8) Plaire

Le pas joyeux foulant le sable, c'était la première fois depuis l'arrivée des troupes qu'Iona goûtait de nouveau à une certaine liberté. Il n'y avait pas que des inconvénients d'appartenir à la maison du Scorpion. N'étant pas là en cette journée, une après-midi sans charges lui fut présentée. Toutefois, affranchie pour ces quelques heures, le temps ne semblait plus prendre le devant et sans présence, la contrainte de se retrouver à nouveau détenue se présentait à elle.

Ses pensées galopèrent d'un côté vers celui qui aurait dû être et qu'elle n'avait jamais aimé, qu'elle aurait probablement utilisé pour se procurer une autre vie que celle que lui avait offert son père de village en village.
Et de l'autre côté, les dieux et les déesses du Scorpion qui, elle le savait, aimait à l'agacer sans méchanceté avec ses innuendo devinés et déniés. Cet Athénien qui n'en n'était pas vraiment un...

La vieille Aida avait peut être raison: "lui faire plaisir", pensa t-elle et se souvint de ce qu'elle lui avait dit:
— Tu dois plaire à ton maître !
— Aida, n'as-tu pas conscience de ce qu'ils ont fait ?
— Effectivement "ils" ont fait. Lui et son compagnon sont venus pour aider notre peuple à retrouver un certain équilibre, espérant la paix... Et puis, ils ne font partie d'aucun ordre militaire connu... C'est comme s'ils avaient été envoyés par les Dieux !
— Aurais-tu consommé du vin ? Répondit-elle d'un air hautain.
— Je ne plaisante pas Iona !
— Tu veux donc que je m'aplatisse et m'offre. Je ne suis ni une flatteuse ni même une cajoleuse !
— Mais c'est que certains en font presque un culte ! Et deviennent des bienfaiteurs ! Ce que je veux, c'est que tu survives !

« Comment font ses filles ? pour se laisser toucher sans aimer ? » se demanda-t-elle.

xxx

De retour dans les appartements privés du Scorpion, elle lui préparait la table du petit déjeuner sans faire le moindre bruit. « Il doit probablement toujours dormir » pensa-t-elle.
Je l'entendis travailler et décidai de me lever.
— Tu es bien matinale ! T'aurais-je manqué ? Lui dis-je avec un air malicieux.
— Non maître... Enfin, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire...
Je la regardai en souriant:
— Des fruits frais et secs ? Du pain ? Essaierais-tu de m'engraisser ? Du vin ? Essaierais-tu de m'enivrer dès le matin ?
Je m'approchai d'elle et pris son menton entre mes doigts.
— Tes joues se sont colorées !
Je la lâchai et tournai les talons pour poursuivre:
— Ou est-ce Aiolia qui te l'a demandé pour que je sois gras et battable ?
— Non... C'est un petit déjeuner sain...
— Tu te fais du soucis pour ma santé, maintenant ?
Ne sachant plus quoi dire, elle finit par me souhaiter un bon appétit et s'en alla. Je la suivis des yeux avec un sourire aux lèvres.