6) L'acquisition

Quelques jours passèrent, la colère se dissipa laissant place ainsi à l'existence. La vie des communs était souvent courte et elle le savait. Son père était mort bien avant le conflit, assassiné par les leurs lors de déplacements idéologiques... N'était-il pas temps de laisser le passé s'égarer légèrement dans les souvenirs ?

Elle venait de choisir les vivres du jour pour l'appartement du Scorpion, lorsqu'on s'approcha d'elle, c'était Aiolia. Il était toujours de grande politesse, s'étant fait respecter sans peur tandis que le Skorpio était lui, craint.

— J'espère que mon ami n'est pas trop tumultueux avec vous. Vous savez, il peut être exaspérant et têtu mais loin d'être méchant.
Iona se demanda s'il n'avait pas lu ses pensées et il continua.
— J'aimerais m'entretenir avec lui, donnez-moi vos fruits et revenez plus tard.
Elle s'inclina et s'en alla.

Sans s'annoncer, Aiolia ouvrit la porte du salon.
— Bonjour ! Lui criai-je. Cette corbeille dans tes mains est-elle pour me remercier du choix des jolies filles de l'autre soir ?
— Bonjour Milo ! Non. Je viens te parler de ragots.
— Je ne suis pas une vieille femme, Lion !
— Il se dit dans les quartiers des officiers que tu aurais acheté la petite ? Qu'une somme aurait été offerte aux stragères ? Est-ce vrai ?
— Ça ne regarde que moi.
— C'est contre nos lois, nous ne pouvons avoir d'esclaves.
— Et comment appelles-tu la personne qui te prépare ton repas ?
— Intendant. Nous avons des intendants. Le Sanctuaire leur offre un salaire, médiocre certes, mais ils reçoivent une solde. Ici, nous avions besoin d'établir un quartier d'aides qui sera transféré à la nouvelle autorité...
— Je sais !
— Alors, que vas-tu faire d'elle ?
Je me perdis dans mes explications invraisemblables.
— A moins qu'elle ne revienne avec nous à Athènes ? Mais, que faire d'elle une fois de retour ? M'interrompit le Lion.
Je lui fit signe de me laisser en paix mais il continua.
— Tu oublies que comme nous tous, tu as déjà deux serviteurs personnels dont une fille qui semble t-il, fait elle, partie de ta couche ! Aimerais-tu la réorganiser ?
— Aiolia, tu es pire qu'une mère ! Lui dis-je.
— Très drôle ! C'est Gigas qui va être heureux de cette nouvelle réorganisation...
— Leo, il est facile de négocier avec le général lorsqu'on sait qu'il aime aller se rafraîchir la vue à l'heure où les nymphes du rocher se baignent dans notre rivière...
A son tour, il me répondit par de grands gestes.
— Ton problème Scorpion, pas le mien ! N'oublie pas que demain nous partons pour Plakàs. Cette ville doit être inspectée, elle est proche de ce port.

En ouvrant la porte et avant de prendre congé, il me lança.
— Au fait, il y aura des combats d'entraînement cet après-midi. J'en ai prévu un entre nous, histoire de ne pas nous rouiller ...
— Tu veux que je t'offre une première défaite ? Lui dis-je.
— Ne rêve pas ! mais, je t'attendrais tout de même dans l'arrière-cour...