7) Aphrodite
Après mon défoulement, je pus enfin prendre mon bain. J'apprécie les combats à mains nues, mais l'odeur qui s'échappait de mon corps était bien plus que sportive. J'étais couvert d'huile et de poussières, ressemblant à l'un de ces mendiants.
On vint.
— Mon seigneur ?
— Ici ! Me l'as-tu apporté ?
— Oui.
— Viens !
Elle ouvrit le rideau en ne me regardant pas, j'étais assis dans l'eau.
— Passe derrière moi.
Me levant, elle vit mon dos et probablement le début de mes fesses qui étaient partiellement couvertes par mes cheveux.
— Je ne pense pas que ce soit ma place...
— C'est moi qui en déciderais !
— Je suis une femme.
— Je l'ai remarqué ! Par Dionysos, quel satyre, tu ferais ! J'ai la nette impression qu'Aiolia déteint sur toi. Lui dis-je avec un sourire. Sais-tu comment on utilise un strigile ?
— Oui, il nous est également utile.
— Entre dans l'eau et aide-moi à retirer cette saleté.
Après m'avoir aidé à me nettoyer le dos, elle me l'essuya.
— Masse-le avec cette huile et n'oublie pas mon bas.
Tremblante, elle descendit ses mains.
— Ne me dis pas qu'elles ne sont pas assez musclées pour toi !
Elle rougit, et je dois avouer que ça m'amusait.
— Va me chercher ma tunique.
Habillé, je revins dans le salon et pris place, allongé sur ma chaise, je commençai mon interrogatoire.
— As-tu de nouvelles réponses à propos de ma protégée ?
— Aida croit que sa nudité pourrait faire penser à celle d'Aphrodite.
— Mon avis aussi. Bravo Aida ! Ton amie t'a-t-elle dit à quoi elle est associée ?
— A la beauté, l'amour et à la sexualité semblerait-il.
Elle me paraissait ennuyée, surtout embarrassée et c'était avec joie que je l'accablais.
— En effet, c'est bien à cela. Elle semble s'y connaître. Lui dis-je d'un regard malicieux.
M'ignorant complètement, elle poursuivit:
— Le problème est qu'il n'y a pas de temple vénérant cette déesse sur l'île. Me répondit-elle.
— Certes, mais quelques-unes de vos villes ont été fondées par Sparte. Sais-tu que certains pensent qu'il y ait deux Aphrodite ? L'une est dite "Céleste", l'autre "Vulgaire". La fédération Spartiate que tu sembles aimer, tend à vénérer la "Vulgaire". À Sparte, à Corinthe et même dans les cités des jeux, elle est vénérée par les courtisanes, les filles de joies, leurs protecteurs et par certains athlètes.
— Puis-je vous demander quelque chose mon seigneur ?
Avec un sourire narquois, je lui répondis sarcastiquement.
— Mais, je t'en prie, pour une fois que tu oses parler. Que voudrais-tu savoir ?
— Pourquoi être tant intéressé par cette statue ?
Je fis quelques pas, ouvris la fenêtre et m'assis sur le balcon. L'air y était doux, mes yeux vagabondaient sur la mer, mon passé me revint.
— Lacédémone ! Je ne suis pas vraiment un citoyen d'Athènes.
Je détournai le regard posé sur les vagues, pour la regarder.
— Ça au moins ça devrait te faire plaisir, non ? Je suis le fils de l'un de ses citoyens et d'une Corinthienne. Surprenant n'est-il pas ? Que penses-tu maintenant du chien d'Athénien que je suis à moitié et de l'autre qui viens de ta fédération Spartiate ? Lui avais-je lancé avec mépris.
Marchant et me frottant le menton, je continuai à lui expliquer sommairement ma vie, ce qu'un maître ne devait pas faire.
— Mon père était un militaire de la Cité, que je n'ai pas connu, mort au combat. Quant à mère, elle était l'une des prêtresses à Corinthe. J'ai vécu avec elle au Sanctuaire d'Aphrodite, parmi ses adoratrices.
Jeune, je découvris une connaissance approfondie de l'art du combat sans même m'en rendre compte mais, ils ne voulurent pas de moi en Péloponnèse car j'étais après tout un bâtard de la cité ennemie. Je fus donc envoyé secrètement à Athènes par ma mère et accepté par une élite... On me transféra alors sur ton île pour mon entraînement avant de retourner vers la Cité dont je suis aujourd'hui.
Revenant sur mes pas, admirant la statue:
— Bien qu'elle ne soit pas la déesse que je vénère, je suis néanmoins un "fidèle" de ses admiratrices...
Ses yeux me questionnaient mais je conclus ainsi notre entrevue, préférant me retrouver seul avec mes souvenirs. Je sortis de la pièce, la laissant me contempler de dos.
