dans la pièce.
Pourquoi s'était-il embarqué dans cette galère, déjà?
Ah, oui...pour Hermione.
"Asseyez-vous, je vous prie."
Ron alla s'asseoir dans le grand fauteuil qui occupait le centre de la pièce.
Il fallait qu'il parle, qu'il dise quelque chose. Mais quoi ?
"J'ai...j'ai entendu dire que vous auriez une de mes amies comme patiente, finit-il par articuler.
-Vous êtes ici pour Miss. Granger, asséna Gateway.
-Euh...oui, bafouilla Ron, toujours en train de se demander ce qui lui était passé par la tête quand il avait élaboré son brouillon de plan. J'ai entendu dire que vous vous occupiez d'elle alors je voulais savoir...si elle allait bien.
-Les gens qui vont bien font rarement des cures de psychomagie, fit remarquer Gateway.
-Mais vous pouvez sans doute m'en dire plus, argumenta Ron. Je...je suis un peu inquiet pour elle.
-Je comprends, dit Gateway avec un doux sourire. Mais vous devez également comprendre que tout ce que mes patients me disent relève du secret professionnel.
-Et si nous parlions de ce qu'elle n'a pas dit, suggéra Ron. Ou de ce qu'elle a fait. Comment était-elle...physiquement ?
-Brune, répondit Gateway, un petit sourire en coin prenant forme sur ses lèvres. Avec des yeux noisettes. Mais ce n'est pas ce que vous voulez savoir, n'est-ce pas ?"
Ron fixa la psychomage sans savoir quoi faire. Il n'avait pas beaucoup de temps avant que les adultes ne remarquent qu'il était parti et il ne savait pas du tout quoi faire pour pousser Gateway à lui parler.
A la réflexion, il n'avait peut-être pas travaillé son plan aussi bien qu'il l'aurait dû.
"Allons, Mr. Weasley, je ne suis pas votre ennemie, reprit Gateway avec, pour la première fois, une pointe d'accent français. Et je n'aime pas particulièrement les Malefoy. Votre amie va bien."
Ron poussa un soupir de soulagement. Il ne savait pas, objectivement, s'il pouvait faire confiance à la femme mais...il attendait cette nouvelle depuis si longtemps.
"Elle est juste perturbée par les événements récents, continua Gateway. Il y a cependant peu de risques qu'elle se laisse manipuler par le Seigneur des Ténèbres : c'est un esprit fort."
Ron frémit en entendant les dernières paroles de la psychomage. Hermione était forte, ça il le savait. Mais Hermione était à présent entre les mains de Vous-savez-qui, et il n'était pas sûr qu'elle soit de taille face à ce monstre. Méme Harry avait eu du mal à s'opposer à lui et il était le survivant.
"Qu'est-ce qu'ils lui font ? demanda Ron, anxieux
-Pour le moment, je dirais...rien, murmura Gateway, en se penchant pour servir une tasse de thé à Ron. Il semblerait que Mrs. Malefoy se soucie uniquement du bien-être d'Hermione. Et, pour ce que j'en sais, rien n'est prévu avant la fin de l'été... oups, on dirait que j'en ai trop dit."
Ron trépigna sur son siège. Il fallait qu'il sache. Mais...et si la femme était une alliée de Vous-savez-qui ?
"Mrs. Malefoy pense un peu trop fort, expliqua Gateway, mal à l'aise. Et elle a l'air de penser certaines choses...mais cela ne veut pas dire que cela soit vrai...ou pas."
Ron essayait de comprendre.
Mrs. Malefoy savait - ou pensait - que quelque chose allait arriver à Hermione à la fin de l'été. Cela laissait un peu plus de temps à Ron...si Malefoy ne se trompait pas...et si Gateway ne mentait pas.
"Pourrais-je...m'autoriseriez vous à venir assister à une de vos séances avec Hermione ?" demanda Ron, plein d'espoir.
Si seulement il parvenait à la voir, ne serait-ce que quelques minutes.
"Je regrette mais les séances sont particulières, dit Gateway. Mais...vous pourriez venir faire quelques séances de psychomagie juste avant elle. Et la voir en sortant."
Ron ouvrait la bouche pour accepter la proposition lorsqu'il se rappela d'un petit problème...
"-Je n'ai pas d'argent pour les séances, avoua-t-il piteusement.
-Mais vous pouvez payez autrement, affirma Gateway, l'air accommodant. On dit que votre tante a de très beaux bijoux. Du travail de gobelin. Un seul de ces bijoux serait suffisant."
Ron hésita : on parlait tout de même de voler à sa tante les rares objets de valeur que possédait la famille Weasley.
Pour se donner du temps, il porta la tasse à ses lèvres et but deux grandes gorgées de thé. Gateway lui sourit.
"Un seul bijou ? demanda-t-il.
-Un seul, répondit Gateway, déjà victorieuse. Elle possède...une jolie bague avec un petit rubis. Qu'elle ne met jamais. Elle ne remarquera même pas sa disparition et vous pourrez voir Hermione autant de fois que vous le souhaiterez."
Ron acquiesça.
Gateway avait raison. Que représentait une breloque que Tante Muriel ne mettait jamais comparée à la vie d'Hermione ? Rien.
Un petit cri d'oiseau se fit entendre et Ron sursauta.
Sa montre lui indiquait qu'il était l'heure de rentrer.
"Excusez-moi, dit Ron. "Je dois y aller.
-Mais bien sûr, accorda Gateway. Partez et revenez vite. J'ai si hâte de vous revoir Mr. Weasley."
Elle se leva et le raccompagna vers la porte. Avant d'ouvrir celle-ci, elle posa sa main sur l'épaule de Ron et le poussa à se retourner.
"Oh, Ron, j'oubliais presque... elle laissa glisser ses doigts sous le menton de son patient et le força à relever la tête. Rien de ce qui s'est dit ici ne sera dit dehors. Jamais et à personne. Pas même à Harry Potter."
Gateway avait un regard étonnant et Ron était certain que ses yeux étaient la plus belle chose qu'il ait jamais vu en ce monde.
Des yeux aussi beaux ne pouvaient pas trahir. N'est-ce pas ?
"Oui, s'entendit-il répondre. Je ne dirais rien. Jamais et à personne."
Et il en était sûr.
"Ce sera notre petit secret, suggéra Gateway d'une voix terriblement douce.
-Notre petit secret." répéta Ron, le souffle court.
Gateway avait raison, il fallait taire la chose.
Jamais et à personne.
Pas même à Harry Potter
Gateway avait raison.
C'était leur petit secret.
... ... ...
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... ... ...
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... ... ...
Severus était parti depuis quelques minutes quand un coup sec se fit entendre à la porte.
"Entre, chérie." soupira Eleg en se servant une nouvelle tasse de thé.
Une femme âgée, ressemblant fort à ce qu'aurait du être Eleg si elle n'avait pas passé une bonne centaine d'année à changer de visage, pénétra dans la pièce et vint s'asseoir sur le canapé.
"Tu es seule ? interrogea la nouvelle arrivante.
-Elle ne devrait pas tarder à arriver" répondit Eleg.
Sa vis-à-vis soupira et Eleg s'interrogea : quand ses deux compagnes avaient-elles réussi à prendre autant de place dans sa vie ?
Etait-ce trois ans auparavant, quand la stupide concierge de son immeuble avait décidé de la faire chanter ?
Ou bien quelques mois après, quand les premiers ennuis étaient arrivés ?
A moins que ce ne soit encore plus récent, quand elle avait découvert à quel point elles étaient formidables en tant que cobayes...
La porte s'ouvrit à nouveau et une jeune fille blonde entra.
Des enfants... songea Eleg.
Elles n'étaient que des enfants qui jouaient avec le feu.
Si l'on avait dit à Eleg, quatre ans auparavant, qu'elle se retrouverait un jour à enchaîner les plans foireux avec pour seules alliées deux gamines au sang impur et sans la moindre expérience du combat...elle aurait sans aucun doute appelé discrètement SOS medico-mage.
Et pourtant, elle était là, à mettre en oeuvre un projet qui allait contre tous ses principes et qui la mettait en danger pour...pour quoi au juste ?
Parce qu'une moldue en avait eu envie ?
Parce qu'elle avait été incapable de sacrifier une sang-de-bourbe ?
Parce que l'appel de la science avait été plus fort que tout ?
Ou pour les trois à la fois ?
La plus jeune des trois vint rejoindre ses partenaires de crime et Eleg la regarda.
La fille était jeune mais nul n'aurait pu nier qu'elle était belle. Eleg en était presque jalouse. En fait, elle aurait sûrement été jalouse si elle n'avait pas fini par considérer que la petite lui...appartenait.
Elle et l'autre. La sang-de-bourbe et la moldue.
Deux êtres qui n'auraient jamais dû avoir le droit d'accéder au monde sorcier.
Mais Eleg devait bien admettre qu'elle aimait les avoir à proximité et travailler avec eux. Sans compter le fait qu'elles devaient bien être les seules personnes au monde en qui elle pouvait avoir une totale confiance.
Eleg se souvenait de toutes les fois où elle s'était sentie lasse, incomprise et frustrée, que ce soit pendant sa fuite ou même avant. Mais quand elles étaient à trois, à inventer toutes sortes de projets et d'objets nouveaux, Eleg se sentait vivante. Plus vivante qu'elle ne l'avait jamais été.
Et même si elle savait que c'était mal, Eleg ne pouvait s'empêcher de vouloir que ça dure.
"Je viens de lire la Voix du sorcier, annonça Maïa. Il y a eu un vol au musée Vauban. Le ministère se félicite d'avoir su appréhender les coupables en moins de trois jours. Mais les reliques sont toujours perdues. D'ailleurs..."
Eleg sourit en écoutant Maïa discuter des dernières nouvelles de la France sorcière : il était assez étrange de voir à quel point le ministère français pouvait être clairvoyant lorsqu'il s'agissait de capturer des petits voleurs à la sauvette et incapable quand il fallait traquer des mangemorts en fuite.
A côté de Maïa, la vielle femme se retransformait peu à peu.
Les effets du polynectar cessaient de faire effet et, très vite, un visage beaucoup plus jeune apparu. La nouvelle femme avait un peu plus de dix-neuf ans et un faciès difficile à porter dans un pays comme la France.
Djibé n'était pas laide, loin de là. Mais elle avait une beauté commune pour sa race et une peau trop sombre pour espérer éviter les remarques et les insultes dans une cité qui, après avoir importé des travailleurs par milliers, peinait maintenant à lutter contre le chômage causé par la désindustrialisation.
"Je vais bientôt devoir y aller : j'ai cours dans une demi-heure, déclara Djibé, en coupant Maïa dans son monologue. Mais avant de partir, il faut que je vous dise quelque chose : j'ai eu la visite du pote à Potter aujourd'hui.
-Weasley est venu te voir ? l'interrogea Eleg.
-Comme tu l'avais prévu, s'enthousiasma Maïa en levant des yeux pleins d'admiration vers Djibé.
-Et que s'est-il passé? demanda Eleg.
-Il a décidé de démarrer une cure de psychomagie et...il va nous apporter la bague de Déméter en échange."
Eleg ne put s'empêcher de sourire. Bien sûr, il y avait un risque non négligeable à vouloir s'approcher aussi près de l'Ordre du Phénix mais... la bague de Déméter !
Eleg tendit sa main devant elle et imagina la bague à son doigt.
Djibé était si adorable...
"Comme ça... continua Djibé. Non seulement Eleg va pouvoir augmenter sa collection de bijoux mais en plus nous avons un sacrifice de rechange si jamais Mrs. Malefoy ne...suffisait pas.
-Bien sûr, osa timidement Maïa. Mais tu es sûr que...
-Nous ne ferons de mal à personne, la rassura tendrement Djibé. La greffe n'est pas douloureuse : Hermione ne sentira même pas le lien qu'il y aura entre nous. Et quant au sacrifié : une fois le sacrifice fait, il ne saura jamais ce qu'il a perdu. On ne regrette pas ce genre de chose une fois qu'elle est partie."
Eleg ne dit rien. Les filles étaient parfois très naïves, chacune à leur manière.
Quand elle avait expliqué le principe de la greffe aux deux jeunes filles, Eleg ne s'attendait absolument pas à ce qu'elles réussissent à en perfectionner le mécanisme jusqu'à repousser les limites de la magie au delà de ce qu'elle avait jamais pu imaginer.
Mais elles l'avaient fait. Innocemment, pour le plaisir de faire.
Eleg devait néanmoins faire attention. Car, elle en était presque certaine : Djibé savait. Elle savait ce qui avait été fait et ce qui allait être fait. Elle ne percevait juste pas...les implications de leur plan.
Inversement, Maïa percevait le danger, presque intuitivement, sans savoir ce qu'elle devait craindre.
Et si les deux : l'analyse et l'intuition venaient à se recouper...Eleg ne voulait pas imaginer ce scénario.
Pas alors qu'elle avait enfin la belle vie.
Pas alors que son plan marchait si bien.
Pas alors que tout allait si bien...
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Y voilà !
Mes petits bébés ont pour noms Eleg Fésog, Djibé Clédefaille et Maïa Gateway...et je les aime beaucoup. Ne cherchez pas de bons sentiments en elles. Elles ne sont pas cruelles par nature mais elles vivent pour leur petit trio et ne sont pas des martyrs ou des combattantes de la liberté.
En fait, mes petits personnages sont nées dans une autre fiction qui hélas n'a jamais été publiée (fiction écrite en commun et pas assez de temps pour se voir avec ma co-écrivaine...qui m'a donnée le droit d'utiliser le trio).
Pour les décrire un peu (sans trop en révéler) : Eleg est une sorcière d'origine allemande, naturalisée anglaise; c'est aussi une biomage née officiellement en 1881 et officieusement en 1818 (on ne demande jamais son âge à une femme ;) ). Djibé est née le 29 février 1976 et c'est une jeune moldue française d'origine turque douée en mathématique et en arithmancie. Maïa est née le 1er Mai 1980, c'est une franco-italienne, fille de petits bourgeois nés-moldus.
Si je m'amuse à vous donner leurs nationalités respectives, ce n'est pas vraiment pour faire joli mais surtout parce que cela risque d'avoir une petite influence sur l'histoire et..que vous verrez bien plus tard.
Ah...au fait : le 20 rue princesse existe bien mais, pour autant que je sache, il n'abrite aucun appartement sorcier. Et le couloir sous la manche est bien évidement un parallèle avec le tunnel sous la manche.
J'espère vraiment que vous aimerez ce petit développement et que vous n'hésiterez pas à me faire part de vos avis/remarques (je réponds à toutes les questions ;) ).
A bientôt et bonne année à tous !
