4) La fête

Avec Aiolia nous avions été invités à une fête donnée en notre honneur par les riches marchands de l'île. Fortune et scrupule ne font pas bon ménage, ces gens se moquent de qui aura la protection de l'île, tant qu'ils puissent continuer à y faire commerce.

Accoudés sur nos coussins devant de somptueux mets, musique à l'oreille et bavardant avec mon ami, cette soirée était plaisante.
— Alors, Melos a t-elle changé depuis ton entraînement ? Me demanda Aiolia.
— Tout a changé. Je ne suis plus le métèque qui reçoit sur sa gueule !

Le Lion se mit à rire, notre hôte, quant à lui nous regarda et leva son verre en s'écriant:
« A un nouveau départ pour notre île, sous la sagesse de votre déesse. »

Nous levions alors nos verres : « A notre déesse Athena ! »
— Ils apprennent vite ! Me dit Aiolia.
— J'ai horreur de ce genre d'individus !
— Nous n'avons pas le choix, il va nous falloir les digérer. Il serait dangereux de laisser l'île sans protection, nos trières arriveront de toute façon bientôt.
— Cette soirée est agréable, ne parlons pas de politique !
— De la jeune fille choisie l'autre soir, alors ? M'envoya-t-il d'un ton coquin.
— Elle n'est pas commode !
— C'est ce que tu aimes, non ?
Le sourire sur le coin de la lèvre, je fis un clin d'œil à mon ami.

Une double porte en bois peinte d'un jaune or, s'ouvrit. Sur son seuil, un "tragique" dont le visage était peint en blanc, nous annonça à haute voix:
— Vos invitées sont arrivées, mes seigneurs !

Aiolia se retourna sur moi en me souriant.
— Qu'as-tu organisé de nouveau ?
— Moi ? Rien ! J'ai simplement donné mon accord à ce que nous soyons en charmante compagnie... si je dois attendre que tu me fasses une surprise !
— Milo, tu sais que je préfère être en solo.
— Il semblerait que se ne soit que deux filles pour chaque. Il serait inconvenant de refuser. Rassures-toi, ce ne sont pas des simples catins, ce sont des courtisanes.
— Tu veux dire des esclaves ?
— Je veux dire qu'elles savent converser !
— Tu veux converser ? Me lança Aiolia en explosant de rire.
— Je vais certainement utiliser ma langue, Lion ! lui répondis-je d'un air malicieux.

La porte de la caverne "d'Ali Baba" s'ouvrit de nouveau sur un groupe d'exquises créatures, toutes légèrement vêtues. On nous offrit à chacun, deux de ces trésors, scintillants de tous feux à aimer.