13) Immortalité
A peine rencontrés que mes yeux ne la quittèrent plus, l'impression d'être faits l'un pour l'autre, l'impression qui me fit perdre le fil du temps, un temps compté que le nouveau magistrat en place venait de condamner.
Je voulus emmener Iona avec moi au Sanctuaire mais nous étions déjà destinés à une autre bataille. Sa liberté fut néanmoins, négociée lors d'une concertation qui eut lieu entre la nouvelle administration et moi-même. Un habitat lui fut alloué, le signe de ma constellation y fut gravé au-dessus de la porte d'entrée. L'habitation et sa locataire m'appartenaient.
Sous un soleil radiant, je lui fit visiter son nouveau logement.
— Regarde qui est là... lui dis-je affectueusement.
J'avais également négocié la statue qui au final me fut offerte en cadeau pour mon loyal service à ma Cité.
Sous les larmes d'Iona, avec Aiolia, nous partîmes vers d'autres conflits.
Ayant la chance d'être un gardien, je pus souvent prendre le chemin de l'île avant de regagner le rocher sacré, me donnant ainsi l'opportunité de la revoir.
Un jour elle m'accueillit en m'avertissant qu'elle ne vivait plus seule, que je n'étais plus le seul homme de sa vie. Indigné, je m'engageai chez moi pour y découvrir dans notre salon la vieille Aida et un berceau, j'avais descendance !
Sa mère n'ayant pas voulu choisir seule un prénom, attendait avec impatience mon retour. Nous le nommâmes Milonis, fils de Milo du Scorpion.
xxx
Quatre saisons passèrent sans visites.
Au renouveau printanier, Iona reçut un courrier du Sanctuaire lui annonçant la mort de Milo à Elis en Péloponnèse où, avec ses compagnons, il perdit la vie des mains d'adorateurs d'Hadès. Il laissait ses biens et sa terre à son fils.
L'enfant s'approcha et câlina sa mère dont les larmes lui coulèrent sur les joues.
Debout face à la mer, elle tenait dans l'une de ses mains, la mort du Scorpion et dans l'autre, son immortalité...
Épilogue
Le temps n'est qu'océan.
Effaçant sans craintes ses empreintes...
En 1820, un paysan sur l'île découvrit le buste de la statue.
Elle sera achetée par le Marquis de Rivière et offerte à Louis XVIII.
En 1821, elle sera exposée au Louvre.
Ayant décidé de rester mystérieuse, elle est aujourd'hui encore, à demi nue devant le tout-Paris, prônant fièrement sa nudité tant aimée par ces amants-là, rêvassant à d'autres temps.
