Swangranger : Désolée pour le retard et merci beaucoup pour ta review. Narcissa et Hermione vont continuer à se rapprocher et j'espère que la suite te plaira.
Chapitre 13 : Greffés et greffons
Severus se passa une main nerveuse sur le front.
Ca ne pouvait pas être vrai.
Eleg... cette folle... ne pouvait pas avoir tenté ça.
Et pourtant...
Severus avait beau retourner le problème dans tous les sens, il n'y avait que ce sortilège qui pouvait correspondre.
Mais... une greffe ? Vraiment ?
Même Eleg aurait du savoir qu'on ne pratiquait pas ce genre de chose.
Severus soupira.
S'il avait été question de n'importe qui d'autre, il aurait balayé cette idée de sa tête et aurait cherché autre chose.
Mais il connaissait Eleg.
Elle l'avait fait.
Il en était sûr. Il le sentait.
Severus tourna les yeux vers le livre posé devant lui. Il avait eu beaucoup de mal à mettre la main dessus et même cet ancien traité de magie noire n'osait pas révéler entièrement les secrets de la Greffe entre sorciers.
La cinquième malédiction de Contumélia.
Parmi les nombreuses malédictions produites par Contumélia, une d'entre elles attire régulièrement l'attention des défenseurs du sang car elle prouve de façon irréfutable que l'on peut voler la magie des sorciers. Appelé cinquième malédiction de Contumélia ou greffe des sorciers, ce maléfice peut apparaitre de façon spontanée, lorsque deux sorciers sont soumis à des conditions extrêmes. Il est néanmoins très peu courant sous sa forme inconsciente et ne passe jamais inaperçu.
L'usage veut que l'on parle de greffe en cas de magie spontanée et de cinquième malédiction si le sort est voulu.
La malédiction - qui a pour but de reproduire une greffe des sorciers - consiste à lier deux êtres humains entre eux, en se basant sur la confiance naturelle que l'une des deux personnes porte à l'autre. Ceux qui subissent le maléfice sont respectivement appelés le greffé et le greffon.
Lors de la greffe, le greffon devient l'extension magique du greffé et sa puissance magique est mise au service de celui-ci. Le fonctionnement greffé-greffon ressemble à la fois à un lien sorcier-baguette et à une véritable greffe.
Le greffon obéit alors d'une façon qu'il croit naturelle à son greffé. Il s'agit en général d'une relation dominant-dominé que des observateurs extérieurs prendront facilement pour un amour un peu trop fusionnel et/ou pervers.
Malgré le lien de soumission, le greffon conserve une parfaite autonomie de pensée (bien qu'orientée vers le bien-être du greffé). Il est en mesure de se déplacer loin de son greffé et d'agir de sa propre initiative, ce qui en fait un allié de choix, en plus de l'apport magique conséquent.
Il est à noter qu'il s'agit d'une véritable greffe, ce qui signifie que le greffé ressent le greffon comme faisant partie de lui. Il éprouve généralement un sentiment de possessivité fort ainsi qu'un ressentiment profond envers ceux qui pourraient essayer de faire du mal à son greffon ou qui chercheraient à le lui prendre. Le greffé peut développer un comportement brutal et agressif suite à la greffe.
Dans les cas les plus réussis, le greffé peut ressentir physiquement ce qui arrive à son greffon.
En cas de décès du greffon, le greffé subi le syndrome du membre fantôme et continue à imaginer les perceptions qu'il aurait ressenti si le greffé avait été là. La grande majorité des greffés ayant perdu leur greffon ne s'en sont jamais remis: dans le meilleur des cas, ils sont devenus fous; dans le pire, ils en sont morts. La perte du greffon peut également, dans les cas les plus extrêmes, entraîner la perte de la magie du greffé.
En cas de décès du greffé, le greffon meurt. Certaines expériences ont été menées pour tenter de regreffer le greffon à une autre personne mais aucune, à ce jour, n'a jamais abouti. La mort du greffon est généralement longue (entre neuf et trente-six semaines) et douloureuse.
Aucun lien greffé-greffon n'a, à ce jour, jamais été brisé autrement que par la mort de l'un des deux et, de par les résultat d'un décès, on peut raisonnablement en conclure que même la mort ne dissout pas la greffe.
L'explication continuait sur quelques lignes et il paraissait vite évident que l'auteur n'en savait pas plus sur la greffe.
Severus ferma les yeux, fatigué.
C'était ça.
Il en était sûr.
Stupide dégénérée de Fesog...
Les malédictions de Contumélia étaient dangereuses !
Severus rouvrit les yeux.
Contumélia Serpentard était peu connue parmi chez les sorciers. D'illustre ascendance, la femme avait été reniée par sa famille après qu'il ait été découvert qu'elle était née cracmolle.
Mais loin de se décourager face au rejet de ses parents, elle s'était accrochée. Avec l'aide d'un sorcier aussi fou et ambitieux qu'elle, elle avait exploré les recoins les plus sombres de la sorcellerie, les arcanes les plus noires de la magie.
Jusqu'à créer ses malédictions : une série de maléfices plus horribles les uns que les autres, dont la noirceur attirait les mages noirs et faisait frémir d'horreur le commun des sorciers.
Et donc, le projet Main Gauche serait en réalité une greffe de sorciers ?
Granger en cobaye et Potter pour...
Severus frémit.
L'échec du Seigneur des Ténèbres dans le cimetière avait dû le marquer plus qu'on ne le disait.
Avait-il été impressionné par Potter au point de vouloir se le greffer ? L'idée n'était pas si incongrue, quand on y réfléchissait un tant soit peu.
Après tout, Potter avait repoussé un Avada Kedavra avec un Expelliarmus. Et même si Severus avait envie d'enfermer ce petit cornichon à lunette dans la tour d'astronomie jusqu'à la fin des temps pour avoir seulement osé penser à utiliser un sort aussi simple face au Seigneur des Ténèbres, il fallait bien admettre qu'il était lui aussi impressionné.
Rien n'était supposé pouvoir arrêter l'Avada. Rien.
Et même si Severus avait bien compris qui avait payé le prix de la première résistance de Potter au Seigneur des Ténèbres... Personne n'avait été là pour arrêter le sortilège de mort la deuxième fois.
Bien sûr, Severus avait entendu Dumbledore parler de priori incantatum.
Bien sûr, il y avait une explication logique aux exploits de Potter.
Mais le fait était là : Potter avait arrêté le sort le plus puissant du monde avec un simple Expelliarmus.
Severus secoua la tête.
Pas étonnant que le Seigneur des Ténèbres désire la magie de Potter.
Pourtant, quelque chose n'allait pas.
Severus relu le début du chapitre :
La greffe des sorciers consiste à lier deux êtres humains entre eux, en se basant sur la confiance naturelle que l'une des deux personnes porte à l'autre.
Personne ne pouvait raisonnablement croire que Potter éprouverait un jour une confiance naturelle vis-à-vis de Vous-savez-qui.
Et le Seigneur des Ténèbres n'était pas du genre à ignorer ce genre de détail.
Donc, Fesog avait du trouver un moyen de contourner le problème.
Un moyen de contourner...
Severus se souvint d'une conversation qu'il avait eue avec Fesog quelque temps auparavant.
Fesog avait dit qu'il valait mieux qu'il se tienne à l'écart du processus parce que sa vie avait plus de valeur que celle de Narcissa.
Mais si l'expérience Granger - qui devait servir de test pour l'expérience Potter - était bien une greffe... pourquoi prévoir que celle-ci causerait la mort de Narcissa ?
Une greffe réussie ne tuait pas les victimes. Au contraire, elle les unissait pour la vie.
Severus fronça les sourcils, tentant de rassembler les morceaux du puzzle :
La greffe ne tuait pas.
Donc il y avait autre chose de prévu. Autre chose qui risquait effectivement de tuer Narcissa.
Si la greffe réussissait, Narcissa serait donc la greffée et Granger le greffon.
Si Narcissa mourrait, Granger se retrouverait seule et mourrait à son tour.
Severus ne comprenait pas. Quel intérêt y avait-il à réaliser une greffe si le greffon et le greffé mourraient ?
Sans compter le fait que le duo Narcissa-Granger ne pouvait pas prétendre ressembler à celui formé par le Seigneur des Ténèbres et Potter. Car, à moins que Severus ait raté un chapitre important de l'histoire, Narcissa n'avait jamais tenté d'assassiner Granger...
Ce qui le ramenait à son problème initial, ou, plus exactement, à ses deux questions initiales :
En quoi la greffe Narcissa-Granger pouvait-elle aider le Seigneur des Ténèbres ?
Et pourquoi était-il prévu que Narcissa meure dans l'opération ?
Essayant de prendre le problème à l'envers, Severus se concentra sur l'objectif final. Le Seigneur des Ténèbres voulait Potter comme greffon. Soit.
Seulement il lui manquait un élément essentiel pour réaliser le sortilège : la confiance de Potter.
Potter aurait sans aucun doute pu devenir le greffon de quelqu'un mais certainement pas celui de Vous-savez-qui. Et personne n'avait jamais réussi à transférer un greffon d'une personne à une autre sans tuer à la fois le greffé et le greffon...
Severus sentit l'illumination pointer le bout de son nez.
Et il croyait savoir ce que Fesog avait pu promettre au Seigneur des Ténèbres.
Puisque greffer Potter directement au Seigneur des Ténèbres était impossible, alors il fallait réaliser la greffe entre Potter et quelqu'un - n'importe qui - avant de transférer la greffe sur Vous-savez-qui.
Et c'était là qu'intervenait l'expérience. Il fallait obtenir la confiance de Granger pour pouvoir faire la greffe. Seulement le véritable test se déroulerait ensuite. Quand aurait lieu le transfert.
Fesog avait parlé d'une amie à elle qui allait bénéficier de l'expérience.
Evidement !
Narcissa n'était pas censée être l'utilisatrice finale.
Et peu importait donc qu'elle meure, puisque seuls le greffon et le greffé final intéressait le Seigneur des Ténèbres.
Severus passa une main tremblante sur son visage.
Il avait toujours aimé avoir une longueur d'avance sur ses adversaires. Savoir le rassurait.
Pourtant, à cet instant précis, son savoir ne lui plaisait pas : il l'effrayait.
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"Où est-ce que tu vas, Ron ?" interrogea sa mère.
Ron se figea. Que pouvait-il répondre ?
Certainement pas qu'il allait voir la psychomage d'Hermione pour lui amener les bijoux qu'il venait de voler à Tante Muriel...
"J'ai promis à Ginny de lui apporter une tasse de chocolat chaud ce matin. Elle ne se sentait pas bien.
-Et tu penses que je vais te croire, Ronald Weasley ? , le coupa sévèrement la matriarche. Il est hors de question que tu esquives ta part des tâches ména...
-Elle s'est disputé avec Percy, se justifia Ron. Au sujet d'Harry."
Molly Weasley se tu instantanément. Sa colère complètement retombée, elle fit signe à son fils qu'il pouvait sortir.
"Prends lui un cookie au passage. J'en ai fait ce matin, ils sont sur la table."
Ron hocha la tête et se dépêcha de passer la porte.
Si jamais sa mère se rendait compte qu'il avait menti...
Dévalant rapidement les escaliers, Ron esquiva un objet non identifié et se faufila jusqu'à la cuisine. Là, il s'assura que personne ne se trouvait dans les parages et sortit le mini-portoloin que lui avait envoyé Mrs. Gateway.
"Hermione.", murmura-t-il en plaçant le portoloin à proximité de ses lèvres.
Aussitôt, le portoloin s'activa et il sentit un crochet le saisir à la taille pour le transporter jusque dans le salon de Mrs. Gateway.
Il atterrit durement et ne parvint pas à conserver son équilibre, s'écrasant violemment au sol.
"Oh ! Ronald...vous allez bien ? se précipita Mrs. Gateway. Je suis désolée. J'ai acheté ce portoloin double-sens d'occasion. J'ai bien peur qu'il ne te ramène chez toi aussi brutalement que tu es arrivé.
-C'est pas grave, réussit à articuler Ron. Est-ce qu'Hermione...
-J'ai rendez-vous avec elle dans une demi-heure, le calma Mrs. Gateway. Ce qui nous laisse une demi-heure pour que je vous explique de quelle manière fonctionnent mes séances de psychomagie. Si vous avez de quoi payer, bien entendu."
Ron se sentit rougir jusqu'aux oreilles alors qu'il sortait précautionneusement de sa poche un écrin de velours.
Il hésita une seconde. C'était l'héritage des siens : une des seules richesses que possédaient les Weasley.
Il avait l'impression de trahir sa famille.
Mais c'était pour Hermione.
Et Hermione valait bien une bague.
Il tendit l'écrin à la psychomage.
Mrs. Gateway s'en saisit en douceur et ouvrit rapidement la petite boite. Elle jeta un coup d'oeil à l'intérieur et la referma.
"Eh bien, Mr. Weasley, qu'attendez-vous pour aller vous asseoir ? demanda gentiment Mrs. Gateway. Le thé va refroidir."
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'Nous y voilà." soupira Narcissa.
Hermione se retint de rire. Narcissa, qu'elle avait encore un peu de mal à ne pas appeler Mrs. Malefoy, détestait vraiment Mrs. Gateway.
Et si Hermione devait bien admettre qu'elle admirait le professionnalisme de la psychomage et qu'elle était fascinée par son métier, il fallait également reconnaître que Mrs. Gateway avait l'air... légèrement vénale.
"Enfin, nous n'allons pas rester sur le pas de la porte jusqu'à la fin des temps, conclut Narcissa avant de s'engouffrer dans l'escalier qui menait à l'étage de Mrs. Gateway."
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"Hermione !"
Ron se précipita pour la prendre dans ses bras.
Ca valait toutes les bagues du monde.
"Ron ?"
La voix étouffée d'Hermione lui parvint alors qu'il la pressait contre lui.
Et il se rappela brusquement qu'il était un garçon, qu'Hermione était une fille sérieuse et peu expansive et qu'elle n'appréciait peut-être pas de se faire écraser les côtes par surprise.
Il se détacha d'elle, sans pour autant lui lâcher le bras.
D'accord, il réagissait peut-être un peu trop brutalement. Mais il avait eu si peur.
Elle était là pourtant. Et en bonne santé.
Et coiffée...
"Je me suis inquiété pour toi, osa Ron en rougissant comme une tomate. Tu...tu vas bien ?
-Ca va, articula-t-elle d'une voix blanche. Je... c'est juste un peu dur en ce moment.
-Mr. Weasley, coupa une voix froide. Quelle surprise de vous voir ici. J'ignorais que vous étiez un ami de Mrs. Gateway.
-Je suis l'ami d'Hermione, attaqua Ron...et le patient de Mrs. Gateway."
Mrs. Malefoy foudroya la psychomage du regard et Ron vit Hermione sourire.
Avait-elle aimé ce qu'il avait fait pour elle ? A cette idée, Ron sentit ses joues brûler un peu plus fort.
Si même Hermione, qui savait toujours tout, était fière de lui...
Ron était heureux. Il avait fait le bon choix.
Il croisa néanmoins nerveusement ses mains derrière son dos.
Que faire maintenant ? Il ne pouvait pas enlever Hermione. Pas avec Mrs. Malefoy dans la pièce.
"J'ai appris pour tes parents, murmura-t-il les yeux baissés. Euh... je suis désolé pour toi.
-Merci." souffla Hermione en s'accrochant à son cou.
Ron sursauta en sentant Hermione dans ses bras. Il avait peu l'habitude de voir Hermione si démonstrative avec lui. Elle avait toujours été tellement plus tactile avec Harry.
Mais elle était dans ses bras et Ron ne savait pas quoi faire de son poids et de sa chaleur qui lui tombaient dessus sans prévenir.
Des petits bruits étouffés lui indiquèrent qu'Hermione était en train de pleurer.
Et il savait encore moins quoi faire de ça.
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Narcissa enrageait.
Sale petite ordure !
Bien qu'elle soit incapable de dire si elle pensait à Weasley ou à Gateway avec ces mots, Narcissa sentait la même envie de meurtre monter en elle.
Pourquoi fallait-il que cet immonde petit rouquin vient interférer dans ses plans ?
Juste alors qu'elle avait réussi à persuader la fille de l'appeler Narcissa...
"Je peux savoir ce que tout cela signifie ?" demanda brusquement Narcissa à la psychomage.
Mrs. Gateway fixa étrangement Narcissa, comme si elle la jaugeait.
Puis, d'un mouvement si rapide que Narcissa n'eut pas le temps de réagir, Mrs. Gateway sorti une drôle de baguette argentée de sa manche et la fit tournoyer pour lancer un charme que Narcissa ne connaissait pas.
Une bulle bleutée apparut autour des deux adolescents mais ceux-ci ne parurent pas la remarquer.
"Vous me fatiguez, Malefoy, l'informa Gateway. Et je ne supporterais pas très longtemps votre attitude. Aussi je préfère vous prévenir maintenant : même si je n'avais pas Son appui, et croyez moi je l'ai, je maîtrise suffisamment bien mon domaine pour transformer votre chère famille en un trio de larves à côté duquel même les longdubat auront l'air d'être sains d'esprit."
Narcissa frémit sous l'effet de la rage - ou était-ce de la peur ? - et porta la main à la poche dans laquelle se trouvait sa baguette.
Mais avant qu'elle ne puisse la sortir, une migraine d'une violence rare la plia en deux.
N'y songez même pas, Malefoy ! hurla une voix en elle.
Mrs Gateway n'avait pas bougé, les enfants ne semblaient pas avoir remarqué quoi que ce soit.
Et pourtant la douleur était si forte !
Narcissa tituba sans grâce vers le fauteuil le plus proche, dans lequel elle s'effondra.
La migraine partit aussi vite qu'elle était arrivée et Narcissa pu relever la tête.
Devant le fauteuil, Mrs. Gateway jouait nonchalamment avec deux baguettes : la sienne et celle de Narcissa.
D'accord..., songea Narcissa.
Elle avait peut-être sous-estimé l'adversaire.
"Bien, souffla Gateway. Maintenant que vous êtes assise, nous pouvons discuter...Comme vous ne comprenez pas bien, permettez-moi de dire les choses clairement : nous avons le même employeur et, oui, j'ai fait semblant pour que Granger me donne la confiance. Si je me souviens bien, c'est également ce que vous devriez faire. Quoique vos résultat soient moins bons que les miens"
Gateway fit une légère pause mais Narcissa resta silencieuse.
Dans son énervement, Gateway semblait avoir du mal a trouver ses mots et ses phrases, plus simples qu'à l'accoutumé, étaient ponctuée d'un accent qu'elle n'arrivait pas à reconnaitre.
Une étrangère, nota donc Narcissa.
"Comme vous l'avez deviné, notre employeur a des projets pour Hermione. Des projets qui, malheureusement, font qu'elle ne pourra être maltraitée même si nous le devions pour ... atteindre Harry Potter. Pour cette raison, nous avons décidé qu'il nous fallait un autre ami."
Narcissa se redressa dans le fauteuil. Malgré le discours de plus en plus décousu de Gateway, elle comprenait parfaitement la logique du Seigneur des Ténèbres. Si Gateway était de leur côté, alors il paraissait évident que le Seigneur des Ténèbres avait dû chercher à capturer les deux meilleurs amis de Potter.
Même si cela ne changeait rien à l'indécence du comportement de Gateway.
"Je me moque de savoir ce que les gens de votre espèce pensent de moi, tacla Gateway en recouvrant son calme. Je pratique peut-être une magie qui vous dérange mais vous vous comportez d'une manière qui me dérange."
La phrase était à peine intelligible mais la menace était claire et Narcissa se contint pour ne pas énerver plus la psychomage.
Elle était une bonne occlumens, mais son bouclier mental avait été sans le moindre effet aujourd'hui et elle ne voulait pas risquer de voir à nouveau Gateway pénétrer son esprit.
"Bien, approuva Gateway, comme si elle avait entendu le monologue mental de Narcissa. Puisque nous sommes d'accord, laissez-moi établir les règles. Un : vous amenez Hermione de façon régulière ici et vous me laissez faire sans poser de question. Deux : vous payez les consultations sans poser de questions. Trois : je risque d'avoir des patients que vous connaissez, phénix ou mangemorts ; vous ne posez pas de questions. Quatre : si vous avez des questions, posez les moi en privé ou je vous offrirais une séance de psychomagie privée.
Narcissa se tassa légèrement dans son fauteuil. Que pouvait-elle faire contre cette femme ?
Rien
Narcissa ferma les yeux, tentant de remettre en état ses boucliers mentaux.
Peine perdue
Finalement, elle releva les yeux et hocha fébrilement la tête avant de se rasseoir plus dignement dans le fauteuil.
Elle était ici pour sauver son fils.
Elle pouvait bien supporter Gateway quelques minutes par semaine.
Gateway la regardait d'ailleurs, paraissant à nouveau la juger.
Puis, apparement satisfait de ce qu'elle voyait, elle agita son étrange baguette et le dôme qui entourait les enfants disparut.
Elle rangea prestement sa baguette, jeta celle de Narcissa sur ses genoux, et s'en alla en direction des adolescents.
"Mr. Weasley, vous m'excuserez de vous interrompre mais il serait bon que Miss Granger commence sa séance. Chaque minute est payante et nous ne voudrions pas ruiner nos amis les Malefoy."
Narcissa se força à rester calme.
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Allongée sur son lit, Hermione était heureuse.
La séance avec Mrs. Gateway s'était très bien passée et surtout... elle avait vu Ron.
Elle ne savait pas comment il avait réussi à la retrouver et à se trouver au bon endroit au bon moment. Mais il avait été au bon endroit, au bon moment. Et rien d'autre ne comptait.
Pattenrond sauta sur le lit et vint se nicher dans ses bras. Elle le caressa distraitement, toujours perdue dans le souvenir de l'après-midi.
Ron était un bon ami.
Il fallait bien admettre qu'elle avait moins confiance en lui qu'en Harry. Harry faisait beaucoup plus de bêtises mais il était également né avec une capacité de survie rarement égalée. Et puis, avec Harry... c'était différent.
Ron était populaire, bon aux échecs, intelligent, sympathique. Il blaguait naturellement et n'avait aucun problème pour se faire des amis. Il connaissait déjà ce monde qu'elle découvrait, l'avait souvent rabaissé en raison de son côté Miss-je-sais-tout et elle s'était parfois demandé s'il serait venu à son secours en cas de problème.
S'il avait été champion en quatrième année, elle était certaine qu'il n'aurait jamais eu à la délivrer, elle.
Alors, oui, il fallait bien l'avouer, elle avait été surprise de le voir là.
Et heureuse.
Parce que s'il s'était démené pour venir la retrouver - et elle était sûre que ça n'avait pas été facile, ça devait bien vouloir dire qu'elle était plus qu'une Miss-je-sais-tout à peine utile à ses yeux.
Hermione ferma les yeux et revit le moment où elle avait senti Ron se jeter sur elle.
Elle sourit.
Il y avait quelque part en Angleterre un ami qui pensait à elle.
Et ça valait tout l'or du monde.
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Severus tournait en rond dans son bureau.
Dumbledore ne pouvait pas l'aider dans cette affaire et cela lui manquait cruellement.
Granger était en danger. Narcissa était en danger. Potter était en danger.
Et si ses calculs étaient exacts, Black était en danger. Parce que, après y avoir réfléchi, Severus était parvenu à la conclusion que, si le projet Granger était une répétition pour le projet Potter, alors le rôle de Narcissa serait tenu par Black dans le projet final :
Narcissa devait devenir une figure maternelle pour une jeune orpheline.
Black représentait une figure paternelle pour l'orphelin qu'était Potter.
Severus cligna des yeux.
Que pouvait-il faire ?
S'il tentait d'arrêter le projet directement, cela se verrait. Et s'il faisait simplement rater le projet... cela signifierait sacrifier Granger pour sauver Potter.
Et si Severus n'avait rien contre le fait de voir Gryffondor risquer de perdre la coupe des quatre maison par manque d'élèves capables de répondre en cours... Potter risquait de perdre la tête s'il sacrifiait Granger.
La seule solution valable consistait à faire sortir ce projet de la tête du Seigneur des Ténèbres... sans qu'il ne trouve quelque chose d'encore pire pour Granger... sans qu'Eleg ne s'oppose à lui... sans qu'Il ne décide de s'en prendre aux Malefoy pour évacuer sa colère... sans que ça n'affecte Potter... et sans que Dumbledore intervienne.
Simple comme bonjour... songea Severus, sarcastique.
Frustré, il sentit sa magie échapper à son contrôle et faire exploser un flacon d'encre posé sur le bureau.
Severus pesta : recouvrir ses notes d'encre ne l'aiderait en rien. D'un mouvement rapide il sortit sa baguette et l'agita en direction de son travail. L'encre excédentaire s'ôta des feuillets et réintégra le flacon alors que celui-ci se reconstituait.
Severus aurait aimé pouvoir réparer sa vie comme on nettoie une tâche d'encre.
Malheureusement, il était impossible de revenir en arrière. Lily était partie loin de lui, trop loin pour qu'il puisse jamais espérer la revoir. Et elle ne lui avait laissé que Potter : un abominable gamin braillard et stupide qui ressemblait bien trop à son père.
Pourtant, Severus protégerait cet enfant. Quoi qu'il en coûte. Pour Lily.
La baguette toujours à la main, Severus se concentra. Il choisit un souvenir de son enfance, un de ceux avec Lily. Et la grande biche argentée fit son apparition.
Elle trottina délicatement dans la pièce tandis que Severus s'appuyait contre le bureau. La biche s'approcha de lui, le regardant de ses yeux d'argent.
Il leva la main pour la caresser.
"Lily." souffla-t-il.
Il resta longtemps ainsi, perdu dans une pièce froide, seulement rasséréné par la douce lumière du patronus.
Puis, parce qu'il savait qu'il fallait parfois renoncer à Lily pour mieux servir son souvenir, il laissa la biche se dissoudre dans le néant.
Il ne savait pas comment il allait faire pour sauver Potter.
Il savait encore moins comment il allait faire pour sauver Granger.
Mais il allait essayer.
Parce qu'il le lui devait.
Et parce que même s'il continuerait à jouer son rôle pour mieux espionner, il ne serait plus jamais l'homme qui avait insulté Lily alors qu'elle venait le secourir.
Fort de sa nouvelle résolution, Severus s'élança dans le couloir. Il s'orienta aisément dans le dédale des cachots et prit les escaliers pour changer d'étage.
Arrivé devant les gargouilles qui gardaient l'entrée de l'accès au bureau du directeur, il hésita.
Dumbledore avait clairement dit qu'il ne pouvait pas l'aider. Où, du moins, il avait déclaré qu'il ne pouvait l'aider consciemment dans la mesure où il était lié par le serment passé avec le Seigneur des Ténèbres.
Mais ce serment ne concernait que le projet Granger. Donc une action visant à bloquer l'inévitable projet Potter qui suivrait ne devait pas entrer en ligne de compte... Et puis, il n'était pas forcé de dire la vérité au professeur Dumbledore.
Severus grimaça. Ce serait la première fois depuis bien longtemps qu'il mentirait à Dumbledore.
Mais c'était pour leur bien à tous.
Il fallait bloquer le projet Potter.
Et même si cela faisait mal à Severus de l'admettre, la première des choses à faire pour bloquer Eleg, c'était de protéger Black.
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Alors, selon vous, sur qui/quoi se centre le prochain chapitre ?
