2) La rencontre

Le port d'Adamas n'était plus en feu mais les corps gisaient toujours sur le sol. Cadavres de citoyens Méliens prêts à se battre pour leurs convictions, femmes violées... Sept cents ans de paix dans l'abîme.

Sparte avait déjà recueilli bon nombre de ses semblables, ceux qui se tenaient devant nous avaient été laissés derrière, n'ayant plus le temps ou le courage de regagner leur cité protectrice. Ici, il ne restait que peu de virils soit trop jeunes, la peur dans les yeux soit trop vieux, la fin dans l'âme. Quant à la féminité, elle était soit abusée, soit effrayée ou tout simplement, elle aussi bien trop âgée...

Perdu dans un raisonnement perplexe et à la recherche de gens de maison, devant ce flot d'êtres ruinés, je n'avais pas vu cette jeune fille.
— Comment t'appelles-tu ?
Elle ne me répondit pas.
— N'as-tu pas l'usage de ta langue ?
Je lui pris la bouche et l'ouvrit.
— Comment t'appelles-tu ? Tu m'agaces !
— Milo, me dit Aiolia...
La laissant, nous nous retournions prêts à partir lorsqu'elle prononça.
— Iona. Mon prénom est Iona.
— Dormais-tu ?
Elle ne répondit pas. Je fis un signe à l'officier.

Plus tard dans la soirée vint un soldat au dortoir des esclaves. Debout, sur le seuil qui les séparaient, lui et eux, il la pointa du doigt.
— Toi ! En montrant Iona. Skorpio veut te voir, suis moi.
Elle se leva et le suivit à contrecœur.

Face à la porte de mon appartement, elle attendait que je daigne l'appeler, ce je fis finalement.
— Entre !
M'obéissant, elle m'offrit une moue peinte sur ses lèvres en guise de remerciement pour l'avoir sauvée d'être vendue. J'allais m'amuser avec elle.
— As tu retrouvé la parole ? lui demandai-je d'un air sarcastique.
Elle ne me répondit pas et sans réaction de sa part, je me forçais de continuer sur ce qui aurait pu être, un monologue.
— Tu ne sembles pas être bavarde mais fière, tu sembles l'être ! Tu ne veux pas me répondre mais tu ne baisses ni tête ni yeux lorsque je te parle ! J'apprécie plutôt ce genre de personnalité. J'ai horreur des gens qui rampent devant moi, mais sache que lorsque je pose une question, j'en veux réponse !
— Je ne parle pas aux chiens d'Athéniens !

Je ne pus réellement garder mon sérieux devant cette effronterie qui me fut si joliment envoyée que j'éclatais de rire.
— Chien ? Tu es courageuse ! Jamais quelqu'un n'avait osé me parler de la sorte.
M'approchant d'elle, je lui pris le menton en main et le serrai en lui disant.
— Penses-tu que ton sort aurait été différent avec les Spartiates ? Tu aurais déjà été violée ! Je vis ses grands yeux bleus s'écarquiller, mangés par la peur.
— Ne t'en fais pas ! Je n'ai aucune envie ni le besoin d'avoir une vierge froide dans mon lit ! Ce que je veux c'est que tu me dises qui est cette femme. Lui fis-je en montrant la statue du doigt.

Je m'avançai dans mon salon, vers une paire de rideaux de velours rouges qui, ouverts, encadraient cette œuvre féminine que je trouvais tout à fait sensuelle.
— La connais-tu ? Vivait-elle sur l'île ?
De nouveau sans me donner suite, face à ce mur qu'elle dressait entre nous, je la pris alors par le bras.
— Écoute idiote ! Soit tu fais ce que je te demande, soit tu seras vendue et loin de ta petite cité.
— Vous avez tué notre peuple ! Je hais Athènes !
— Ton choix, pas le mien. Penses-y. Hors de ma vue !